LA NAISSANCE
La femme arabe durant sa grossesse ne prend aucune précaution, les notions les plus élémentaires de l'hygiène^ ^^ U propreté, lui sont inconnues ; lorsqu'il sera nécessaire de dresser la tente, de chercher du bois ou de Peau, de braire les animaux, ce sera la femme qui, jusqu'au dernier 'Moment, effectuera courageusement ces divers travaux.
Pendant ce temps-là, le mari de la malheureuse femme, se reposera, étendu paresseusement sur une natte, paraissant ne se rendre nullement compte des peines, des difficultés endurées par son épouse.
Celle-ci, du reste, ne se plaint pas de sa triste condition, elle a été habituée ainsi, dès son enfance, en voyant sa "^ère, sa grand'mère, mener la même existence pénible et "^ songe pas à améliorer son sort.
Lorsque les premières douleurs arrivent, Ton fait appeler '^ Kabla, Taccoucheuse arabe. N'ayant aucune des connaissances exigées chez nous, pour exercer les fonctions de ^^ge-femme. la matrone arabe ne possède même pas la Joindre instruction, elle ne sait ni lire ni écrire et ne Connaît aucune théorie médicale, aucune pratique hygiénique.
Si elle est quelquefois adroite, dès que l'accouchement offre U moindre difficulté, elle est fort embarrassée, aussi le nombre de femmes mourant en couches en pays arabe, estil énorme !
Nous avons vu une matrone arabe qui, dans un cas délicat n'hésita pas à placer sur l'abdomen de la malheureuse victime, une volumineuse pierre ; cette médication barbare amena naturellement la mort de la malade.
Quand l'enfant est hors du sein de la mère, la Kabla le
prend et lut lave tout le corps avec de r^uile melang^^^ ^ une pâte de beurre et de henné. Quelquefois elle le ti -^^^^ quelques instants, suspendu, la tête en bas, afin de le im ^ ^^ grandir !
Le maillot que nos bonnes mères arrangent avec tant ^^ soins et de propreté, est fabriqué de la façon la plus vuc^^ ■' mentaire par les femmes arabes et kabyles : une pièce -"^ cotonnade entoure les bras et les jambes, puis une baa ^J^ enroulé complètement Tenfant comme un saucisson, (^ ^^ épaules aux pieds.
Les mères arabes prétendent qu*en emprisonnant air^»^' les bras de leurs enfants ils deviennent beaucoup pL ^^ vigoureux I
Les linges ne sont lavés que de temps en temps, lorsq*-^^ Todeur gène trop la maman !
On comprend qu'avec ce manque de soin, cette négl »' gence, l'enfant arabe soit atteint de nombreuses affectio^ns dues à l'état déplorable de saleté dans lequel on le f« *^ vivre.
Les ophtalmies, boutons, éruptions de toute espèce, ^* teigne la gale, etc., s'en donnent à cœur joie sur le malhei-.:^' reux gamin, et ses parents ne s'inquiètent pas outre mesu^*"^ de ses maladies. Mektoub Rebbi, cette fameuse phrase, sufl^St à leur bonheur et tout ce que les Fiançais peuvent let— ^'' dire, ne parvient pas à modifier leurs ridicules croyanc^^^ et leur saleté. Nous avons vu bien souvent de jeunes enfan ^^^ arabes ayant là figure couverte de mouches et quoiqu'i J^ fussent sur les bras de leur mère, celle-ci ne songeait null^^' ment à chasser lesdites mouches I
Dès la naissance de l'enfant, les voisines accourues, s err^^' presbent de féliciter la mère, de jeter des cris d'allégress^^^ et les fameux youyou perçants, se font entendre. L'enfar^ ^ reçoit un nom le jour de sa naissance.
Les pères arabes désirent tous un fils, aussi lorsque 1^ nouveau-né est un garçon, la réjouissance est-elleçom^
plète, et souvent sept jours après la naissance, un mouton est abattu pour fêler l'heureux événement.
l'enfance
Quand l'enfant arabe commence à se traîner à quatre pattes, vers l'âge de douze ou quinze mois, la mère s'en débarrasse en le mettant sur une natte.
Lorsqu'elle a une course h faire, elle le prend par un bras, au risque de le lui démonter et le place sur ses reins, à cheval, jambe de ci, jambe de là. puis croisant ses bras derrière le dos, elle soutient ainsi le bambin, qui s'accroche comme il peut aux vêtements de sa mère.
Les femmes arabes qui voyagent le plus souvent à pied portent ainsi leurs enfants, elles trouvent que pour les. longues routes, ce moyen est moins fatigant que de. les porter sur les bras, près de la poitrine.
