‹ L'aquarelle pratiqueChapitre 51 sur 53 · TP SE · texte numérisé non relu

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plane. Les formes qu’il représente doivent rester conventionnelles, et il doit en être autant de la couleur.

Les personnages qui peuvent figurer dans un ensemble décoratif et qui ont été pris sur nature, seront rendus comme effet par des teintes plates. Leur effet de coloration sera subordonné aux notes qui les entourent. La coloration des chairs pourra donc, suivant les besoins, subir des altérations, au sens propre du mot, altérations qui donneront l'harmonie dans l’ensemble.

De tous temps, la reproduction des objets avec leurs couleurs réelles a marqué une décadence dans l’art décoratif.

Le peintre qui a pour préoccupation de rendre la nature telle qu’elle l’a inspiré, a un rôle tout différent que l’artiste décorateur. Le premier cherche à rendre un sujet qui existe, le second tient à traduire un motif d’imagination, que rien ne nous rappelle.

Dans l’ornementation, la couleur sert à produire, dans tous les cas, un objet qui charme, tandis que ke tableau peut nous représenter des scènes tragiques. Il en résulte que le décorateur jouit d'une grande liberté dans l’établissement de sa composition. Son champ d'action est illimité ; mais, une fois sa composition arrêtée, il en devient esclave, et les lois chromatiques ne peuvent étre enfreintes : il ne peut, comme le peintre, laisser errer son imagination dans le domaine du clair-obseur, il ne peut se complaire à la traduction de nuances infinies que prodigue la lumière sur un point, et, d’autre part, éteindre, mettre dans l'ombre des parties de son tableau, ramenant ainsi l'œil sur le point capital de l’œuvre.

Le décorateur obtiendra plutôt le mérite artistique de sa composition par l'agencement des lignes, qui, par leur disposition, concourront toutes au foyer principal. Quant aux couleurs, comme nous l'avons déjà dit, elles seront

des teintes plates séparées par des traits d’un dessin net, localisant les tons qui sont juxtaposés.

Il résulte de ce qui précède que le rôle de la couleur dans la décoration est tout différent de celui qu’elle joue dans la peinture. <

La couleur est un moyen dans la peinture, tandis que dans la décoration elle est un but.

L'aspect le plus simple produit par la couleur en décoration est le ton unique couché dans une surface, une couleur qui, à elle seule, donne le brillant à un tissu, à un tapis. L'emploi de deux ou plusieurs couleurs entraîne un effet qui, pour être satisfaisant, demande de l'esprit d'observation et de la justesse dans le goût.

Si les surfaces à remplir sont d’égale étendue, un bon résultat sera facile à obtenir. Que ce soit bandes parallèles ou surfaces géométriques d’égales étendues, telles que carrés, losanges, hexagones, il sera toujours aisé d’assortir des teintes se faisant valoir mutuellement, en leur donnant égale intensité.

Après ces dessins, les plus simples de tous, il en est d’autres qui sont des combinaisons de lignes et de figures géométriques.

Nous nous trouvons de la sorte dans le domaine de la géométrie esthétique. Les résultats que l’on peut obtenir dans ce sens sont considérables, et l’art mauresque, le style byzantin, ont produit des merveilles dans ce genre.

Viennent ensuite Les surfaces ayant comme dérivés les feuilles, les fleurs, les plumes, et enfin les objets naturels, les animaux et la figure humaine.

Tous les éléments que nous énoncons ne doivent pas être traduits par leur couleur; le ton à employer ne doit même pas la rappeler; elle est même souvent représentée par des ors, de l'argent, du blanc ou du noir, avec des contours nettement cernés.

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Dans la monochromie, il n’est employé qu’une seule couleur, mais cette couleur est figurée par une gamme qui nous la fait voir dans toute sa saturation dans certaines parties; elle est sous-saturée quand on l’emploie dans d’autres parties éclaircie par plus ou moins de blanc, et elle est sursaturée quand on la rabat avec plus ou moins de noir ou de brun.

Nous dirons dans ce cas : les moyennes surfaces seront recouvertes par la teinte locale saturée, les plus grandes par la teinte sous-saturée, et enfin les petites, telles que les filets, par la teinte sursaturée, c’est-à-dire par des vigueurs. On peut obtenir, en suivant cette loi, de très heureux effets, et à peu de frais.

Le noir et le blanc peuvent de même intervenir dans la monochromie, ainsi que l'or, qui donnera toujours de la richesse à l’ensemble.

Disons en passant qu’il y a toujours à tenir compte, dans l’application des tonalités, de la quantité de lumière qui éclairera la composition. Plus une salle sera sombre, plus il faudra peindre clair et choisir des couleurs chaudes. Dans un milieu très éclairei, il faudra, au contraire, soutenir les colorations, et les vigueurs pourront figurer en assez grand nombre.

L'espace à décorer peut encore recevoir le jour tamisé par des vitraux; suivant que ces vitraux seront eux-mêmes plus ou moins colorés, il faudra inversement colorer moins ou plus la composition.

Dans l’ornementation polychrome, le décorateur emploie le nombre de couleurs qu’il juge convenable, en y adjoignant les ors, l'argent, le blanc et le noir.

Les couleurs intenses et saturées sont réservées pour les surfaces qui, tout en étant restreintes, sont d’une importance réelle.

