RAPPORT
 LA GOMUISSION SANITAIRE INTERNATIONALE SUR LA MARCHE ET LE MODE DE PROPAGATION DU CHOLÉRA EN 1865
Présenté par la sous-commission (6* section) composée de MM. les D" Goodevb, président, Bikow^ Saltatori et Bartolbtti, aecrétatre-rapporteur.
Messieurs ,
Nous avons l'honneur de vous présenter notre rapport sur Tarticle du programme que vous nous avez chargés de développer et qui est ainsi conçu : Aperçu général de la marche et du mode de propagation du choléra pendant tépidemie de 1865.
Ce sujet important paraît, à première vue, devoir comporter un récit historique complet de la marche qu'a suivie la dernière épidémie, partout où elle a pénétré, depuis le jour où elle a fait son apparition à la Mecque jusqu'au dernier point où elle a étendu ses ravages. S'il en était ainsi, la commission aurait eu besoin, pour en rendre compte, d'une foule de documents statistiques, d'un grand nombre
i. Voir p. 246.
de renseignements précis qui existent peut-être épars dans des archives , mais qui ne sont pas encore recueillis , ni publiés nulle part que nous sachions. Aussi, le but du programme, en proposant l'étude dont il s'agit, nous le comprenons dans xm sens plus restreint, qui n'est pas moins intéressant pour cela, à savoir : démontrer par la marche du choléra le mode de sa propagation dans les différents pays (ju^il a successivement ou simultanément envahis; en d'autres termes, il s'agit, suivant nous, non pas de faire l'histoire du choléra dans un but abstrait de statistique, mais de réunir les faits les plus saillants qui se rattachent à sa marche afin d'en tirer la preuve de son importation , par des hommes, d'un lieu malade à un lieu sain, ou bien, dans le cas contraire, d'établir le principe de la diffusion de l'épidémie par l'air et sans le !concours de malades ou d'objets contaminés.
La question étant posée dans ces limites, nous nous sommes tracé, pour l'exposition des faits que nous allons rapporter, une méthode qui nous a paru aussi simple que rationnelle. Nous prenons le choléra à son point de départ le plus rapproché que nous connaissions, c'est-à-dire au Hedjaz, et nous le suivons dans sa violente pérégrination à travers l'Egypte, la Méditerranée et jusque par delà l'Océan, en ayant soin d'indiquer les dates de son apparition dans les localités où il a sévi avec plus ou moins d'intensité ainsi que les sources principales où nous avons puisé nos renseignements. Nous signalons ensuite par ordre chronologique l'explosion des foyers secondaires et leur rayonnement jusqu'aux localités qui ont été atteintes les dernières, et nous faisons suivre notre aperçu de quelques remarques qui en sont comme le corollaire et la conclusion.
Nul document n'est en noire possession qui puisse donner la certitude que le choléra n'existait pas dans le Hedjaz, ne fût-ce qu'à l'état sporadique, avant l'arrivée des pèlerins de l'an 1865; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'il n'en a pas été question dans les correspondances de Djeddah avant l'arrivée dans ce port, entre la fin du mois de février
APPENDICE. 25o
et te commencement de mars, du Persia et du North-Wind. C'est k la soite de ces deux arrivages que le choléra se serait donc manifesté dans le Hedjaz. En effet, M. Bimsenstein, médecin sanitaire du gouvernement ottoman en Egypte, annonçait, en date du 20 février 1866, avoir appris de M. Calvert, consul britannique qui se trouvait à Djeddah à Tépoque du pèlerinage, que le choléra avait éclaté à bord de ces deux navires provenant de Singapore et qui avaient relâché à Cotchin et à Mokhalla. M. le D' Goodeve nous a communiqué un rapport de M. Calvert , daté de Djeddah le 10 mars 1865, et annonçant que ces deux voiliers, portant pavillon anglais, étaient arrivés à Djeddah avec 1,066 passagers, la plupart Javanais, et 96 hommes d'équipage, soit un total de 1,162 personnes; que le choléra s'étant déclaré à leur bord, le Persia perdit, pendant la traversée , 85 passagers et 8 matelots, le North-Wind 43 passagers et 7 matelots, en tout 143 personnes; que les deux capitaines, du Persia et du Nortk-Wind, s'accordaient à dire que la maladie qui avait frappé leurs navires était le choléra , qui se déclara à bord après avoir touché à Mokhalla, où les passagers et l'équipage avaient fait un usage immodéré d'un poisson demauvaise qualité et d'une eau saumâtrc, la seule qu'on pût se procurer dans le pays.
