‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 11 sur 69 · SUPPRESSION DES CORPORATIONS · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES CORPORATIONS

Dans « Texposé des motifs », le roi déclare qu'il doit surtout sa « protection à cette classe d'hommes qui, n'ayant de propriété que leur travail et leur industrie, ont d'autant plus le besoin et le droit d'employer dans toute leur étendue les' seules ressources qu'ils aient pour subsister ».

Puis il fait le procès des corporations :

Dans presque toutes les villes de notre royaume, Texercice des différents arts et métiers est concentré entre les mains d'un petit nombre de maîtres réunis en communautés, qui peuvent seuls, à Texclusion de tous les autres citoyens, fabriquer ou vendre les objets de commerce particulier dont ils ont le privilège exclusif (i). Ceux de nos sujets qui se destinent à l'exercice des arts et métiers ne peuvent y parvenir qu'en acquérant la maîtrise, à laquelle ils ne sont reçus qu'après des épreuves aussi longues et aussi nuisibles que superflues, et après avoir satisfait à des droîts et à des exactions multipliées, par lesquelles une partie des fonds, dont ils auraient eu besoin pour monter leur commerce ou leur atelier, se trouve consommée en pure perte...

Leur esprit général est de restreindre le plus possible le nombre des maîtres, de rendre l'acquisition de la maîtrise presque insurmontable pour tout autre que pour les enfants des maîtres actuels. C'est à ce but que

(i) Ainsi que le remarque M. des Cilleuls {op. cit.), les affirmations de Turgot sont un peu exagérées, puisque dans les petites villes de campagne et dans beaucoup de villes les corporations n'étaient pas légalement reconnues. — Mais ce n'est pas une raison suffisante pour qualifier de «c vaine déclamation » l'édit de 1776.

38 l'apprentissage avant la révolution

sont dirigées la multiplicité des frais, les difficultés du chef-d'œuvre, toujours jugé arbitrairement, surtout la cherté et la longueur des apprentissages, et la servitude prolongée du compagnonnage, institutions qui ont encore l'objet de faire jouir les maîtres gratuitement, pendant plusieurs années, du travail des aspirans...

Enfin, il en prononce la dissolution, après avoir proclamé de nouveau le « droit de travailler » et affirmé qu'il ne craindra point que la suppression de l'apprentissage, des compagnonnages et du chefd'œuvre expose le public à être mal servi :

Nous voulons abroger ces institutions arbitraires qui ne permettent pas à l'indigent de vivre de son travail ; qui éloignent l'émulation et l'industrie..., qui retardent le progrès des arts par les difficultés multipliées que rencontrent les inventeurs..., qui enfin deviennent un instrument de monopole et favorisent des manœuvres dont l'effet est de hausser, au-dessus de leur proportion naturelle, les denrées les plus nécessaires à la subsistance du peuple...

A la lecture de l'édit, dans tout le pays, écrit Voltaire, le peuple crie : « Vive le Roi et M, Turgot ! » Mais les intéressés se liguent, les privilégiés, menacés, cabalent contre le ministre. Turgot tombe, et les corporations reparaissent.

Résurrection éphémère, car les corporations furent définitivement supprimées par la Constituante, le 17 mars 1791.

Pas de débat spécial : la cause était jugée depuis

Page 1