‹ L'Arabe tel qu'll est: études algériennes & tunisiennesChapitre 30 sur 74 · ET-THALEB · texte numérisé non relu

ET-THALEB

t 'enseignement, chez les Arabes d'Algérie, n'esl nullement compliqué; il se borne à une instruc Uion des plus limitées consistant à apprendre à re, écrire, réciter le Koran aux enfants.

Le personnel enseignant ne possède pas une instruction tendue, le thaleb n'a aucun titre universitaire ni aucune léthode II peut, il est vrai, réciter sans se tromper le loran, mais il est absolument nul en lettres ou en sciences; î cycle de ses connaissances ne s'étend pas aa-delà du livre e Dieu, qui, à ses yeux, réunit tout ce qu'un musulman oit savoir et qui ne saurait être dépassé.

Le maître d'écob arabe se rencontre dans presque tous as centres algériens où il est appelé indifféremment : haleb, cheikh, derrer. Pour exercer son métier de péda- ;ogue, il lui suffit de solliciter de l'autorité supérieure la )ermission d'enseigner.

Il s'efforce ensuite de réunir vingt ou trente pères de amilles indigènes, qui consentent à lui donner chacun is francs par an ; avec cette rétribution et les cadeaux qui ui sont offerts, il parvient à se faire un traitement annuel ie i.ooo à I.200 francs.

Il loue un petit local qui lui sert tout à la fois de loge nent et de salle d'école : quelques nattes à terre constituent e mobilier scolaire en même temps que le sien propre ;

c*est, en effet, sur une natie oue notre professeur se t^ des fatigues intellectuelles de la journée !

Lors de ses cours, le thaleb s'accroupit sur la natte et ^^ ses élèves Timitent, l'entourant sans aucun ordre, ^^' avoir, au préalable, enlevé leurs chaussures qu'ils plac^^^ pêle-mêle à droite et à gauche, près de la porte.

Chaque élève est possesseur d'une planche (louh) qui ^^ sert tout à la fois de cahier et de livre de lecture. C'est ^^ cette planche, enduite d'une couche de terre argileu ^ blanche délayée (sensal), que le thaleb tracera avec sc^ klutn et de Pencre faite de fumier de mouton et de laie» brûlés et d'eau, l'alphabet d'abord, puis les voyelles etenfi- x les divers et nombre»:x versets du Koran.

Pour la lecture de leur planche, les élèves crient très for"t en balançant le haut du corps. Comme ils n'ont pas tousl^ même leçon à lire, il s'en suit une cacophonie épouvantable, au milieu de laquelle le thaleb seul est capable de se reconnaître.

Les enfants arabes arrivent ainsi, après un séjour de deux ou trois ans à l'école, à se loger dans la cervelle le Korao, à l'exclusion de toute autre connaissance. Les leçons de choses, la géographie, l'histoire, la civilité puérile et honnête sont choses inconnues dans une école arabe.

Souvent les pères indigènes, désireux de faire de leurs enfants des savants, les obligent à réciter trois oj quatre lois le livre de Dieu. Quand un enfant peut, sans se trom per, citer les nombreuses sourates du Koran, il est consi déré par ses coreligionnaires comme un maître, comme un homme possédant la sagesse désirable.

C'est alors bien à lui que peuvent s'appliquer les paroles suivantes, prononcées dans une conférence célèbre par notre grand savant Ernest Renan * :

* 'V Islamisme et la Science^ conférence faite à la Sorbonne, le 29 mars 1883, par E. Renan. — Paris, Caïman Lévy.

^ partir de son initiation religieuse, vers Tàge de dix <^ou2e ans, l'enfant musulman, jusque-là quelquefois ez éveillé, devient tout à coup fanatique, plein d'une :te fierté de posséder ce qu'il croit la vérité absolue, ureux comme d'un privilège de ce qui fait son infério- ^•^ ^^ fol orgueil est le vice radical du musulman. , apparente simplicité de son culte lui inspire un méis p^^ justifié pour les autres religions. Persuadé que *f^ donne sans tenir compte de l'instruction ni du ^^^^te personnel, le musulman a le plus profond mépris oUr l'instruction, pour la science, pour tout ce qui cons- ^^^ l'esprit européen. »

>^^te très judicieuse appréciation de Tenfant arabe lettré, -^^^galement s'appliquer au thaleb qui, lui aussi, malgré ^ ^ge, n'admet que le Koran et ne voit rien au dessus.

^^"thaleb s'accorde un jour de congé par semaine, le

udi^

'-^ mercredi soir il ne fait qu'une heure de classe et le ^"^dredi est consacré à la récitation par les élèves de tout • qu'ils savent en fait de versets du livre saint. Le maître d'école arabe s'abstient de toute leçon de 'Voir vivre, de politesse, de morale, il se confine absolu- '^nt dans son rôle d'initiateur du Ktab Allah et, pour rien '^ monde, il ne s'écarterait du mince programme commun tous les tolba algériens.

Ceci dit pour faire ressortir combien rédiication lais>c à ssirer chez les indigènes, les parents arabes ne tiennem as à avoir des enfants bien élevés, ils n'y ont du restxj imais songé.

S'il nous était permis de donner un conseil aux -ignorants )lba, nous les engagerions à renforcer leur petit bagage itellectuel en acquérant les principes élémentaires de orale.

Il serait à désirer qu'il soit mis à leur disposition une )nne traduction arabe d'un livre sur la culture morale, ^re renfermant les premières notions concernant les de-

voirs individuels, domestiques, sociaux, internatioDau qu'ils apprendraient d'abord eux mêmes et feraient ensui connaître à leurs élèves.

Ces derniers deviendraient, il faut l'espérer, moir bornés, moins intolérants^moins Hostiles à notre éducatioc à notre instruction.

Il y aurait peut-être quelque chose à faire en ce sens, e certains indigènes,connaissant parfaitement les deux langue française et arabe, sont tout désignés pour entreprendr cette œuvre régénératrice.

En attendant, plaignons les malheureux petits Arabe obligés de circonscrire leurs études aux conseils et précepte obscurs que leur apprend le thaleb.

i3locur6, i^abttubea^ Udagea et Coutumea arabea

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