‹ L'aquarelle pratiqueChapitre 46 sur 53 · APTE + E · texte numérisé non relu

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senter, et qui rentrent dans le cadre de la décoration en ameublement.

Aux dix-septième et dix-huitième siècles, les Jousse, les Lafosse, étaient des artistes qui connaissaient à merveille toutes les exigences du métier de forgeron. Leurs compositions étaient conçues spécialement pour la matière à employer.

De nos jours il arrive fréquemment que l’artiste chargé de la composition ignore absolument les difficultés du métier de serrurier, et Le dessin exécuté par lui ne précise pas rigoureusement la matière à employer.

Il est cependant rationnel de traduire la forme qui sera en fer différemment de celle qui sera du bronze ou de l’étain, pour rester dans le champ du métal.

La serrurerie moderne, évidemment, crée des rampes d'escalier, des garnitures de foyers qui ne manquent pas d'originalité ; mais, comme toujours, le désir de vendre bon marché finit par corrompre le goût en faisant négliger les principes de sincérité qui doivent exister aussi bien dans cet art que dans d’autres.

Dans la serrurerie d’art, les pièces sont forgées, repoussées ou prises dans la masse.

Les moulures sont faites à chaud à l’aide d’estampes qui obligent, par les coups de marteau, le fer à épouser la forme. Quand le fer est en feuille de peu d'épaisseur, il se martelle à froid. Posé sur la matrice qui est la contrepartie de l’objet à reproduire, les coups de marteau sont dirigés de façon à faire converger la masse de métal vers les endroits qui ont le plus de saillie, et cela dans le but de répartir le fer disponible sur les surfaces inclinées, qui, de la sorte, ne prennent pas plus de matière qu’il n’en faut, ce qui évite les crevasses sur les angles.

Les pièces exécutées au burin, c'est-à-dire dans la masse, ou martelées sont données au monteur, qui, à

l’aide de soudures et de rivets, en assemble les différentes parties.

Un artiste adroiïit doit combiner ces points de raccord, c'est-à-dire de soudure, de façon à les dissimuler le plus possible, et c’est une science que de savoir, dans un dessin, mettre le moins possible de rivets qui, par leur abus, font voir toute une complication regrettable dans le rendu de l’ensemble.

La serrurerie comporte, dans l’ameublement, en outre de la serrure et de sa clef, l’espagnolette et la crémone, les targettes, les devants de foyers, quelques cadres de glaces, les lanternes, marteaux de porte, bien hors d’usage aujourd’hui, balcons, vérandas. N'oublions pas cependant que, tout en étant très malléable, très élastique, le fer est un métal d’un aspect froid ; son importance peut être réelle dans un appartement sévère, mais il faut être circonspect dans son emploi, et il n’est guère permis de le répandre en grandes pièces, comme décoration intérieure.

Chacun sait qu'au dix-huitième siècle la serrurerie était en grand honneur, et que Louis XVI tenait en haute considération cette industrie d'art. L’estime accordée à cette corporation était universelle, et tous les écrivains de cette époque lui rendent hommage.

Le serrurier savait adapter le fer à l'architecture, et il y avait toujours harmonie entre une superbe grille et les pilastres auxquels elle venait s'adapter, et dans les ornementations le fer, tourné et retourné, prenait de la vie.

Les principaux ornements employés sont les rinceaux, fleurons, coquilles, agrafes, roses, feuilles d’eau, cornes d’abondance, palmes, ete. C’est le fer corroyé qui est en usage pour la fabrication de tous ces motifs, qui doivent être d'une grande légèreté; on appelle fer corroyé plusieurs plaques de fer posées les unes sur les autres quand

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elles sont chauffées au rouge blane, et frappées au marteau. C’est encore un art de battre convenablement ces plaques pour leur donner. la ductilité désirable. Faisons observer cependant que le fer corroyé ancien est de meilleure qualité que celui que l’on obtient aujourd’hui.

À l’époque où les machines-outils n'étaient pas connues, c'était à bras d'hommes que le fer était martelé; il y avait donc, dans cette opération, une intelligence, un sentiment que ne peut donner un travail mécanique. De plus, le calorique était obtenu par le charbon de bois, qui ne donne pas au fer surchauffé l’âcreté que lui donne la houille.

D'où, pour le fer obtenu, des propriétés plus parfaites que celles que nous obtenons maintenant. Ce fer corroyé subit une dernière opération, qui est le laminage. Les laminoirs sont des cylindres en acier qui roulent les uns sur les autres et laissent entre eux un intervalle qui permet à la plaque de fer, encore à l’état incandescent, de glisser et de s'unir en méme temps. Pour obtenir une épaisseur de tôle de plus en plus petite, la plaque passe par une série de laminoirs de plus en plus serrés.

Le fer corroyé est employé, comme nous l'avons déjà dit, pour tout ce qui est ornementations de détails. Des chefs-d’œuvre de goût et de patience ont été exécutés dans cette donnée. La représentation d’un buisson de roses avec ses feuilles, obtenu par des feuilles en métal, doit certainement présenter de grandes difficultés quand on songe que chaque pétale d’une fleur est soudé à son tour, et que chaque soudure doit se faire à chaud ; on se représente facilement le nombre de fois que la pièce, mise au feu, court le risque d’être à jamais compromise par suite du moindre excès de température.

Mais ces travaux ne sont évidemment pas dans le courant de l’industrie, ils constituent des exceptions. Ces

pièces sont destinées à des dilettanti de la serrurerie, et, aujourd'hui que nous n'avons plus de monarque, il y a beaucoup moins de motifs pour créer ces chefs-d'œuvre.

L'artiste aura toujours présent à l'esprit cette question :

À qui vais-je céder mon œuvre ?

En somme, ces travaux d’ornementation en tôle, quel que soit leur mérite, ne doivent jamais prétendre à nous représenter la nature. Le côté d'interprétation ne réside pas seulement dans les exigences de la matière employée, mais il réside aussi dans la valeur artistique du serrurier d'art, qui doit être un dessinateur de goût, puisant dans la nature des éléments féconds qui devront être hardiment stylisés, et cela dans le sens de la destination qui leur est réservée.

Dans une rampe d'escalier, un balcon, le pied d’un lampadaire, les feuilles, les fleurs, ne devront pas avoir de saillies extérieures susceptibles d’accrocher un vêtement.

Dans un cadre de miroir posé à demeure, les feuillages pourront être moins circonspects, ainsi que dans l’entourage d’un flambeau.

En résumé, l'emploi du fer dans la décoration doit être considéré, par rapport à celui-ci, comme une note restreinte de sa complémentaire, le ton brillant et chaud du bronze contrastant avec le ton froid et morne du fer.

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