AUS EURE
questions, il décida la fondation d’une œuvre destinée à recueillir les enfants qu’il voyait défiler devant son tribunal et qu’il était impuissant, de son propre aveu, à arracher au vice et à une contamination définitive, faute de moyens et d'organisation. Dans un des premiers rapports qu’il donnera tous les ans à l’Assemblée générale, pendant plus de 20 ans, M. Marin nous dit la pratique qu’avaient adoptée les fondateurs de l'Œuvre avant la création de la Colonie Saint-Louis. Ils confiaient l’enfant à l’hospice des Enfants- Assistés, le visitaient, prenaient des renseignements sur son : passé, sur sa conduite, sur sa famille et, après l’avoir vêtu et muni d’un petit trousseau, lui trouvaient un emploi, Île plus souvent chez un cultivateur. Mais, comme le dit M. Marin lui-même, vis-à-vis de ces enfants abandonnés ou habitués de la Correctionnelle et du Petit Parquet, les placements à la campagne, « s’ils mettent l'enfant à l’abri du besoin et l’habituent au travail, ne sauraïent nous satisfaire entièrement. Le but essentiel de notre œuvre est de moraliser l’enfant, de lui apprendre les grands principes d'honneur et de devoir. Chez les paysans dont l'unique but est d'augmenter leur patrimoine et de reculer les limites de leur domaine, les jeunes enfants me reçoivent pas, le plus souvent, cette éducation, cet enseignement élevé ; les exemples même mis sous leurs yeux ne sont pas toujours excellents ». De plus, si certains d’entre eux acceptaient cette vie de travail qui succédait brusquement à une vie d’oisiveté, d’autres s’échappaient au bout de “quelques jours ni revenaient à la ville.
C’est pour ce double motif que le conseil d’administration se décida à fonder une colonie agricole ; l’emplacement de Villenave-d’Ornon fut choisi et, dès 1890, la colonie agricole, dite de Saint-Louis, fonctionnait : c’est la plus ancienne ef, encore aujourd’hui, la plus prospère des colonies de Œuvre.
Grâce aux générosités et à l’activité déployée, l'Œuvre prenait de l’extension : au bout de dix-huit mois, 110 en-
Se ARS
fants étaient recueillis et admis dans l'établissement. L’Œuvre s’entendait avec l’Union française pour le sauvetage de l’enfance et la Société de Patronage de l’enfance et de l'adolescence pour faciliter le placement des pupilles à la campagne. Devant son succès, elle organisait des sections cantonales présidées par le Président du Tribunal civil dans les chefslieux d’arrondissement, ailleurs par le Juge de paix, sections qui vont faciliter les souscriptions ct permettre la surveillance des enfants libérés et placés dans leur. ressort.
Elle est, enfin, reconnue d'utilité publique par décret en date du 26 septembre 1892.
En 1897, M. A. Lecoq, magistrat à Bordeaux, meurt laissant comme légataire universelle Œuvre des enfants abandonnés de la Gironde. Ce legs très important permit d'installer à Léognan une autre colonie et de séparer ainsi les pupilles les plus jeunes du contact trop souvent défavorable de leurs aînés. C’est encore aujourd’hui la colonie Alfred Lecocq qui reste affectée aux enfants de 8 à 13 ans.
L’'Œuvre organise, dès lors, sur un pied plus grand, le placement des enfants en Charente et en Dordogne. Dans ce dernier département, et particulièrement à Festalemps, plus de deux cents sont placés comme domestiques de ferme sous le contrôle et le patronage de l'Œuvre.
En 1905, alle reçut un nouveau legs, une très importante propriété dans le Gers à Gensac, et c’est alors la fondation d’une troisième colonie : la colonie de Gensac où les enfants étaient envoyés à leur sortie de la colonie Saint-Louis. Ils apprenaïent là les grands travaux des champs, menaient exactement la vie du paysan, sans être astreints aux règles disciplinaires de Villenave-d’Ornon. C’était pour ainsi dire un stage probatoire avant de rentrer dans la vie, ce dont se. félicitait son fondateur. Malheureusement, par suite de l'éloignement et des difficultés de surveillance, ce grand établissement, qui aurait dû se suffire à lui-même, périclitait, et en 1926, l'Œuvre devait se résoudre à le vendre et
Lo AE AREA
à restreindre son activité aux deux établissements de Saint- Louis, à Villenave-d’Ornon, et de Lecocq à Léognan.
SECTION I