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CONSÉQUENCES

CHAPITUH UNIQUH

Le Collectivisme résout toutes les questions politiques, économiques et sociales.

L'alcoolisme. — L hygicne piil)lic|uc en f^énéral. — Dégénérescence de la race. - Dépopulation de la France. — L Instruction intégrale. — La lutte pour la vie. — L E.xtinction du Paupérisme — Accaparements et agiotages.

— Finances, ])udgets et impôts. — La cjuestion monétaire. — Libre échangisme et protectionnisme. — Les rapports du capital et du travail.

— La responsabilité des accidents. — La criminalité. — La guerre. — La question cléricale. -- Inanité des efforts laits jus(|u"à ce jour. — Le point vulnérable. — L'envahissement des étrangers — L'Anti-Sémitisme. — Le Juif dans la société collectiviste. — La question féministe. ~ Hommage à la femme. — Son véritable rôle. — Le collectivisme lalïranchit complètement. — Conclusion.

Couj) d œil sur I Avenir. — La foi en i Humanité.

Ce qui est admirable dans le Collcclivisme, ce qui montre sa puissance souveraine et le consacre comme le régime de l'avenir, c'est que, par le seul lait d'exister, et sans avoir à recourir à des moyens violents ou exceptionnels, il résout toutes les questions politiques, économi([ues et sociales devant lesquelles la société capitaliste reste désarmée.

Nous allons examiner sommairement les principales, celles qui font l'objet constant des études des savants, des discussions de tribune et des polémiques de presse, et nous montrerons combien csl IVappanlc la justesse de nolie constatation.

L'alcoolisme est pcul-èlre le principal Iléau de l'Iuimanilé ; les moralistes, les bygiénisles, les sociologues de toutes les nations le combattent avec acliarnemenl. Kn France, cent projets ont été mis en avant pour limiter ses ravages : le seul

qui ait été adopté c'est.... la lil)erté des débits de l)oissons, dont il existe .'iO.OOO à Paris. Aussi la marée alcoolique monte toujours. Dans certains états nord-américains, on a supj)rimé la consommation, des litjuides alcooliques dans les débits publics ; on s'en dédonunage en réunions privées, et si bien qu'en 1892, 1 évèque de P'argo, dans le Xorth-Dacola, pouvait écrire: « On vend aujourd'hui j)lus de spiritueux qu'avant les lois prohibitrices. » M. Alglave a bien recommandé le monopole de l'alcool à l'Etat ; ce projet a vivement frappé l'opinion ; mais il a été reconnu impraticable sous le régime de la production individuelle. Bref, la guerre contre l'alcoolisme a échoué partout.

Sous le régime collectiviste, l'Etat fabriquera et rectifiera seul l'alcool ; il ne le livrera donc à la consommation que débarrassé de ses éléments délétères; et comme il en fixera le prix, il en limitera la vente à son gré, n'ayant jjas de soucis du côté de l'équilibre budgétaire, puisqu'il n'y aura plus de budget. Pas de fraude possible : on pourrait à la rigueur se procurer des matières sucrées convertissables en alcool. Mais où trouverait-on l'alambic, que fabriqueraient exclusivement les usines nationales ? D'ailleurs à ce moment on ne fabriquerait plus de jielits alambics.

Ainsi l'alcoolisme disparait; les boissons hygiéniques, A'in, bière, cidre, d'une pureté absolue, remplacent le poison des « assommoirs » de tout acabit.

Quelles consétjuences heureuses pour la race humaine, dont l'épuisement croissant justifie les vives préoccupations qu'il inspire ! Nous avons vu, au chapitre de l'hygiène publique, que ce n'est pas seulement l'alcoolisme qui sera conjuré par l'organisation collectiviste, mais toutes les causes morbides (]ui s'ajoutent à lui i)our détruire l'humanité dans sa source : syphilis, [)lilisie, maladies contagieuses de toute nature, mauvaise hygiène de l'alimentation, de 1 habitation, du travail, du mariage, de toutes les conditions de la vie. Tout cela disparaîtra à peu près complètement et dans un avenir prochain. La fatale dégénérescence qui nous trappe sera donc enrayée; un sang plus pur circulera dans nos veines; nos poumons fonctionneri)nt i)lus li])rement dans notre poitrine élargie; notre

estomac digérera mieux; nos nerfs ne seront plus surexcités; nos muscles deviendront plus puissants; plus de spull'releux, de rachiti({ues, de scrofuleux, d(; fous, mais une humanité saine, forte, heureuse !