Un rapport du délégué d'Autriche au Conseil de sauté d'Alexandrie (Communication de M, le /)' Sotto) vient à l'appui de ces informations qu'il complète, sauf toutefois en un point, sur lequel il se trouve en désaccord avec les capitaines du Persia et du Nortk-Wind, Il s'agit de Mokhalla. Mokhalla est un port situé dans l'Hadramouth, sur la côte sud-est de la Péninsule arabique. Un certain nombre de navires qui se rendent au Hedjaz, chargés de pèlerins javanais et indiens, y font escale pour se ravitailler. Ce sont la plupart des bâtiments anglais ou indigènes, ces derniers portant quelquefois le pavillon de la Grande-Bretagne. D'après le rapport du délégué d'Autriche, deux de ces navires, le Persia et le Nortk-Wind, auraient apporté le choléra à Mokhalla, où il n'existait pas avant leur arrivée.
D'auti^es navires ayant relâché ensuite à Mokhalla en auraient été infectés, et auraient disséminé les germes de la maladie sur les côtes de TYémen et du Hedjaz avant môme d'être arrivés à Djeddah. Quoi qu'il en soit de ces deux versions contradictoires, relativement à Mokhalla, il paraît certain que le choléra a été importé dans le Hedjaz par des navires provenant des Indes et chargés de pèlerins.
Ce fait résulte mieux encore des renseignements fournis par la commission ottomane du Hedjaz dans son rapport du 5 avril, dont nous extrayons les passages suivants : « Le « capitaine Hadji Émin-Eddin, du navire sous pavillon an- « glais Meris Merchan^ a déclaré par écrit et signé de sa « main, qu'en 1865 il a amené du Bengale à Djeddah
« 350 pèlerins, dont 29 sont morts de la diarrhée Le
« capitaine Abd-Méhémet, du navire portant pavillon anglais « le Boy-Meyr, a fait la déclaration, à laquelle il a apposé « sa signature, que le choléra existait au Bengale lorsqu'il « quitta ce pays pour se rendre à Djeddah, et que sur 100 pè- « lerins qu'il y avait pris 20 moururent pendant le trajet, « dont 4 de choléra, caractérisé par la diarrhée, les vomis- « sements, le refroidissement du corps, l'enfoncement des
« yeux, etc Le capitaine Choualsky a déclaré qu'ayant
« le commandement du Ruby^ il partit de Singapore en 1865 « avec 500 pèlerins dont 90 moururent du choléra pendant « le voyage; la mortalité avait commencé à Mokhalla et « avait cessé deux jours avant l'arrivée à Djeddah. De plus, « le capitaine du port de Djeddah signale cinquante et un « navires venus de l'Inde, de Java, de Baissera, de Mascate, « parmi lesquels deux de Java et un du Bengale avec des « malades. »
D'un autre côté, nous trouvons dans une dépêche du consul général des Pays-Bas à Singapore, que nous devons à l'obligeance de M. le D' Millengen, l'extrait suivant : « Il « n'y a aucun doute que l'apparition du choléra en Arabie « doit être attribuée en partie aux pèlerins qui s'y rendent
(t de Singapore Ils ne sont pas tous des sujels des Indes
« néerlandaises, mais il y a des indigènes, des habitants de
a Malacca, de Sarawah, de Johou, de Pahans, d» Mnar et
« de tous les petits États libres de la Péninsule malaise
« En 1864, y est-il dit encore, le choléra sévissait à Java et « à Singapore, et il y a des preuves que des malades de cho- « léra et convalescents se sont embarqués sur des navires w faisant voiles pour le Hedjaz. »
En présence de ces témoignages officiels et méritant toute confiance, il paraît certain que le choléra a été importé, en 1865, dans le Hedjaz par des provenances infectées de l'Inde et de Java.
Vers la fin d'avril, on savait à Alexandrie que le choléra sévissait à la Mecque et à Médine parmi les pèlerins. Une commission composée de deux médecins musulmans fut envoyée- au Hedjaz par Tlntendance sanitaire d'Égyple, avec mission d'étudier l'épidémie. Dans son rapport, daté du 10 mai 1865, la commission dit en substance que la mortalité parmi les pèlerins avait été très-forte , principalement à V Arafat, pendant les trois jours des fêtes, et que la cause de cette mortalité était la cholérine.
La commission a constaté plusieurs cas de cette maladie parmi les pèlerins , les militaires et les habitants de la ville. Elle a rencontré des cadavres gisant dans les rues et un grand nombre de morts dans les mosquées.
