CHAPITRE DEUXIÈME
Frank Braun, ayant pris le sentier, fut aussitôt frappé du changement de paysage. Deux heures plus tôt, il était encore au lac de Garde, sous les palmiers. Des touffes de bambous entouraient l'étang de l'hôtel, des magnolias et des bananiers poussaient sur les pelouses. Çà et là se dressaient des pins, des cyprès ou quelque robuste eucalyptus. Au flanc des monts s’épanouissaient les citronniers et les oliviers alignaient leurs troncs tordus, jusqu’au bord le l'horizon. Ici, rien de tout cela. Le printemps, roi superbe sur les bords du lac, faisait mine d'intrus pauvre dans cette vallée.
L'étroite sente dégringolait à pic. Frank Braun rencontra deux chèvres, broutant Fherbe maigre entre les pierres. Il s'arrêta à un tournant, sur une plate-forme de rocher. Son regard pouvait enfin plonger dans la vallée, au creux de laquelle s’inserivait le cerele régulier d’un petit lac. En face de lui, et, des deux côtés, des parois de granit tombaient à pie dans l’eau, laissant sur les rives, à peine assez de place pour le passage d'un chien. À ses pieds la vallée s'élargissait un peu. Là se trouvait le village, mosaïque irrégulière de toits rouges et bruns. Tout au bout, dans le fond, se détachait le plus grand, le dernier, tandis qu'au centre, la petite église dardait son clocher. Un large chemin partait de cette église, longeait le versant nord, couvert de buissons, et aboutissait à un plateau, surplombant le lac, à l'extrémité duquel s'élevaient trois immenses Croix. C'était le calvaire. Frank Braun distinguait les 14 stations du chemin de croix.
Il poursuivit sa route, et, rencontrant un gamin qui sardait une vache, questionna :
— Où est l’auberge de Raïmondi?
Le gamin le considéra et ne répondit rien.
Frank Braun aperçut plus bas un domestique, bêchant un coin de terre. Il lui demanda:
— Où est l’auberge de Raïmondi?
L'homme resta figé sur place. Sa face, imberbe et plate, respirait la bêtise. Avec un sourire matoïs de paysan têtu, il ricana:
— Je ne suis pas d'ici.
L’Allemand perdit patience, et tendant quelques kreuzer au valet; ajouta, d’un ton impératif:
— Conduis-moi!
L'homme mit sa bêche sur l'épaule et prit les devants.
— Quel est ton nom? interrogea Frank Braun.
L'homme ricana stupidement.
— Alors il paraît qu'il faut te demander chaque chose deux fois? Je veux savoir ton nom!
— Angelo, répliqua lautre. Maïs je ne suis pas d'ici.
— Tu me l'as déjà dit. D'où es-tu?
Le gars brandit sa pelle dans la direction de l’ouest.
— De là-bas! de Turazzo!
Is atteignirent une maison, juste devant le lac. Un large escalier de pierre conduisait à une petite vérandah, le long de laquelle grimpait un rosier sans fleurs. Le valet se disposait à rentrer dans l’étable, quand Frank Braun l’interpella:
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