‹ L'appel du Rhin. La Minute sacrée (volume 2)Chapitre 8 sur 9 · N01 ES · texte numérisé non relu

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(i) (jui de nous n'aimerait suivre avec piété tout a de défense que les Romains avait dressé du Rhin au Danube poui servir de frontière à l'Empire ! Le général de la Noë nous a ra< o qu'un Allemand, M. de Cohausen, s'est donné le plaisir (mais un plaisir pour Français !) de le parcourir pas à pas, ce limen, ' de 542 kilomètres, tout au moins de Lorch en Wurtemberg jusqu'à Reinbrohl sur le Rhin et qu'il l'a retrouvé formé tantôt par des cours d'eau, tantôt par des remparts et Manqué de castella 1 de tours. Il y a déchiffré les graffiti des légions. C'est une leçon que le passé donne à l'avenir, un cri d'éternel « garde à nous ! »

(2) De Rome à Hambourg, d'Amsterdam à Trieste, les préfets de Napoléon se heurtaient à des sentiments nationaux qui refusaient de s'accommoder même à une administration bienfaisante. Mais sur les bords du Rhin, à Mayence, à Coblence, à Trêves, à Aix-la- Chapelle, à Cologne surtout, toutes les classes s'étaient vite adaptées au régime français. Cela ne peut étonner : ce code de lois admirable, ces puissants travaux d'intérêt public si vivement menés, cette société cultivée à la classique et militaire sans morgue ressuscitaient dans cette ancienne province de la Gaule latine la grande époque inoubliable de Rome.

(3) Il s'agit d'attirer à l'Université de Strasbourg les jeunes Suisses, Belges, Hollandais, et laissez-moi le dire, les Rhénans

Ah ! je sais, à Strasbourg, trop justement, on est rasd'Allemands, et l'on me dira : « Quoi ! vous voulez en attirer chez nous, quand nous voulons les renvoyer de chez nous ! »

Mes chers amis, distinguons. Notre frontière militaire est désormais au Rhin : il s'agit d'épurer les territoires de la rive gauche qui nous aimèrent et nous aimeront et qui seront heureux d'échapper aux influences d'outre-Rhin. Quelle tâche pour nous tous, de libérer les aspirations celtiques, latines qu'il y a dans ce seuil de la Germanie ! L'Université de Strasbourg et ces nobles jeunes gens alsaciens qui surent rester Français, alors même qu'ils étaient astreints au service de l'Allemagne, sauront conquérir pacifiquement leurs hôtes, non seulement par leurs qualités morales françaises, par la valeur et l'harmonie de notre esprit, mais aussi je le rêve, par la force d'un idéal français déterminé, positif.

Le monde entier qui a tant souffert a besoin en ce moment

d'un nouvel évangile. Quelle gloire s'il est élaboré, harmonieux et vivace dans l'illustre Strasbourg. Quel maître, quel étudiant ne rêverait de collaborer à cet apostolat 1

Les Allemands avaient fait de Strasbourg une sentinelle avancée de la Germanie. A nous d'eu faire l'avant -poste des civilisations latines.

Allons brutalement à la difficulté. Pour attirer tout ce monde de Suisse, de Belgique, de Hollande, de toute la vallée rhénane, il faut des sports, selon leurs goûts. Cela sera aisément réglé. Nul pays plus favorable que l'Alsace à la plus joyeuse, à la plus saine, à la plus noble vie pour la jeunesse. Mais surtout il faut des maîtres illustres. La France à cette heure paye indignement les grands maîtres pe la vie spirituelle.

C'est une honte que nous fassions une existence si misérable à nos prêtres et à nos professeurs. Vous cherchez pour l'Alsace des instituteurs qui sachent l'allemand et vous leur offrez dix-huit cents francs ! Le commerce leur fera des situations infiniment supérieures.

Un grand professeur allemand à l'Université de Strasbourg avait hier vingt mille marks, soit vingt-cinq mille francs. Et vous offrez à un grand professeur français pour le même emploi sept mille francs, plus vingt francs par jour d'indemnité de vie chère ! Ce n'est ni juste, ni sérieux.

