CHAPITRE HUITIÈME
Elle se prosterna, à côté de l'enfant:
— Agneau de Dieu, ayez pitié de nous!
Et l’enfant sanglota:
— Ayez pitié de nous, Jésus!
Frank Braun pensait, à part lui:
— Tiens, tiens, le douanier!
Alors il entendit Térésa lui chuchoter à l'oreille:
— Allons-nous-en, bien-aimé, ces gens sont effrayants! ;
Il essaya de se dégager; mais la pièce était archicomble et tout le monde poussait en avant pour mieux voir Matilda Venier, son mari et le misérable fruit du péché.
— Îl ny a pas moyen de partir, murmura Frank Braun. Attendons que le calme soit un peu rétabli.
Térésa se serra plus étroitement contre Frank Braun, lui prit la main entre ses paumes brûlantes.
L’Américain, après une prière, prit la parole. C'était un flot tranquille et monotone. On avait pourtant l’impression que sous les mots inoffensifs un feu violent Couvait. Il employait des images simples et des pensées banales: «Le Seigneur était bon; il pouvait être aussi plein de colère, Le Sauveur avait donné son sang pour les péchés du monde. Il fallait se joindre à lui pour combattre Satan. La puissance du diable était immense: mais celle du Rédempteur la dépassait et, sous la bannière du Sauveur, l'Homme devait livrer bataille au Démon.
Derrière ces vieilles phrases qui coulaient doucement Frank Braun sentait venir l'orage. Il serra Térésa contre
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lui d’un geste enveloppant, protecteur et lui dit dans un souffle:
— Écoute, écoute!
L’Américain, qui s'était tu, tordait convulsivement 4 ses mains. On n’entendait plus que le craquement de ses articulations. Soudain il clama:
— Dieu m'a donné un signe!
Sa voix monta encore:
— Dieu m'a donné un signe!
Il jeta un regard rapide sur l'assistance. Il vit tous les yeux, fixés sur lui, dans une attente merveilleuse.
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— Attendez, chers frères et chères sœums! Avant ma révélation, buvez avec moi le sang du Christ, afin de fortifier vos âmes pour la bataille où je veux vous conduire.
Il s’approcha du crucifix, se baiïissa, ramassa par terre une bassine de cuivre qu'il tendit à son valet. Ayant vidé deux bouteilles de vin rouge dans le récipient métallique, il l’éleva, à deux mains, en se tournant vers le crucifié:
— OÔ Seigneur Jésus, toi qui portes les péchés du monde, tu transformes dans la main de ton prêtre le vin en ton sang pour qu'il en reçoive la force divine! Seigneur, tu m'as aussi élu dans la maison de ton Père. Veuille donc changer en ton sang ce vin, par le miracle de ta grâce!
Il s’agenouilla lentement, murmurant tout bas des prières.
Dans l'assemblée régnait un silence de mort. Pas un mouvement, pas un bruit! Les enfants mêmes, ac-
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