Tome II, p. 140 à
Au nom de la politesse française, nous protesterons, avec le baron de Maltzan, contre les traitements grossiers que les musulmans sunnites, infligent ainsi aux Persans qui sont les plus sociables, les plus aimables des Orientaux et les plus désireux de s'instruire. Il n'est pas étonnant, du reste, que ce peuple blanc, d'origine indo-européenne comme nous, ne s'accorde pas avec la tourbe des pèlerins sémites, touraniens et chamites, qui exhibent autour des villes saintes toutes les variétés et les combinaisons de Tare -en -ciel, comme dans une exposition universelle pour la couleur de la peau humaine. Nous verrons bientôt que dans la caravane du Nedjd, les malheureux Persans sont exposés à d'autres tribulations.
La deuxième et la troisième route sont, en effet, spécialement fréquentées par les Persans. La deuxième route est celle des pèlerins qui partent du lieu appelé Meshed- Ali, ou le tombeau d'Ali, très-vénéré par les chiites. Le cheik du Djébel-Shammar leur fournit une escorte pour l'aller et le retour à un prix convenu. Cette caravane traverse Haïl, capitale des Shammar. Ordinairement c'est à El-Sufayna qu'elle rejoint la grande caravane de Syrie. Bien que le cheik de ce djebel et son peuple soient de la secte des wahabites, ils se montrent pleins de soins pour les pèlerins sunnites ou chiites et ne leur témoignent ni haine ni mépris. Les Shammar attachent le plus grand prix à conserver un transit qui leur est extrômejpent avantageux. La fourniture de l'escorte qui va chercher les
chiites à leurs villes saintes^ de Kerbélah et de Meshed- Ali pour les conduire aux sanctuaires communs à tous les musulmans, est un des principaux revenus du cheik Talal et procure de gros bénéfices à ceux de ses sujets qui en font partie. Les localités traversées par la caravane profitent des dépenses qu'elle y fait. C'est aussi un moyen d'attirer dans le Djébel-Shammar le commerce de l'Irak arabe. Aussi, le cheik a-t-il employé tous ses soins à attirer dans ses États cette caravane qui pourrait prendre la route de Ryad dont nous parlerons tout à l'heure. Des négociations ont été suivies à cet eJEEet avec les délégués persans de Bagdad et de Meshed-Ali, même avec la cour de Téhéran. Les Persans qui ont suivi la route du Djébel-Shammar se louent beaucoup des égards dont ils sont l'objet et de la loyauté avec laquelle les conventions sont exécutées.
Il n'en est pas de même sur la troisième route, celle qui traverse le Nedjd. Les pèlerins y sont exposés à toutes sortes d'inconvénients et de dangers, à cause du fanatisme, de la rapacité et de la mauvaise foi des habitants. C'est dans le Nedjd, on le sait, qu'est le foyer du wahabilisme. Les sectaires ne peuvent cacher la haine et le mépris que leur inspirent les autres musulmans auxquels ils appliquent la qualification d'infidèles ou d'ennemis de Dieu tout aussi bien qu'aux chrétiens et aux Israélites. Il n'y a pas d'avanies et de vexations auxquelles les Persans en particulier ne soient exposés.
En 1856, raconte M. Palgrave, une nombreuse cara-
vane de Persans chargée d'objets de grande valeur, s'arrêta, en traversant le Nedjd, dans la ville de Bereydah, alors administrée par un gouverneur nommé Mohanna. Ce personnage s'appliqua à inspirer à ses hôtes des inquiétudes sur les dangers auxquels leurs richesses les exposaient : ils allaient être infailliblement pillés, probablement massacrés par les bédouins s'ils ne laissaient tous leurs bagages à Bereydah où ils les trouveraient au retour. Mohanna leur offrait, d'ailleurs, son propre fils pour les escorter. Les Persans consentirent, et tout ce qui n'était pas strictement nécessaire pour le voyage fut laissé. Le jeune wahabite, digne élève de son père, ne conduisit pas les Persans par la route ordinaire qui est sûre et pourvue d'eau, mais par le désert sablonneux et aride qui s'étend du côté du nord. Des marches forcées , la rareté de l'eau et des autres objets nécessaires à la vie épuisèrent bientôt les malheureux pèlerins. Une nuit, pendant que, accablés de fatigue et démoralisés, ils reposaient, le fils de Mohanna et les hommes à son service s'échappèrent par des voies à eux seuls connues, abandonnant les Persans sans eau, sans provisions et sans guide dans le labyrinthe de sable. Presque tous périrent et Mohanna ne voulut pas reconnaître les quelques-uns d'entre eux qui réussirent à rejoindre Bereydah.