Mais les autres universités de France ne veulent pas que Strasbourg ait un traitement de faveur...

On peut répondre que Poitiers ou Clermont-Ferrand n'ont pas le même rôle à jouer que Strasbourg. Le professeur de Strasbourg doit être « un séducteur ». Il doit recevoir, avoir une maison accueillante. Et puis nul doute qu'il ne faille aussi relever la situation de tous nos professeurs dans toutes nos régions de France.

Je n'ai pas besoin d'aller prendre des modèles à l'étranger. C'est la tradition française. François Ier fondait le Collège de France pour donner la plus honorable situation à des vieux professeurs d'Araméen et d'Hébreu. Louis XIV pensionnait les Corneille et les Racine. Napoléon Ier fondait l'Institut. La Restauration faisait un digne sort à Champollion qui n'avait aucun titre universitaire. La Ville de Paris s'est fait grand honneur, quand son Conseil Municipal, qu'on eût pu croire étranger aux questions de haute intelligence, a créé une chaire qui assura la vie du noble Louis Ménard.

Ah ! l.i Grande Université que nous pouvons créer à Strasbourg ! 11 y a des études traditionnelles que j'y voudrais voir maintenues et renouvelées. Sur ce sujet on écrirait tout un livre. L'esprit rhénan si profond voudrait se dégager et s'exprimer. Nousallon tous y travailler avec le plus joyeux enthousiasme. Quant â la < Société des Amis de l'Université de Strasbourg », une ardente collaboration lui est assurée dans toute la Fran< e, chez nos Alliés et jusqu'en Amérique.

(4) Les Allemands ne cachaient pas leur irritation. Les Munchencr Xcucste Nachtichten du 15 juin 1915, écrivaient :

« Le Luxembourg avec ses 262.000 habitants ne doit pas oublier qu'il est redevable de toute son extension économique à l'Empire allemand, aux capitaux allemands et à l'esprit d'initiative allemand. Ses sympathies devraient pencher du côté de l'Allemagne. Mais l'esprit de reconnaissance a été étouffé par les excitations françaises et cela se témoigne à notre égard par des persécutions odieuses du genre de celle qui consiste à nous traiter, d'après le vocabulaire en usage en France, de « sales Prussiens ».

C'est vrai. Les Luxembourgeois disent : « Sales Prussiens ! » Ils disaient mieux encore. L'un d'eux, engagé volontaire au service de la France, me raconte : « A Craonne, nous sommes montés à l'assaut en criant : « Salauds de Prussiens, on va vous crever la peau. »

(5) Un officier français, d'origine lorraine (son grand-père de Sarrelouis et son père de Metz), M. Gaudry, me raconte ses souvenirs d'enfance : « En 1873, comme je désirais entrer à l'Ecole Polytechnique pour devenir artilleur et prendre part à la revanche, j'allai passer mes vacances à Trêves. Mon but était de bien apprendre l'allemand. Je pris pension chez un M. Linz, directeur de la Trierische Zeïtung, le plus prussien des organes locaux. Ce farouche Germain me raconta sans aucun embarras que le jour de la bataille de Sarrebruck, les Trévirois attendaient notre arrivée victorieuse et qu'ils avaient préparé leurs plus belles chambres et tué leurs plus grosses volailles pour bien recevoir nos soldats. Afin de m'assouplir à la conversation, je m'étais mis en rapport avec les jeunes gens de la ville, j'assistais à leurs réunions d'étudiants, je faisais avec eux des excursions. Un jour, les fils d'un haut magistrat de la ville m'emmenèrent chez leur grand'-

mère, dont la propriété touchait au Rhin. Après un temps deconversation, Mme Grimm envoya au jardin ses petits-enfants et, me retenant par le bras : « Monsieur, vous êtes Français, laissezmoi vous montrer mon sanctuaire. » Elle prend une clef, et me conduit dans une grande pièce obscure, dont elle ouvre les volets « L'Empereur Napoléon 1er a dormi dans Ctette chambre. Je n'y ai rien changé depuis. Je ne la montre pas aux miens : ils ont accepté d'être fonctionnaires prussiens, mais vous, monsieur, qui allez être officier français, dites-moi bien sincèrement : la France pense-t-elle encore à nous ? »

Voilà sur quel fond et parmi quels éléments nous devons aujourd'hui agir.

