LES RÉSULTATS DE L'ŒUVRE GIRONDINE DE L'ENFANCE
Ces résultats quels sont-ils ?
C’est évidemment la question qui se pose à la fin de cette étude de Œuvre Girondine de l'Enfance. Ce but de redressement moral, de rééducation du mineur délinquant est-il rempli ? L’espoir du magistrat qui envoie là, pour essayer de le sauver, ce jeune vaurien candidat au crime et à la relégation est-il réalisable ? La réponse que l’on va faire à ses questions justifiera l’existence même de ces deux établissements : Colonie Lecoq, Colonie Saint-Louis.
Nous pouvons répondre, avec son fondateur, avec celui
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qui a fait vivre l’œuvre et dont on retrouve aujourd’hui encore les traces multiples d’une inlassable activité, avec M. Marin, Conseiller à la Cour d’appel de Bordeaux, qui le déclare avec sa grande expérience des choses de l'enfance : « On me pose souvent cette question : Quelle est la proportion d’enfants que vous sauvez ? En est-il beaucoup que vous êtes impuissant à ramener au rivage ? Je répoñds : non ! Les réfractaires constituent une quantité négligeable. Je pose en principe que l’on peut corriger de leurs mauvaises habitudes, de leurs vices, tous les enfants, à la condition de les recueillir lorsque les habitudes et les vices n’ont pas pris racine trop profonde. On ne saurait à coup sûr avoir la prétention de convertir ces garçons de seize à dix-sept ans, ayant séjourné rue Lambert, fréquenté les repris de justice et leurs suaves compagnes. Mais ceux de dix à quatorze ans, quelque voleurs et vagabonds qu’ils soient, on doit en venir à bout, avec de la patience, du doigté, du dévouement.
Je mets à part les déséquilibrés, les cerveaux brûlés... On en rencontre dans tous les milieux... qui font le désespoir de leur famille, s'engagent, commettent des infamies, sur lesquels le raisonnement, la discipline, la douleur des parents, les châtiments glissent comme une goutte d'huile sur une plaque d'acier.
Nous avons eu quelques-uns de ces têtes folles. huit ou dix peut-être depuis 11 ans. Il faut les placer hors des statistiques. Sur les responsables, nous ne perdons pas 20 %. »
Nous avons reproduit textuellement ce passage ; le chiffre est éloquent : 80 % d'enfants sauvés. Dans Île grand classement des institutions d'éducation corrective, la place de l’'Œuvre Girondine de lEnfance est dans la bonne moyenne ; quoique le recrutement soit relativement bon, le résultat n’en est pas moins remarquable.
L’Œuvre garde le contact avec ses anciens pupilles, les échanges de correspondance sont fréquents, soit pour de-
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mander des secours, donner de ses nouvelles ou s’enquérir d'une place. Une société amicale des anciens pupilles a même été fondée en 1901. Les enfants sont ainsi conseillés, suivis, soutenus dans la vie. On peut se rendre compte ainsi que la majorité est dans le bon chemin.
Le placement des pupilles conformément au but de ’Œuvre s'effectue presque exclusivement à la campagne. Les jeunes gens qui quittent Saint-Louis sont facilement placés à notre époque où les campagnes sont désertées. Iils font d'excellents ouvriers agricoles car certains sont de véritables spécialistes. Les enfants des villes sont moins rebelles qu’on pourrait le croire aux travaux des champs ; ceux qui n’éprouvent aucun attrait pour la terre sont placés comme domestiques, employés de magasin, comptables. Il est regrettable que l'Œuvre n’ait pu conserver la colonie de Gensac ; avec elle, le cycle parcouru par l’enfant depuis l’âge de 8 ans, jusqu’à 21 ans, aurait été complet. Il est dommage également de voir quelques intelligences remarquables que l’on a pu découvrir à la colonie Lecoq se perdre faute de bourses et d’une organisation permettant de poursuivre les études.
Néanmoins, l'Œuvre accomplie reste admirable : rééduquer ces enfants, faire de ces petits délinquants, de ces petits vagabonds d’excellents ouvriers de la terre, constitue une éclatante confirmation de l’opinion du grand criminaliste Ferri sur la rééducation de ceux qu’il appelle des dégénérés : « Si l’assignation individuelle n’est pas possible, je suis tout à fait partisan de la colonie agricole. Je crois que l'air libre est la condition physique du relèvement moral de ces jeunes dégénérés. » (Société générale des Prisons. Séance du 7 janvier 1900.)