CHAPITRE QUINZIÈME
nuits, ils le forceraïient d'attendre là résurrection de la sainte. Et après? Si elle ne sortait pas de sa tombe? Si leur grand espoir était déçu? Si la réalité brutale démentait enfin cette folie religieuse ? Alors se réaliserait la prédiction du jeune Ulpo. Ils le jetteraient tout vivant dans le lac. Is le déchireraient et les oiseaux de proie se repaitraient de sa chair.
Ses dents claquaient de fièvre. Au bout d’un instant, le chaufieur constata:
| — On pourrait peut-être aller à Tremosine, ce n’est pas doïn. |
— Allez-y ! acquiesca l'Allemand.
Le chauffeur hésita.
— Même si le bateau à du retard nous ne l'attraperons pas. Tremosine se trouve sur la montagne. LI faut descendre au lac par un funiculaire, assez mal installé, dont ne se servent même pas les habitants du vallage. |
— Essayvons, dit Frank Braun. Vous aurez votre pourboire, en tout cas.
Ils arrivèrent à la nuit. Les paysans, interrogés, annoncèrent que le bateau allait arriver. Le chauffeur leur
remit la valise du voyageur et les pria de descendre VPAllemand jusqu'au lac.
Frank Braun donna l’argent convenu et suivit les paysans. Le funiculaire, très rudimentaire et en MAUVAIS. état, ne senvait qu'au trafic des marchandises. I fonctionnait avec une lenteur désespérante. De sa place, Frank Braun apercevait le vapeur, venant à toute vitesse.
Le mouvement du funiculaire s'accéléra. Frank Braun fut précipité en avant, puis jeté, par des bras vigoureux,
dans une barque qui rejoignit enfin le vapeur. Frank Braun grimpa à bord.
Cependant l'Allemand, les pensées en tumulte, restait inquiet.
Ce fut la ville. Presque personne à l’embarcadère. La rive aussi était déserte …….
Il retrouva ses malles en consigne, les fit embarquer. Il scruta les ruelles obscures... Pas un chasseur du diable à l'horizon.
La sirène siffla une fois, deux fois, trois fois. On retira : la passerelle, on ferma le bastingage. Les roues se mirent à battre l’eau. Deb out, à l'arrière, il vit s’'évanouir les dermiènes lueurs de da ville. Il était Sauvé! |
Son angoisse avait disparu. Seulement il gardait une inquiétude qu'il savait n'être qu'imaiginaire. Il Sondait, du regard, les rives et les flots bleus, comme s’il s'attendait à la brusque apparition du goître de Girolamo Scuro.
En atteisnant la dernière station, le bateau manquait E& Correspondance avec les grands express qui allaient vers le nord. Un petit train d’intérêt local partait encore vers le sud. Frank Braun s’y précipita et se logea, non sans peine, dans un Compartiment bondé de vignerons. Sa valise sur les genoux, les veux dans le vague, il tomba dans une morne rêverie. La pensée absente, il agitait les lèvres pour prononcer, à voix basse, les mêmes parokes désespérantes :
— O Agmeau de Dieu qui effacez les péchés du monde...
Un contrôleur l'arracha à sa torpeur.