Un autre correspondant m'écrit : « Au collège de Sierck, nous avions (avant 1870) constamment des élèves de la région Trévisoise. Nous les considérions presque comme des nôtres. Le français sur la terre rhénane était réservé aux études et aux relations relevées, mais le patois franco-tudesque avait cours parmi le peuple, des deux côtés de la frontière prussienne. Les coutumes et les mœurs y sont pareilles et souvent les gens y sont apparentés. L'infusion du sang vieux-germain qui s'est effectué chez les peuples rhénans dans une large mesure depuis 1870 a quelque peu gâté, dans la ville surtout, le type franco-celto-romain, l'un des mélanges les plus heureux de la terre. Néanmoins l'aversion que ce peuple a toujours ressenti pour le type prussien-protestant subsiste ; il n'y a pas eu absorption. Au dehors dans les dernièns années on se rendait mal compte de la situation ; on entendait toujours la voix de la Ligue èvangélique de Cologne qui financièrement et intellectuellement^ opprimait tout. Elle avait son appui à Berlin et dans les universités protestantes. Plus d'un de ces gens trouvera de lui-même le pont du Rhin (CHin^er, professeur à Metz, Moulins-les-Metz.)

(6) De plusieurs côtés on m'écrivit pour me confirmer dans ma supposition. Voici la consultation précieuse de M. Ch. H. Boudhors, professeur au lycée Henri IV : « Le capitaine Florentin « ancien capitaine des grenadiers du 101e de ligne » (p. 1 de l'édition Hetzel in-16) est, je crois, le grand-père du général Florentin, exchancelier de la Légion d'honneur.

« Le colonel d'artillerie Metzinger (p. 22) est l'aïeul, sans doute, du général Metzinger, qui fut commandant de Corps d'armée à Marseille.

— Ml —

I 'ancien commandant de la vieille garde Michelair (p. 21 -22) pour : Micheler — est le père du général Micheler qui prit sa

retraite comme général commandant la division de Grenoble, après avoir fait les guerres d'Italie et la guerre de 1870-1871, et qui eut trois fils, tous officiers, dont le second, Henri Micheler, commanda le Ve corps* d'armée en ArRonne (1914-1915), et mourut en 191 7, des suites de ses blessures ; dont le troisième, Alfred, commandait un groupe d'armées sur la Somme, en 1916, et. à l'époque de la bataille de l'Aisne en 1917. Je me rappelle m'êtn t'ait indiquer, à Phalsbourg, en 1909, la « maison Micheler •

« Le capitaine Richard (p. 22) et sa femme (p. 42 et autres) ont également existé. Et si, au lieu de « Pauline Richard • (p. 97), Erckmann-Chatrian avait (ou avaient) dit : Delphine . j'affir nierais que c'est ma grand-mère paternelle qui est. désignée.-

« D'autres noms mt sont inconnus. D'autres, que je connais manquent (le général Thierry, beau-père du général Micheler — les Leckcr, alliés depuis aux généraux Logerot) ; d'autres, enfin, me rappellent seulement des causeries auxquelles j'assistais, écoutant mon père et ses parents évoquer les souvenirs d'enfance de Phalsbourg. Et tous ces noms, je les ai retrouvés, discernés, sous l'usure du temps, lus sur les pierres abandonnées des tombes exilées, au cimetière.

« Les auteurs ont-ils rapporté les propos authentiques, ont-iD reproduit les traits personnels de ces Phalsbourgeois ? Je ne saurais le dire. Mais ils ont certainement su représenter le type. Quand j'ai lu ces quelques lignes (p. 5-6) sur les femmes de ces vieux soldats de l'Empire, et leurs propos narquois, et leur bienveillante et ironique sollicitude pour leurs ru£ris, il m'a semblé que j'entendais parler, dans Phalsbourg même, ces solides et fines ménagères dont les causeries familiales m'avaient fait connaître le caractère et le langage.

