‹ L'apprenti sorcierChapitre 34 sur 249 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

à peu la lueur de convoitise s’éteignit au fond de ses prunelles. Sa physionomie devint rêveuse et calme.

— Pauvre et belle enfant! murmura:t:il.

I secoua farouchement la tête, comme pour en chasser toute pensée et s’écria:

Je veux chanter. Toi. lPhôte, apporte-nous ton meilleur vin!

Il monta dans sa chambre, décrocha sa guitare et redescendit.

— À votre santé, monsieur Drenker! fit- il, en trinquant avec le douanier et l’aubergiste. Je suis heureux qu'il y ait encore quelques gens dans le village qui apprécient le vin. Voulez-vous parier avec moi que je vous fais rouler sous la table?

— Bravo! dit le douanier, mais ne pariez pas, si vous voulez m'en croire. Vous ne connaissez pas la Capacité d’Aloys Drenker.

Frank Braun insista. |

— Je parie votre casque contre ma guitare.

— Mon casque?

—- Oui, c’est accepté?

— Accepté! grogna le douanier, en levant son verre. |

L'Allemand accorda sa guitare et chanta. Ce furent d'abord des scies d'étudiants, puis des couplets lubriques de beuglants, enfin des chansons de caserne. Le douanier, enthousiasmé, hurlait les refrains.

Le répertoire du chanteur était inépuisable: des vérs orduriers napolitains, des coplas d'Andalousie, dont

leux, des chansons de matelots où les cris de la chair

évoquaient les singes en cage, privés de femelles. L’aubergiste entendait mal; mais le douanier se

pâmait de rire, frappait la table du poing et beuglait:

S'il vient une grenouille, Mariée ou non mariée, | Dans le sombre, sombre bois...

Il vidait verre sur verre. Frank Braun lui tenait tête. -Avec un sourire tranquille, il engloutissait le vin, d'un seul trait, et se remettait à gratter sa guitare.

Oui, je fus longtemps à Hambourg, Vêtue de soie et de velours. | J'ai perdu l'honneur pour toujours.

Je suis une fille d'amour!

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Ma sœur m'écrit à chaque instant:

« Chère Alma, reviens chez maman !

Elle meurt et s’en va pleurant

La honte de sa pauvre enfant. »

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Et moi je réponds à ma sœur:

«Je ne reviendrai plus, mon cœur !

Pour une fille sans honneur

YŸ a plus au pays de bonheur!»

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—— Les LS -

Oui, j'ai voulu vivre à Hambourg Dans Îla soie et dans le velours.

J’ai perdu l'honneur pour toujours.

Je suis une fille d'amour !

Il chanta des romances de filles publiques, d’une sentimentalité molle comme les pains d'épice de foire. Aloys Drenker soupirait, hoquetait, sanglotait entre chaque rasade. |

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