Pendant deux années, les Persans n'osèrent plus s'aventurer dans le Nedjd, mais, comme cette route est plus courte d'une huitaine de jours et que l'émir Fayssal fit beaucoup de promesses et d'excuses à Téhéran, lecou-
rant se rétablit bientôt. Voici à quelles conditions les chiites sont admis dans le Nedjd. Chaque pèlerin donne 40 tomans d'or ^ pour son passage par la capitale et 40 autres pour, un sauf-conduit dans le reste du. pays. De son côté, Témir s'engage à leur fournir un chef investi de pleins pouvoirs, pour les conduire et les ramener. En tenant compte des autres exigences illégales auxquelles ils sont en butte, M. Palgrave estime que chaque Persan laisse environ 150 tomans dans le Nedjd pour son passage. Ces pèlerins se donnent rendez-vous soit à Meshed- Ali, soit à Bender-Boushire. Ils traversent le golfe Persique pour aborder au port d'Ojeyr, d'où ils gagnent Hofhoof dans Tel-Haça et Ryad, capitale du Nedjd. La caravane, en quittant Ryad, traverse les localités de Dorama et de Kowey et suit une ligne presque droite parsemée de villages et de puits parallèlement au Djébel-Toweyk jusqu'à Moghasil et la Mecque. Le retour a lieu de Médine par un autre chemin situé naturellement un peu plus au nord, qui traverse Meshka et Ashka, et, entrant dans la province appelée Gassim, aboutit à Bereydah où M. Palgrave a vu la caravane de retour en 1863. Elle était composée d'environ deux cents personnes. C'était en partie des Persans proprement dits, natifs de Chiraz, d'Ispahan ou d'autres villes de rirak-Adjemi, en partie des habitants de Meshed- Ali, de Kerbélah ou de Bagdad, tous de la secte des chiites
1. Le toman, pièce d'orde Perse, vaut environ 12 francs de notre monnaie.
bien qu'appartenant à diverses races. Le principal personnage de cette caravane était une dame indienne de haut parage, Taï-Djehan, avec une suite nombreuse de gens de Lucknow et de Delhi. Le chef, TÉmir-Hadji, comme on dit, était un fonctionnaire persan natif de Ghiraz, délégué spécialement par le gouvernement de Téhéran. Il avait eu beaucoup à se plaindre du conducteur nedjli et se rendit à Ryad où Ton lui fit un accueil trèsfroid. C'est à peine s'il réussit à entrev<Mr le vieux tyran du Nedjd, Fayssal. Dans la relation du spirituel écrivain dont le voyage a jeté tant de jour sur l'état actuel du Nedjd ^, les aventures et les tribulations de ce Persan sont un des récits les plus amusants et les plus caractéristiques des différents types nationaux de l'Orient.
Tous les ans un fonctionnaire persan est désigné pour cette fonction. Aussi peut-on considérer la caravane passant par le Nedjd comme la caravane officielle de la Perse, comme celle de Syrie qui se réunit à Damas est la caravane officielle de la Turquie. Mais il ne faudrait pas croire qu'il n'y ait que des sujets du schah dans le convoi de Ryad et des sujets du sultan dans celui de Damas. Ainsi la
1. M. William Gififord Palgrave est d'origine israélite, et a été officier dans Tarmée de Bombay. Devenu catholique et jésuite, il a habité longtemps la Syrie, où il était connu sous le nom de Père Michel Cohen et où il s'est familiarisé plus que personne avec la langue et les mœurs arabes. C'est à la générosité de l'empereur des Français qu'il a dû de faire soivvoyage dans le Nedjd. De retour en Europe, il a quitté la règle des Jésuites et est redevenu protestant.
