VI AVANT-PROPOS
tentative, combien mon projet était chimérique. C'était vraiment une pensée de débutant, à qui son ignorance dérobe les difficultés, les impossibilités même. Des lectures, que je n'avais pas encore faites, me désillèrent les yeux. J'entrevis qu'en l'état actuel des connaissances acquises, une sociologie générale, d'un caractère vraiment scientifique, était une entreprise au-dessus des forces intellectuelles d'un esprit individuel; en tout cas fort au-dessus de mes forces. Sans peine d'ailleurs et sans chagrin, je me résignai à des tâches infiniment plus modestes. Dans l'immense matière que j'avais appelée l'Économique, j'eus bientôt fait le choix d'un sujet. Je me proposai de rechercher comment le sol terrestre était devenu un objet d'appropriation privée. La question était fort débattue, je le savais. J'employai plusieurs années à lire, sans parti-pris, des ouvrages tels que ceux de Spencer, de Lubbock, de Laveleye, de Dareste, de Sumner Maine, de VioUet, de von Maurel, de Fustel de Goulanges et des disciples de Fustel ; en outre, quantité de récits de voyage, dans les diverses parties du monde. Il se dégagea pour moi de ces lectures, non pas une opinion définitive, mais une opinion provisoire, ou, à plus précisément parler, une hypothèse qui sollicitait une vérification. Cette fois encore il me fallut rabattre de mes espérances : tenter une vérification sur toute l'étendue des nations cultivant le globe, une vérification mondiale !
Je vis, à l'essai, qu'il me manquait bien des choses pour mener à bien une si grosse tâche. Je compris que j'allais aboutir 5 quelque ouvrage épais et lourd, dans le genre du livre de Laveleye, dont le mien ne serait qu'une doublure assez inutile, ot qu'avec ses pesantes dimensions, mon ouvrage