« Excusez, --Monsieur, ce luxe d' « érudition onomastique » (si j'ose dire !) Mais ces noms, pour moi, c'est autre chose que des syllabes. C'est eux, et tout ce que j'en voyais survivre autour de moi, et tout ce que ma sensibilité et mon imagination leur ajoutaient, qui ont nourri de réalité mon attachement, dès l'enfance, à la Lorraine tenace et railleuse, à l'Alsace robuste et enjouée. Et, dans le rapatriement des provinces longtemps exilées, je me retrouve, grâce à eux, chez moi, dans ce coin de France que j'aimais, sans l'avoir vu français, et d'autant plus. »

Et cette lettn- encore, également précieuse, que madame de

Mallcroue me fait l'honneur de m'adresser. n 11 y a daiib Les vieux de la Vieille un épisode dont la petite Chapelle Saint-Jean à Phalsbourg a été le théâtre. Je suis la petite-fille du commandant Tardy de Montravel devenu plus tard colonel ; son nom est exactement rapporté et la véracité de cette scène grandiose est absolue Le nom de mon grand-père se trouve encore, et toujours comme Commandant la place de Phalsbourg, dans Waterloo, un autre des romans nationaux d'Erckmann et Chatrian. Presque tous les noms cités dans les Vieux de la Vieille me sont bien connus pour en avoir souvent entendu parler par ma mère ; et ces noms sont encore portés par plusieurs de nos vaillants généraux tels que Michèle r, Metzinger, etc.. »

(7) Une question s'était posée de savoir si le deux centième anniversaire était bien de Balcer. M. Aulard posait l'interrogation J'ai trouvé la brochure que du Canada Georges Balcer envoyait à l'auteur de Colette Baudoche, et qu'il signait « un vieux Sarrelouisien qui lui non plus ne veut pas désespérer. »

(8) M. Léo Deguy de Lille m'écrit : Le petit Raymond, âgé de 20 ans, soldat allemand mais d'un village d'Alsace nous disait : « Mon papa voudrait tant redevenir Français ! » Un an après son régiment revint loger dans ma rue. Son premier mot en nous revoyant fut : « Malheur fur Boches. Nous arrivons de Fiers et Martinpuech (Somme). C'est la débâcle. Les Anglais nous poursuivent jusqu'au Fhin. Que mon papa va être content! L'Allemagne kapout. » Il ne pensait qu'à la joie de son père. Nous avons fêté le succès avec une tasse de vrai café, notre boisson de luxe, aux cris de « Vive la France », et ce n'était pas l'Allemand en uniforme qui y mettait le moins de ferveur. »

(9) L'heure est venue de former un comité de Français originaires de Sarrelouis et de sa région (y compris le canton de Bouzenville). La présidence d'honneur en va tout naturellement au général PeauCLilier, sarrelouisien et l'un des doyens de l'armée française.

Tous les descendants des sarrelouisiens de nationalité française enverront leur adhésion à M. Eugène Kock, secrétairetrésorier, 146, rue du Temple à Paris; ils sont priés d'indiquer les liens de famille qui les rattachent à la région de la Sarre.

(lo) Cette esquisse do.-* notables à Mayence est vraie, niais uous

donne une scène officielle. Qu'y a-t il derrière cette façade!

Au soir de ce jour mémorable, dais une sorte de restaurant ou de bodéga, des aviateurs s'empressaient autour de jeunes femmes, «t Fnrain entendit l'une d'elb;. une Allemande pourtant, qui di ait en iraiçais : Attendez donc que les Allemands soient partis ». Voilà de l'humble vie quotidienne.

Une troisième note doit être donnée. Je la trouve dans un article dn Tag intitulée : Quand même !