Il est bon, dans ce cas, de choisir, en consultant le dia-

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gramme, trois couleurs se trouvant aux trois sommets d’un triangle équilatéral. — Ainsi : rouge-pourpre, jaune et bleu cyané, donne une combinaison ternaire qui constituera un excellent point de départ. Il en sera de même d’orangé vert et violet. Dans le premier cas, deux couleurs chaudes et une couleur froide entrent en jeu; dans le deuxième cas, nous observons une couleur chaude et deux couleurs froides. Il est, de plus, nécessaire d’avoir présent à l’esprit que le degré d’intensité des couleurs modifie considérablement l'effet esthétique.

On doit obtenir un effet favorable avec un nombre de couleurs restreint, mais qui se reproduiront sur la surface décorative dans des valeurs ou intensités variées.

La bonne polychromie doit savoir exploiter les lignes qui limitent les surfaces, et la remarque a surtout sa raison d’être quand les couleurs avoisinantes offrent une certaine analogie; le trait, dans ce cas, quand il est neutre, empêche la confusion et détruit, en quelque sorte, le phénomène du contraste en laissant chaque couleur à sa place; les contours ne sont pas tenus d'être noirs, ils peuvent être clairs ou foncés.

Le trait sera clair si le fond est plus foncé que le sujet, et le trait sera noir si Le fond est plus clair que le sujet. On peut faire figurer, de plus, des lignes extérieures longeant le trait noir ou blanc, ces lignes tracées avec l'or ou l'argent. Dans ce cas, l’aspect d'ensemble de ces traits devient lui-même un élément décoratif et se trouve indépendant. S'il se rencontre, dans la composition, des figures d'hommes ou d'animaux, les silhouettes en seront accusées fermement, les tonalités en seront conventionnelles, car elles ne doivent pas rappeler la nature.

Si, dans un ensemble chromatique, un ou plusieurs tons sont considérés comme devant être modifiés, la modification pourra s’accomplir par le procédé des filets.

Dans un tapis d'Orient de grande valeur artistique, nous avons constaté que le fond, d’un bleu intense, devenait à distance d’un bleu pâle par l’adjonction de lignes blanches très fines et également distantes. La bordure, d’un rouge pur, prenait un aspect rouge orangé par l’adjonction de lignes jaunes, et un jeu d’ornementation produit par des traits clairs rouges et blancs donnait un ton violet clair au fond bleu sur lequel ils figuraient.

C’est par ce procédé que la décoration de l'Alhambra, qui est composée de rouge, de bleu et d’or, donne des effets de mauve, d’orangé et de vert, suivant l'emploi judicieux des filets blancs de séparation.

Nous avons fait voir, au début de ce chapitre, la différence qui existe entre le tableau ou sujet allégorique, historique, etc., et une œuvre décorative. Nous avons constaté que la différence en était bien tranchée. Cependant, il ne faudrait pas en conclure qu’un fossé sépare ces deux arts; 1l y a, au contraire, une suite d'œuvres accomplies par une pléiade d’artistes de tempéraments différents qui constitue une chaîne ininterrompue et qui nous interdit, en quelque sorte, d'établir deux camps différents. Et pour nous faire comprendre, nous poserons cette question les œuvres de Puvis de Chavannes, par exemple, sontelles œuvres décoratives ? Incontestablement, nous répondrons que oui. Mais alors que deviennent toutes nos dissertations précédentes, où nous sommes restés à dessein dans le conventionnel? Elles sont toujours vraies, en restant la base de la décoration prise dans toute son acception. Cette décoration sera interprétée avec plus ou moins de rigueur, suivant le tempérament de l'artiste et suivant son lot de capacités scientifiques. Cet artiste fuira le thème qui ne lui est pas familier, et il interprétera son œuvre en mettant en relief ce qu'il a appris surtout. Or, de nos jours, les œuvres que nous sommes appelés à examiner

sont le produit de ceux dont la jeunesse est déjà loin. A l’époque où ils ont appris leur métier de peintre, l'art décoratif était plongé dans les ténèbres, et il était méprisable pour quiconque sentait en lui l’étoffe d’un peintre.

Aussi, voyez la décoration de l'Hôtel de Ville à Paris : c'est un ensemble de tableaux de chevalet qui constitue un manteau d’arlequin. Aucune unité dans l’ensemble. Toutes les écoles sont confondues : telle œuvre hurle, la voisine se tait, paraît grise, et nous assistons à une composition de peinture où chaque artiste favorisé a droit à une surface murale quelconque. On a satisfait de la sorte le légitime désir de chaque auteur de faire remarquer son talent. Mais a-t-on satisfait le public? Non. C’est ce qui faisait dire à un de nos édiles, homme de grand jugement, que la décoration de l'Hôtel de Ville était à refaire.

Si nous rendons une visite au Panthéon, l'effet est moins choquant, parce que les œuvres, étant d’une grande importance, ne peuvent constituer pour l'œil un ensemble.

La Sainte Geneviève de Puvis de Chavannes est, en somme, l’œuvre qui, au point de vue décoratif est le mieux à sa place. Cette peinture s’harmonise avec le ton de la pierre et des entre-colonnements qui la fractionnent. Si Puvis de Chavannes a fait œuvre de décorateur en représentant une scène historique, cela tient à ce qu’il a synthétisé et La ligne et la couleur, et que l'ordonnance majestueuse guide l’œil du spectateur avec une douceur et une majesté infinies. Il nous transporte dans le domaine du rêve et donne à notre esprit un sentiment de haute moralité.

Il n’est pas donné à tous d'atteindre ces limites, et c’est pour cette raison que nous préférerons toujours, comme œuvre décorative, la composition savante qui ne nous rappelle aucunement la nature, à la grande toile peinte.

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