‹ L'Application de la Législation sur l'Enfance Coupable par le Tribunal de BordeauxChapitre 27 sur 50 · VOA · texte numérisé non relu

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recevant les enfants de 8 à 13 ans, devait si heureusement compléter les diverses fondations de l’œuvre.

On parla bien de fonder un établissement de filles, mais ce projet fut vite abandonné, les orphelinats et autres établissements du même genre étant très nombreux à Bordeaux et en Gironde. D’ailleurs, cette colonie, par le caractère que Lecoq devait lui donner, allait heureusement compléter l’œuvre accomplie à Saint-Louis en débarrassant cette maison d'éléments trop jeunes pour le régime un peu militaire qu’on y avait instauré.

L'établissement est situé en plein centre de Léognan, sur la route de Bordeaux, à 6 kilomètres de Saint-Louis, ce qui est fort pratique et pour les dirigeants et pour les pupilles des deux colonies que l’on réunit parfois à l’occasion des grandes fêtes.

Les bâtiments ont à peu près la même histoire que ceux de Saint-Louis. Le corps central est formé par l’ancienne maison de campagne de M. Lecoq. Là se trouvent rassemblés les quelques services de la colonie et les logements du personnel ; tout autour les communs qui faisaient partie de l’ancien domaine. Une magnifique cour de récréation, plantée d’arbres, avec un préau et des agrès de gymnastique, est en tous points semblable à celle d’un collège quelconque. Attenant à la cour, entre une prairie et les champs de vigne, c’est-à-dire en pleine campagne, s’allonge le bâtiment de construction toute récente où vivent les pupilles.

Type d'architecture moderne avec ses plafonds élevés, ses larges baïes vitrées par où entrent à flots la lumière et le soleil, il contient au rez-de-chaussée les classes et le réfectoire ; au premier le dortoir, le vestiaire, l’infirmerie, ete

L'aspect des bâtiments donne immédiatement l’impression que nous emporterons de la colonie de Léognan nous nous trouvons en présence d’une colonie scolaire qui n’est autre chose qu’une école primaire ordinaire où les élèves seraient soumis au régime de l’internat.

SA

Le Recrutement. — Au 29 mai 1934, sur 49 pupilles qué comptait la colonie, nous en motions 11 seulement qui, acquittés par le Tribunal comme ayant agi sans discernement avaient été confiés à l'Œuvre Girondine de l'Enfance jusqu’à dix-huit ans ; 1 était confié à titre provisoire par ordonnance du juge d'instruction avant de passer pour violences devant le Tribunal pour enfants et de revenir à la colonie à titre définitif. Tous des autres étaient ou bien confiés directement par des parents qui ne pouvaient s'occuper d’eux sérieusement — parents qui paieront les premières mensualités, très légères d’ailleurs, puis qui laisseront ensuite leur enfant complètement à la charge de l'Œuvre — ou bien confiés par la ville de Bordeaux qui a fondé quelques bourses, dont bénéficient les orphelins de ses anciens employés.

Donc le milieu est sain, même les enfants de justice qui arrivent sont loin d’être des délinquants d'habitude. Depuis quarante ans qu'il est à la tête de la maison, le Directeur ne se rappelle que trois cas d’enfants intraitables — deux d’entre eux étaient des enfants de l’Assistance publique. — On voit aussitôt l’intérêt qui s'attache à arracher l'enfant jeune à un milieu perverti. L'influence des premières années est quasi-nulle et les éducateurs en font avec facilité des enfants sérieux et disciplinés. Aussi, le délit même léger, ne sera-t-il qu’un prétexte que saisiront le Tribunal ou la Chambre du Conseil pour enlever cet enfant à des parents dont le contact ne peut être pour lui que néfaste. À première vue, la sanction paraît scandaleuse un enfant de neuf ans est confié à l'Œuvre jusqu’à l’âge de dix-huit ans pour le vol d’un canard : mais combien cette mesure est sage ! Si l’on ouvre le dossier que voit-on ? L’enfant n’a pas de père, sa mère « fait des ménages » et laisse son enfant vagabonder. Une misère morale effroyable règne dans une apparence de foyer. Et le Tribunal va « condamner » l'enfant à troquer son existence contre la vie paisible et saine du petit écolier campagnard de Léognan. Cet exem-

Reynaud. D

OUBRTELS

ple que nous avons connu nous fait vivement saisir l’action bienfaisante que peut avoir le Tribunal pour enfants et le rôle que joue une maison comme la colonie Lecoq.

Avant son entrée définitive, l'enfant subit comme à Saint- Louis une visite d’incorporation et une fiche personnelle est dressée qui le suivra, pendant les longues années qu’il va passer à l’œuvre.

La vie à la Colontie.

Le régime de vie, en revanche, va différer totalement. L'emploi du temps et le régime sont ceux d’un petit collège. Nous voilà loin de la colonie agricole de Saint-Louis ; l’enfant suit les dlasses préparatoires au certificat d’études élémentaires. Deux instituteurs font les cours et les classes sont régulièrement visitées par l’inspecteur primaire. Les succès aux examens sont nombreux et le pourcentage des reçus est supérieur à celui des écoles primaires environnantes : cinq à six pupilles sont chaque année présentés et admis. Il faut compter certes, à côté de bons éléments, des sujets totalement réfractaires à toute gymnastique de l'esprit ; ces derniers après un bagage minimum de connaïssances partent pour Saint-Louis dont ils aimeront la vie simple des champs.

Mesures rééducatives ? Régime de vie ? Punitions ? Récompenses ? Nous croyons qu’il est inutile ici d’aborder des questions. Ce que chacun a pu expérimenter d’une vie de collégien interne, est en pratique dans létablissement. M. Marin, dans les nombreux rapports qu’il fera pendant plus de vingt ans, sera toujours à la fois bref et satisfait de Lecoq : « Un rêve, Lecoq, pour le Secrétaire général, dit-il, en 1905 ; jamais d’affaires, pas d’accroc. On ignore ou à peu près les rebellions, les refus de travail, les coups de tête ». Il n’y a pas eu d’évasions depuis dix ans et la cellule réglementaire qui existe est depuis longtemps inoccupée. Se montrer bon, paternel, donner de sages conseils, telles sont les

Cp, nas

mesures rééducatives que l’on met avec succès en application. L’enfant passe ainsi deux, trois et même cinq ans à la colonie ; il y reste en général jusqu’à l’âge du certificat d’études. Celui-ci passé, reçu ou non, il part pour la colonie Saint-Louis.

C’est là un des points les plus intéressants à souligner dans l’organisation de l’œuvre ; ces enfants arrivant à Saint- Louis vont former l’élément sain de la colonie, ils ont déjà été suivis pendant plusieurs années, l’œuvre de rééducation est très avancée chez eux, ils se sont pliés aux méthodes et vont constituer plus que des cadres pour les délinquants de 13 à 18 ans, nouveaux venus directement à la colonie agricole ; ils seront des exemples et formeront presque une majorité ayant l’autorité qui s’attache à leur qualité d’anciens.

Cet élément de redressement moral constitué par les pupilles eux-mêmes n’existe dans aucun établissement de ce genre, c’est en cela surtout que l’étude de la colonie Lecoq peut présenter pour nous quelque intérêt. Elle conditionne pour beaucoup les résultats obtenus à l'Œuvre Girondine de l'Enfance.

SECTION III

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