CHAPITRE DIXIÈME
sont malins et ne se laïssent pas facilement rouler par les farceurs de cette espèce.
Frank Braun se leva. L’aubergiste le dégoûtait.
— Et c’est d’un acte semblable que vous soupconnez votre fille? |
Il grimpa l'escalier sans attendre la réponse, pénétra dans la chambre de Térésa. L'air y était chargé d’une odeur d'encens mêlée d’un relent de sueur fétide. Il ouvrit * la fenêtre, toute large, établit un courant d'air. On avait . déménagé les meubles dans le couloir, sauf le lit et une es chaise basse où s’amoncelaient des livres pieux. II les 7 . feuilleta et les trouva marqués de saintes images. lérésa, certainement, avait lu ces pages très attentivement et les avait annotées d’une main fiévreuse. Anh! oui, elle s'était bien préparée, mais pas absolument
+ comme son père l'avait cru.
- Il s’assit sur le lit en songeant: C'était la place 3 qu'il avait prise, la veille de son départ, lorsqu'il avait 4 versé les premières gouttes de poison dans le cœur de 4 Térésa.
Était-ce du poison? Ne Iui apportait-il pas le suprême bonheur?
Les vérités que l’on croit des mensonges ne sontelles pas, quand même, des vérités? Bien plus, le mensonge et la vérité ne faisaient qu'un, comme le vice et la vertu. Mensonge pour lui, vérité pour elle, les deux faces d’un même élément.
Mais comment ces mensonges avaient-ils pris COrps, s’étaient-ils développés avec cette puissance? Il réfléchit. T1 lui avait raconté les Vies des Saints, leurs miracles,
leurs extases, leurs visions, lui avait révélé la grâce étrange des stigmates. Elle sortait alors de la grange de lPAméricain, l’âme exaltée par ce spectacle, accessible au merveilleux. Sa foi, qui fut toujours vivace, s’exalta, grâce à son amour et aux prodiges qu’elle venait de voir et d'entendre. Ah! son corps était bien préparé pour tous les miracles! Alors elle avait subi la suggestion
* qu'il lui avait imposée. Hystérique, sujette à l'hypnose, elle avait obéi à ses ordres. Pourtant il lui avait ensuite commandé d'oublier tout ce qu’il avait dit. Il se souvint alors que la deuxième fois, elle n'avait pas acquiescé à ses nouvelles injonctions. Il connaissait des exemples de médiums — à l’ondinaire des pantins entre les mains de leurs hypnotiseurs — se refusant à l’accomplissement de choses contraires à leurs sentiments. Était-ce le cas? La jeune fille avait-elle exécuté la première volonté qui lui plaisait, contrairement à celle qui lui avait été dictée après? Mais ce qui s'était passé n'était pas ce qu'il avait suggéré. Les grand traits ne différaient pas: seulement les détails. La réalisation apparaissait plus discrète, sans les folles arabesques et lés surcharges de son imagination à lui.
Non, ce qui se présentait maintenant n'était pas SOn œuvre. |
L'idée venait de lui Un autre avait édifié le temple. Térésa elle-même. Le miracle s'était-il accompli? Non, Térésa devenait légale de Marie de Moerl, de Catherine Emmerich, de sainte Thérèse, de Louise Lateau, de toutes les saintes femmes dont il: l'avait entretenue.