Et la dépopulation de la France, croit-on qu'elle persistera à nous affliger, cpiand la nourriture et l'entretien de chaque enfant seront assurés d'avance, et (ju'au lieu d'être une source de misère, les nombreuses familles augmenteront Tabondance des parents ; quand le mariage sera dégagé de toute préoccupation pécuniaire, que les hommes autant que les femmes seront poussés à se marier jeunes, les premiers par la suppression à peu près complète de la prostitution, les secondes par Texonération de l'obligation de travailler ; quand les naissances dites illégitimes, elles-mêmes, seront entourées du secret res[)ectueux et de la |)rolection auxcjuels elles ont droit; enlin quand les soins hygiéniques, qui font si souvent défaut, seront assurés aux enfants comme aux mères?

Quelle prodigieuse édosion ! quelle poussée de petits P'rançais nous allons voir dans de telles conditions ! Ah ! c'est alors que le : Croissez et multipliez ! ne sera plus un vain mot ! Si nous avions quelques craintes, ce serait même du côté de l'exagération de l'accroissement, et peut-être, après avoir cherché si longtemps en vain les moyens d'empêcher la population de diminuer, scra-t-on oliligé d'en chercher pour l'empêcher d'augmenter trop vite. Mais nous n'en sommes pas là ! La terre est grande et féconde. P^lle peut nourrir des peuples inliniment plus nombreux.

Dans la société actuelle on a beaucoup parlé de l'instruction intégrale, mais sans pouvoir songer sérieusement à la réaliser. En elTet, il y a déjà trop de gens instruits, déserteurs de la classe ouvrière qui ne peuvent trouver leur place dans la classe bourgeoise. S'esl-on assez plaint de la difticullé de se faire une situation, même par les plus énergicjues ed'orls, de l'encombrement des carrières, de l'àpreté croissante de la lutte pour la vie ! Toutes ces questions se lient ; elles tiennent toutes à la même cause : l'individualisme, devenu un système social, au lieu de rester l'expression de la liberté matérielle et morale de l'homme. Cette cause, le collectivisme la supprime.

et avec elle tous ses effets. Nous ne saurions trop insister sur la caractère de calme dans le travail fécond cjui présidera, sous le régime collectiviste, à laccomplissement de tous les actes de la vie, et qui remplacera la fièvre des agitations stériles que nous connaissons actuellement. L'elTort sera moindre, mais bien plus productif, parce qu'il sera mieux dirigé. On n'aura pas besoin de se disputer les situations ; chacun aura la sienne, qui sera précisément celle que comporte son degré d'intelligence et de travail. Quel changement !

UExtinclion du paupérisme , tel a été le titre d'une brochure à laquelle le nom de son auteur valut quelque célébrité, tel est le programme de tous les réformateurs. Et cependant le chancre de la misère n'a pas cessé de s'étendre ! Le collectivisme, on l'a vu, le fait disparaitre dès son premier jour !

On s'émeut beaucoup, depuis quelques années, des conséquences, désastreuses pour les consommateurs, de la concentration des capitaux : des syndicats, disposant de ressources immenses, monopolisent un produit, ou du moins en accaparent une part importante, et créent des hausses factices dont ils tirent d'énormes profits.

On se plaint aussi des désastres causés à l'épargne nationale par l'agiotage sur les valeurs. Sur le champ de la spéculation où le gros capital opère à coup sûr, puisqu'il règle les variations des cours, le petit capital est toujours dévoré.

Comment la société capitaliste, même si son gouvernement était remis à des mains pures et désintéressées, empècheraitelle ces abus? Elle ne pourrait le faire qu'en portant atteinte à la liberté commerciale qui est son principe fondamental 1 On a souvent parlé de supprimer la Bourse ; mais alors il faudrait supprimer les valeurs, supprimer les sociétés anonymes, supprimer la loi de l'olTre et de la demande. C'est absurde. Il n'y a qu'un moyen deremédieràtoutcemal, c'est de remettre la production et la répartition aux mains de l'Etat...

