CHAT ET CHIEN
Les indigènes du déparlement de Constantine croient que lorsque le chat se passe la patte sur le museau, il prie Dieu, et que ses prières n'ont qu'un seul but, celui d'obtenir la mort de son maître. Quant au chien ils lui attribuent des sentiments diamétralement opposés : le brave animal formerait des vœux pour la prospérité de celui qui le nourrit D'après cette croyance le chai serait rembléme de la fausseté, de la traîtrise, tandis que le chien serait celui de la fidélité, de la loyauté.
NOURRITURE DPS CHEVAUX OU AUTRHS MONTURES
Lorsqu'il y a plusieurs chevaux, jumeats", mulets, mules, ânes, ânesses, dans une même écurie, il faut avoir bien soin de ne pas omettre de donner la nourriture à l'un d'entr*eux,au moment des distributions du soir et du matin, sinon l'animal oublié sera sûrement atteint de coliques et mourra sur le champ.
Lorsque c'est une jument qui a été oubliée et qu'elle est pleine, elle avortera. La même croyance existe pour l'ânesse.
l'extinction de la bougie Il ne faut jamais éteindre une bougie ou une lampe quelconque en soufflant dessus ; cette façon de procéder porte malheur. Les Arabes éteignent toujours la lumière en pinçant la mèche entre le pouce et l'index.
LA RENCONTRE d'uNE PERSONNE BORGNE
La rencontre, faite \c matin, d'une personne borgne, qu'il s'agisse d^un homme ou d'une femme, est considérée par les indigènes comme devant porter malheur.
Aussi, lorsqu'un Arabe trouve le matin sur son chemin, un borgne, s'empresse-t-il de se détourner et de prononcer les mots : « Allah isseterni » (que Dieu me protège !)
Il existe des borgnes consciencieux, qui, sachant lin fluence néfaste qu'ils exercent sur le bonheur d'autrui, ont le soin, le matin, de cacher leur infirmité en se voilant l'œil borgne d'un mouchoir ou d'un coin de leur turban.
EL KAHOUADJl
fL y a deux sortes de Kahouadji (cafetier maure), celui de la ville et celui du pays arabe.
Le Kahouadji des villes algériennes est ordinairement plus policé, plus élégant que son confrère rural ; coiffé d'une chéchia serrée à la tête par un foulard de couleur, qui emprisonne également le gland de soie floche de la coiffure, les cheveux et la barbe scrupuleusement rasés, le Kahouadji, au teint pâle, fatigué^ dont la moustache noire relève encore la matité, est vêtu de la kemidja (chemise), de la seJria (gilet), de la relila (veste) et d'un serouel (culotte bouffante). Ses vêtements sont ordinairement assez propres.
L'établissement du Kahouadji, toujours situé dans le quartier arabe, se compose ordinairement d'une pièce, quelquefois de deux ; la deuxième chambre, qui forme arrière-boutique, est souvent occupée par quelques clients qui préparent et fument le kif (chanvre) ou par des joueurs désireux de se soustraire aux regards indiscrets de la police.
Un petit fourneau, construit en maçonnerie, recouverte
de tomettes vernisf^ées à dessins bleus, surmonté d'une voûte affectant une forme ogivale se trouve dans un coin do l'établissement.
A droite et à gauche du fourneau sont 'pendues sur le bord d'étagères peintes en vert, une trentaine de pent.^s cafetières cl autant de lasses à filet doré reposent sur les tablettes de ces étagères.
Les murs sont souvent bariolés de dessins grossiers, tracés par des peintres arabes inexpérimentés et reproduisant des lions, des chameaux, des palmiers, rouges ou bleus, et quelquefois des vaisseaux, des canons servis par des marins et des artilleurs turcs à moustache exagérée.
Lorsque les murs n'ont pas reçu les fresques d'un artiste musulman, ils sont ornés de quelques cadres de calligraphie orientale, dont les caractères, assemblés de façon à former un animal fantastique quelconque, relatent un verset du Koran.
Quelques cafetiers maures possèdent un reguila (narguileh) pour les consommateurs de marque, qui veulent absorber leur café en fumant du tabac, dont la fumée est rafraîchie et parfumée par Teau de rose
Près du fourneau, un tonneau, dont un des côtés a été défoncé contient l'eau destinée à la préparation du café et aux tlients altérés. Il est muni d'un couvercle sur lequel se trouve le tchabchak, récipient en fer blanc, orné d'une anse et contenant un litre environ, qui sert indistincte nient à tous les indigènes qui viennent se rafraîchir au tonneau.
A ce propos, il n'est pas inutile de dire que les indigènes passagers qui ont soif entrent sans façon dans l'éta blissemeat puisent avec le tchabchak une certaine quantité d'eau, boivent et reversent consciencieusement dans le tonneau le superflu du liquide qu'ils n'ont pas absorbé Ils ne donnent aucune rémunération au cafetier et uasimple salut lui est attribué à titre de remerciement.