QuelquiBS unes se croyant plus pratiques, les placent, toujours à cheval, sur leurs reins, ef les soutiennent par une pièce d'étoffe en forme de sac, rattachée au cou, les enfants sont ainsi enveloppés complètement, dans le dos de leur mère. On se demande comment ils n'étouffent pas ?
Dès que les enfants marchent seuls, ils sont pour ainsi dire abandonnés à eux-mêmes, aussi combien d'accidents arrivent, par suite de ce manque de surveillance : coups de pieds d'animaux, chutes dans les puits, silos, dans le foyer, situé au milieu de la tente, etc., etc.
Le nombre d'enfants arabes mourant de morts accidentelles, est très grand et les mères arabes qui cependant les affectionnent beaucoup, devraient bien ne pas tant s^en rapporter à la Providence pour diriger les pas incertains de leurs progénitures.
' Quand le gamin arabe atteint l'âge de cinq ou six ans, il jouit de la liberté presque complète et souvent en été on le voit complètement nu, gambader. autour de la tente ou du gourbi. Avec cette par trop primitive façon de vi-
vre, tout son corps, brûlé par le soleil, devient coul^ chocolat et il gardera ce ton là toute la vie.
Jamais les parents arabes ne s'occupent de Téducati^ des enfants, ils les réprimandent rarement, lors mtCM qu'ils commettent un acte répréhensible. Ainsi un père ^ une mère voyant l'aîné de ses enfants s'emparer du pai d'un fruit de son jeune frère plus faible, ne le gourmac dera pas, dédaignant de s'occuper de choses enfantines. I on leur demande pourquoi ils ne s'occupent pas du pet larcin, ils se contentent de dire : « Cela n'en vaut pas 1 peine », chrol drari (affaires d'enfants).
Nous avons dit plus haut que les pètes indigènes préfé raient de beaucoup les garçons aux fillettes. Ce sentimen va s'accentuanl de plus en plus, au fur et à mesure que le enfants grandissent.
Aussi arrive- 1- il fort souvent qu'un père, s'il a de nom breux enfants, ne se rappelle plus les noms de ses fillette et il lui faudra sou\ent un bon moment avant de s ressaisir.
Un autre fait qui est courant et qui indique bien le a ractère arabe, c'est la réponse que fait l'indigène interrog sur le nombre de ses enfanis ; invariablement il ne donner que le chiffre de ses garçons et si on lui fait observer qu Ton aperçoit des petites filles, il vous répond : « Ah oui ce sont mes fillettes, je ne comptais que les garçons. »
Lors des recensements quinquennaux ou autres, cet oub des petites filles par leur père, occasionne des différence notables dans l'appréciation du chiffre des populations in digènes, et si le recenseur ne connaît pas cette particularité son travail sera toujours très approximatif.
EL KHAMMËS
|L Khammès (ouvrier agricole associé) est bien le type le plus connu de l'Algérie. Non seulement les propriétaires indigènes remploient tous, mais au<isi les colons européens, adoptant la coutume arabe, l'utilisent pour les différents travaux agricoles et aux mêmes conditions.
Le nom de Khammès (de khamsa, cinq), lui a été donné en raison de la part qu'il touche à la fin de la récolte, e^ qui équivaut à un cinquième des produits.
El Khammès est toujours un pauvre diable, que la nécessité absolue oblige à travailler, car on le sait, tout musulman un peu aisé, considère le travail comme avilissant.
Les Arabes n'ont aucun goût pour tout ce qui nécessite un effort manuel, ils méprisent absolument ceux qui peinent» et n'ont pas assez de dédain pour tous les ouvriers en général, et le Khammès en particulier. Aussi, quand une querelle quelconque amène des plaignants devant l'autorité française, il faut voir avec quel air superbe le plus fortuné des deux déclare qu'on ne doit pas attacher d'importance à
ce que dit un malheureux, un Khammès, un raï (berger) qui est obligé de travailler pour vivre ; ses argumenls> d'après lui, ne devraient pas être mis en parallèle avec ceux fournis par un homme de bit, de khima kebira (grande tente).
El Khammès habite ordinairement près de la demeure du propriétaire du sol, dans un gourb' (masure), ou souvent dans une pauvre petite tente rapiécée faite de âidj de laine ou de tout autre étoffe. Elle n*est pas difficile à trouver la demeure du malheureux khammès, parmi les habitations de la déchera (hameau); en hiver, ce sera la hutte la p\u< petite, la moins bien établie en été, lorsque les puces obligent toutes les populations arabes à fuir leurs peu confortables chaumières, et à installer leurs cîimpements, ce sera la tente la plus sale, la plus dépenaillée, la plus basse, qui abritera le Khammès et sa famille.