De la Bourse aux finances publiques, il n'y a qu'un pas. Pauvres finances ! Ont-elles fait prononcer des paroles et noircir du papier ! Si l'on réunissait dans une seule bibliothèque tout ce qui les concerne, quel amas de volumes on obtiendrait ! Tant de travail a dû, sans doute, atteindre les

extrêmes limites de la perfection, et nous devons avoir une fiscalité modèle, des budgets irréprochables, d'amples ressources pour tous les besoins. Hélas! Pnrmi les défenseurs de l'ordre actuel, il n'en est pas un, pas un seul, pour oser soutenir que ce (pu existe est simplement supportable. Les ministères les plus modérés annoncent toujours des réformes financières ; il est vrai (piils ne les accomplissent jamais. Il en sera ainsi tant qu'il y aura des impôts, des budgets. Ces choses-là sont irrémédiablement injustes et mauvaises. Il n'y a qu'aies supprimer, et c'est ce que lait le collectivisme. Alors tous les efTorts intellectuels, stérilement dépensés à créer des recettes pour équilibrer le budget, à améliorer l'assiette des impôts, etc., se reporteront sur la production. Faut-il insister sur l'utilité de ce renfort ?

Ces questions financières sont si vastes, si complexes, que leurs moindres spécialités deviennent des sciences distinctes. Telle est la question monétaire. Nous a-t-on assez rebattu les oreilles du mono-métallisme et du bi-métallisme ? Tout cela, nous le reconnaissons, a une grande importance dans la société actuelle ; c'est une des mille superfétations qui disparaîtront sous le régime collectiviste, sans que l'on songe jamais qu'elles laissent une lacune.

Qui de vous l'emportera, messieurs les libre-échangistes et messieurs les protectionnistes ? Depuis bien longtemps vous rompez des lances, et cependant la victoire n'a encore penché d'aucun côté. L'Angleterre s'enrichit avec le libre échange ; les Etats-Unis d'Amérique et l'Allemagne s'enrichissent avec la protection ; la France a essayé les deux systèmes et aucun ne lui réussit. L'opinion qui prévaut dans notre pays est d'être libre-échangiste pour les autres et protectionniste pour soi ; mais il est difficile de rédiger un tarif douanier sur cette base ! Bref, plus on discute, moins on est d'accord. Les faits donnent alternativement tort et raison aux deux partis. Fin résumé la question est insoluble. Sous le régime collectiviste elle n'existe même pas.

Qui trouvera la formule tant cherchée des rapports du capitail et du travail? Salarial, disent les conservateurs; association, coopération, mutualisme, disent les réformateurs. Et la

discussion coiilinue... et elle conlinuera jusqu'à ce que le collectivisme, en supprimant le capital, lasse cesser le combat laute de l'un des combattants.

A qui incombe la responsabilité civile des accidents? A celui qui les a causés par son lait, répond le Code civil. JMais là précisément commence la dilïiculté. Depuis une vingtaine d'années environ, un projet de loi, destinée régler la (piestion, erre mélancoliquement des couloirs du Palais-Bourbon à ceux du Luxembourg. De temps à autre on lui consacre (juelque beau discours, quelque rapport documenté; puis l'infortuné disparaît de nouveau dans les profondeurs du cartonsépulcre, sur le Ironstipice duquel on peut écrire : Lasciale ogni speranza. Une ligne du code collectiviste tranchera le débat : « La solidarité sociale met à la charge de la nation la réparation du préjudice résultant de tous les accidents. »

Les progrès de l'instruction, de la civilisation, l'adoucissement des mœurs devraient entraîner une diminution considérable de la criminalité. On ne s'en aperçoit guère. Que de policiers, que de gendarmes, que de prisons sont encore nécessaires pour

Défendre les champs et la ville Du vol et de liniquité.

La misère, la cupidité, l'alcoolisme sont les grands pourvoyeurs du crime. Le collectivisme, en les supprimant, ne laissera guère subsister que les crimes passionnels — heureusement rares, et ([ui le deviendront encore plus par la suppression de l'excitation cérébrale résultant de la lutte pour la vie - et les violences contre les personnes, c{ui s'atténueront de plus en plus par le développement de l'éducation.