Ce dernier, du reste, ne prend pas beaucoup de peine
pour sa clientèle. 11 ne nettoie son tonneau que lorsque Todeur de l'eau devient par trop insupportable ; quant au tchabchak, il ne le lave jamais.
Cet instrument sert encore à un usage intime: les clients orthodoxes font avec, leurs ablutions ! Et que l'on n'aille pas croire que c'est là de l'exagération ; pour b'en assurer, il n'y a qu'à examiner les abords du café maure, vers ras.ser (prière de l'après-midi) on y verra sûrement le tchabchak employé à cet usage par les fidèles qui ne veulent pas avoir leur prière invalidée, faute de pratiquer « l'istindja » prescrite par la cheria (loi religieuse).
Les indigènes, on le sait, ont des idées très larges sur l'égalité; mais on doit reconnaître que souvent ils poussent ce sentiment trop loin et l'on ne peut s'empêcher de manifester une certaine répulsion lorsqu'on les voit boire quinze ou vingt dans le même vase, sans qu'aucun d'eux songe à le rincer ! Cela serait trop pénible et puis, est-ce que l'eau peut salir ?
De larges bancs, placés autour de la salle, attendent les consommateurs ; le café, soigneusement pilé, est renferm é oans une boîte en fer blanc et il en est de même du sucre. Ces deux boîtes sont d'une propreté relative ; elles auraient souvent besoin d'un vaste récurage.
Sur le feu, se trouve un récipient en fer contenant trois ou quatre litres d'eau. Lorsqu'un client s'est écrié : « la kahouadji djib kahoua » (cafetier, apporte un café), le kahouadji prend dans le récipient un peu d'eau chaude, en remplit une petite cafetière à long manche, l'approche du feu et dès que le liquide bout, ce qui demande très peu de temps, l'eau étant déjà chaude, il y projette deux cuillerées de café réduit en poudre très fine et laisse bouillir un instant. Il décroche ensuite une cafetière minuscule qui contient juste une petite tasse de café, et il y verse le précieux liquide qui doit être servi bouillant au consommateur pour permettre à ce dernier d'absorber le café à la façon orientale, doucement, en le délectant par petites
aspirations et faisant avec les lèvres un bruit qui témoigne de sa satisfaction.
Ce café, ainsi fabriqué, a un parfum excellent, un goût parfait ; il n'a qu'un seul défaut, c'est qu'il n'est pas clarifié et que l'on y trouve le marc.
Le cafetier maure fait aussi du thé, mais cette boisson est bien loin de celle fabriquée par les Européens. 11 y entre en effet toute sorte de choses, sauf du thé : du khendjelane (galanga), un grain de felfel (poivre), un cromfel (clou de girofle), de la karfa (canneHe) et quelques chokenilla (cochenille) pour lui donner de la coloration ; quant à la feuille de thé, elle manque complètement.
Le goût de ce thé est bizarre, ce liquide pimenté et aromatisé, produit sur le palais une légère sensation de brûlure qui disparaît après quelques instants.
Les cafés maures sont très fréquentés par la population musulmane, qui n^ consomme que du café et du thé. Dans la journée, on y rencontre des officiers et fonctionnaires indigènes, cavaliers de commune mixte, chaouchs, notables. C'est là que sont interprétées toutes les décisions de l'auto • rite française et que prennent naissance les nouvelles les plus extraordinaires qu'on puisse imaginer. L'Arabe^ même instruit, est très crédule et l'histoire d'un ghoul (ogre) ou d'un animal fantastique attirera son attention et trouvera toujours créance en lui. La plupart des clients absorbent leur café, assis à la turque, sur les nattes ou sur les bancs qui garnissent l'établissement, en devisant entre amis.
Quelques-uns cependant jouent aux dames et aux dom inos et souvent, en été, sur une natte étendue dans la rue, devant le café, un certain nombre de consommateurs font une partie de ronda avec des cartes espagnoles.
Le soir, à la veillée, une vaste partie de loto s'organise, et un loustic proclame alors en arabe et en français les numéros sortants. Rien n'est plus risible que d'entendre crier : « Fint-i-dou » pour vingt-deux et immédiatement après : « Tnine ou achrine ».
La clientèle a alors changé ; les hommes graves, mariés, se sont retirés et ces parties de loto ne sont plus suivies que par les tirailleurs, portefaix, journaliers, cireurs, etc., en un mot par tous les sbentout (célibataires) de la localité. Le cafetier retire un mince bénéfice en prélevant sur chaque partie un ou deux sous que lui remet le vainqueur du quine lorsqu'il encaisse les mises.
Quelques indigènes du dehors, attardés à la ville, augmentent encore les ressources du kahouadji en payant cinq ou dix centimes l'autorisation de passer la nuit allongés sur les bancs.