Le troisième jour des fêtes, la mortalité a dû être, dans la montagne, plus considérable que les jours précédents, à n'en juger que par les cris habituels dans les cérémonies funèbres chez les Arabes.
A la Mecque, le chiffre des personnes mortes du choléra, le même jour, avait été évalué à 200.
A Djeddah, la commission a vu, dans un hôpital d'une cinquantaine de lits, 12 malades de cholérine, dont 5 morts et 7 guéris. [Rapport du tf Bimsenstein.) La commission ne semble pas, du reste, avoir donné un rapport complet de sa mission , ni au point de vue du diagnostic du choléra qu'elle appelle naïvement cholérine, ni à celui de sa marche et de ses ravages parmi les pèlerins. Elle n'a pas fait non plus mention des débuts de l'épidémie, question si importante à connaître
à taiit de Sires. Fixer le nombre des victimes de l'épidémie sans une base certaine serait chose hasardée, mais nous savons que les colonies hollandaises, sur 10,000 [Javanais qu'elles ont envoyés à la Mecque, ont fourni un contingent de 3,000 morts. {/)' Miliengen,) Or le pèlerinage, d'après le consul d'Angleterre à Djeddah, ayant atteint, cette année, le chiffre de 90,000 âmes, on pourrait en déduire que le choléra a enlevé un total de 30,000 hadjis, c'est-à-dire le tiers du pèlerinage. Cette évaluation ne paraîtra pas exagérée, si l'on considère surtout que les Javanais ne sont pas les moins aisés parmi les pèlerins, et que les Indiens et les\ nègres, qui sont les plus pauvres, ont dû être frappés paf la maladie avec une violence d'autant plus grande. Cependant, d'après les calculs approximatifs de la commission ottomane du Hedjaz, ce chiffre devrait être réduit de moitié; car elle estime à 15,000 seulement le nombre des pèlerins victimes de l'épidémie.
Passons à l'Egypte, et voyons d'abord dans quelles conditions s'est opéré le transport des pèlerins de Djeddah à Suez. Du 19 mai au 10 juin, c'est-à-dire dans l'espace de vingt-trois jours , dix bateaux à vapeur, dont sept égyptiens et trois anglais, ont débarqué à Suez de 12 à 15,000 hadjis provenant d'un foyer cholérique aussi intense que celui que nous venons de quitter. Le nombre des pèlerins embarqués sur chaque bateau a varié entre 900 eH,200, le Sydney excepté , qui en son premier voyage en emportait 2,000. [Rapport de M. Arthur Roùy, consul d'Angleterre à Djeddah, communiqué par MM. les délégués de la Grande- Bretagne,)
Les déclarations officielles portent que la santé des passagers était parfaite et que les quelques décès survenus pendant la traversée (6 à 8 pour chaque bateau) provenaient de maladies ordinaires, non contagieuses. En conséquence, après une visite médicale , la pratique leur fut accordée à Suez. Malheureusement, les déclarations faites aux autorités sanitaires d'Egypte étaient en contradiction avec les faits, attendu qu'un grand nombre de pèlerins étaient morts en route
du choléra; le Sidney^ vapeur anglais, en aurait perdu à lui seul plus de 100 sur 2,000 '. (Bimsenstein.)
te 19 mai, est arrivé de Djeddah à Suez le premier bateau à vapeur anglais avec des pèlerins et ayant jeté des morts à la mer. Le 21 , quelques cas de choléra se sont déclarés à Suez, et dans le nombre était le capitaine du bateau à vapeur et sa femme. Le 23 mai, un cas a été observé, par un médecin de la compagnie du canal, à Damanhour, dans un convoi de pèlerins se rendant de Suez à Alexandrie. [Rapport du D^ Aubert Roche à M, de Lesseps.)
C'est ainsi que vers la fin du mois de mai, 12 à 15 mille pèlerins traversèrent TEgypte en chemin de fer et allèrent camper près du canal Mahraoudié, à Alexandrie. Des Arabes d'un quartier voisin, qui s'étaient empressés de fraterniser, comme c'est la coutume des musulmans, avec les hadjis nouvellement arrivés, furent les premiers atteints par le choléra. Le 2 juin, eut lieu le premier cas parmi les habitants d'Alexandrie, qui vivaient en communication avec les pèlerins. Le 5 juin, se déclarèrent deux autres cas dans les mômes conditions. Du 5 au li, les cas augmentèrent. Mais les médecins de l'intendance sanitaire ne voyaient dans ces premiers accidents que des cas de fièvre pernicieuse algide, de cholér'ine ou de choléra sporadique. [Bimsenstein.)
