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1917, par Ferdinand R y.
A mes camarades
les conscrits de demain
Celui qui écrit ces lignes rapides n’a jamais donné aux affaires publiques qu'une attention distraite. Il est de ceux qui, par goût, s’abstiennent, et laissent à d’autres le soin d’aiguiller notre politique sur une voie ou sur une autre ; 1 est de ceux qui ont ainsi choisi le métier le plus facile et qui, par ce fait, sont souvent les critiques les moins indulgents. La guerre est venue changer ses habitudes d’insouciance. Voilà, en effet, que la comédie politique, comme la comédie humaine, tourne au drame tragique.
Son droit de spectateur, de juger la pièce, l’auteur et Les acteurs, s’augmente d’un devoir patriotique : celui d’enrayer, du mieux qu’il peut, et vite, la panique causée par le théâtre en feu. Conscrit de demain, ayant charge d’âmes, \l doit improwiser ce rôle nouveau et ingrat. Sa voix n’est pas forte, et la foule, éperdue, ne le connaît point. Il indique quand même où sont les issues. Il demande à ceux qui y tournent le dos et les masquent, de dégager ces sorties. Ceux-là, ce sont des harangueurs de foules, ils savent l’art de les diriger. Ils se riront de lui et feront plus grands leurs gestes, et le tapage de leurs cris. On ne l’écoutera pas et 1l sera bousculé. C’est le sort traditionnel du personnage, il s’y résigne.
Dans le drame de la Guerre, il a un rôle plus simple à tenir. Il habite un pays où deux nations d'Europe, longtemps ennemies, maintenant alliées, sont venues implanter de puissantes ‘racines, où deux races rivales se partagent le sol, où chacune d’elles, chez soi, cultive son champ et son jardin, pour moissonner et cueillir le grain et les fleurs de son choix. L'une et l’autre a conservé ses traits propres, ses vertus ethniques distinctives. Les moissons de leur culture ne se ressemblent point. Ces races ne sont jamais arrivées à s'aimer entre elles. L’atavisme perpétue trop vivement en leur sang le souvenir de discordes séculaires. Et puis, à l’une, la plus vieille,