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crochés aux jupes maternelles, retenaient leur souffle. Seul, le bambin de deux ans, accroupi aux pieds de l'Américain, continuait à sucer son bâton de guimauve, en agitant ses petits bras nus.
Le temps passait. Pietro, toujours en prières, implorait la grâce du Seigneur, d’abord à voix basse; puis ce furent des cris, des lamentations, une vraie lutte avec Dieu, comme pour obtenir de force sa bénédiction.
L'Américain avait fermé les yeux. Il se prosterna, se roula Sur le sol, écorchant sa chair, s’arrachant les cheveux, tandis que l’assistance où s’éveillait la même ardeur, criait: «Amen! Dieu soit louél» Les torches fumantes les enveloppaient d’un nuage rouge.
D'un bond, Pietro se releva, se retourna vers l'assemblée, le visage pâle comme une hostie et tout radieux. Il élevait à deux mains la bassine de cuivre.
— Le Seigneur à exaucé ma prière! clama-tl en portant le vase à ses lèvres. Et vous tous participerez à Sa grâce. Venez et buvez le sang du Sauveur!
Matilda Venier but la première.
— C’est du sang! Le Seigneur a changé fs vin en sang! vociféra-t-elle.
Ce cri strident frappa les murs, rebondit, - toutes parts, dans la salle. La communauté entière se pressait en avant. Girolama Scuro saisit le calice.
— C'est du sang, du sang! gargouilla-t-il, de sa voix de g'oîtreux.
Et il but, à longs traits. Les plus proches burent à leur tour. En un instant la bassine fut vidée. Pietro la remplit, s’agenouilla, pria, offrit le vin transsubstan-
tié. La petite Fiametta fut chargée de faire passer la bassine à la ronde. Quand elle arriva devant son père, elle trembla, de peur qu’il ne la battit; mais Venier se saisit du récipient, le vida d’un coup et retomba lourdement sur son banc.
De nouveau l'Américain remplit le vase, implorant toujours le miracle et Fiametta présentait ensuite le vin sacré aux fidèles. Les hommes grognaient: «Du sang, du sang!l», les femmes glapissaient: «C’est le sang du Saüveur!» Un gamin recracha la gorgée qu’il avait absorbée. On lui entonna, de force, le liquide divin. La vieille Sybilla prit le vase, à deux mains, s’y désaltéra avec ferveur, tout en faisant une prière muette. 5a voisine, une vieille paysanne, lui demanda: «Du sang?> La mendiante acquiesça de la tête.
Tous burent. Les bouteilles se vidaient sans arrêt, dans la bassine de cuivre. Fiametta trottinait affairée, le visage radieux, toute sa douleur oubliée. Dressée sur la pointe des pieds, elle tendit le breuvage à Térésa.
Comme la jeune fille refusait de la main, Frank Braun lui murmura à l'oreille: «Prends et fais semblant de boire!» Elle obéit et lui passa le calice. II se signa et but.
C'était du bon vin pur.
Alors le petit sourd-muet Gino qui restait le dernier se désaltéra avidement.
-— Est-ce du sang? demanda Térésa.
Frank Braun fit oui de la tête.
Térésa ne manifestait plus le désir de partir. Elle se rapprocha de son amant et se couvrit la tête de son
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