Ce n'est que le 11 juin que l'autorité sanitaire fut convaincue et fit mention, sur les patentes des navires en partance, de l'apparition de l'épidémie qui allait décimer la population d'Alexandrie et y faire 4 mille victimes dans l'espace de deux mois. Du 11 juin au 23 juillet, le choléra envahit successivement toute l'Egypte, donnant la mort, en moins de trois mois, à plus de 60,000 de ses habitants. [Çolucci Beij. Réponse à douze questions.)
La panique, s'emparant surtout des étrangers, donna lieu
1. iV. B, — Nous devons faire remarquer ici qu'il doit Ravoir erreur de chiffre; le Sidney n'aurait eu que 8 à 10 décès de cho* léra pendant sa traversée.
à une émigration de 30 à 33,000 personnes qui, la navigation à vapeur aidant, se portèrent, d'un coup, sur les principales villes commerciales de la Méditerranée, à Beyrouth , à Chypres, à Malte, à Smyrne, h Constantinople, à Trieste, à Ancône, à Marseille, etc. Nous allons voir le choléra se manifester sur la plupart de ces points en suivant la trace des fuyards et la route suivie par la navigation à vapeur.
Nous suivrons, nous aussi, dans cet aperçu, le môme chemin, et, autant que possible, par ordre géographique; nous ferons ensuite nos remarques sur les faits rapportés et les accidents qui s'y rattachent pour en faire ressortir le mode de propagation. Il en résultera, croyons-nous, des données profitables au point de vue de la prophylaxie.
C'est le 28 juin, dans un temps où ni le choléra ni rien do ce qui ressemble h ce qu'on appelle les signes précurseurs de cette maladie n'existaient à Constantinople, qu'arriva dans le port la frégate ottomane Mouhbiri-Surur, ayant quitté Alexandrie le 21. L'officier et le médecin du bord n'ayant déclaré ni décès ni malades, la frégate fut admise en libre pratique, d'après l'article du règlement qui l'accordait à tout navire ayant un médecin à bord et ayant passé cinq jours en mer sans accident cholérique. Le soir, elle fit évacuer à l'hôpital de la Marine impériale 12 matelots plus ou moins gravement atteints de choléra, et dont un mourut la nuit même. Il fut ensuite constaté que des cas de diarrhée avaient été observés parmi l'équipage depuis Alexandrie, et que, circonstance bien plus grave, deux matelots avaient succombé au choléra entre les Dardanelles et Constantinople. Le lendemain, 30 juin, neuf autres malades furent débarqués du môme navire, parmi lesquels deux de choléra confirmé. [Gazette médicale d'Orient et Archives de l'Jntendance sanitaire.) Et voilà le point de départ d'une affreuse épidémie qui se propagea tantôt de proche en proche, tantôt en sautant d'un point à l'autre et en se croisant entre les différents quartiers, mais toujours avec une filiation, dans les premiers accidents, et un enchaînement de faits des plus remarquables et tel qu'on en trouve peu
d'exemples dans les fastes lugubres du fléau indien. Ce serait excéder les limites de notre mandat que de transcrire ici tous les précieux renseignements que nous a donnés M. le D' Mûhlig sur les débuts de Tépidémie dans l'arsenal de la Marine impériale et sur ses progrès aux environs de cet établissement; mais nous dirons sommairement que, du 5 au 15 juillet, les navires amarrés à proximité de l'arsenal, les casernes et les ateliers des ouvriers compris dans son enceinte fournirent 71 attaques et 26 décès. En même temps, du 9 au 15 juillet, le choléra se propagea d'abord dans le quartier de Kassim-Pacha, attenant à l'arsenal, et de là aux quartiers limitrophes d'Émin-Djami, de Yéni- Chéir, et ainsi de suite dans toute la ville, ses faubourgs et les villages du Bosphore. L'épidémie atteignit son summum d'intensité et de violence pendant les premiers jours du mois d'août et déclina ensuite progressivement. Les derniers cas furent observés pendant le mois de septembre. Le chiffre des décès est évalué, estimation la plus modérée, à 12 ou 15,000, sur une population de 900,000 âmes. ( Voir le trc^ vail intéressant de M, le D^ Mangeri, sur l'épidémie de choléra qui a régné à Constantinople en 1865.)