Ce cjui, plus encore que la criminalité individuelle, attriste le penseur et fait douter du progrès les âmes faibles, c'est la guerre. On frémit d'horreur et de honte quand on entend des hommes d'Etat, des pasteurs de peuples, faire hautement l'apologie de cette forme moderne de la sauvagerie primitive, en proclamer l'utilité, la nécessité, l'éternité. A côté de ces monstres d'un autre âge, il est consolant d'entendre la voix des grands hommes qui s'efforcent de déshonorer la guerre et de trouver une autre solution des conflits internationaux.

Tous les cœurs ont vibré sous leurs éloquentes protestations: la cause de la paix est gagnée dans toutes les consciences.... Mais jamais les armements n'ont été plus formidables, et les tueries qu'ils nous annoncent elTaceront le souvenir des plus affreuses bécatombes du passé. Pourquoi? C'est parce que la guerre entre nations est la consé(|uence fatale de la guerre entre indix i.ius ([ui (ail le fond de la vie sociale ; elle en est le développement logi(|ue : la supprimer quand on glorifie la seconde est plus qu'une anomalie : c'est une impossibilité, f^e collectivisme fera revivre la fraternité entre les hommes, et par suite entre les peuples : la paix est dans son principe, comme la guerre est dans celui de l'individualisme social.

\'ous êtes bien préoccupés des envabissements de l'Eglise, amis radicaux : et ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on signale le péril clérical. On avait déjà commencé avant la Révolution de 1789 ; on a beaucoup continué depuis ; pour ne parler que de la troisième république, nous avons eu l'instruction laïque, l'article 7, l'impôt sur les biens de main-morte, l'envoi des séminaristes à l'armée. On réclame beaucoup aussi, mais en vain, la séparation des Eglises et de l'Etat et la sécularisation des biens congréganistes. Fort bien. A ([uoi tout cela nous a-t-il conduits? Il est incontestable, — et personne ne nous démentira — que les cléricaux sont plus puissants aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Ferry a osé expulser les moines non autorisés ; depuis, ils sont tous rentrés chez eux; tous. Nous avons eu ensuite des ministères radicaux. Aucun n'a en l'audace de refaire ce qu'avait fait l'opportuniste Ferry. En 1885, les élections donnèrent une Chambre prétendue avancée. Une commission fut nommée, dès le début de la législature, pour examiner les propositions de suppression du budget des cultes. La majorité de cette commission était radicale et favorable à la suppression. Quatre ans s'écoulèrent : la commission n'avait j)as même déposé son rapport !... Et la suppression de l'ambassade auprès du Vatican, quel ministre radical la proposée? Nous aussi nousavons étéun anti-clérical acharné ; nous aussi nous avons cru à toutes ces solutions qui remplissaient les i)rogrammes. Nous en sommes revenu, et ce qui nous étonne profondément c'est qu'il se trouve des naïfs pour

y croire encore. La vérité c'est que l'Eglise lait corps avec la propriété ; le fond de son influence c'est qu'elle dispose de la puissance que donne la fortune à ceux qui la possèdent ; qu'elle est le lien qui unit indissolublement les riches dans leur lutte contre les pauvres. Etre bien avec son curé, avec son évèque, c'est être assuré de voir s'ouvrir devant soi toutes les portes, c'est l'accession facile à tous les honneurs, à tous les profits. Voilà pourquoi l'infime troupe des simples qui croient réellement est renforcée par l'armée immense de ceux qui font semblant de croire. Voilà pourquoi le vieil édifice vermoulu du catholicisme fait. encore illusion. Mais vienne la suppression de la propriété individuelle, et il s'écroulera de lui-même sans qu'on ait besoin de faire le moindre effort pour hâter sa chute. Jamais le catholicisme n'aura été plus libre et moins persécuté que sous le collectivisme ; jamais il n'aura été plus près de son heure dernière.

