‹ L'apprenti sorcierChapitre 93 sur 249 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

« Sybilla tremblait de tout son corps et moi, écrasé par ma responsabilité, je ne soufflai mot.

«Ussolo but à la deuxième, puis à la troisième bouteille. Alors, prenant mon courage à deux mains, je racontai ce qui s'était passé, m’accusant d’avoir voulu faire une farce et sans rien dire de Sybilla.

« Je ne le regrette pas aujourd'hui encore. Raimondi me traita de criminel, mais Ussolo me tendit sa main valide, en signe de pardon, ajoutant que ce n'était pas orave et qu'il pourrait bientôt se remettre en route. Comme j'essayai de le réconforter, Raimondi me cria que ce n’était pas le moment de bavarder. Il sortit son couteau, le passa à la flamme de la lanterne et m'ordonna de l'imiter. Quand la lame fut rouge, il élargit la blessure, puis continua avec mon couteau tandis que je lui flambais le sien. Ce manège se répéta plusieurs fois. Le pauvre Ussolo souffrait atrocement; mais en brave soldat il se mordait les lèvres.

« Enfin, l’adjudant termina son travail. Ussolo était dans l'impossibilité de nous suivre, Raimondi partit done chercher du secours à Cimego. Il espérait trouver de l’ammoniaque et de l’acide phénique chez le curé. Il prit sa lanterne et disparut.

e L'endroit où nous nous trouvions était plutôt incommode. Le chemin s’étranglait entre une paroi de rocher et l’abîme. Malgré tous nos manteaux et couvertures étendus sur lui, Ussolo frissonnait et ne respirait qu'avec peine. Sybilla, à genoux devani lui, semblait pétrifiée. Les heures passèrent. Déjà le brouillard descendait des montagnes et la nuit pâlissait. La main

d'Ussolo était devenue énorme et la blessure avait pris une teinte violacée. Vers six heures il fut secoué de convulsions. Tous ses muscles se contractèrent. Nous eûmes de la peine à le maintenir. Puis il se calma, tandis que reparurent les frissons ét les étouffements.

«Il était huit heures. Depuis longtemps Raimondi aurait dû être de retour. Ussolo paraissant plus tranquille, je résolus de marcher à la rencontre de l’adjudant, de toute la vitesse de mes jambes. Au bout d’une heure je rencontrai Raimondi, accompagné du curé et de trois garçons de Cimego.

«e— Vit-il encore? me cria l’adjudant.

« Je fis signe que oui et revins avec eux. Raïmondi avait l’air d’un sauvage. Son bel uniforme était couvert de boue. Il avait le visage et les mains en sang. Ayant brisé sa lanterne en faisant un faux-pas, il s'était égaré et retrouvé, à l’aube, dans une autre vallée que celle de Cimego. Un chevrier qu’il rencontra le remit dans la bonne voie, Pendant que Raimondi me racontait ses péripéties, nous entendîmes soudain un cri terrible. C'était la voix de Sybilla. Nous courûmes comme des fous, Raïimondi en tête, derrière lui de curé, relevant sa soutane à deux mains. Ce prêtre était un brave homme. S'il n’arrivait pas assez tôt, avec ses médicaments, il espérait, au moins, avoir le temps de donner au mourant l'extrême-onction. Il était trop tard; nous ne trouvâmes plus qu’un cadavre. Le visage d’Ussolo était méconnaissable, Ses yeux sortaient des orbites, sa main droite se crispait sur le manteau, ses jambes se repliaient contre son ventre. Sybilla se tenait devant lui, courbée en deux,

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