‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 2 sur 69 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Aujourd'hui comme il y a deux mille ans, pouf discerner l'avenir il faut regarder, non pas aux entreprises des puissants de la terre, mais au mouvement confus des masses laborieuses.

Anatole Fran'ce, Vie de Jeanne dArc, préf.

« L'apprentissage se meurt ! L'apprentissage est mort ! » — Patrons, ouvriers, économistes, journalistes, hommes politiques et jusqu'au gouvernement jettent ce cri d'alarme.

Pourquoi ? Y a-t-il vraiment une « crise » ? Ne serait-ce pas plutôt une transformation de l'apprentissage imposée par le machinisme et la division du travail f A travail nouveau ne faut-il pas apprentissage nouveau ? En dénonçant la crise ou la prétendue crise, le haut patronat ne viserait-il point un autre but ? En un mot, quel est donc le problème de l'apprentissage ?

i" C'est un problème de psychologie. L'apprentissage s'adresse à l'enfance, à la jeunesse. Et la jeunesse garde longtemps, toujours, les traces profondes de l'éducation première. La classe ouvrière est, en partie, ce qu'elle a été comme classe apprentie.

2° C'est un problème de production, et les problèmes de production priment les autres : pour chaque patron en particulier, pour l'industrie en général, pour le sort des travailleurs, pour l'avenir social.

Chaque patron est intéressé à avoir de « bons ouvriers » afin de vaincre la concurrence et de « faire ses affaires ». Or les bons apprentis font seuls les bons ouvriers, même sous le régime du machinisme.

Pour l'a industrie nationale », l'intérêt est identique car il s'agit de vaincre la « concurrence étrangère ». Or l' internationaliste même doit reconnaître qu'il y aura une question de l'industrie nationale aussi longtemps qu'il y aura des droits de douanes.

s" C'est un problème de répartition, car notre bienêtre à tous dépend des progrès de l'industrie, et les progrès de l'industrie dépendent, au moins en partie, de l'état de l'apprentissage.

4° C'est enfin un problème social et politique. Si le bon apprenti fait le bon ouvrier, le bon ouvrier fait à son tour, dès aujourd'hui, l'ouvrier bien payé, le travailleur presque indépendant, même chez les patrons ou dans les sociétés industrielles ho.<;tiles à ses opinions. On a besoin de lui : on le garde. L'intérêt passe avant l'idée. Les hauts salaires et le maximum d'indépendance du salarié dans le milieu capitaliste plaident assez par eux-mêmes sans qu'il soit nécessaire d'insister sur leur valeur. Mais, pour les parents, quel souci de moins dans le placement des enfants si l'apprentissage est bien organisé et met en mains un « bon métier » .'

Regardons de l'autre côté. Voici l'ouvrier sans apprentissage et, par suite, sans habileté. Il n'est pas (( qualifié » ; unskilled, disent les Anglais. D'ailleurs, ce

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