‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 40 sur 69 · EN QUOI L ON EXAGERE III · texte numérisé non relu

EN QUOI L ON EXAGERE III

De même qu'il y a encore de bons ouvriers, il y a encore des apprentis. Il y en a dans les ateliers de la petite industrie des petites villes. Il y en a même dans les usines. Les 300.000 garçons et les 260.000 jeunes filles employés dans les établissements industriels soumis à l'inspection du travail, ne sont pas tous des petits ouvriers ou des « petites mains ».

Si l'Enquête de 1902 cite 17 professions oiî, d'après tous les avis, on ne forme plus d'apprentis, et 92 où l'on signale tantôt l'existence, tantôt l'absence d'apprentis, elle en cite iio oti, d'après tous les avis, on forme encore des apprentis :

Industries alimentaires (sans autre spécification), distillateurs, industries chimiques, cartonniers, imprimeurs lithographes et, en général, travailleurs du livre, gareurs, metteurs en cartes, imprimeurs sur étoffes, rubaniers, coupeurs-tailleurs, confectionneurs, couturières, chemisiers, teinturiers en peaux, gantiers, carrossiers, peintres en voitures, modeleurs, tourneurs sur bois, luthiers, industries du bois (en général), cimentiers, riveurs, armuriers, ferronniers, lunettiers, etc.

Le vieil apprentissage, à la façon des corporations, existe même encore, avec l'apprenti nourri, logé (i). payant une somme convenue (300, 400,

(i) Mal : dans une arrière-boutique, dans une mansarde ; plusieurs apprentis dans la même chambre ; quelquefois pas de fenêtre ; pas d'eau pour la toilette ; des draps tous les trois mois.

112 LA « CRISE » DE l'aPPRENTISSAGE

500 francs) pour son apprentissage. Cette tradition ne pouvait se conserver que dans les métiers non envahis par la machine. Et, en effet, c'est dans les « métiers de bouche », principalement, qu'on la retrouve : chez les boulangers, les bouchers, les les charcutiers, les pâtissiers, les cuisiniers, pour qui le travail à la main demeure l'essentiel. Conçoiton un cuisinier mécanique, mettant du poivre et goûtant les sauces ?

En général, l'apprentisage à l'atelier commence à 13 ans et finit avant 18 ans. Il dure moins longtemps qu'à l'époque des corporations : deux, trois ou quatre ans dans la grande majorité des métiers ; quelquefois un an ou deux seulement ; mais parfois aussi, dans les métiers difficiles, artistiques, cinq ans (i).

Généralement, là où l'apprentissage est sérieux, il y a un apprenti par dix ouvriers. Mais il y a aussi, suivant les régions et les professions, 2, 3, 4, 5, 6 et même 12 apprentis pour 10 ouvriers. Comme le trop grand nombre d'apprentis est aussi nuisible aux ouvriers, dont les salaires baissent, qu'aux apprentis eux-mêmes, qui n'apprennent rien, beaucoup de syndicats ouvriers réclament une limitation. La limitation du nombre des apprentis est

(i) L'enquête de 1902 donne les réponses suivantes sur la durée de l'apprentissage : 3 à 4 ans : 558 réponses ; 2 à 3 ans : 504; i à 2 ans: 105; 4 à 5 ans inclus: 67 (p. 195).

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