CHAPITRE ONZIÈME
IH n'était qu’un chat, mangeait et ne rapportait rien. C’est pourquoi ces honnêtes chrétiens ont osé s'attaquer
- à Jui.
I tremblait de colère. Ah! il les materaït, ces gens! À Ja cravache, ces bons amis! Et ils baiseraient le fouet qui les châtie! Sa race criait en lui et réclamait la puissance du-Seigneur sur ceux d’en-bas!
Peu à peu ïil fut envahi d’une calme tristesse. À quoi bon? Comme cet orgueil de se trouver une créature supérieure était facile!
Il caressa Ia chèvre blanche, lui cueillit des feuilles de menthe, partagea, avec elle, des mûres sauvages. Il SOUPIrA:
— Que ne suis-je un faune avec deux petites cornes, des pieds de bouc et une longue barbe, semblable à la tienne! Je serais l'époux de sept chèvres et je leur jouerais de la flûte. Parfoïs, vers le soir, je me glisserais jusqu’au lac, là où les jeunes paysannes lavent leur
linge. Ne bêle pas, vieille Marfa! Que sont-elles donc
les filles des hommes! Ont-elles tes pis à la peau fraîche, pleins de lait doux? Savent-elles sauter de roche en roche? Bah! on leur fait la chasse, on les prend et on les laisse!
De la grange arrivait un tumulte de sons.
— Les entends-tu, Marfa?. Ils chantent et ils prient. Et ils ne savent pas rire. Nous le savons bien, nous, les faunes et les chèvres, et aussi le grand Pan, caché dans les buissons.
Il retourna à l'auberge. Angelo était devant l’étable. La chèvre courut à lui, lui posa les sabots sur les
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épaules. Le visage du valet se contracta étrangement. | Il caressa Marfa, de ses mains grossières, et demanda, “| d'un ton bizarre:
# : — Monsieur est encore sorti avec la chèvre?
; Frank Braun le regarda étonné:
Eh — Que veux-tu dire?
| Angelo bégaya, rougit, ricana stupidement. Il prit la chèvre par le cou, entra dans l’étable, disparut dans l'obscurité.
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