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sus des soupçons qui naissent naturellement devant l'attitude d’autres conscriptionnistes. (7) Et d’ailleurs j'aime trop la liberté d'opinion pour moi-même pour ne pas en reconnaître le droit à chacun.
C'est une grande, une grosse, une grave question que tu discutes. La façon dont tu le fais, même lorsque tu nous condamnes, est un repos des injures et de la boue versées par torrents sur ceux qui croient devoir résister encore une fois aux menées de l’impérialisme.
Enfin tu reconnais qu'il est permis, tout en restant honnête, d’avoir une opinion différente sur un problême de cette importance.
Heureux ceux qui sincèrement peuvent dire : ‘ Nous seuls détenons la vérité et nous seuls avons le droit, dans notre infailhbité, de condamner l’autre thèse ”. Pour ma part, je crois que nous avons raison, mais seul l’avenir dira si nous ne nous sommes pas trompés.
Mais il rendra aussi témoignage à notre sincérité et dira que nous avons agi à cause de notré seul amour pour la patrie canadienne.
Mais il y a bien longtemps que j'ai dit que j'aimerais cent fois mieux m'être trompé, et devenir la risée ou l’objet du mépris de tous, que de voir se réaliser quotidiennement les événements qui, pour moi, sont en train de faire disparaître la paix, la liberté et l’avenir canadiens.
Je n’ai guère le temps de e faire une critique de ton livre. D'ailleurs, improvisé par la nécessité de l'heure, orateur, journe-
(7) LaVergne me classe parmi les ‘‘ conscriptionnistes ’. Pourquoi cela ? J'ai plusieurs fois écrit que le projet Borden était inopportun, vexatoire etc. et je n’ai blamé personne d’avoir combattu ce projel ; mais je demande que l’on accepte le loi votée, si mauvaise soit-elle, parce que c’est une loi, parce que c’est une loi qui appelle tous les Canadiens, Anglais ou Français, sous les drapeaux. Il y a donc une distinction à faire qui n’a rien de subtil, il me semble. Ainsi les prêtres, les évêques français, qui d’après le droit canon n'auraient pas dû être forcés par la loi de porter les armes, n’en ont pas moins pris le fusil et le sac quand cette loi, on l’a appliauée à leur pays. Le terme serait-il juste si, parce qu'ils se conforment à une loi de conscription, on les appelait ‘ conscriptionnistes ‘” ? Et quand on loue ces prêtres d’avoir fait leur devoir, tout leur devoir de soldats, après avoir été les premiers à partir, non seulement en France mais à l’étranger où une résistance même passive n'eût pas été nécessaire — qui donc ose contredire ?
liste, écrivain ; devant ta supériorité manifeste, puisque le sort t’a permis d'étudier dans le calme et à l’abri du besoin, mon incompétence hésite ou se trouble. Cependant je voudrais te poser quelques questions.
Placés à des angles différents par la pensée et par la vie nous voyons évidemment les êtres et les choses de façon différente.
Crois-tu vraiment que ce soit ‘la lutte de la civilisation contre la barbarie ? ?
Entre les Boches et leurs cousins anglo-saxons les différences sont-elles tellement grandes ?
Regarde la mappemonde, quel est l’oiseau de proie de l’humanité, est-ce l'Allemagne ou l’Angleterre ? (8)
Et les Russes... nos alliés ?
Sommes-nous, les Canadiens-français, seuls contre la conscription ? (9)
Ici je suis mieux posté pour voir et tu ne pourrais croire les témoignages nombreux que je reçois quotidiennement des provinces anglaises. Sur un referendum la conscription serait balayée trois contre un dans tout le pays.
Sommes-nous Français ou Canadiens ? (10) Pour ma part, — et tu sais que j'ai cherché à défendre pouce par pouce le patri-
(8) A cette question, qui d’ailleurs est mal posée, c’est-à-dire à contretemps (La Vergne s’est peut-être amusé à vouloir faire de moi un défenseur des Anglais, sachant bien quel cœur je mettrais à la besogne ?) — j'ai déjà répondu en partie quand j'ai parlé de la voracité impérialiste de Londres, du bochisme en Ontario, des prétendus ‘‘sauveurs de petites nationalités ””, etc. Il fallait dire ces choses pour la défense des Canadiens-Français. Il y a un fait, un fait énorme qui nous enlève le droit d’aller plus loin ; ce fait, c’est la guerre. Nous sommes en guerre avec l’Allemagne, et les Anglais sont nos alliés.