On doit aussi apprendre de l'ennemi, oui certainement, et l'ennemi est meilleur maître. Dans ces journées pleines d'horreur qui ont vu l'écroulement politiiue économique et moral de l'Allemagne, mes Pensées se fixent constamment sur le groupe de Mercié aux Tuileries: « Quand Même! • Ce n'est pas une œuvre d'art de premier ordre, mais c'est un modèle de la matérialisation des sentiments de toute une nation : la devist île la Ligue des patriotes... « Quand Même! » les Français ont aimé plus ardemment la Fairie vaincue que la Patrie triomphante; on s'enivrait presque du « G!o:ia l'ietis » Toujours et toujours. Dêroulède lançait son « Qui vive? La France! » Imitons la belle coutume française : ôlons les chapeaux, courbons respectueusement nos têtes devant les drapeaux déchirés par les balles, enfumés par la poudre des innombrables victoires de notre armée. qui plus que jamais peut être dite la première du monde. Restons fidèles à nos souvenirs ineffaçables, à nos espérances indestructibles «... Démocratie et république, libéralisme, conservatisme, nationalisme, radicalisme, monarchisme, tout cela, dit le Français, ne sont que des prénoms! Tous nous avons un seul nom patronymique commun, nous sommes Française. Apprendrons-nous enfin, nous aussi à ne nous sentir que frères et sœurs d'une grande famille allemande? »

Je recopie cet article allemand, cité par Henry Bordeaux, dans Sur le Rhin, pour ne pas dénaturer ce qu'il y a de fierté dans l'âme de nos ennemis vaincus, et puis pour la joie de constater qu'après que nous avons si longtemps demandé au Discours à la nation allemande de Fichte comme on se relève de Iéna, maintenant les Prussiens demandent des leçons à la glorieuse propagande de la Ligue des patriotes. Cette page du Tag, ce De profundis clamavide l'Allemagne donne à l'histoire la mesure des services rendus par Dêroulède et ses amis.

T"Ui ce qui rappelle notre ancienne collaboration avec la population

de la rive gauche doit être nais dorénavant en valeur. Je dédie à nos troupes d'occupation sur la rive gauche ces quelques notes sur les troupes rhénanes qui dans les derniers siècles ont servi la France (et j'en fais mon remerciaient au lieutenant Waline, à l'Histoire des troupes étrangères au service de la France de Fieiïé (1854) et à l'Histoire de l'infan terie française du général Suzanne (1876).

Les lansquenets et les reitres [lands knechts et reiters) qui, du xme au xvne siècle, servirent en bandes dans les armées françaises, venaient -de Saxe, de Brunswick, de toutes les contrées de l'Empire, particulièrement du Duché de Deux-Ponts et des pays Rhénans.

Au début du xvie siècle, ces mercenaires allemande affluèrent en France. Les petits princes des bords du Rhin qui, depuis longtemps, inclinaient vers nous et qui avaient appuyé la candidature de François Ier à l'Empire, redoutaient la vengeance de Charles-Quint et vendaient des troupes à son plu- puissant ennemi.

Vers 15^8, les lansquenets étaient groupés en trois régiments commandés par des capitaines généraux, l'un de ceux-ci était le comte du Rhin, il touchait, comme commandant de régiment, 1000 livres d'appointement par mois. Dès cette époque, les troupes allemandes qui servaient la France avaient même des colonels-généraux : en 1542, Jean, baron de Heidesch, en 1544. François de Clèves, en 1É02, Maurice, landgrave de Hesse-Cassel.

Au xvne et au xvme siècles, de nombreux régiments d'infanterie ou de cavalerie allemands sont levés par la France ; en général, ils participent à une ou plusieurs campagnes, puis il- sont dissous ou incorporés dans d'autres régiments « étrangers ». Quelques-uns, cependant, à partir de 1654, subsistent et deviennent permanents. Au début de la Révolution certains régiments de cavalerie portaient encore des titres étrangers, tel le Royal Allemand qui se distingua si maladroitement aux Tuileries le 12 juillet 1789, mais depuis longtemps ces régiments ne recevaient plus d'étrangers, et le Royal Allemand, commandé par un lorrain, le prince de Lambesq, n'avait d'allemand que le nom. Au contraire les huit régiments d'infanterie Alsace. Salm Salm, La Marck, Royal Suédois, levés au xvue siècle, et Royal Hesse Darmstadt, Nassau, Bouillon, Royal Deux Ponts, levés au xvin8 siècle, étaient Allemands, ou plus exactement Rhénans.