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caravane qui partit de cette dernière ville en 1851 comptait 2,000 pèlerins dont 300 Ottomans et 1,700 Persans; celle de 1854 amenait à Damas 1,200 Persans sur 7,000 pèlerins ^ Les caravanes ne sont pas plus homogènes sous le rapport de l'orthodoxie. Ainsi la caravane patroriée et payée par le souverain sunnite de Constantinople était, en 1851, composée en majorité de chiites et il en est de môme à peu près tous les ans.
La quatrième caravane est appelée Hadj-el-Kesbi. Le point de départ est à Saana, où viennent probablement se réunir des pèlerins venant de l'Oman et de THadramout. La route des pèlerins kesbi suit la chaîne des montagnes du Yémen et du Hedjaz, parallèlement à la mer Rouge laissant à sa gauche la côte basse, appelée Téhama. Il y a bien quelques cols difficiles à traverser, mais le pays est sain et habité : on ne rencontre aucun des déserts de sable dont r Arabie est semée. A chaque station il y a des puits et des villages. C'est la roule la plus facile et la moins dangereuse. L'organisation définitive de la caravane a lieu à Sada. Cette ville est célèbre et respectée dans le Yémen pour avoir donné naissance au fondateur de la secte des zeïdites, dont le souverain de Saana est le chef. Le Hadjel-Kesbi traverse ensuite une partie du pays des Acyres et aboutit à la Mecque par Taïf , sans avoir rencontré les autres convois. Cette caravane comprend beaucoup de zeï-
i. Voir la Revue des Deux-Mondes du 15 avril 1855, article de M. de Ségur-Dupeyron.
LES ROUTES DU PELERINAGE. i79
dites ; mais il doit y ayoir aussi beaucoup d'autres musulmans. Elle a été conduite quelquefois par des imans de Saana. Elle a un chameau sacré comme les caravanes Ô'Egypte et de Syrie. Nous manquons du reste de renseignements récents sur la marche de ces pèlerins. Les informations qui précèdent datent du voyage de Burckhardt. Le récit de Niebuhr est encore moins détaillé. « Beit-el- Kibsi, dit-il au tome II, page 67 de son voyage, est un village uniquement habité par des chérifs, dont l'un doit être le chef de la caravane qui va chaque année de Saana à la Mecque. Cette caravane composée de deux à trois mille personnes reste quarante-cinq jours en chemin. »
Depuis 1803, dit encore Burckhardt, on ne voit plus arriver une autre caravane qui venait par la côte même, et qui était principalement composée de Persans et d'Indiens.
La cinquième route est celle de Djeddah, port de la mer Rouge, situé à environ dix heures de la Mecque, C'est aujourd'hui la plus fréquentée à cause des facilités que présente la navigation. Mahomet a dit : a Qu'ils arrivent à Ja maison sainte à pied ou montés sur des chameaux prompts à la course. » Cette prescription n'a pas été prise à la lettre comme tant d'autres versets du Coran : les musulmans ne se font aucun scrupule d'arriver par mer.