L’Allemand fait la guerre à notre civilisation ; il nous fait cette guerre au nom de sa civilisation, violatrice avouée des traités, prôneuse dé procédés barbares. Pour la défense de notre culture, l'Angleterre, mue par quelque raison que ce puisse être, est à nos côtés. Voilà, il me semble, ce que l’on doit parfois se rappeler.
…Æ£t toi, Lavergne,—vous, mon colonel qui ferez sûrement comme vous dites et serez le premier à ‘ marcher, quand le Canada sera attaqué ”, ne marcherez-vous donc pas alors avec ces mêmes Amglais? Serez-vous libre, sur votre mappemonde, de faire le choix de vos alliés ?
(9) Sur cette question de notre isolement, j'ai fait plus haut une réponse générale. à
(10) Sic.
moine gaulois des ancêtres, — je suis Canadien et Canadien seulement.
Comment peut-on reprocher aux Anglo-Canadiens d’être trop anglais et pas assez Canadiens, si nous voulons être d’abord des Français.
Ah !... si nous étions dans la position de l’Alsace-Lorraine, ce pourrait être différent.
Et la démocratie que devient-elle en tout ça ? (11) A quoi bon lutter, mourir pour elle, si à cette heure même il est permis de dire au peuple : tu ne saurais te gouverner toi-même, tu n’en as pas la compétence. Convainceu en mon âme du danger que présente pour le Canada, colonie, la participation à des guerres qui ne l’intéressent pas, sur lesquelles il n’a et ne peut exercer aucun contrôle, j'ai cependant consenti à suspendre ma doctrine, à la renvoyer à après la guerre, malgré la certitude de ruine et de banqueroute pour le pays, si le peuple donnait son approbation à la participation ou à la conscription, — conséquence logique de la première, — dans un plébiscite librement exprimé.
Est-ce là trop demander ? est-ce de la démagogie ?
Ou n'est-ce pas la négation du droit et de la justice, de la seule liberté, que d’accepter une loi désastreuse d’un gouvernement sans mandat, dont l’existence se prolonge par coups d'état, qui ne représente plus l’opinion publique, mais le contraire, et qui le sait.
Tout plutôt que cela.
(11) La démocratie? Eh ! bien, tant pis si nous ne pouvons nous mettre d'accord sur ce sujet. Mais elle m'intéresse de moins en moins ; j'admire que de bonne foi l’on puisse ‘lutter, mourir pour elle” car j’admire tous les enthousiasmes sincères; mais cette part faite au sentiment, je trouve, comme M. Bourassa, que vraiment l’on abuse du mot démocratie. Et les tirades brillantes de M. Viviani par exemple ne m’éblouissent pas au point de ne pas voir que la démocratie conduit les nations qui s’y abandonnent, à ce que Maurras appelle ‘‘tous les culs-de-sac de la déraison ”. C’est un trop long procès à faire que celui du régime démocratique ; très séduisant en théorie, moins odieux qu’un autre en temps de paix, il a le tort de ne pas prévoir et de faire faillite en temps de guerre. Et c’est pourquoi, dans les grandes crises, la direction me parait meilleure qui vient d’en haut, que d'en bas. CEE ;
Et c’est La Vergne qui soulève l’objection ! Ses succès auprès des foules ont dû le griser un peu. Ses mots sur le peuple, sur ce capricieux et volage électeur, ont fait trop souvent nos délices, pour que son pleur versé sur ce pauvre peuple
qu’on ne consulte pas, ne nous fasse pas sourire. Il nous a trop bien démontré — et de quelle façon amusante ! — ce que valent ces consultations-là.
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Et ils l’ont bien compris ceux qui sachant la race canadiennefrançaise le grand, le seul obstacle à l'impérialisme, au triomphe de l’imperium anglo-saxon sur la liberté du monde, ont juré de la déshonorer et de la faire disparaitre.
Mais je m'aperçois que Je suis en train d'écrire à mon tour tout un livre, pardonne-moi d’avoir été aussi long.
Si tu as raison, j'espère que Dieu donnera le triomphe à ta théorie. Personne plus que moi ne sera heureux de ton succès.
Mais je garde, malgré les sentiments que tu exprimes si bien et qui émeuvent mon atavisme français, je garde ma foi en meés idées, foi trempée bien souvent dans les larmes et la souffrance, et qui, pour cela peut-être, reste si tenace.
Et je résume : si le peuple dit oui, je m'incline, j'accepte et je suis.
Mais si on refuse à la nation le droit d'exprimer son opinion, il faudra bien faire ici ‘ l'appel aux armes *” pour la défense 1c1 des droits de la démocratie.
Dans tous les cas, crois toujours à ma sincère amitié et accepte, tout en étant aux antipodes sur le fond, mes félicitations pour la forme de ton travail.