‹ L'apprenti sorcierChapitre 78 sur 249 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

de se repentir et se mirent à prier pour son âme, Ce fut en vain. Alors ïls quittèrent leurs vêtements et se flagellèrent. La raison revint au mort désespéré. Il repentit de ses fautes et, jusqu’au Jour suivant, vécut en louant le Seigneur.

Comprends-tu? La flagellation obtint ce que n'avaient pu ni les prières ni les chants. Elle chassa le Maudit du Corps de ce pauvre moine. TeJle est la voie que nous montrent les Saints.

François d’ Assise creusait, à coups de discipline, de profonds sïllons dans sa chair et dans celle de ses frères et de ses sœurs. Saïnt Dominique de Guzman se flagellait jusqu'à tomber évanoui. La Mère de Dieu, elle-même, lui soignait ses blessures. Et les MAUVAIS ESprits, qui remplissaient les airs, hurlaient parce que des milliers d'âmes étaient ainsi arrachées aux flammes éternelles.

Écoute, Pietro, l'enseignement de saint Jean de Nitrie: «Le sang que fait couler la discipline se mêle au sang du Rédempteur, versé sur la CrOIX, pour nous sauver. La flagellation .que l’on s'inflige. soi-même, rend superflue toute confession. Elle est plus méritoire que la mort des martyrs, Car elle est volontaire, tandis que l'autre est imposée. C’est un nouveau baptême, le baptême dans le sang de l’Agneau. Tout vrai chrétien devrait être baptisé avec son propre sang. La flagellation gagne le pardon de tous les péchés passés, présens et futurs, mieux que les œuvres pies.»

Le père Achatius,

un pieux cCapucin, professe que

l’homme est impuissant à maîtriser les désirs de la chair.

OT

Toutefois, comme le corps appartient au monde et l'âme

à Dieu, l'âme peut servir Dieu. La flagellation lave le corps du péché du monde. |

Ne crois pas, Pietro Nosclere, que la flagellation fut l'apanage exclusif des hommes; de faibles femmes les imitaient et, même, les dépassérent dans cette voie de pénitence. Souvent le ciel s’ouvrit à la vue de leurs blessures.

Sainte’ Thérèse, qui fonda l'ordre des Carmélites, fui la première à porter la discipline, à côté du missel. Dès l’âge de sept ans elle lisait la Vie des Saints que tu ignores encore aujourd’hui, Pietro. Elle décida de partir avec son jeune frère chez les païens afin de subir le martyre. Empêchée par ses parents de réaliser son dessein, elle mena la vie des ermites.

A peine adulte elle entra au couvent et, là, le cilice et la discipline furent ses seuls amis. Elle ne connut qu’une volupté, celle du fouet: le recevoir et le donner. Elle eut voulu qu'il régnât sur le monde entier. Bientôt son merveilleux exemple fut suivi par les moines et les novices du cloître. Chacun s’empressa de manier la discipline et de gagner ainsi le royaume des cieux. Les plus tièdes se flagellaient une fois par jour, les autres deux et trois fois. Même la sœur Marie, à qui la discipline ne suffisait pas, se frappait avec un tisonnier. Le frère Alexandre employait les fers rouges.

La sœur Catarina de Cordoue montra encore une plus grande piété. Elle portait, avec son cilice, des chaînes de fer qui lui déchiraient le corps. Elle vécut «solitaire dans un souterrain, couchant Sur la terre

Con

Page 1