‹ L'apprenti sorcierChapitre 142 sur 249 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

l'ai appelée pour un ouvrage de ménage et comme elle ne répondait pas, je suis allé la chercher. Je l'ai trouvée au lit, si occupée à lire qu’elle ne m’entendit pas entrer. Le soir elle retourna chez les chasseurs du diable. Il en fut ainsi jusqu'au vendredi. Oui, c'est arrivé le vendredi. Elle ne descendit pas de la journée. Alors je suis monté la voir et l’ai trouvée malade et couchée. Je lui demandai si je pouvais ia soulager, pour toute réponse elle secoua la tête. Je la quittai et lui fis monter son déjeuner par le valet. Elle n’y toucha pas. Vers le soir

-elle appela Angelo et l’envoya chercher l'Américain qui

vint aussitôt et resta près d’elle une heure. En redescendant il me tint un grand discours auquel je ne compris ooutte, Car 1l parlait trop bas. Comme je lui proposai de consommer quelque chose, il se mit à crier et je dus le mettre dehors. Un quart d'heure plus tard il revint, flanqué de Ronchi, Ratti, des Ulpos et de quelques autres, parmi lesquels des femmes. Je leur fermai mia porte au nez. Alors Girolamo Scuro menacçca de l’enfoncer. Il hurla que je séquestrai leur sœur et qu’il la délivrerait. Enfin l'Américain mit les pouces et me déclara que tout le monde prendrait du lait, si j'en avais. Je leur ouvris la porte et leur servis du lait. Aussitôt ils grimpèrent l'escalier, moi derrière eux. Térésa était au lit, visiblement malade. Ils me montrèrent ses mains et ses pieds qui salgniaïent des deux côtés comme si un clou les avait percés. Je redescendis pour chercher de la ouate et du sublimé. Malgré les hauts cris des frères et des sœurs je avai les blessures et pansai une grande plaie que Térésa portait au flanc. Toutes ces lésions, du reste, sont super-

ficielles et ne donnent que quelques gouttes de sang. Voilà toute l’histoire.

— Et le lendemain qu'arriva-t-il? demanda Frank Braun. |

— Le lendemain? Rien de particulier. Térésa allait mieux; mais ses blessures saignaient encore. Elle se leva, sans quitter sa chambre. L’Américain, qu'ils appellent maintenant le prophète Élie, fit le ménage. Le soir, il amena sa confrérie. C’en est ainsi tous les sôirs et cela se termine par une procession à la grange où Térésa les régale de quelques divertissements. Moi, je ny trouve rien à redire tant que ça me rapporte des clients.

Frank Braun se mordit les lèvres, pris d'une rage sourde contre ce père abject. Il questionna:

— Quels divertissements?

— Je n’en veux rien savoir, grommela laubergiste. Leurs inepties ne me regardent pas!

Frank Braun le dévisagea.

— Que pensez-vous, Raïimondi, des étranges blessures de votre fille? |

L’aubergiste cracha.

— Moi? Je ne veux pas me mêler de ces histoires. Qu'on me laisse tranquillement vendre mon vin, du lait et des sirops et vogue la galère!

Il eut un large rire.

__ Cependant, jé vais vous confier une chose. J’ai été quinze ans soldat et je n’ignore pas les pratiques des gens qui veulent échapper au service: les mains droites mutilées et les palpitations de cœur provoquées. Heureusement qu'aux conseils de révision nos médecins

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