CHAPITRE V
La Production.
Production et repartition. — Le collectivisme n'a de raison d'être que s'il augmente la production — Rôle de la science dans la production. — Le régime capitaliste ne profite qu'imparfaitement de ses progrès. — Etude comparative des deux régimes avec la France comme sujet. — Classement de la population française par groupes professionnels. —, Quantité et qualité du travail. — Forces perdues.
Tout le côté économique des problèmes sociaux se résume eu ces deux questions : Produire et répartir.
La société la plus parfaite est celle qui permet de produire le plus, pour un minimum d'effort humain, et qui répartit le plus équitablement les produits.
A ce double point de \ue, nous démontrerons la haute supériorité de l'organisation collectiviste sur Tordre actuel.
Nous nous occuperons tout d'abord de la production, qui prime incontestablement la deuxième question, car la répartition a beau être opérée sur les bases de la plus pure é(iuité, si l'ensemble des objets à répartir est insuffisant, il y a souffrance générale.
Sur le terrain de la production plus encore que sur tout autre, d'ailleurs, le collectivisme doit prouver sa force créatric.e, sous peine de mancjuerde logi([ue envers son propre principe, car pourquoi réclamer le retour de tous les moyens de production à la nation si elle se montre incapable d'en faire un meilleur usage que les producteurs individuels ?
C'est donc à cet égard qu'il convient tout d'abord de rapprocher et de comparer les deux systèmes sociaux antagonisles. Si comme Ta prétendu le chef des libéraux allemands, AL
Eugène Richtcr, dans un opuscule dont nous reparlerons, (1) et M. Paul Leroy-Beaulieu. son introducteur en France, le collectivisme doit avoir pour effet de réduire la production des deux tiers, et même si cette réduction nestque de moitié comme l'a déclaré M. Méline à la tribune de la Chambre, il n'y a pas à pousser plus loin l'examen de sa doctrine : il faut se hâter de l'abandonner. Mais on va voir ce que pèse, en présence de la réalité mathémati(jue, cette assertion émise, avec une légèreté inconcevable chez des auteurs réputés graves, en dehors de toute justification statistique et en se basant sur un collectivisme de pure fantaisie, savamment arrangé pour les besoins de la cause capitaliste, en vue d'aboutir à un échec infaillible.
La production agricole et industrielle est, de nos jours, souverainement régie par la science ; les progrès de la chimie, de la mécanique, de la physique, de la biologie la modifient constamment ; mais cette action est toujours bienfaisante puisqu'elle a pour effet d'augmenter la quantité d'objets utiles produits poui une même déj^ense de force. Suivre la science pas à pas, adapter les conditions de la production à ses découvertes, en faire profiter l'ensemble des membres du corps social, telle doit être la règle d'une société bien constituée. Or cette règle ne peut être appliquée — nous le démontrerons — qu'avec un mode de production unitaire. Le régime capitaliste suit la science d'un pied boiteux et reste bien loin derrière elle •. de plus lorsqu'il s'empare dune de ses conquêtes, c'est pour l'avantage exclusif de la classe possédante ; les travailleurs sont rigoureusement exclus du partage.
Nous nous proposons de prouver la puissance productrice du collectivisme en analysant minutieusement les conditions de la production individuelle, en montrant les vices organiques qui l'amoindrissent, et en établissant que ces causes de déperdition n'existeraient pas si la production était unitairement organisée par la nation. Nous avons tout naturellement choisi la France comme sujet d'étude ; mais il est évident que nos conclusions pourront être généralisées.
(1) Où mène le Socialisme, par Eug. Richter, préface de Leroy-Beaulieu.
Tous les chiffres que nous citerons dans ce chapitre et les suivants sont extraits du dénombrement de 1891, ])ublié par le Ministère du commerce, ou d'autres documents olliciels que nous indiquerons. Nous aurions voulu nous baser sur les résultats du dénombrement de 1896, qui a été fait avec plus de soin : mais ils ne seront connus qu'en 1899.
La i)opulation de la France s'élevait en 1891 à 38.343.192 habitants, se décomposant ainsi :
Population active ■. . lô.67ô 440 h.
» inactive 21.103.089
» non classée.. . l.;')04 250
Total égal 38.3i3.192 h.
La première catégorie comprend non seulement les personnes des deux sexes ayant une occupation ou une fonction quelconque, mais les célibataires et chefs de famille vivant de leurs revenus.
La deuxième catégorie comprend les familles des précédents et leurs domestiques.
La troisième comprend les irréguliers, gens sans aveu ou sans place, pensionnaires des établissements scolaires et des hôpitaux, etc.
Voici, par groupes professionnels, la répartition de celte poi)ulalion :
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