DES DIFFÉRENTS PROCÉDÉS DEXÉCUTION
Il existe évidemment bien des procédés, qui en termes d'atelier prennent le nom de ficelles et qui résolvent en quelque sorte certaines difficultés, en permettant de rendre souvent un effet que l’on désespérait d'obtenir.
Travail dans l’eau. — Il ne suffit pas, dans l'exécution d’une aquarelle, de savoir poser une unité de valeur ; faut-il encore savoir poser dans cette teinte encore fraîche d’autres valeurs ou colorations plus intenses.
Pour arriver à un bon résultat, il est nécessaire de poser tout d’abord à plein pinceau la première teinte, destinée à humecter le papier.
Le pinceau doit être étanché ensuite, et il faut le gorger d’un ton un peu épais et par conséquent soutenu, afin que la couleur qu’il contient ne s'étale pas sur le papier mouillé, c’est-à-dire qu’elle puisse rester là où on la pose. Ce procédé consiste à localiser l'humidité et prend le nom de « travail dans l’eau ».
Si on ne réussit pas au premier coup à obtenir l'effet désiré, il suffit de bien laisser sécher ce premier travail et de le reprendre de la même manière. Il sera toujours précieux d'appliquer ce mode de faire dans l’exécution des draperies à larges plis, dans la lumière ou dans l’ombre d’une grande surface de chair, dans les demi-teintes, que l’on pourra ainsi nuancer plus facilement; il sera appliqué encore dans l'exécution d’un ciel nuageux ou brumeux, dans les eaux dormantes, etc.
Repiqué en vigueur. — Si l’on désire obtenir une touche vigoureuse de peu d’étendue, soit dans une ombre ou dans une partie lumineuse, il faut poser à cette place une goutte d’eau bien pure, affectant la forme que l’on croit devoir donner à cette vigueur; en touchant ensuite cette surface liquide avec le pinceau bien gorgé du ton vigoureux adopté, on verra la couleur se répandre et remplir d'elle-même et très nettement la surface mouillée.
Le grattoir. — Le grattoir ne doit être employé que dans les surfaces où l’on est bien certain de n’avoir pas à revenir avec le pinceau, mais en tout cas il ne doit pas être employé dans la lumière des chairs ou draperies. On l'utilise pour faire briller le point lumineux des yeux, pour rendre l'éclat d’un bijou, le fouillis d’une dentelle, les rugosités d'un vieux mur, les surfaces miroitantes produites sur l’eau par une grande lumière; ajoutons cependant que cette manière de faire trahit toujours une
certaine inexpérience dans l’art de l’aquarelle, et que léclat des lumières d’un sujet dépend surtout des vigueurs appliquées avec justesse dans leur voisinage et du soin qu'on a mis à réserver le papier blanc.
Enlevage au linge fin et à la mie de pain. — Il estun autre mode de retrouver le papier blanc qui est bien préférable : avec le pinceau gorgé, on pose une goutte d’eau pure occupant exactement l'emplacement de la note claire que l’on veut retrouver.
Cette eau, en partie imprégnée, est enlevée délicatement avec un linge buvard; avec ce même linge enroulé autour de l'index, on frotte vivement, sans trop appuyer cependant, la surface qui a été mouillée. Le papier reparaît plus ou moins blanc, suivant qu’il a été plus ou moins humecté.
On peut encore retrouver une lumière en frottant le papier mouillé avec une boulette de mie de pain rassis, en ayant soin tout d'abord de passer le papier ‘buvard sur la partie humectée. Ce mode d’enlevage peut s'appliquer dans les chairs, pour les lumières du front, de l’arête du nez, de la lèvre inférieure, etc.
Emploi de l'éponge. — On ne doit se servir que d’une éponge fine faisant la pointe. Son emploi nécessite une certaine expérience, sous peine d’être nuisible, au lieu de venir en aide.
On doit toujours commencer par imbiber la surface à enlever en la tamponnant légèrement, et cela afin de délayer la teinte.
L’éponge est pressurée ensuite, et elle ne doit frotter le papier que très légèrement, dans un sens rayonnant des contours de la surface à enlever, pour aller en rejoindre le centre.
L'opération terminée, on peut appliquer le papier buvard et revenir sur la partie enlevée en repiquant de nouveaux tons qui, mis de la sorte, ne feront pas tache dans l’ensemble.
Si la surface à enlever,est un fond entourant une tête ou une figure, on ne doit jamais frotter dans le sens des contours du sujet, sous peine de voir le sujet se plaquer sur le fond rétabli; les coups doivent toujours être dirigés en partant de la silhouette pour aller rejoindre Les bords de la feuille.
Arrondie en forme de pinceau et fixée à l'extrémité d’une hampe, l'éponge devient très commode pour modifier des surfaces restreintes, et elle peut même remplacer avantageusement le pinceau, quand il est nécessaire de masser une chevelure abondante, indiquer les larges plis d’un manteau, ou ébaucher les masses verdoyantes des bois, les replis d’un terrain dans lequel ne figurent pas des vigueurs trop nettement accusées.
Les duretés des contours qui se présentent sur le bord des teintes font bien souvent le désespoir du débutant. Pour les adoucir, il faut, avee de l’eau pure, couvrir, sur un doigt de largeur environ, le contour à modifier, et, à l'aide d’un pinceau poil de martre qui est ferme, frotter en le tenant couché et perpendiculaire au contour, chassant ainsi la teinte délayée dans le corps de la surface modelée.