CHAPITRE HUITIÈME
Îl ferma les yeux et répondit avec un rire amer: — Cette nuit? Non, je ne veux pas que tu me : œuittes un seul instant. Si tu t’en vas, tout recommencer.
— Qu'est-ce qui recommencera?
— Écoute, Térésa, essaye de me comprendre, Le doute va revenir; avec lui, l’enfer et la mort, aussitôt que tu mauras quitté. Voilà pourquoi tu dois rester.
‘* Elle Jui baisa la bouche et les yeux, et lui dit: — Veux-tu venir m'aider?
Ces paroles si simples précisèrent la propre pensée de Frank Braun. La main dans la main, ils descendirent en Courant l'escalier. Elle lança un coup d'œil à l’horloge.
— Comme ïl est tard! s’écria-t-elle. Dépêchonsnous. Mon père va gronder. Que veux-tu pour ton dîner ? — Des crêpes! répondit-il gaiement.
Elle Iui mit un grand tablier, lui fit préparer la pâte, assaisonner la saiade. Il porta dans la salle à manger les assiettes et les plats.
| Après le dîner, ils allèrent au jardin couper des : branches de mâûrier qu'ils effeuillèrent pour les vers à
soie, |
Le père appela Térésa pour mettre à jour les comptes de la poste. Frank Braun se mordit les lèvres et dit, en portant da main à sa poche:
— Je veux qu'il te laisse tranquille! Je vais lui donner de l'argent.
Elle lui jeta un regard suppliant. Il n’insista pas.
Férésa prit les livres et les porta dans la chambre de Frank Braun.
— Es-tu content? demanda-t-elle.
— Oui, fit-il en l’embrassant.
k * La jeune fille déclara:
— Il est huit heures passées. Ne devions-nous pas nous rendre à la bataille de Pietro contre le diable? Il la regarda et répondit sans assurance:
— Veux-tu y aller? EE — Bien sûr, avec toi ! :
Hs arrivèrent assez tard à la grange de | Pietro. La salle était comble et üls durent rester À près de la porte. La foule était si occupée à chanter qu'elle ne remarqua pas leur entrée. Ils purent donc se glisser jusqu'à une chaise libre, dans un coin. Térésa Le s'y assit, Frank Braun resta debout, tout contre elle. ES
La salle était pauvrement éclairée. Les yeux ne E< s’habituaiïent que peu à peu à l'atmosphère fumeuse. ei Pietro, cependant, s'était surpassé. Il avait pendu aux És. poutres de vieilles lanternes et installé, dans le fond, É 1 quatre torches de résine. Sur les murs brillaient de nt grandes pancartes blanches, couvertes de sentences que Et Térésa lut, en les répétant, au fur et à mesure, à l'oreille = de son amant : SD
Alleluia! Voici le règne du Seigneur-Dieu!
Heureux, ceux qui sont conviés au festin de l’Agneau! Rd
L’Agneau qui à été immolé est digne de recevoir la force, la richesse, la sagesse, l'honneur, la gloire et la louange.
Et le Diable qui les égaraït fut jeté dans l'étang de
feu et de soufre !
rl
! Le
bourin, l’accordéon sévissaient furieusement.
Me
Frank Braun eut un sourire et murmura :
— Îl puise sa science dans l’'Apocalypse. Il est en bonne voie, l'Américain!
La communauté entonna le Cantique de la Fête- Dieu. Les voix féminines montaient, dominées par celle de la Venier, placée au premier banc. La majorité des assistants restaient debout. Les autres étaient assis ou agenouillés. Accroupi au pied du cruCifix, un bébé suçait avec ardeur un morceau de guimauve.
+ Dans l’angle gauche de la s alle, le triangle, le tam-
À côté de Frank Braun et de Térésa chantait avec ferveur une horrible matrone qui tenait agenouillé devant elle un gamin de cinq ans qu’elle pouillait méticuleusement. Au milieu Sybilla Madruzzo, appuyée sur sa béquille, se tassait Sur un tabouret. Un peu en avant d'elle, un vieux paysan suivait le Cantique, toujours en retard d’un mot sur les autres chanteurs. Autour du crucifix on avait laissé un petit espace libre. Là siégeait Pietro Nosclere, flanqué à droite de son gigantesque
valet Girolamo Scuro. Gino, le protégé de Térésa, se
tenait à gauche; lorsqu'il aperçut son amie, il rampa jusqu’à elle, baisa le bord de sa robe et se blottit à ses pieds. Le cantique terminé, l'Américain se retourna, l'homme qui se trouvait derrière lui se leva et se plaça devant le crucifix.
Térésa chuchota :
— C’est Ronchi le tailleur, celui qui habite à côté de l’église.
IF était maigre et décharné, comme desséché par le
CL NV 0 LATTT
tie.
+ % A AR 7 S AN PET PEUT, SP Q Dre 4 PT LES or ee MANRRNES y . n , ty 15