Les colons français éprouvent les plus grandes difficultés pour trouver un bon Khammès. Ce dernier, du reste, ne s'engagera qu'autant qu'il aura touché une avance en argent (sarmia) et aussi un prêt de grains qui lui permettra de vivre avec sa famille jusqu'à la récolte.
El Khammès effectue tous les travaux de labour, d'ensemencement, de moisson, de dépiquage, de vannage et d'ensilage. Il donne son travail. • et le propriétaire fournit les grains^ les animaux, et les instruments nécessaires à la culture.
Les travaux de labours sont commencés par les indigènes aussitôt les premières pluies d'hiver, et sont à peu près terminés dans la première quinzaine de février. Dès la pointe du jour et malgré la pluie et la neige, le Khammès est au travail, vêtu d'une capote ou d'une vareuse militaire réformée, achetée un franc ou deux chez un juif de la place de Chartres ou d'ailleurs, les mollets emprisonnés dans des guêtres en grosse laine, les pieds entourés de guenilles.
ayant comme semelle une peau de chèvre retenue sur le coup de pied par des cordelettes en palmier nain.
Si l'accoutrement du Khammës laisse à désirer comme confortable, il en est de même pour sa charrue, instrument des plus primitifs et d'une incommodité rare. Elle consiste en une pièce de bois recourbée dans sa partie supérieure appelée gâda, qui sert d'unique poignée au laboureur.
A l'extrémité inférieure, s'adapte la seca (soc). Ce soc est muni d'une bride, qui sert à le fixer à la pièce de bois gâda.
En arrière du soc, se trouvent les oudnine oreilles), fixées à la gâda par une petite traverse^ appelée boumedjane, et qiii servent à renverser la terre remuée. Lé sehem (bran card), à gauche et à droite duquel on attelle les animaux, est fixé sur la gâda par deux petites pièces appelées « el afia » et <ii redif ». Une sorte de cheville ouvrière « rezem » maintient aussi le sehem et la gâda.
Lorsqu'il s'agit d'atteler les animaux, c'est ordinairement des chevaux ou des mulets, un long palonnier est placé sous leur poitrine, et est maintenu par des traits en alfa (fechatel) à la gâda.
Les harnais employés par les indigènes sont très défec tueux, les colliers (gouffa), sommairement rembourrés, blessent toujours les malheureuses bêtes chargées de traîner la cha»*rue ; le poitrail égalenrient mal confectionné, leur comprime les voies respiratoires, au point que lorsque l'on arrive près de Tattelage, on entend, à plus de cinquante mètres de distance, la respiration oopressée des animaux^ faisant un bruit analogue à celui produit par le soufflet d'une forge I
Les indigènes emploient aussi, comme attelage : les bœufs les ânes et même les chameaux.
Quand les animaux sont attelés, le khammès commence son travail, appuyant d'une seule main sur le manche de la charrue et tenant un fouet de l'autre. On comprend qu'avec une telle organisation , il ne puisse faire un labourage
soigné, et on n'est plus étonné alors de voir le sol simplement gratté à dix ou douze centimètres de profondeur et ne rendre qu'un résultat médiocre.
Malgré tous les conseils que nous leur donnons journelle ment', les Arabes n^apportent aucun perfectionnement à leurs instruments agricoles. Ils ont beau voir les champs cultivés par les Français donner de bien meilleurs résultats, ils s'en tiennent toujours à la charrue de l'époque biblique, refusant obstinément d'employer nos outils perfectionnés.
La résistance incompréhensible qu'ils mettent à ne pas employer nos outils, fait mal augurer des résultats qu'est appelée à donner notre civilisation. On aurait pu croire que puisqu*il s'agissait d'améliorer leur vie matérielle, les indigènes auraient adopté nos outils, nos moyens de culture; mais il n'en a rien été^ et tous les efforts faits en ce sens n'ont jamais abouti !
Lorsque le moment estarrivé de moissonner, le khammès s'habille plus à la légère. Il est vêtu d'une simple gandoura serrée à la ceinture et d'un vaste tablier de cuir jaune, qui lui descend de la poitrine aux genoux ; son avant-bras droit est garni d'un drâ (brassard) en cuir également, et des jambières de grosse laine enserrent ses mollets. Toutes ces précautions sont prises en vue de la présence des épines, toujours nombreuses dans les cultures arabes
Son burnous, placé sur trois bâtons, lui sert de petile tente, sous laquelle, à l'heure de la sieste, il abritera sa léte des rayons solaires. Ce petit abri sert aussi à tenir fraîche l'eau contenue dans la guerba (outre) destinée à le désaltérer.
