PRÉFACE
Voici un Traité d’aquarelle pratique conçu et écrit par un artiste de goût, un « praticien » d’une remarquable virluosité, un professeur qui, sans pédanterie, sait enseigner, c’est-à-dire intéresser et communiquer les résultats de son expérience.
On a dit, non sans raison, que l’enseignement du dessin, naguère considéré comme « art d'agrément », constitue un indispensable élément du programme de nos écoles; que son rôle y doit devenir plus important, par son influence éducatrice : éducation de l'œil, de la main, développement du goût et de l'observation; par son caractère d'utilité. Combien, en effet, sont nombreuses les industries dans lesquelles, sous toutes ses formes, il trouve ses applications!
Mais le dessin proprement dit, en noir et blanc, ne saurait suffire. L'art, qu'il soit pur — on ne sait trop pourquoi cette distinction — ou appliqué à l’industrie, s’inspire de plus en plus de la nature, et la nature n’est pas en noir et blanc; elle est colorée; pour la bien reproduire, la bien interpréter, il faut savoir la lire, la comprendre, la traduire colorée. Trois procédés principaux le permettent : l’aguarelle, la gouache, la peinture (peinture à l’huile, à la détrempe, à la fresque, etc.). C’est tout naturellement,
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en raison de son caractère propre, de ses commodités, que laguarelle constitue, avec le dessin, le premier degré, la première étape de cette branche spéciale de l'enseignement. Le jour où les pouvoirs publics, éclairés par des éducateurs avisés, dégagés de toute routine, auront organisé l’enseighement pour ainsi dire parallèle du dessin, du modelage et de l’aquarelle, ils auront rendu un signalé service au pays, tant au point de vue économique qu'au point de vue intellectuel et moral.
Indiquer aux adolescents et aux jeunes gens des deux sexes les procédés qui leur permettront de lire, de comprendre, de reproduire et d'interpréter, à l’aide de pinceaux el de couleurs délayées dans de l’eau, la nature colorée (plantes, fleurs, fruits, objets, paysages, animaux, figure humaine, etc.), tel est le but qu'a poursuivi et heureusement atteint, dans ce Traité, M. Gaston-Gérard. Ce Traité, il Va complété par des vues, quoique générales, très précises sur la stylisation de la nature, en vue d'applications décoratives, que l’aquarelle ait pour objet une charmante et saine distraction ou l'utilité pratique.
Notez que M. Gasion-Gérard procède avec une méthode logique. Il insiste d'abord sur l'importance du dessin, sur la nécessité de bien fixer au crayon, dans son ensemble et ses principaux détails, l'élément à reproduire ou à interpréter, avant de songer à le colorer, c’est-à-dire à l'aquareller. En ce qui touche la mise en couleurs, sa méthode n'est pas moins rigoureuse, puisqu'elle débute par le lavis, c'est-à-dire l'étude en blanc et noir, en deux tons, du jeu de la lumière et des ombres : exercices excellents en ce sens qu'ils exigent de l'attention et procurent à la main sûreté et souplesse.