‹ L'aquarelle pratiqueChapitre 47 sur 53 · DE L'EMPLOI DE L'ARGENT ET DE L'ÉTAIN DANS L'AMEUBLEMENT · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DE L'ARGENT ET DE L'ÉTAIN DANS L'AMEUBLEMENT

L'argent est le métal précieux par excellence.

A l’état pur, l'argent est souple, malléable, etsela à un tel point qu’on a reconnu nécessaire pour l'argent monnayé, et pour tous les objets dont l'usage est fréquent, de lui adjoindre comme alliage le cuivre. Il devient de ce fait plus résistant et s’use beaucoup moins vite.

La proportion de l’alliage est, pour l'argent monnayé, de 835 millièmes de fin pour 165 millièmes de cuivre.

Pour les pièces décoratives, bijouterie et orfèvrerie en général, l’alliage entre pour 200 millièmes au plus ; il n'atteint quelquefois que 50 millièmes.

Le titre de l'argent que nous venons de mentionner est celui admis en France; à l'étranger, et notamment en Allemagne, la proportion du cuivre devient exagérée, et de ce fait, non seulement au point de vue vénal le métal perd une grande partie de sa valeur, mais les qualités de ductilité et en général les propriétés pour lesquelles l’argent est apprécié n'existent plus, et de ce fait le procédé

est condamnable, même quand la bonne foi est hors de doute.

Les procédés de fabrication des pièces en argent qui entrent dans la décoration de nos intérieurs sont les mêmes que ceux employés pour le bronze et le fer. L’argent cependant offre pour l’orfèvre des ressources encore plus grandes, par suite de sa divisibilité, qui permet d’obtenir des feuilles excessivement minces.

Dans notre ameublement moderne, l'argent n'occupe pas une très grande place. Il n’a plus la vogue qu’il a eue sous les règnes de Louis XIV et Louis XV. Tous ces objets mobiliers en argent massif, dont les modèles étaient exécutés par des artistes tels que Meissonnier, Bérain, etc., ne seraient plus approuvés aujourd’hui. Ce serait avec regret que l’on verrait un capital immobilisé de la sorte. D'autre part, les revers de fortune amènent fatalement la décision de réaliser en espèces, par la fonte, des œuvres dans lesquelles souvent le génie de l’artiste créateur du modèle et exécuteur passionné de son œuvre est à jamais anéanti.

Que de chefs-d’œuvre le Grand Roi Louis XIV, appelé le protecteur des arts, a-t-il anéantis, chaque fois que le budget de la guerre en déficit lui faisait exiger, de la part de ses sujets, la fonte générale de toute l’argenterie! On arrivait ainsi à réaliser 6 millions sur un ensemble d’objets d’art évalué à 36 millions, misérable somme qui ne changeait pas la fortune des armes, mais qui avait occasionné une perte irréparable pour l’art.

Le caprice de la mode a détruit aussi, de tout temps, des compositions remarquables ; car si elle a été toujours changeante pour nos costumes, il en a été de même pour les bijoux, joaillerie et orfèvrerie, et il n’est pas rare qu'une dame de qualité fasse transformer pour les mettre à la mode ses bijoux et son argenterie.

is:

112 L'AQUARELEE PRATIQUE

L'argent occupe aujourd’hui dans l’ameublement une place assez restreinte. La vaisselle reste confinée dans les vitrines comme objet d'art, elle est remplacée par la porcelaine, et dans d’autres cas par l’étain.

L'argent sera cependant toujours employé pour les garnitures de toilettes, pour les flambeaux et chandeliers ; mais son rôle ne s’étendra pas, comme sous Louis XIV, à des guéridons et des canapés construits en argent massif.

De ce que l'argent est peu employé aujourd’hui pour les objets usuels, il résulte que sa traduction ne possède pas une technique conforme à sa nature.

Il est clair que le vase en porcelaine de Sèvres est traduit dans une forme exigée par la matière elle-même, et cela parce que la fabrication courante a engendré un style; nous nous demandons si l'argent possède une loi spéciale. Il nous est permis d'en douter.

Quoi qu'il en soit, nous devrons nous montrer très circonspects dans les avis que nous pourrions donner à l'artiste qui serait appelé à composer une œuvre d'art en argent, car il serait inadmissible d'appeler son attention sur une forme plaisante peut-être, mais traduite en une autre matière. Laissons-lui donc toute son indépendance dans la recherche de la forme.

De l’étain. — Nous avons dit que l’étain avait rem-

‘placé l'argent par nécessité budgétaire, sous le règne

de Louis XIV ; cependant il est d’une date beaucoup plus ancienne.

Le moyen âge etla Renaissance en firent un grand usage, mais la fabrication des pièces en étain se fit de plus en plus rare dans le commencement du quatorzième siècle. Aujourd’hui, il revient à la mode, et dans nos expositions d'art décoratif il occupe une place intéressante. Il est

1 ra

souvent préféré au bronze; sa coloration douce est plus harmonieuse que celle de l'argent; il est on ne peut plus | malléable et se prête à merveille au martelage; il peut de

mème se ciseler avec facilité, et sa fusion esttrès élémen- ; taire.

RE

PART one te

Page 1