‹ L'Arabe tel qu'll est: études algériennes & tunisiennesChapitre 16 sur 74 · SI ALI BEN EL AKHDAR · texte numérisé non relu

SI ALI BEN EL AKHDAR

En i866, un merabet, Si Ali ben el Akhdar, de la tribu des Oulad Ali ben Yahia, près la Meskiana^ se faisait passer pour inspiré, et il le croyait fermement lui même comme on va le voir.

Un beau jour de mai, lors d'une noce, il annonça que Dieu, qui le couvrait de sa protection, l'avait rendu invulnérable et, comme preuve, il offrit de se faire tirer un coup de fusil, chargé à balle, dans le corps, sans en être incom mode.

Tous les assistants firent immédiatement cercle autour de lui et le merabet se mit en devoir de charger son fusil.

Cette opération terminée, Si Ali ben el Akhdar, dont 1 exaltation religieuse était à son comble, demanda à son frère utérin, Hamana ben Salah de lui décharger son fusil dans la poitrine. Ce dernier, convaincu que son frère était un Saint et que Dieu ne permettrait pas sa mort, n'hésita pas à placer le canon du fusil sur la poitrine de Si Ali ber. el Akhdar et à lâcher la détente. Le coup partit et le merabet tomba foudroyé.

Ce fait fut porté à la connaissance de Tautorité françaissr, qui ouvrit une enquête.

AHMED BEN KOURARI

Dans le douar Oulad-Ahmed-Ragouba, ancienne tribu des Mahatla, existe un nommé Ahmed ben Kourari qui passe, aux yeux de ses coreligionnaires comme susceptible d'essuyer impunément tous les coups de feu possibles. / ^* balles,* d'après ses admirateurs* s*aplatissent dès qu'elles ont touché son burnous I

Ils affirment aussi que si. par hasard, les balles pénètrent et que le sang coule, un bien plus grand miracle se produit. Ahmed ben Kourari n'a qu'à réciter un verset du Koran, aussitôt il rend la balle en crachant, la blessure se referme, il est guéri II

Cette histoire d'invulnérabilité de certains marabouts n'est pas localisée à la région des Mahatla. La prétendue immunité dont ils bénéficieraient est bien connue des agitateurs musulmans, et à chaque insurrection ils ne manquent pas de s*en servir afin d'entraîner sous leur bannière leurs crédules coreligionnaires.

FL HADJ MBAREK BEN YOUSSEF

A environ un kilomètre de Guelma, on peut voir un^ zaouia (chapelle) qui était administrée par El Hadj Mbarek ben Youssef, d'origine marocaine. Ce saint homme qui, primitivement, exerçait la profession de cordonnier, fit plusieurs fois le pèlerinage de la Mecque et devint, grâce à sa

dévotion, chef de la secte religieuse de Si Aramar bou Senna, dont la tombe est située près de Bône.

El Hadj Mbarek, qui vient de mourir, était âgé de plus de cent ans. Son grand âge, son excessive piété lui avaient attiré lestima et la vénération de tous les musulmans. Les diiïérents actes de sa vie sont narrés avec complaisance et admiration en pays arabe et on lui attribue toute sorte de miracles ; le plus connu est celui-ci :

Lorsque les musulmans ne se conformaient pas stricte ment aux prescriptions du Ktab Allah (le livre de Dieu), El Hadj Mbarek ben Youssef, après une invocation au Dieu des croyants, se changeait en lion et circulait aux environs de Guelma ; il se rendait même souvent, sous cette forme, près des diverses portes de cette ville.

Sa présence suffisait à remettre dans le droit chemin tous les mahométans qui s'en écartaient

El Hadj Mbarek ben Youssef a eu une nombreuse famille, mais il ne lui reste que ses deux fils: Si Sebti et si Lakhdar. Ce dernier ne respecterait pas toujours, paraît il, les prescriptions Koraniques sur les liqueurs fermentées; aussi estil loin d'avoir la réputation de sainteté de son grand -père.

EL-KHERRAZ

^H^Bl kherraz. le cordonnier arabe, est bien un des 9Î(lj|teJ métiers les plus répandus parmi ceux exercés par ^||^|S les beldia (citadins) des villes algériennes. On est, en effet, étonné du grand nombre de cordonniers que Ton rencontre dans les quartiers arabes de Constantine.

Cette quantité de kherrazine s'explique par les marches nombreuses et longues qu'effectuent continuellement les indigènes algériens et aussi par la qualité médiocre des belgha ou sabbath (chaussures) que leur vendent les kherrazine.