A l'origine, plusieurs ont été levés en pays rhénan par des princes, amis de la France. Le plus ancien, le régiment d' < Alsace » qui garda son nom même après l'annexion de Strasbourg, avait été levé par Guillaume de Nassau-Sarrebriick. Au xvme siècle, le régiment de

Nassau est levé par un aune prince de Xassau-Sarrebriick, (iuillaume- Henri. Royal Deux Ponts est levé en 1757 par Christian, comte de Forbach, duc de Deux-Ponts.

Jusqu'en 1792, les colonels de ces régiments sont pour la plupart des gentilshommes allemands, et une étude approfondie permettrait certainement de reconnaître en très grand nombre, parmi les officiers, des représentants de la noblesse rhénane. Pour ne citer qu'un exemple le régiment d'Alsace a pour colonels, à partir de 1067, les princes de Birkenfeld. L'un d'eux, au siège de Barcelone, répond à Vendôme, qui cherche à l'éloigner de la tranchée : « Je tiens d'autant plus à rester à mon poste que la brèche est défendue par les Allemands impériaux, commandés par mon cousin de Darmstadt ; je veux leur montrer que les Allemands de France savent faire leur devoir. »

Cet Allemand de France devint en 1733 duc de Deux-Ponts et se démit de son régiment en faveur de son fils. Jusqu'en 1776, le colonel d'Alsace est toujours un prince de Deux Ponts ; le dernier, Maximilien- Joseph, deviendra roi de Bavière en 1606.

Au milieu du règne de Louis XV, notre infanterie allemande comptait 525 officiers et 7.600 soldats. Certes, tous n'étaient pas Allemands. Ces régiments recevaient des Français, en général originaires de nos pays alsaciens et lorrains. C'est ainsi que Kellermann, né à Strasbourg, fut cadet dans Lowendahl, puis enseigne dans Royal Bavière (qui prit par la suite le nom de Royal Hesse- Darmstadt). Mais tous les pays qui bordent le Rhin nous donnaient des soldats, et le régiment de Bergh, qui fut incorporé en 1760 dans celui d'Alsace, avait été levé en 1744 par un baron de Bergh dans le pays de Juliers, près d'Aix-la-Chapelle.

Dans ces régiments allemands, les commandements se faisaient en allemand, et la solde y étaient plus élevée, afin d'attacher à la France les princes ou les nobles qui les commandaient.

Ainsi, pendant des siècles, avant que la Révolution n'ait poussé jus qu'au Rhin les soldats français, des Rhénans se sont battus pour la France, et bravement ! Ils se disaient toujours Allemands, mais Allemands de France, et les derniers d'entre eux, en 1791, réclamèrent le titre de Français et le droit de servir en cette qualité. De fait, on les retrouve en 1792 à l'armée des Ardennes et sous les ordres du Bavarois Luckner.

Quels étaients les sentiments de ces mercenaires à notre égard, au xvne et au xviii8 siècle î Leurs fréquents déplacements à travers la France et leur contact avec nos régiments nationaux ne pouvaient que les rapprocher de nous. Ces petits cousins de Spire ou de Deux-Ponts devaient presque se trouver chez eux. d'ailleurs, au milieu du

xvni" siècle, dans cette Lorraine qui avait encore ses douanes tournées contre la France, qui faisait toujours partie de la province ecclésiastique de Trêves, et qui ne savait pas exactement où était sa frontière avec l'Allemagne, à tel point qu'au moment des élections pour les Etats. Généraux, on ne sut pas, dans le bailliage de Bouzonville, si certains villages étaient français ou allemands.

Sur les entrées militaires en Lorraine, en Alsace et dans toute la Rhénanie, voir parmi tant de belles pages de tous les journaux les Merveilleuses heures d'Alsace et de Lorraine, par Louis Madelin, et Sur le Rhin, par Henry Bordeaux.

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