La facilité des communications pousse la partie la plus malheureuse des peuples pauvres à chercher à gagner sa vie dans des pays plus riches. La France est envahie par les étrangers qui augmentent le chômage et diminuent le prix de la main-d'œuvre, à la grande joie des patrons, mais à la grande colère des ouvriers français. Partout les conflits éclatent, les haines s'aiguisent. Dans certaines villes, il y a des crises aiguës et des luttes politiques violentes sur cette question qui prime toutes les autres aux yeux des ouvriers. En régime collectiviste, nulle difficulté : la France est ouverte à tous ; mais le travail est réservé aux Français, sauf les cas où la main-d'œuvre manque. Un étranger est donc dans l'impossibilité matérielle de vivre chez nous si nous n'avons pas besoin de lui.

Le plus redoutable envahissement, aux yeux de beaucoup de bons Français, c'est l'envahissement des Juifs. Voilà une question brûlante et actuelle! L'anti-sémitisme, servi par des écrivains de talent, basé sur des faits connus de tous, voit s'accroître le nombre de ses partisans. Mais où aboulira-t-il? Il semble difficile, à notre époque de tolérance, de conduire tous les Juifs aux frontières. Et puis, qui les accueillerait? Philippe le Bel, lui-même, n'en vint pas à bout, bien qu'il

employât le Ter et le leu, moyens que Drumonl lui-même trouverait un i)eu excessifs. Interdira-t-ou aux Juils les emplois publics ? Leur retirera-t-ou leurs droits [)()lili((ues ? Pourvu qu'il leur reste le « bedit gommerce » — qui mène à la haute banque — ils a en seront pas moins nos maîtres. Comment limiter leur fortune? Nous n'avons jamais vu, dans la campagne anti-sémite, l'indication d'une solution précise- Et en effet, il n'y en a pas de possible.

Le collectivisme ne fera aucun mal aux Juifs ; il se bornera à retirer à ceux d'Algérie la qualité imméritée de citoyens français ; ceux de France garderont les mêmes droits ; cependant la question juive sera résolue.

Pourquoi? parce que le Juif, dans la société collectiviste, ne sera plus malfaisant. Ne pouvant plus vivre en parasite de commerce, de spéculation, d'accaparement, ne pouvant plus attirer à lui l'épargne des travailleurs, il sera réduit à travailler ...ou à s'en aller. Il travaillera... le moins possible, mais il travaillera. Il se réfugiera dans les administrations, dans les magasins généraux, là où on ne peine pas trop et où on peut* arriver à des situations avantageuses. Peu à peu, dans un milieu régénéré, il perdra ses mauvais instincts ataviques ; il fournira à la nation de bons employés, de bons chefs de service. Son intelligence des affaires fera merveille dans notre organisation simplifiée ; et la race elle-même, n'étant plus maintenue par l'étroite solidarité qui rapproche les Juifs actuels dans un besoin de protection mutuelle, au sein d'une société où tout est lutte, sentira ses principes rigoureux se détendre dans le bien-être, la fraternité de la société future; elle finira par se perdre au sein de la race française.

Schaeftle a donc eu raison d'écrire : « Certes, on n'a rien pu imaginer de plus fort contre l'aristocratie financière, et en particulier contre les Juifs, que cette exclusion, de droit social, des moyens privés de production et des sources de rente privée. »

E[ cependant, comme le fait observer le même auteur, les principaux fondateurs du collectivisme, Karl Marx, Lassalle, étaient d'origine juive !

Nous encourrions le grave reproche de lèse-galanterie pour

n'avoir pas parlé plus tôt du féminisme, si nous ne pouvions répondre au beau sexe, pour notre entière justification, que nous avons voulu garder pour le bouquet final la page qui le concerne.

On a peut-être un peu compliqué cette question du féminisme, et sans doute nos solutions ne donneront pas pleine satisfaction aux outrancières du nouveau parti. Nous leur affirmons cependant, et du cœur le plus sincère, que jamais leur cause n'a rencontré un défenseur plus convaincu que nous. Nous éprouvons pour la femme ce respect tendre et un peu mystique des anciens clievaliers, et quand nous ])rotestons contre les revendications qui veulent en faire l'égale de l'homme en toutes choses, c'est parce que nous la rêvons beaucoup plus haut, étrangère aux peines et aux soucis matériels, dans un temple où la suivraient nos adorations, où elle serait toute entière à l'accomplissement de ses fonctions augustes : l'amour et la maternité.

