LES NOIRS
Leur langue en a été altérée an point de devenir difficilement intelligible.
Si la population de la Péninsule continue à s*imprégner de sang noir, elle y perdra ce qu*elle peut avoir conservé de vigueur, de distinction et de noblesse.
Il est remarquable que les familles princiëres ne montrent pas le moindre souci de conserver la pureté de leur sang. Les récits des voyageurs en fournissent de nombreux exemples. Le grand Saoud entretenait des esclaves abyssi* niennes. L'émir Kaled, ce prétendant au trône de Nedjd, qui est mort à Djeddah, en 18S7, était appelé le prince noir, à cause de sa couleur. Le grand-chérif Yahia était presque noir, Moutaieb aussi et sans barbe. Le fils du cheik Hassan , qui ne voulait pas permettre à M. Botta de lui rembourser un prêt en disant, par métaphore, que sa figure deviendrait noire^ était le fils d'une négresse. £n 1763, riman régnant à Saana, El-Mahadi-Abbas, avait le teint noirâtre; sa mère était négresse. Il avait une vingtaine de frères dont quelques-uns, dit Niebuhr , noirs comme de Tébène, avec le nez épaté et de grosses lèvres comme les Cafres d'Afrique. Lorsque lord Valentia visita Saana en 1805 , l'atné des fils de l'iman était l'enfant d une Abyssinienne. L'iman Al-Mansour avait aussi la même origine.
D*où proviennent les noirs qui sont répandus et qui se répandent encore tous les jours en Arabie? De l'immigration libre et de la traite. Un assez grand nombre d'Abyssins et de Saumalis y sont attirés par la facilité de se
procurer des moyens d'existence. Mais c'est la traite qui est le grand pourvoyeur de sang noir, surtout de femmes. Or, on sait que c'est par les femmes que les mélanges ont lieu le plus facilement entre races inégales, leshommes noirs trouvant rarement à s'unir avec des femmes blanches.
La traite s'opère sur une si grande échelle, avec tant de régularité et de liberté que la marchandise est tenue à un prix très-bas. Ainsi, suivant le témoignage de Palgrave, un esclave coûte dans le Nedjd de 7 à 10 livres sterling, et de 13 à 14 dans le Djébel-Shammar. D'après la relation de MaltzanS on voit que la traite .s'exerçait aussi librement en 1860, que lors du voyage de Burckhardt^ en 1818, et de celui de Burton en !8S4.
Ce qui menace la race arabe, ce n'est ni la domination turque ni Tinfluence européenne , c'est le sang noir. Le danger pour la descendance de Sem est l'enfant de Cham. L'ennemi bien malheureux et bien innocent du mal qu'il va faire, c'est la petite fille ou la jeune mère africaine que le chasseur d'esclaves arrache à sa famille, pour alimenter les marchés du Yémen, du Hedjaz ou de l'Oman : elle fera payer un jour à Tacheteur, par la dégradation de sa descendance, le crime commis en Afrique contre la famille. Le sang blanc de l'Arabie n'a aucun moyen de se renouveler; il finira par s'épuiser; mais ce qui ne s^épuisera jamais, c'est la population de Timmense Afrique. La lutte
i. Tome I", p. 258.