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CHAPITRE XIV LES INSECTES {Généralités

Les Insectes sont des animaux essentiellement terrestres ou aériens. D n'y en a que fort peu qui se soient adaptés à la vie aquatique, et ceux-ci — à l'exception d'une seule espèce, qui est marine — se trouvent dans les eaux douces.

En outre, presque tous les insectes dits « aquatiques » ne vivent qu'à l'état larvaire, d'une manière continue dans l'eau.

A l'état d'imago, ils ne vivent plus, exclusivement, dans cet élément ; ils deviennent « amphibies » et sortent, temporairement de l'eau — surtout la nuit.

Les Insectes en général, sont caractérisés : \^ par leur corps, qui présente trois régions bien distinctes : la tête, le thorax et l'abdomen; et 2» par le fait que les trois segments thoraciques sont pourvus chacun d'une paire de pattes. D'où le nom d'Hexapodes qu'on donne parfois à ces animaux.

La tête est toujours distincte; elle est toujours pourvue d'antennes et d'une bouche. La conformation de celle-ci varie suivant les mœurs et le régime des différents insectes.

Le thorax est composé de trois segments appelés : prothorax, mésothorax et métathorax. Ces segments peuvent être nettement distincts les uns des autres, ou bien ils

peuvent être diversement soudés entre eux. Ainsi que nous venons de le mentionner, à la face ventrale de chacun d'eux, se trouve une paire de membres, composés d'articles, dont le nombre est constant. Mais la forme de ces articles varie suivant les mœurs de l'insecte.

Le premier article s'appelle la hanche (coxa) ; le deuxième, qui est fort petit, porte le nom de trochanter. Puis viennent deux longs articles, c'est la cuisse ou fémur, suivie du tibia ou jambe. Enfin la patte est terminée par cinq petits articles (dont quelquefois un ou deux manquent) appelés les tarses. Le dernier possède une ou deux griffes.

Le segment mésothoracique et le segment métathoracique — chez les imagos seulement - sont pourvus d'ailes, dont la forme et la structure servent de caractères distinctifs pour les différents ordres.

h'abdomen est, en général, assez volumineux ; il est composé de plusieurs segments, dont le nombre peut varier. Ces segments ont leurs téguments formés de plaques ou d'anneaux chitineux, réunis les uns aux autres par un tissu souple et mou. Cette disposition permet un certain jeu aux différents segments, les uns par rapport aux autres, et aussi aux différentes parties d'un même segment. L'abdomen, par ce fait, devient susceptible de se dilater et de se contracter et c'est par ce moyen que l'insecte peut faire circuler l'air dans ses trachées.

Nous ne pouvons entrer dans beaucoup de détails concernant l'anatomie de l'Insecte. Ce sujet sort du plan de cet ouvrage, car il faudrait pour cette étude se livrer à des dissections minutieuses et difficiles.

Toutefois, le corps de la plupart des larves aquatiques étant transparent, nous allons rapidement signaler les organes que l'on distingue facilement chez beaucoup d'entre elles.

Le premier organe qui attire l'attention, lorsqu'on observe, au microscope ou à la loupe, une larve d'insecte, c'est le système trachéen, car il se détache en noir au milieu des autres tissus qui sont plus ou moins transparents.

Les trachées sont des canaux qui restent toujours béants, parce que leurs parois sont rendues rigides par une crête, un épaississement chitineux, qui s'y développe en spirale.

Ces canaux contenant de l'air et celui-ci, lorsqu'il se trouve plongé dans l'eau, paraissant noir^ — par le fait de la réfraction des rayons lumineux, — le système trachéen tout entier apparaît comme un réseau opaque dont les différentes branches se ramifient avec élégance. Il y a, en général, deux gros troncs trachéens longitudinaux. De ceux-ci se détachent des branches transversales de moindre importance, qui, elles, à leur tour se résolvent en un bouquet de fines trachées qui enveloppent les différents organes et s'inî^inuent dans toutes les parties du corps. Les trachées présentent parfois des dilatations qui peuvent devenir de véritables sacs aériens.

On donne le nom de stigmates aux orifices par lesquels les trachées communiquent avec l'extérieur. Les stigmates sont organisés de manière à pouvoir être, à volonté, ouverts ou fermés.

Leur nombre varie suivant les espèces, et, quelquefois, chez une même larve, il varie suivant le degré de développement de celle-ci.

Le système trachéen est dit holoj)neustique, lorsque tous les stigmates thoraciques et tous les stigmates abdominaux sont perméablea Comme exemple d'insectes pourvus d'un système trachéen semblable, nous pouvons citer, panni les animaux dont nous aurons à nous occuper, les larves des Nèpes et les Notonectes.

Le système trachéen est dit péripneustique^ lorsque les stigmates abdominaux, seuls, sont perméables et que les stigmates thoraciques manquent (c'est-à-dire sont imper- Iforés). Exemple : chenille de l'Hydrocampa.