En raison du bon marché de la marchandise qu'il débite, (^ centimes la tasse de café ou de thé), le kahouadji devient rarement riche. Cependant la philosophie musulmane le fait se contenter de peu et puis « Allah Akbar » Dieu est grand! Qui sait si la fortune ne lui sourira pas un jour?
Le kahouadji du pays arabe est beaucoup plus primitif que son collègue des villes; son installation qui ne consiste qu'en un simple gourbi fait en pierres sèches, recouvert de diss, est ordinairement placé près d'une route fréquentée.
Ces cafés maures rendent bien des services comme refuge aux voyageurs égarés ou fatigués ; mais ils sont souvent le rendez-vous des malandrins de toute la région. C'est la qu'ils organisent les expéditions nocturnes qui désoleront les fermes de la contrée; c'est du.café maure qu'ils partiront pour dévaliser, et tuer s'il le faut, les voyageurs, colporteurs kabyles ou autres. C'est encore du café maure, que partira l'adolescent, lors de sa première équipée. Il aura reçu, au préalable, les avis et conseils des expérimentés, et comme dans la veillée des armes, il ne quittera les chevaliers du matraque qu'après avoir reçu de ceux ci, l'accolade fraternelle.
Au retour, s'il a réussi à commettre ^e larcin projeté, il sera sacré membre de la confrérie et pourra alors prendre
part à des expéditions plus importantes; ce sera un homme « fehal » brave, sur lequel on peut compter !
Comme costume, le kahouadji de l'intérieur est loin d'être élégant et propre, il est même d'une simplicité toute primitive; une gandoura, une chéchia, un burnous constituent toute sa garde robe.
Il conserve souvent pendant six mois, ses vêtements sans les laver, aussi sa tenue laisse-t elle à désirer sous le rapport de la propreté. On se figure difficilement un homme pouvant rester six mois sans changer de chemise! Ce problème est cependant résolu par la grande majorité des Arabes de rintérieuri ! I
Quant au matériel du kahouadji, il est tout à fait rudimentaire : un vieux et sale bidon à pétrole lui sert à chauffer Teau, une petite cafetière et ^ ou 6 tasses ébréchées complètent sa vaisselle. La salelé la plus repoussante règne en maîtresse absolue dans le bouge du cafetier, où Ton ne pénètre que par une ouverture sans porte, d'un mètre trente à un mètre cinquante de haut.
Nous ne conseillerons jamais au touriste français qui circulerait dans le pays, d'y pénétrer en été ; il risquerait fort d'être à moitié dévoré par les puces, heureux s'il ne rapportait pas d'autres parasites I Et puis, comme il n'existe pas de cheminée dans l'établissement, et que l'industriel fait son feu dans un trou en terre, la fumée qui ne peut s'échapper que par les interstices de la toiture et la porte, envahit tout le local, asphyxiant littéralement l'imprudent qui s'aventure dans le café.
Pour y résister, il faut se tenir accroupi de façon à a^'oir les organes respiratoires %u dessous de la couche épaisse de fumée qui règne dans le gourbi. Cette position peut être appréciée des indigènes, mais les Européens s'en accom* modent difficilement.
Le cafetier du pays arabe n'a pas, pour distraire ses clients, des dominos, des dames, mais la ronda avec'les cartes espagnoles est en grand honneur dans son établissement, et ce
jeu y attire tous les routeurs, chenapans, souteneurs arabes de La région.
La ronda est tellement appréciée par les kemardja (joueurs de cartes), que certains vont jusqu'à engager, sans aucune périphrase, leur dernière chemise' Il arrive fort souvent de voir des joueurs de cartes complètement nus, attendant la nuit dans un coin du café pour se rendre inaperçus chez eux.
Le kahouadji, gagnant fort peu avec les quelques sous que lui laissent les voyageurs, est obligé, pour réussir à faire ses affaires, de se transporter hebdomadairement au souk (marché) pour y exercer sa profession ; son déplacement ne lui occasionne que peu de peine et son âne suffit toujours à transporter le cafetier et son matériel.
Au marché, deux pierres auront vite constitué un four neau et notre industriel, après avoir déballé son bidon à pétrole, son café et ses tasses, sera immédiatement entouré de clients accroupis qui trouveront toujours le moyen de faire les importants en sortant de leur tenzdame (portemonnaie) crasseux, le sou représentant le coût de la tasse do café qu'ils absorberont avec toute la dignité que comporte une pareille opération.
Le marché terminé, notre kahouadji rechargera ses usten siles sur son âne, ne manquera pas de grimper sur le malheureux animal — c'est si pénible d'aller à pied — et regagnera philosophiquement et lentement son gourbi, supputant dans sa cervelle le léger bénéfice qu'il aura retiré de son déplacement.
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5uper0tittan0 et Crai^ancea arabea