CHAPITRE ONZIÈME
3 — Voyez-vous ça! Je t’appantiens et moi qui ai toujours cru le contraire!
: Elle l’envisagea, sûre d'elle et dit:
4 | — Taïs-toi donc! Si c’est pour insinuer que j'ai 1 été ta maîtresse, tout le village le sait! Je ne le nie
:. pas, je ne nie pas davantage que tu m'as montré le 4 chemin vers Dieu. Pietro ne le nie pas davantage. 4 Aïfinme-le-lui donc toi-même, frère!
L'Amémicain hésita un moment, puis déclara:
; — Oui, il m'a montré la route. Il m’a révélé que + l'âme du prophète Élie habitait en moi. IL m'a enseigné
1 les vertus du fouet et comment, dans ma main, le vin pouvait se muer en sang de l’Agneau.
-—— L'entends-tu? dit Térésa. Et moi aussi je conlesserai ce que tu fis pour moi. C’est toi qui m’emmenas à da grange du prophète. Je refusai, souviens-toi! Je n'ai obéi que par amour pour toi. C’est encore toi, toi | seul, qui me contas la vie des saints et des saintes. | C'est toi qui m’apportas, au Val di Scodra, la clef des La Jardins des Béatitudes.
Sa voix harmonieuse s'élevait, em beaux accords pleins.
| — Nous savons bien que tu es l’envoyé de Dieu.
Nous savons aussi hélas! que tu es le seul à ne pas croire
en Sa puissance. Tu es son instrument, alors que tu
pensais être le maître, Parce que tu ouvris la porte
du royaume de toutes les splendeurs, tu l'as considéré
comme ton propre royaume. Maintenant nous y pénétrons tous; toi seul restes dehors!
Ses paroles prenaient l'accent prophétique:
CLÉ - 41 vies
__ Le chemin qui monte là-haut est plein. de ronces et de cailloux aigus. Les épines déchirent les pieds nus et le sang jaillit-en source claire. Ce chemin, je le SUiS jusqu'en haut, là où resplendit une lumière éblouissante, où le Fiancé divin attend sa fiancée. Mes regards s’envolent vers ces hauteurs et ne s'arrêtent pas au serpent qui rampe à terre... C’est toi, le serpent, c’est toi qui me mordras. Je surmonterai cette dernière torture et, ma chair enfin vaincue, mon âme exultera sous les caresses du Fiancé. Alors, tu resteras en bas, les veux levés vers moi, rongé par le ver de la douleur. Éternellement collé à la terre immonde, tu erreras de pays en pays, Sans trêve, sans joie, Sans fn!
Elle respira profondément, se tut quelques secondes, puis ses lèvres s’agitèrent à nouveau. Frank Braun dut pencher la tête pour entendre ce qu’elle murmuraiït:
— Tu fuis la mort éternelle attachée à tes pas. Tu fuis à travers monts, plaines et vallées. Je te vois, Gntouré de grands palais de marbre blanc sur lesquels
«joue le soleil. Tu regardes le sol fixement. Quelqu'un crie ton nom... C’est ma voix que tu crois entendre... Et les nuages cachent le soleil...
Sa voix s’éteisnit. Seules ses lèvres continuèrent à s’agiter, Sans Un SON.
— Continue, Térésa! Que vois-tu encore? interrogea Frank Braun en lui pressant les mains.
Elle tressaillit, se redressa comme au sortir d’un songe et dit tout bas:
— Je ne sais pas!
Puis se levant: