‹ L'Arabe tel qu'll est: études algériennes & tunisiennesChapitre 15 sur 74 · LIÈVRE ET CHACAL · texte numérisé non relu

LIÈVRE ET CHACAL

Rencontrer un lièvre qui s'enfuit est signe de malheur. Voir un chacal le matin est un heureux présage.

EL HAFFAF

L Haflfaf n'est pas un type que l'on rencontre partout; il faut qu'une localité comprenne un certain nombre de têtes musulmanes pour posséder un bar-

bier.

Nous disons intentionnellement têtes; il n'y a, en effet, que les indigènes de marque qui usent du rasoir d'El Haffaf. les pauvres diables, se font raser, à titre de réciprocité, par un des leurs, barbier d'occasion, qui n'a pour tout matériel que son khoudmi (couteau) et qui exerce son ministère sans gêne au coin d'une rue ou sur une place quelconque.

Le barbier des rues a été trop bien dépeint par Maria Gill, dans Y Algérie Illnsirée^ de Leroux, pour que nous le décrivions; nous nous en tiendrons au barbier maure des villes.

Ce figaro est comme tous les beldia (citadins^ assez pro prement vêtu; sa tenue est souvent relevée par une sorte de veston de laine marron, soutaché d'arabesques aux couleurs très voyantes. A sa ceinture pend une large bande de cuir qui lui sert à affûter ses rasoirs et indique sa profession.

Sa boutique ne porte ni enseigne, ni les minuscules et traditionnels plats à barbe en cuivre, mais les clients arabes connaissent bien la demeure d'El Haffaf.

C'est, en effet, chez lui, que se donnent rendez-vous les notables indigènes qui veulent se tenir au courant des

petites nouvelles locales et en allant voir le baibief, ils savent bien que ce dernier ne manquera pas de leur narrer tout ce qu'il a pu apprendre de nouveau, car il a toujours des histoires dans son sac. notre haflfaf, et il est tout aussi bavard que son confrère français. On entend chez lui sûrement moins d'esprit que l'on entendait chez le coiffeur de Pézenas, mais les langues vont, tout de même leur petit train.

L'intérieur de la boutique ne renferme qu'un mobilier des plus modestes qui rivaliserait difficilement avec celui de nos élégants salons de coiffure. Il n'y a ni magnifique glace, ni lavabo en marbre, ni fauteuil à hausse. Une table sur laquelle se trouve ordinairement un petit aquarium contenant un po'sson rouge ou un vase rempli de narcisses, quelques bancs contre la muraille, laquelle est revêtue d'une natte pour préserver les vêtements des clients qui s'adossent si volontiers, une douzaine de rasoirs ouverts et appendus à une étagère, un plat à barbe en fer et une petite glace. Voilà le matériel du barbier maure.

Les indigènes conservent ordinairement leur barbe et ne se font raser qu'au-dessous de la gorge et des maxillaires; c'est probablement pourquoi El Haffaf ne rase pas au ponce et à la cuiller comme cela se pratiquait chez nous il y a cent ans. Il a cependant de nombreux points de ressemblance avec nos anciens barbiers. Ainsi il arrache les dents et souvent un cadre renfermant de nombreuses molaires et autres chicots témoigne de son habileté.

« Désirez-vous que ron vous saigne « Il peut vous opérer aussi. }»

Pour la taille des cheveux, les arabes n'ont pas comme nous des appellations multiples ; ils ne connaissent pas les cheveux taillés à la Capoule, à la Bressant ou aux enfants d'Edouard. Chez eux, c'est plus simple, ils n'admettent que la tête rasée complètement, ou rasée à moitié et circulairement (Chentouf).

De nombreux indigènes ne laissent snr le sommet de leur tête qu'un petit cercle de cheveux qu'ils réunissent en une mince tresse de i^ à ^d centimètres de longueur. Ce petit cercle de cheveux respectés par le rasoir se nomme Guet* taïa et doit servir à l'enlèvement du croyant lors du grand voyage au Paradis (Djenna).

Le barbier maure a un soin particulier des moustaches de ses coreligionnaires, lesquelles, on le sait, ne doivent pas pénétrer indiscrètement dans la bouche du musulman lorsqu'il mange ou boit. Pour éviter cet inconvénient, il taille les moustaches simplement en brosse sur le devant de la bouche en laissant les deux p'^intes.

L'ne coupe de cheveux ou de barbe est payée au barbier arabe de 2=; à ^o centimes selon la générosité du client Pour l'extraction des dents,les suppliciés remettent ordinairemet?t à l'artiste une somme de ^o centimes ou d'un franc. Ce n*est pas trop cher surtout si l'opération est bien faite. 11 est juste de dire que les barbiers arabes manient assez adroitement la clef de Garengeot (Kolab) et que l'opéré n'a pas à regretter ses cinquante centimes.

Pour la saignée notre barbier procède de différentes façons : la plus employée est la saignée pratiquée derrière la tète par ventouses scarifiées. Après au préalable avoir rasé le patient, El haffaf lui place sur la nuque ses karoura, ventouses en fei, munies d'un tube également en fer; puis il aspire de façon à faire le vide et à développer une auréole. Quand il juge que l'ampoule produite est suffisante, il scarifie avec une lancette ("nachetar) replace ses ventouses, aspire de nouveau, bouche les deux petites ouvertures des tubes, et laisse ainsi s'écouler le sang danb les ventouses. Lorsque ces dernières sont pleines, il en verse le contenu dans le plat à barbe en fer, soutenu par l'apprenti figaro, au grand contentement du client.

La saignée effectuée derrière la tête est employée par les arabes pour les céphalalgies ou les fièvres (hama).

Quand un client se plaint d'embarras gastrique, el haffaf

le saigne sous la langue ! 1 1 C'est là où il faut que Tartiste ait la main légère pour ne pas endommager cette partie de rindividu malade !

Pour les douleurs rhumatismales ou autres, le barbier saigne aux bras ou aux jambes en comprimant fortement par une bande le membre, au-dessus du point sur lequel l'opération doit être effectuée.

Indépendamment des barbes, saignées et avulsions de molaires El haffaf remplit dans la société musulmane un ministère sacro-saini : c'est lui qui est charge de la circoncision des jeunes musulmans. Et-tahara (la purification) est une très grande cérémonie chez les populations arabes; aussi l'opérateur est-il grassement payé, et Ton comprend que le barbier ne néglige pas cette importante source de bénéfices.

Cinq ou dix francs viennent ordinairement récompenser l'adresse du praticien ] en outre de la rémunération, l'opérateur est invité à toutes les réjouissances relatives à Theureux événement.

Il ne sera pas le dernier à attaquer les plats des divers repas. C'est que si El haffaf a bonne langue et manie bien la lancette ; il poissède aussi ce qu'on est convenu d'appeler, un bon coup de fourchette. Malgré toutes ses fonctions, le barbier ne fait pas toujours une bonne recette ; il s'en console facilement en pinçant doucement une petite guitare à deux cordes et long manche dont les faibles sons, parvenant tout juste à ses oreilles, ont le don de hii faire oublier sa gêne momentanée.

Janatismt et Cegenied 3rabf0 tocalts

Le peuple Arabe est un des plus superstitieux du monde. Il n'y a pas un fait merveiMeux, un miracle qui n'obtienne immédiatement créance auprès de lui. Les Indigènes du Nord de l'Afrique croient aux ogres (ghoul*, aux génies (djenoun), aux exorcistes (azzam), aux sorciers, à Satan (chitane) au mauvais œil (aïn), à la métempsycose, etc. Ils sont, en outre, fanatiques et, en matière de religion, d'une crédulité frisant parfois la naïveté.

Aussi dans chaque région, dans chaque localité, petite ou grande, les arabes vous racontent- ils. avec force détails, une légende quelconque ayant pour ^ héros un merabet (religieux) local. Si l'on était obligé de procéder au recensement des choses surnaturelles attribuées aux pseudo saints arabes, Ténumération en serait trop longue.

En dehors des légendes locales que nous avons recueillies, nous relatons aussi quelques faits spéciaux ayant pour aflteurs des nierabtine dont la foi ignorante atteint souvent la folie.

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