LA COLONIE AGRICOLE DE SAINT-LOUIS
1° Etude descriptive des lieux. — Elle est située sur la route du Pont-de-la-Maye, à deux kilomètres des boulevards. Elle est bornée, au nord, par le grand hôpital militaire du Béquey, à l’ouest par un chemin communal, à l’est et au sud par des propriétés privées.
Le bâtiment principal est une ancienne gentilhommière du xvine siècle, qui ne manque pas d’allure avec ses deux tourelles en poivrière et son magnifique escalier d'honneur en fer forgé. Le reste des bâtiments, sans aucun style, a été ajouté après coup pour les besoins de l’établissement comme pour ceux de l’orphelinat qui y était installé auparavant. Tout près, attenante à la colonie, exista au siècle dernier, pendant une quinzaine d’années, une colonie pénitentiaire de filles.
Les locaux sont très vastes ; ils comprennent une chapelle, deux grandes serres bien aménagées, des écuries, une étable, un hangar, une remise, une grandé salle pour gymnase, aujourd’hui salle d'honneur et de représentation; enfin, l'habitation proprement dite en forme de carré avec une cour intérieure. On peut y loger facilement cent: enfants et plus, ainsi que tout le personnel et tous les services que requiert la colonie.
La plupart des travaux d’entretien sont exécutés par les pupilles : recrépissage des murs, menues réparations, etc. Tout est très propre, remarquablement tenu, et produit sur le visiteur une excellente impression. Les enfants goûtent, loin des taudis et des ruelles sales des villes qu’ils connaissaient jusque-là, l'avantage d’un milieu propre et sain.
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L'éducation, au reste, se fait presque uniquement au grand air. ‘la La propriété, à la suite d’achats divers, a une contenance d'environ quarante hectares d’un seul tenant, aux portes mêmes de Bordeaux. Elle comprend des terrains très divers qui permettent toutes sortes de cultures : vignes, terres labourables, prairies, un très grand potager, un verger de plus de 300 arbres fruitiers, deux petits bois et, enfin, le parc. Les pupilles trouvent donc là toutes les variétés de travaux des champs et peuvent recevoir un apprentissage complet. Les distractions ne sont pas oubliées : sous un hangar, des agrès de gymnastique ; plus loin, un fronton de pelote basque ; attenant à l’établissement, enfin, un terrain de football.
Pas de voisinage dangereux pour les pupilles ; la colonie est assez retirée du bourg du Pont-de-la-Maye, aucune agglomération ouvrière ou urbaine dans les environs. Les enfants peuvent se croire en pleine campagne et n’éprou vent pas l’attrait d’un centre de distractions tout proche.
2° Recrutement. — Les pupilles. — L’Œuvre ne s'occupe pas seulement de l’enfant délinquant. L'article premier de ses statuts la définit : Association dite « Œuvre du Refuge des enfants abandonnés ou délaissés, fondée à Bordeaux, ayant pour but de recueillir, d’élever et d’instruire, dans la mesure de ses ressources, les enfants mineurs abandonnés ou délaissés qui lui sont signalés par l’un de ses membres ou par l’autorité judiciaire ou administrative ».
Cependant l'Œuvre fut, avant tout, créée, ainsi que le déclare éloquemment son fondateur, pour l'enfant de justice : « Ces parias voués au malheur, innocents dont la naissance faisait des coupables, nous les avons vus traînés tout petits sur les bancs de la police correctionnelle (M. Marin écrit ceci en 1896) ; nous avons vu les juges plus troublés qu’eux, car ils n’avaient à leur jeter comme appareil de sauvetage que la maison de correction et nous nous sommes dit qu’il fallait trouver autre chose. »
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