‹ L'apprenti sorcierChapitre 235 sur 249 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

Frank Braun lui saisit le bras.

— ]] faut m'emmener, cria-t-il, ou je me jette sous les roues.

Le chauffeur le considéra, étonné. Cet étranger devait parler sérieusement.

— Monsieur, dit-il à son voisin, auriez-vous l’obliseance ide vous reculer un peu?

Frank Braun monta. La valet installa sa valise sous les jambes des voyageurs, puis tendit la main. L’Allemand lui jeta un billet qui tomba dans la poussière.

Le valet le ramassa, d'air perplexe.

— Monsieur, dit le chauffeur, vous lui avez donné cent couronnes! | .

— Qu'il les garde et partez, pour l'amour de Dieu!

Une dernière fois, son regard tomba sur la vallée. Il aperçut le plateau du calvaire avec ses quatre grandes CrOIX,

— Partons! répéta-t-il, fou d'angoisse.

Les roues démarrèrent.… Enfin!.….

Maintenant il respirait!

Au bout d’un moment il demanda:

__— Arriverons-nous pour la Correspondance avec le vapeur ? |

— Certainement pas, répliqua le chauffeur, nous

avons trop de retard; mais tous mes voyageurs Sont des

clients de l'hôtel et ne pensent pas à partir Ce soir.

— Moi, je veux partir, déclara Frank Braun.

Il avait peur. Les paysans s’apercevraient de son absence. Ils interrogeraient le valet, Sybilla Madruzzo, se mettrajent en marche vers la ville, cette nuit, et, le lende-

main matin, il les reverrait sous ses fenêtres. Aucune sécurité pour lui, dans da ville. I fallait qu'il s'embarquât, le soir-même, pour qu’on perdit toute trace de lui. |

I essuya la sueur de son front, s’efforça ide garder son sang-froid.

— Écoutez, dit-il au chauffeur, je dois atteindre, à tout prix, le vapeur, ce soir. Vous avez vu, j'ai donné cent couronnes au valet, eh bien, vous recevrez le triple Si vous arrivez à temps.

— Je regrette beaucoup, répliqua le chauffeur, et pourtant je ne demande qu’à gagner trois cents couronnes. Maïs si le vapeur n'a pas de retard, comme moi. il n'y à rien à faire.

Erank Braun murmura:

Tentez l’impossible! Peut-être a-t-il du retard. N°y aurait-il pas moyen de gagner l’embarcadère suivant, afin de le rattraper?

— I] n’y a pas de route, remarqua le chauffeur.

Frank Braun garda le silence, cherchant une autre solution. Rien à faire ! Les autres allaient le reprendre. Déjà ïi} croyait apercevoir le goître rouge de Scuro.

Le cor d’un postillon retentit,

Le chauffeur prit la gauche de la route et croisa- la voiture ide poste. Frank Braun aperçut l’aubergiste, assis à Côté d’une vieille femme. Il se recroquevilla. Raimondi l’avait-il reconnu? C'était certain, tous viendraient le chercher. La femme de Venier lui planterait ses ongles dans da chair. L'odieux Alvassi lui lierait les mains. Tous viendraient, le prophète en tête, et Ratti et Ronchi… Is le ramèneraient. Trois longs jours et trois longues

Page 1