Est-ce là diminuer la femme, amoindrir son rôle, la subordonner ? Oh non ! Nous voulons au contraire que l'homme soit l'esclave de la femme, qu'il travaille pour elle, qu'il écarte de son esprit ces préoccupations vulgaires qui le rabaissent ou le souillent, et qu'on rencontre à chaque pas dans la vie, si améliorées qu'en soient un jour les conditions. A l'homme toutes les tâches rudes et amères, à la femme toutes les douceurs. T^'homme fatigué, meurtri par la lutte, doit oublier ses chagrins en franchissant le seuil de sa demeure, et apporter à sa compagne le meilleur de lui-même pour se retremper, reprendre de la force et de la sérénité dans ces douces causeries, ces caresses plus douces encore où seulement se goûtent les joies pures et durables.

En résumé, dans l'association des sexes, chacun fournit sa part ; l'homme pourvoit aux besoins matériels ; la femme apporte le bonheur. Pour remplir cette haute mission, la femme ne doit pas être la femelle qu'elle était aux temps antiques et qu'elle est encore chez les Orientaux. Son corps ne peut être trop beau, son cœur trop affectueux, son esprit trop cultivé. Loin de la confiner dans les grossières occupations du ménage, — que la société collectiviste restreindra fort

heureusement beaucoup — nous voulons qu'elle reçoive une éducation complète et raffinée, ((ue le sens esthétique soit développé chez elle, ([u'elle ne reste étrangère à aucune des jouissances de l'art. Ainsi soustraite à l'action déprimante de la vie matérielle, n'ayant jamais à descendre des hauteurs de l'intelligence et du sentiment, la femme deviendra, chez son mari et chez ses enfants, l'inspiratrice de toutes les généreuses initiatives, de toutes les nobles pensées. Elle planera véritablement dans une sphère supérieure; son influence sera souveraine ; c'est elle qui dirigera l'homme au lieu de recevoir sa loi.

Nous ne parlons pas ici en poète, en rêveur. Non seulement nos vœux sont réalisables, mais ils sont conformes à la nature; la place que nous voulons pour la femme est celle qui convient à son organisme, à ses aptitudes physiques et morales. Qui oserait soutenir que la femme, telle que nous la concevons, ne serait pas la compagne idéale de l'homme? Qui oserait lui comparer la femme médecin, la femme avocat, la femme ingénieur, la femme politicienne? Oh ! la femme politicienne! N'est-ce pas pitié de voir un être de douceur et de grâce en proie à d'aussi laides choses? Quel tableau d'intérieur! Le mari rentre las, triste, énervé; un peu de musique, quelques beaux vers le calmeraient. Madame la doctoresse lui raconte l'opération d'un abcès froid ! Madame l'avocate répète devant lui sa plaidoirie sur un cas palpitant de mitoyenneté ! Madame la députée lui débite un discours sur la question des sucres ! Horrible ! horrible ! Et les enfants, que deviennent-ils quand leur mère est à l'hôpital, au palais, à la Cham.bre? Confiés aux soins d'une bonne anglaise? On sait ce que vaut une telle éducation.

C'est parce que nous voulons la femme indépendante, aimée, honorée, heureuse, que nous nous refusons à la laisser nous suivre sur des terrains où elle ne peut (pie se ravaler, se ridiculiser, perdre notre afTection et peut-être parfois notre estime.

Dans la société actuelle, la femme est bien forcée de suivre l'homme dans toutes les carrières, de lui disputer tous les emplois puisqu'elle a, comme lui, sa vie à gagner. Mais à ce

point de vue l'affranchissement que lui apporte le collectivisme est complet, sans réserve : son existence est assurée sans qu'elle ait besoin de se livrer au travail. Et du coup disparaît pour elle cette atTreuse nécessité : la prostitution. Recevoir de Ihomme, comme un hommage, un tribut prélevé sur son travail, cela ne vaut-il pas mieux pour la femme que le droit de travailler comme lui ?

Notre solution de la question féministe est donc la plus complète, la plus satisfaisante de toutes celles qui ont été présentées. Nous n'aurons peut-être pas la chance d'avoir toutes les femmes de notre côté ; mais nous aurons toutes celles qui sont véritablement femmes.