Dans la ville de Constantine, où la profession de cordonnier est spécialement florissante^ ils occupent presque exclusivement un quartier, comme du reste ils le faisaient lors de l'entrée de nos troupes en 1839. On arrive à ce quartier par la rue du 23' de ligne.

El kherraz est ordinairement installé dans un modeste petit local qui lui sert exclusivement d'atelier, sa famille vivant comme celle de tout bon musulman, dans une dar (maison) retirée, à l'abri des regards indiscrets.

Il a un ou deux ouvrieis, un ou plusieurs apprentis; ces

derniers sont perchés, le plus souvent, sur une soupente située au dessus du patron et des ouvriers, et à laquelle od accède par une petite échelle. Comme cette soupente ne couvre que la moitié de la boutique, Tapprenti apparaît comme placé sur une sorte d'étagère.

Patron, ouvriers, apprentis, sont accroupis à la turque ou assis sur des tabourets très bas; ils travaillent silencieusement, ne disant que les paroles indispensables à leur métier.

Le mobilier du kherraz, comme celui de tous les artisans arabes, est des plus simples ; du reste, pourquoi serait-il luxueux ? Les femmes arabes ne vont pas choisir et essayer leurs chaussures; quant aux hommes, ils ne sont pas assez partisans du confort pour exiger de Télégance chez el kherraz.

Une natte en palmier nain ou autre fibre végétale ; un plateau de bois dur monté sur trois pieds (djedra^ sur lequel le cuir est aplati, un marteau en cuivre (damir) sorte de pilon ressemblant h un bougeoir, avec lequel on assemble les morceaux de cuir colk^ avec de la rate de mouton, plusieurs alênes (messrcd) un petit bidon remplaçant le baquet de sciences de nos cordonniers et une petite caisse (sandouk) dans laquelle se trouvent ses approvisionnements, voilà son mobilier.

Indépendamment de ce qui lui est nécessaire pour son métier, el kherraz possède toujours un vase dans lequel il entretient un basilic (hebak), celle plante également chère à nos bottiers, et une petite cage dont les barreaux, faits de petits roseaux et de piquants de porc épie, retiennent prisonnier un oiseau quelconque.

Les plus luxueux possèdent un petit aquarium dans lequel évolue une dorade, les moins fortunés remplacent Taquarium par un grand verre et la dorade par un vulgair.e barbeau.

L'oiseau et le poisson sont bien soignés par El Kherraz,

mais le basilic est surtout l'objet de sa sollicitude. Tous les matins il l'arrose, le débarrasse des feuilles mortes ou des insectes et veille à ce qu'auciine feuille ne ilépasse la courbe de globe qu'il a donnée au basilic. La prédilection du cordonnier arabe pour le basilic s'explique par le besoin de combattre l'odeur désagréable du cuir.

El Kherraz travaille avec ardeur toute la journée ; il fabrique des sabbath (souliers arabes ordinaires) des beigha (sorte de mules) pour les citadins, des chebrella (brode quins) pour les femmes. Les nombreuses chaussureis étalées au soleil, près de chaque boutique, attestent de l'activité déployée par le cordonnier arabe. Quand le soleil est couché, il suspend son travail et ferme la boutique ; le patronet les ouvriers mariés rentrent chez eux ; les ouvriers célibataires partagent leur soirée entre le tebbakh (restaurateur) et le kahouadji (cafetier maure) où plusieurs parties de ronda avec des cartes espagnoles et quelquefois une pipe de haschich suffiront à les distraire toute la soirée.

A côté du cordonnier citadin, il y a aussi cl melakh (savetier ambulant) qui se transporte sur les divers marchés pour rapiécer les chaussures de ses coreligionnaires.

El Melakh a encore un matériel plus rudimentaire que le cordonnier de la ville. Une caisse à savon de Marseille comme siège et une autre caisse qui lui sert d'établi et de coflfre; il n*â pas de plateau en bois dur, mais une pierre plate d'un côté, remplira le même office; il n'aura qu'à la placer sur ses genoux lorsqu'il voudra assouplir ses cuirs. Il possède aussi un damir (marteau) quelques alênes et du fil.