D'où viennent les nombreux pèlerins qui débarquent à Djeddah? D'abord des différents ports situés au sud de cette ville sur la côte orientale de l'Arabie, puis de Mascate et des autres points du golfe Persique, de Bombay, des ports de l'Inde, de l'Afghanistan, de l'Indo-Ghine, de
la Malaisie. La côte occidentale d* Afrique fournit aussi son contingent débarquant de Zanzibar, de Zeïlah, de Hassouah, de Souakim. A ces divers points sont venus s'embarquer les pèlerins de l'intérieur de l'Afrique, nonseulement ceux du Danakil, du Saumali, de la Nubie, du Darfoûr et du Kordofan, mais ceux qui habitent autour du lac Tchad et sur le cours du Niger jusqu'à Tombouctou, où la peuplade dominante des Peulh, ou Fellata est musulmane. Mais c'est de Suez et des autres ports de TÉgypte proprement dite qu'il en arrive le plus grand nombre. L'Egypte est un grand rendez-vous. On y vient du Sénégal, du Maroc, de l'Algérie, de Tripoli et du Fezzan. De ces deux dernières contrées quelques pèlerins font aussi le voyage par terre. On donne le nom de Mogrébins, c'està-dire d'Occidentaux à tous les habitants de l'Afrique septentrionale ; c'est le mot dont nous avons fait Maroc. La caravane était conduite autrefois par un parent du sultan de ce pays. Les Occidentaux se font généralement remarquer pendant le pèlerinage par leur décence et leur bonne tenue. Aussi les wahabites, quand ils étaient maîtres des villes saintes et qu'ils interdirent le pèlerinage aux pèlerins turcs, laissèrent-ils passer en 1811 ceux du Mogreb, encore qu'ils n'eussent point adopté la réforme d'Abd-ul- Wahab. Les Takrouris ou noirs de l'Afrique jouirent aussi alors de ce privilège et pour la même raison.
Cependant Burton^ qui a fait le pèlerinage sous le déguisement d'un Afghan, trace le portrait suivant des Africains occidentaux : a Nos Mogrébins, dit-il, étaient de
beaux animaux sauvages originaires du désert entre Tunis et Tripoli. La plupart d*entre eux étaient de jeunes et vigoureux gaillards à la taille haute, aux larges épaules, aux membres épais, avec un regard féroce et une voix toujours montée au diapason du rugissement. Leurs manières étaient rudes; leurs visages exprimaient tour à tour un mépris brutal ou une insolente familiarité. Quelques vieillards montraient une physionomie particulièrement endurcie ; les femmes étaient aussi grossières et aussi in* sultantes que les hommes ; enfin quelques jeunes beaux garçons exerçaient leur voix perçante et portaient à chaque instant la main sur leurs couteaux. Les femmes étaient couvertes de haillons dont la saleté avait fait disparaître la blancheur primitive. Les hommes portaient des burnous à capuchon, en étoffe de laine brune ou rayée. Ils avaient la tète nue, comptant sans doute pour se défendre contre les effets du soleil sur l'épaisseur de leur chevelure bouclée et sur la prodigieuse dureté de leurs crânes. Tous étaient armés, mais Tarme la plus redoutable dont ils fussent pourvus était un couteau pointu à double tranchant dont la longueur n'excédait pas dix pouces. Les Mogrébins voyagent en horde sous la conduite d'un chef qui porte le titre temporaire de muley ou maître, et qui ayant généralement accompli un ou deux pèlerinages, possède une expérience capable de lui assurer le respect de sa troupe, sans le préserver cependant du mépris des guides officiels qu'on trouve à la Mecque ou à Médine. Durant le voyage des villes saintes^ nul peuple n'endure plus de
privations et de souffrances que ces Africains qui se mettent en route comptant uniquement sur les aumônes et sur les autres secours que leur enverra la Providence. On ne doit donc pas s* étonner en apprenant quMls volent chaque fois que l'occasion se présente. »