Le système trachéen est dit hémipneusHqiie^ lorsque ce sont les stigmates abdominaux qui manquent et qu'il n'y a que des stigmates thoraciques. Ex. : larves des Aeschna (Odonates).

^ Lorsqu'on ohsorvo par transparoucc

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Le système trachéen est dit amphipneustique, lorsque tous les stigmates manquent, sauf une paire, située à l'extrémité du dernier segment abdominal et une autre paire^ située au prothorax.

Enfin, tous les stigmates peuvent faire défaut, chez certaines larves d'insectes, vivant dans l'eau. Le système trachéen est alors complètement clos et n'a plus aucune relation avec l'atmosphère ; dans ce cas, il est dit apneustique^ Exemple : larves des Corèthres.

On admet actuellement que les larves apneustiques sont celles qui ont subi le maximum d'adaptation à la vie aquatique. Elles devaient primitivement être holopneustiques et elles ne sont devenues apneustiques que par la fermeture successive et l'oblitération de tous les stigmates.

Nous devons mentionner, à présent, un organe dépendant du système trachéen que Ton observe chez plusieurs larves apneustiques.

Certaines de ces larves sont pourvues d'appendices extérieurs, en forme de feuillets ou de filaments, dans l'intérieur desquels on observe un abondant réseau de trachées* C'est ce qu'on appelle des trachéo^branchies. L'animal, en? général, les fait constamment onduler.

On admet que, vu le peu d'épaisseur du tégument de cestrachéo-branchies, il se produit' des phénomènes d'osmose entre l'air qui est à leur intérieur et les gaz qui sont dissousdans l'eau. L'acide carbonique, qui se trouve en excès dan» les trachées, passe dans l'eau ; en revanche, l'oxygène, disdissous dans cet élément, pénètre dans les trachées.

Chez les larves apneustiques, dépourvues de trachéo-branchies, ces phénomènes ont lieu directement à travers la peau et, dans ce cas, on dit que l'animal a une respiration cutanée.

Enfin, pendant que nous étudions le système respiratoire,. et quoiqu'il ne s'agisse plus de trachées^nous devons signaler que certaines larves possèdent de véritables branchies. Ce sont, de même que les trachéo-branchies, des appendicescutanés, à peau mince, dans lesquels on observe^ non ua

réseau de trachées, mais une abondante circulation sanguine.

Quelquefois les deux systèmes sont combinés ; il y a, à la fois, un réseau de trachées et une importante circulation sanguine.

Système circulatoire. La circulation du sang — bien que celui-ci soit incolore — est facile à observer chez beaucoup de larves d'insectes. Chez ces animaux, on voit, à la face dorsale, puiser un long vaisseau tubulaire. Celui-ci est percé d'orifices latéraux et ouvert à son extrémité antérieure. Lorsque ce vaisseau se contracte, il chasse le sang dans la direction de la tête. Le sang revient ensuite en arrière, en circulant librement dans la cavité du corps, — où il baigne tous les organes, y compris les nombreuses trachées pleines* d'air— et, lorsque le vaisseau se dilate, il rentre dans celui-ci par les ouvertures latérales.

Système digestif. Ainsi que nous l'avons déjà signalé, il y a toujours une bouche, dont la conformation varie suivant la manière dont les différents insectes s'alimentent. Cette bouche mène à un œsophage, qui aboutit à l'intestin^ ; celuici est droit ou flexueux : il est terminé par l'anus, qui est toujours situé au dernier segment abdominal.

Comme annexes du tube digestif, nous devons mentioimer les glandes salivaires, en général au nombre de deux. Chez certaines larves, ces glandes sont bien développées et occupent toute la longueur du corps (exemple : larves des Simulia). Elles sont reliées à l'œsophage par un canal qui aboutit près de la bouche. Ce canal a, parfois, le même aspect qu'une trachée ; ses parois possèdent aussi un épaississement chitineux, en spirale, qui maintient le canal béant.

On remarque, dans la cavité abdominale, de longs tubes glandulaires filiformes, rubanés, quelquefois ramifiés, souvent entortillés les uns dans les autres, en général, de couleur brune, ou jaune, ou rougeâtre. Ce sont les tubes ou

^ Chez certains insectes on observe, entre l'œsophage et l'intestin, des dilatations du tube digestif, appelées jabot et gésier.

glandes de Malpighi. On admet que cette glande — qui aboutit à l'intestin, vers sa partie terminale — fonctionne comme un organe d'excrétion urinaire.

Sjjsthne nerveux. Ne mentionnant dans ce livre — destiné aux débutants — que les organes facilement visibles, nous n'avons pu jusqu'à présent décrire le système nerveux, chez les différents animaux que nous avons étudiés. En effet, chez les Vers et les Crustacés, le système nerveux est fort difficile à apercevoir. Il n'en est pas de même chez les larves d'Insectes, surtout lorsque celles-ci sont jeunes.