Il aura vite procédé à son installation dans un coin quelconque, car il ne possède ni tente ni abri. Notre melakh a des goûts bien simples et son ambition ne va pas loin, pourvu qu'il ait quelques pratiques, cela lui suffit. Les clients qui viennent lui apporter leurs chaussures ne

sont pas riches (liii moins ils le prétendent tous) et quatre ' ou cinq sous seront toujours le prix d'un rapiècement plus ou moins adroitement fait. Quand il s'agit d'une semelle à remettre, le bénéfice est plus fort; il ira quelquefois jusqu'il un ou deux francs I

Le salaire du pauvre savetier ne s'élève pas à grand chose et quand après avoir peiné toute une journée il obtiti.t irois ou quatre franc»;, il se déclare fort satisfait. Si par malheur le mayvais temps a empêché les clients de venir, el melakh ne se plaint pas, sachant que l'homme ne doit jamais s'élever contre les décisions d'Allah.

iFanûtti^me et Cegenbe^ ^xabce locûlciî

UIK bAkOlTA

Bir Barouta, le puiis de Bar<»uta, se trouve à l'angle de la place de même nom dans la rue Saussier de Kairouan. Ce puits a une grande réputation parmi les populations musulmanes qui attribuent à son eau de nombreuses vertus euratives.

Son ouverture est située au premier étage d'une maison arabe et une grossière noria y a été installée par les indigènes. Une roue en bois sur laquelle sont assujetties, en guise de godets, de petites cruches en terre maintenues simplement par des cordes en alfa, mène Teau à la surface. La roue est actionnée par un chameau auquel on a fait gravir les dix ou douze degrés de Tescalier qui conduit à la margelle, et Tanimal, à la marche lente et majestueuse, tourne placidement autour du puits, pénétré peut-être de l'importance de la mission qui lui est confiée ?

Voici la légende de Bir Barouta : Lors d'un voyage qu'il fil à La Mecque, un Marocain voulut, comme la coutume le prescrit, puiser de l'eau au puits de Zem Zem pour la rapporter dans son pays L'eau de Bir Zem-Zem est employée par les arabes au moment de la mort. On s'efforce de la faire boire au mourant et s'il ne peut l'avaler, on en asperge ses vêtements ; les flammes de l'enfer, après cette opération, ne peuvent l'atteindre I

Le Marocain en question eut la maladresse de laisser tomber dans le puits de Zem-Zem le récipient de métal (maoune) dont il se servait pour puiser. Ce récipient n'était pas neuf, et pour boucher un trou produit par l'oxyde, le Marocain avait placé un Mahboub (pièce tunisienne de 2 fr. 70 centimes) sur le trou et recouvert cette pièce avec

de rétain, de façon à faire corp^ avec le métal du récipient.

Ayant accompli son pèlerinage à La Mecque, le Marocain revint à Kairouan. La, il apprit que le Bir Barouta venait d'être nettoyé et que. selon la coutume, les objets qui s'y trouvaient allaient être «rendus au profit du propriétaire du puits. Tn certain nombre d'objets, parmi lesquels un récipient de mûme Terme que celui perdu par le Marocain à Bir Zem-Zem, furent retirés du puits et mis à l'encan ; le Marocain le reconnut comme sien et le réclama, mais le propriétaire du puits ne voulut rien entendre et l'affaire fut menée devant lé cadhi de Kairouan. célèbre par sa science juridique.

Le marocain exposa qu'il avait laissé tomber son maoune dans le puits de Zem-Zem et que ce puits correspondant avec celui de Barouta, son récipient ava^t été amené par les eaux souterraines de La Mecque à Kairouan. Le propriétaire de Bir Barouta déclara à son tour que le récipient ayant été trouvé dans le puiis il devait en rester possesseur.

Après avoir entendu les deux parties, le cadhi demanda au Marocain de prouver que le maoune lui appartenait ; ce dernier lui répondit : « Avant de le laisser tomber dans le puils de Zem-Zem, je l'avais réparé avec un Mahboub et il est facile de s'en assurer en raclant la couche d'étain qui recouvre la pièce ».

Le cadhi examina soigneusement le maoune et découvrit effectivement le Mahboub indiqué par le Marocain. Devant cette preuve irréfutable, il rendit son jugement en faveur de ce dernier qui rentra immédiatement en possession de son vase.

Depuis, tous les habitants de Kairouan sont persuadés qu'il existe une communication entre Bir Barouta et Bir Zem-Zem, le puits sacré de La Mecque. Aussi l'eau de Barouta est-elle fort recherchée des croyants ; les hommes et les animaux qui en boivent sont guéri.*» de leurs maladies et les gens valides en font également usage comme préserva-

tif ! La réputation de sainteté du.puits de Barouta est grande en Tunisiô ; de tous les points de la régence on vient Je visiter et les nombreux pèlerins ne manquent pas de boire de son eau.

Il serait très imprudent 4e contester la véracité de la légende du maoune devant les habitants de Kairouan, qui feraient sûrement un mauvais parti à celui qui essayerait de détruire la théorie géologique, admise, sur la communication souterraine entre les puits des deux villes saintes musulmanes.

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