Parmi les questions qui passionnent les esprits et alimentent les discussions de la tribune et de la presse depuis nombre d'années, nous avons choisi les plus passionnantes, les plus complexes, et nous avons montré (jue le système collectiviste les supprime ou les résout sans effort. Nous aurions pu prolonger cette énumération. A ([uoi bon? En dehors des grands problèmes dont nous avons parlé, il ne peut y avoir que des difficultés secondaires, et qui peut le plus peut le moins.

Cette constatation devrait frapper les esprits les plus prévenus contre nos doctrines : quand un système répond aussi complètement à toutes les nécessités d'une situation, quand en dehors de lui rien n'est possible et qu'en lui tout est facile, c'est qu'il est autre chose qu'une conception artificielle, c'est qu'il est la formule exacte, certaine, de la société qui doit sortir des élaborations inconscientes des faits économiques.

Et c'est pounfuoi l'avènement du collectivisme ne saurait être empêché — ni même sérieusement retardé — par les elYorts désespérés du capitalisme aux abois.

Nous avions eu la pensée de terminer ce livre en montrant, après les conséquences immédiates, les conséquences éloignées de l'application du collectivisme, en esquissant le tableau de l'humanité à quelques siècles en avant, ce qui aurait mis en lumière d'une façon saisissante l'importance des améliorations matérielles et morales que réalisera le nouveau système

social. Nous y avons renoncé parce que nous nous sommes trouvé entre cette double dilliculté, de répéter des choses déjà dites au cours de cet ouvrage, ou de faire à l'imagination une place trop large, ce qui eût été en complet désaccord avec la méthode positive (|ue nous avons constamment employée.

Les lecteurs qui nous ont suivi avec attention doivent se faire une idée très nette de ce que sera Ihumanité future, puisque les causti^s qui exerceront sur elle d'heureuses modifications leur sont connues et qu'il est facile d'en déduire les effets. D'une part, le bien-être, résultant de l'abondance des choses utiles et agréables, ira croissant et s'étendra graduellement, d'abord aux classes les moins favorisées des peuples civilisés, ensuite aux peuples inférieurs. On travaillera de moins en moins et on [)roduira de plus en plus. La race humaine, menacée de disparition par la multiplicité dés causes morbides résultant de l'organisation actuelle, recouvrera sa vigueur et sa fécondité. D'autre part, l'homme montera, avec une extrême rapidité, vers les hautes sphères de l'intelligence ; avec la misère et l'ignorance disparaîtront les superstitions, les préjugés, tout ce qui l'abaisse, le dégrade, l'excite à commettre des bassesses et des crimes. Le niveau moral s'élèvera donc en même temps que le niveau intellectuel. Pourquoi l'homme ne serait-il pas bon, lorsque aucun intérêt ne sera attaché pour lui à l'accomplissement d'une mauvaise action, lorsqu'il n'y sera pas irrésistiblement poussé par des tares physiologiques, héréditaires ou personnelles? Une mentalité, une moralité supérieures se dégageront du milieu purifié; et, enveloppé dans des inlluences extérieures salubres, cha(jue être se trouvera tout naturellement entraîné vers le bien, comme il l'est actuellement vers le mal.

Jusqu'où ira cette ascension radieuse ? Nos rêves peuvent à peine le concevoir. A cette question doit donc s'arrêter l'œuvre, toute de réalités, que nous avons voulu accomplir. Constatons seulement, pour terminer, (juil y a dans ces éblouissantes perspectives de (juoi étancher largement la soif d'idéal qui semble gagner les esprits desséchés par le souffle aride des négations, et que vraisemblablement ce XX' siècle, dont nous entrevoyons l'aurore, est destiné à voir, sur les

ruines des anciennes croyances et du pessimisme déprimant, s'élever une foi nouvelle, génératrice comme les religions mortes, de vertus, de forces et de bonheurs, mais non de fana tisme et de barbarie, celle qui anime profondément et ardemment l'auteur de ce livre, et qu'il éprouve le besoin d'affirmer en déposant la plume : la foi en l'Humanité immortelle, indéfiniment perfectible!

Préface

PrKI-ACK de l'ai TEIli

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