D'une manière générale, le système nerveux est constitué, chez les Insectes, par une chaîne de ganglions. Mais les ganglions situés dans la tête et le thorax peuvent acquérir •de l'importance, tandis que les autres, au contraire, tendent à s'atrophier et à disparaître.

Le système nerveux des Insectes présente toutes les tranusitions, depuis une chaîne ganglionnaire ventrale allongée — qu'on peut observer, par exemple, chez la larve du Corèthre — jusqu'à une simple masse ganglionaire thoracique, comme c'est le cas, par exemple, chez la larve du Melanochoelia."

On observera encore, chez les larves, que le corps de l'animal contient passablement de tissus adipeux, souvent coloré, qui relie plus ou moins tous les organes entre eux.

Les Insectes ont les sexes séparés. Les femelles pondent •des œufs, desquels sortent des larves qui sont toujours dépourvues d'ailes. Ces larves, à la suite d'un certain nombre de métamorphoses, se transforment en insectes adultes ailés, appelés imagos.

Chez les Insectes dits à métamorphoses complètes^ la larve n'a aucune ressemblance quelconque avec l'imago. D'une manière générale, on peut dire qu'elle ressemble plutôt à un ver.

Certaines de ces larves sont pourvues, comme les imagos, de trois paires de pattes articulées; c'est le cas, par exemple, pour presque toutes les larves des coléoptères. D'autres n'ont pas de pattes articulées, mais elles possèdent, en

nombre variable, à la face ventrale du corps, des proéminences, des mammelons plus ou moins rétractiles, qui servent d'organe de locomotion. On les appelle des faussespattes; on peut en observer, par exemple, chez les larves des Chironomes, des Dicranotes, etc.

Enfin, d'autres larves sont franchement apodes ; leur corps ressemble tout à fait à celui d'un ver; comme exemple nous citerons certaines larves de Diptères (par exemple celles des Hydrellia).

Les larves de cette dernière catégorie sont considérées comme étant celles qui sont les plus dégénérées. Elles ont besoin, pour se transformer en imago, d'une période nymphale d'une durée, en général, plus longue que ce n'est le cas pour les autres larves.

La durée de la période larvaire est extrêmement variable. Elle varie, suivant les espèces, de quelques jours à plusieurs années.

Les larves mangent, croissent, et, à plusieurs reprises, muent, en augmentant chaque fois de taille. Lorsqu'elles ont acquis tout leur développement, elles se transforment en pupe, appelée aussi chrysalide ou nymphe.

Dans cet état, l'insecte est à peu près dénué de mouvements ; il ressemble à une petite momie. Il traverse une période de repos, de recueillement, pendant laquelle ses tissus se modifient.

Les larves de certaines espèces, avant de se transformer en pupe, tissent un cocon soyeux protecteur; c'est à l'intérieur de celui-ci qu'elles effectuent leurs métamorphoses.

Chez les insectes dits à métamorphoses incomplètes^ la larve, dès sa naissance, ressemble à l'imago. Toutefois, elle est dépourvue d'ailes. Les rudiments de celles-ci n'apparaissent que dans la suite et augmentent de longueur à chaque nouvelle mue. Mais ce n'est qu'à la dernière mue, lorsque l'insecte devient imago, que de véritables ailes apparaissent.

Chez ces insectes, le passage de l'état larvaire à celui ■d'imago se fait donc d'une manière graduelle, sans qu'il y

ait une période nymphale proprement dite de repos et d'immobilité.

Les insectes n'augmentent de taille que pendant la période larvaire. Une fois devenus imagos, leur taille ne se modifie plus.

Cependant, il y a une exception. Il existe une troisième catégorie d'insectes. Ce sont ceux qui, n'ayant pas de stade larvaire, ne subissent pds de métamorphoses. Ces insectes, dès leur naissance, ont leur forme définitive, sauf que leur taille est plus petite ; celle-ci augmente progressivement à (îhaque mue.

Peu d'insectes rentrent dans cette catégorie; et, tous, sont dépouvus d'ailes. Il serait donc plus exact, à mon avis, de les considérer comme n'arrivant jamais à l'état d'imago et se reproduisant sous leur forme larvaire. Parmi les animaux, que nous aurons à étudier, qui rentrent dans cette catégorie, se trouvent les Thysanoures et les Pucerons.

Les insectes sont répartis en huit ordres, que nous indiquons, ici, en commençant par ceux qui ont le plus grand nombre de représentants aquatiques. Ce sont : les Coléoptères, les Hémiptères, les Névroptères, les Diptères, les Lépidoptères, les Hyménoptères, les Thysanoures et les Orthoptères. Ce dernier ordre, seul, n'a point de représentant vivant dans l'eau ou à sa surface (au moins en Europe).

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