Les sujets musulmans de l'empereur des Français en Algérie entreprennent le pèlerinage de la Mecque en assez grand nombre chaque année. Ils sont plus respectés que les autres ou traités plus mal, suivant les dispositions des autorités et des habitants du Hedjaz. Lorsque ces Algériens ont besoin d'une protection, ils se font reconnaître comme sujets de la France. Dans d'autres cas, ils semblent renier, par une sorte de respect humain, la domination infidèle. Voici ce qui arriva à un voyageur de haute distinction dont nous aurons plus tard à invoquer l'autorité. Le 1" octobre 1846, il se trouvait dans le petit port égyptien de Tor sur une barque frétée à Suez. Près de la sienne se tenait à l'ancre une grosse barque chargée d'environ 200 pèlerins de la Mecque, dont une bonne partie étaient des Algériens, munis d'un passe-port français et que notre voyageur avait vus pour la plupart à Alexandrie venir au consulat de France en toute humilité pour recevoir des subsides. Entouré d'une foule fanatique et insolente qui aurait pu lui faire quelque insulte, le voyageur crut devoir élever le drapeau français pour se réfugier sous sa protection. A peine virent-ils ce pavillon que, <x possédés plus que les autres de l'esprit de Mahomet , » les Algériens commencèrent à blasphémer. Le
voyageur fut obligé d'abaisser le drapeau qu'il avait arboré pour ne pas s'exposer à une scène douloureuse dans un lieu où il n'aurait trouvé aucun appui pour défendre l'honneur de la France ^
Depuis que les paquebots sillonnent la Méditerranée, la vapeur transporte à Alexandrie un grand nombre de pèlerins venant de toutes les provinces delà Turquie d'Europe, de la mer Noire, de l'Anatolie et de la côte de Syrie. Tous se réunissent au Caire : le rendez-vous général est à quatre marches de cette ville sur les bords du lac de Birket. Autrefois le trajet avait lieu par terre. La caravane passait au nord de la presqu'île du mont Sinaï, allait à Akabat, au fond du golfe de ce nom, suivait ensuite les côtes de la mer Rouge en s'arrétant à Moïlah , Jambo , Rabegh et joignait la Mecque sans toucher à Djeddah. Ce voyage durait 37 jours dont 30 jours de marche et 7 de repos. Déjà, à la fin du dernier siècle, des pèlerins allaient de préférence s'embarquer à Suez ou à Cosseïr. Le voyage par mer n'avait pas lieu dans de bonnes conditions de confort et d'hygiène si l'on en juge par la relation de Niebuhr, qui a fait ce trajet avec des pèlerins et par les plaintes d'un certain Mahmoud dans le récit ^'Anastase : ce Nous étions tellement serrés, dit-il, que nous n'avions pas de place pour nous coucher. Nos bâtiments étaient si mauvais que nous nous attendions à les voir se briser
i. De la propagande musulmane en Afrique et dans les Indes. Paris, 1851.
contre chaque récif de corail que jqos ignorants matelots ne savaient comment éviter. En mettant pied sur le rivage, je jurai de ne plus exposer ma personne sur la mer. » Aussi Hadji- Mahmoud prit- il le parti de revenir par terre; mais il ne s'en trouva guère mieux. Après trois semaines passées dans les sables brûlants de TArabie, la fatigue et la maladie avaient fait périr le quart de la caravane. Maigri au point d'être devenu presque transparent, il fit alors serment qu'il s'exposerait plus volontiers au danger d'être englouti sous les vagues de la mer qu'à celui de se voir « réduit pouce à pouce à l'état de momie. »
Aujourd'hui le trajet jusqu'à Suez se fait commodément par le chemin de fer. Le voyage par mer s'opère rapidement. Cependant les conditions ne sont guère plus favorables à la santé; mais nous reviendrons sur ce sujet.
De toutes les contrées où l'islamisme est établi , nous avons amené les caravanes sur le territoire sacré. Il est temps d'expliquer quels sont les pèlerins, quelles cérémonies ils accomplissent et dans quelles dispositions. Nous essayerons ensuite d'indiquer les conséquences du pèlerinage, d'abord au point de vue moral, ensuite sous le côté matériel.
Dans la ferveur qui suivit la première expansion de l'islamisme, le nombre des pèlerins paraît avoir été beaucoup plus considérable qu'il n'est aujourd'hui. A cette époque, les califes s'acquittaient souvent du précepte et les historiens arabes ne tarissent pas sur les splendeurs comme sur la charité déployées en ces circonstances par les successeurs de Mahomet. Lorsque Soliman-ibn-Abdel-Malek vint à la Mecç[ue en l'an 97 de l'hégyre, neuf cents chameaux furent employés seulement pour le transport de sa garde-robe. Le calife El-Mohdi-Abou-Abd- AUah- Mohammed, en Tan 160 de l'hégyre, dépensa 30 millions de dirhem^ Il fut le premier qui transporta de la glace; il traînait à sa suite des charges immenses de robes destinées à des présents. Il bâtit des maisons et établit des bornes tout le long de la route de Bagdad à la