PRÉFACE
Plusieurs amis m*ayant conseillé de rassembler les diverses études que j'ai publiées çà et là sur les indigènes d'Algérie, je le fais non sans avoir longtemps hésité.
J'aurais bien voulu apporter plus d'art dans les portrait» des types algériens que je lais défiler, néanmoins je crois qu'à défaut d'autre mérite, ils ont celui d'être ressemblants. Les faits que je mentionne n'ont nullement été empruntés à la fantaisie, je les ai constatés lors des nombreuses courses que j'ai effectuées dans ce pays.
En notant chaque fois que j'en ai eu l'occasion les détails de la vie arabe, je n'ai eu qu'un seul désir, celui de soulever un peu plus le voile qui cache encore à nos yeux le peuple indigène. Ce peuple, quoi qu'on en ait dit, est très primitif, pas plus équilibré qu'un enfant, obéissant à l'idée du moment et non au ra-sonnement, aujourd'hui il est humain, demain il sera cruel, il est toujours d'une crédulité outrée et étonnamment impressionnable.
Dans tout indigène on retrouve le fanatique, sa passion dominante, c'est un sentiment d'hostilité, d'exclusivisme contre toutes les religions autres que ^a foi islamique ; les merabtine et autres fauteurs de troubles ne manquent pas d'entretenir, d'encourager ce sentiment.
Le plus souvent cet état d'esprit est dissimulé sous des marques de politesse exagérées, pour ne pas dire de flagornerie excessive, et susceptible de faire illusion aux touristes et aux observateurs superficiels.
A côté de ses défauts, il faut bien le reconnaître, l'indigène possède des qualités d'endurance, de patience, de sobriété, de courage indiscutable*?. On objectera que le fatalisme dont il est animé est pour beaucoup dans le peu de crainte que lui inspire la mort, il n'en est p^s moins vrai que ce sentiment existe et que Ton doit impartialement le constater.
Les Guerbadjia (pluriel de Guerbadji) de Tunis, forment une corporation ayant un amin (syndic) choisi par eux, et qui, sous le nom de cheikh, règle toutes les contestations qui surgissent entre les membres de la corporation.
I/a're d'action des Guerbadjia est parfaitement délimitée. chacuu d'entre eux ne doit débiter son liquide que dans le quartier qui lui est assigné ; de cette façon, il n'y a pas de concurrence, de rivalité possibles.
Les habitants de Tunis ne se font jamais porteurs d'eau ; ils méprisent très fort cette profession qu'ils considèrent comme dégradante. Les Guerbadjia sont tous recrutés parmi les Souafa (habitants du Souf). Ils sont le plus ordinairement originaires de la tribu des Adouane, dont les habitants s'expatrient vers le Tell pour exercer les professions de portefaix, maçons, porteurs d'eau, puisatiers.
El Guerbadji, afin de se préserver du suintement de sa guerba, s'applique sur le dos un tablier en cuir de bœuf appelé es-setah. Son outre, qui contient de 30 à 40 litres de liquide, est confectionnée avec une peau de chèvre ou de bouc.
Chaque outre d'eau lui est payée cinq centimes et il en porte ^o à 40 par jour, sel»)ii la saison. La période d'été est naturellement la plus productive pour le porteur d'eau.
Indépendamment du Guerbadji il existe aussi à Tunis des Souafa qui distribuent « fi sebil Allah », pour Pamour de Dieu, un verre d'eau aux personnes altérées.
Es-sbil, nom que l'on donne à ce distributeur d'eau, circule dans les souak de Tunis, où l'affluence est toujours considérable, surtout en été, en criant: «Ainïa fi Sidi Djemel». mes yeux sont fixés sur Sidi Djemel. Tout arabe ayant soif peut demander un verre d'eau au Sbil sans que celui-ci exige une rémunération quelconque ; néanmoins si l'altéré est généreux et qui lui remette un sou ou deux, le Sbil acceptera en le remerciant par une citation pieuse du Koran
Les Souafa qui exercent la profession de Guerbadji et de
ES-SFANDJI (1)
Jous avez souvent aperçu le marchand de beignets arabe qui, dans chaque ville algérienne, circule portant un plateau sur lequel se trouvent quelques beignets grossis, frits dans l'huile.
C'est le sfandji, l'industriel le plus populaire parmi la population enfantine musulmane auprès de laquelle il remplace pas avantageusement, notre marchand d'oublis.
Son costume est ordinairement celui du beldi (citadin) : haïck enroulé autour de la chéchia, petite veste et culotte à la turque. Ce dernier vêtement est le plus souvent protégé des taches d'huile par une fouta rayée de bleu et attachée à ses reins en manière de tablier, mais malgré cette précaution, le sfandji est d'une propreté toute relative.
Il ne lui faut pas grand matériel et nos confortables pâtisseries ne donnent nullement l'idée de son établissement.
(i) Dans le département de Constantine le marchand de beignets est appelé ef-ftaïri
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