Dès l'aube, le khammès est à la moisson, il ne s'arrête qu'à dix ou onze heures pour se reposer une heure ou deux. Il continue son travail jusqu'à six heures du soir. Le propriétaire doit toujours lui adjoindre un certain nombre de moissonneurs (mgata, karaï). Le paiement de ces derniers est
effectué exclusivement par le propriétaire qui leur donne de UD franc à deux francs par jour.
On emploie aussi, comme moissonneurs les gens du Sud : Zab, Oulad-Derradj, Sehari, qui, chaque année, viennent avec tous leurs campements et leurs troupeaux de chameaux et de moutons en achaba dans le Tell.
Ces moissonneurs ne touchent pas d'argent pour leur travail, mais ils prélèvent le dixième des grains qu'ils moissonnent, un filet sur dix.
Les indigènes du Tell les autorisent aussi à laisser pâturer leurs bestiaux dans les chaumes.
Après la récolte, le khammès effectuera le dépiquage avec trois chevaux qui piétineront les gerbes en pivotant dans un cercle restreint. Puis le ramassage viendra, le khammès mettra alors la paille en meule, l'entourera de sedra (jujubier) afin d'empêcher les dégâts des animaux, toujours mal gardés en pays arabe, et prélèvera sur les grains le cinquième de la récolte obtenue. Ce sera la rémunération de ses peines. 11 se reposera jusqu'aux labours prochains.
Si la récolte a été^ fructueuse, le khammès sera dans une prospérité relative, mais si la sécheresse, la grêle, les sauterelles le privent du grain qui lui est nécessaire pour son entretien et celui de sa famille, il tombera alors dans le plus grand dénuement, vivant, lui et les siens, de la façon la plus misérable. Il ne cherchera nullement à améliorer sa triste situation en travaillant d'une façon quelconque ; il s'en rapportera toujours à la providence pour ses moyens d'existence, et ne cons.^nt qu'à une chose : labourer et moissonner.
Outre cette insouciance, le khammès a aussi d'autres défauts : il est légèrement eiiclin au vol, surtout quand il a pour associé un cultivateur français. Il ne se fera aucun scrupule de lui faire enlever ses chevaux, ou autres bestiaux, par ses parents ou amis. Il leur indiquera Theure à laquelle
le colon françafs, fatigué, s'endort ; les points des murs de récurie, où un trou peu facilement être percé le nombre d'armes et de chiens possédés par le roumi. A son réveil, le colon, souvent beaucoup trop confiant, suivra son khammès à la recherche de ses animaux disparus, mais le brave musulman aura soin de l'égarer en lui faisant prendre une tout autre direction que celle prise par les voleurs, et rien ne sera retrouvé. Au monient des récoltes, c'est à cette époque-là que le kh^mniès s'en donne à cœur joie : un jour il fait voler, toujours par ses parents ou amis, un ou deux filets de grains ; un autre jour, c'est le champ de pommes de terre du Français qui est dévalisé ; quant aux fruits de toute sorte, le khammès laisse à ses femmes et enfants le soin de les enlever bien avant leur maturité.
La basse-cour est aussi visitée, et plus d'un œuf, marqué par sa femme d'une trace faite avec du noir de fumée, afin de détourner les soupçons en cherchant à faire croire que l'œuf est de piovenance arabe, aura été pondu par les volailles du cultivateur français.
Pour caractériser l'état d'âme du khammès, nous ne I ouvons mieux faire que de relater ici le souhait que forment les mères arabes à leurs enfants, lors du renouvellement de l'année :
« Ikeber oulidi » - Mon fils grandira ;
« Icharek bcldi » — II s'associera au citadin ;
« Ou ihot zrâ andi » — Et il me remettra son grain.
Il est bien entendu que c'est du grain du citadin qu' s'agit I
Malgré l'état précaire de sa fortune, le khammès est g néreux quand on fait appel à ses sentiments religieî Aussi plus d'un derviche ou merabet, profitent ils de c^ disposition d'esprit, au moment des récoltes, et réussisf très souvent à obtenir de lui un peu de grains. Le kham ferait bien mieux d'être plus travailleur, moins pilf moins fanatique, et de mettre en pratique ce conseil i
qui a le don de déplaire beaucoup aux merabtine de toute sorte :
« Cultive ton grain et sarcle le. »
<< Et en été donne un cadeau aux pauvres. »
* A l'exception de Dieu ou du Prophète. »
* Aucun autre n'a le pouvoir de solliciter la ziara. »
iltoeura, i^abitnics, Usaqts et Coutumeâ arabes -