I. Rennes, 1907, i vol. in
34o l'appropriation du sol
définitive cette question délicate des origines. Il ne fera que l'indiquer. » (Introduction.)
« En Bretagne, il y avait des communaux, c'està-dire des terres dont la jouissance et la propriété appartenaient à une collectivité d'habitants. Mais ils étaient très rares. Dans la plupart des communs de cette province, les paysans n'étaient qu'usagers et les seigneurs étaient les propriétaires. » Comme dans une note en bas de la page, M. Lefeuvre me renvoie à son chap. ii, p. 43-44, je m'y reporte tout de suite, et je m'en félicite, car j'y trouve immédiatement de quoi corriger l'assertion de M. Lefeuvre sur la rareté des communaux en Bretagne, assertion qui, je l'avoue, m'avait paru hasardée. M. Lefeuvre dans cette page 43 ne laisse pas de répéter : « Les communs sont assez rares en Bretagne. Nous n'avons trouvé de cette espèce que la lande d'Izé... les marais communs de Sougeal, Boucey et Aucey, les communs de Bains. » En tout cinq communs, ce serait peu en effet; mais prenons garde à ce qui suit. « On peut citer encore comme communs possédés par une collectivité, les bois, landes et marais compris dans un fief solidaire. » Qu'est-ce qu'un fief solidaire? Voici : « Tous les vassaux d'un ficf rendent collectivement un aveu ù leur seigneur, dans lequel ils déclarent
l'ancien RIÊGIME 3^1
tenir tel fief, contenant tant en maisons, en jardins, terres arables, bois, landes, et à raison de cette tenue, devoir solidairement payer telles et telles redevances. )) Je suis de l'avis de M. Lefeuvre; on peut en effet considérer comme des communs les fiefs de cette espèce; et non seulement on le peut, mais je pense qu'on le doit. Or, M. Lefeuvre ajoute : « Les fiefs solidaires étaient très fréquents en Bretagne. » Il me semble que je suis autorisé à conclure : Les communs étaient non pas rares, mais au contraire nombreux en Bretagne; ils y affectaient, il est vrai, une forme spéciale, celle d'un fief solidairement tenu par les communiers, voilà tout.
Revenons maintenant à l'Introduction (p. xxxu) que nous avions quittée. M. Lefeuvre se demande de quelles institutions antérieures dérive le régime plus récent qu'il vient de caractériser sommairement :
(( Lorsque les Bretons chassés de la Grande-Bretagne vinrent, du v* siècle à la fin du vni*, s'établir en Armorique ils trouvèrent ce pays à peu près désert : ce n'était plus que forêts ou terres incultes. » De ces immigrants, les uns étaient sans doute des chasseurs et des pasteurs de profession, et ils le demeurèrent ; mais d'autres, qui étaient agriculteurs, se mirent à défricher : ceux-ci, une fois fixés, formaient un plou (c'est-à-dire un clan, un village) à la tête duquel était un chef héréditaire, le machliern. « Quelquefois le groupe des arrivants était assez considérable pour exiger la séparation
en plusieurs plous; dans ce cas, il y avait création d'une principauté », c'est-à-dire d'un machtiern des machtierns. — Celui-là porta plus tard le nom de comte, de duc ou même de roi.
C'est à titre de premiers occupants que les premiers Bretons arrivés s'approprièrent le sol armoricain. « Plus tard, lorsque de nouveaux venus débarquent dans une contrée qu'un comte breton a déjà soumise à son autorité, c'est à ce prince qu'ils s'adressent et c'est de lui qu'ils acquièrent les terres dont ils ont besoin. »
Il me semble que M. Lefeuvre passe trop légèrement sur une circonstance qui importe au problème des origines; la circonstance, dont je veux parler, est celle-ci : qu'ils arrivent en petites bandes ou en grandes, ces Bretons ont à leur tête un chef héréditaire. Ce chef, exilé de son pays, arrive en Armorique aussi dépourvu de propriété territoriale que le moindre de ses compagnons. Si donc il livre de la terre aux uns et aux autres, ce n'est pas une concession de propriétaire qu'il fait, c'est évidemment un partage qu'il opère en qualité de gouvernant (et il n'est pas sûr, il n'est pas probable môme, que ce partage, il l'accomplisse en maître absolu, sans prendre avis et assistance des chefs de famille, composant son plou)*. Ce début, auquel les historiens (comme Fustel) ne donnent guère
I. Et encoro lo fait-il suivant uno coulume di'j'à établie et obéio cortainem«nt.