CHAPITRE PREMIER
— En êtes-vous si sûr? remarqua d'Allemand avec un certain air de commisération. Vous vous tenez sur le même terrain qu'Alfieri. Au premier abord il semble aussi dur que le roc de vos montagnes, en réalité ce n'est qu'un informe amas de nuées inconsistantes. Qu'on donne à Alfieri un terrain vraiment solide, il renversera votre Rome. Nous sommes toujours ramenés au même point: la connaissance suprême. Voilà le grand secret!
— Je ne vous comprends pas, docteur.
-— Cela ne m'étonne point, mon révérend. Abandonnons ce sujet de conversation, voulez-vous? Je vous ai prié de m'indiquer un lieu solitaire dans votre diocèse,
pour y passer quelques mois. Vous m'avez recommandé
Val di Scodra.
— Oui, Val di Scodra, répéta le prêtre.
— L'endroit est-il vraiment tranquille?
— Oui.
— [solé?
— Vous ne trouverez pas au monde pareille solitude. Frank Braun tendit la main au prêtre, par-dessus la table, en ajoutant:
— Ne m'en veuillez pas, monsieur le curé. Nous sommes tous de faibles pécheurs.
Son visage respirait une telle naïveté que le vieillard se prit à rire et lui serra cordialement la main. __— Je ne vous en veux pas du tout. Permettez-moi, toutefois, de vous rappeler que, ce matin, je vous ai déjà donné les indications nécessaires.
.— Je n’en ai pas oublié une seule. J’ai malheureusement une excellente mémoire, don Vincenzo. Aïnsi, jo
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