Dardanelles. — Le nombre des voyageurs provenant d'Alexandrie et qui ont fait quarantaine aux Dardanelles , du 29 juin jusqu'aux premiers jours du mois d'août, a été de 2,268. Le maximum des personnes enfermées ensemble dans le lazaret et ses succursales a atteint une fois le chiffre de 900. Il y eut alors encombrement, et il devint difficile de bien séparer les différentes catégories de quaranteriaires.
La contumace fut d'abord de cinq jours, puis de dix jours, sur l'ordre exprès du gouvernement. Pendant la durée de l'épidémie, il n'y eut dans le lazaret que 22 cas de choléra (dont 16 sur des personnes atteintes avant le débarquement), 15 décès, 7 guérisons. Les deux premiers cas, dont un suivi de mort rapide, eurent lieu le 1" juillet sur des passagers débarqués par le Tantah , bateau égyptien arrivé d'Alexandrie le 29 juin. Successivement d'autres bateaux, de la même provenance, eurent des accidents à bord et débarquèrent
des cholériques. Le 12 juillet, eut lieu le deuxième cas de mort dans le lazaret. Le 9 août, on constata le dernier. Parmi les pei'sonncs ayant des relations de service avec le lazaret, plusieurs ont contracté la maladie : 1^ Ahmet, batelier qui conduisait tous les jours le médecin à la visite du lazaret et qui mourut en ville; 2^ Hadji-Méhémet, sous-chef gardien, attaqué après avoir fait pendant longtemps le service à la sortie des quarantenaires du lazaret après le terme de la contumace; il fut sauvé; 3<» deux gardes de santé de service dans l'intérieur du lazaret, dont Tun est mort; 4* un garde qui avait fait dix jours de quarantaine tomba malade deux jours après la pratique. Il mourut en ville.
Du 29 juin au 15 septembre, 33 bateaux à vapeur et 112 bâtiments h voiles, comprenant ensemble 3,058 personnes d'équipage, ont fait quarantaine aux Dardanelles. Le vapeur autrichien Archiduc Maximilien^ arrivé le 30 juin, eut deux attaques de choléra, un décès. Le brick italien Mirra, arrivé le 2 juillet, eut un matelot mort. Le Ckarkié, vapeur égyptien arrivé le 7 juillet, débarqua un malade. Le Minia, égyptien venu le 8 juillet, eut deux morts de choléra quelques heures après son arrivée aux Dardanelles. Le Djafferieh, égyptien arrivé le 9 juillet, eut cinq malades qu'il débarqua au lazaret. VEiling, bâtiment norwégien arrivé le 22 juillet, perdit en route un de ses matelots. Tous ces navires provenaient d'Alexandrie. La Tamise, bateau à vapeur français parti de Conslantinople , débarqua le 22 juillet au lazaret des Dardanelles deux cholériques qui y moururent rapidement.
Nous venons de voir le premier cas du lazaret le 30 juin. Le 12 juillet, un soldat qui montait la garde à la porte du lazaret est attaqué. Il est transporté à l'hôpital militaire et couché dans la même salle que les autres malades, sans aucune précaution. Du 12 au 14, on signale trois cas de choléra en ville, sur différents points et. tous mortels : l'un est le batelier Ahmet dont il a été question plus haut; l'autre, un vendeur de comestibles fréquentant les abords du lazaret pour son industrie; le troisième est le gardien, également
cité plus haut, qui tomba malade deux jours après sa sortie du lazaret où il avait fait quarantaine. Depuis ces premiers accidents, le choléra se propagea en ville et parmi la troupe, surtout au fort de Nagara, qui tient au lazaret, et dont la petite garnison de vingt-cinq hommes était en relations suivies avec le corps-de-garde du lazaret. Il y mourut en trois jours 5 hommes sur 7 malades. En ville, la maladie oscilla entre deux et trois cas par jour jusqu'au 24 juillet. A partir de ce moment, elle augmenteprogressivement jusqu'à vingtdeux cas, s'y maintient du 1" août jusqu'au 12, va ensuite en décroissant jusqu'au 30, et enfin disparaît. Sur une population de 8 mille âmes, dont il faut déduire 2 mille fuyards, on compte 369 décès, y compris 27 militaires. Les attaques montent approximativement à 550. Il ressort évidemment de tout ce qui précède que le choléra, importé d'Alexandrie dans le lazaret, s'est propagé de là dans la ville.
Énos. — Le nombre des navires qui ont purgé la quarantaine dans la rade d'Ënos pendant la durée de l'épidémie, c'est-à-dire du 4 juillet au 8 décembre , monte à 79 : équipages 579, passagers 63, gardes de santé 34, parmi lesquels il n'y a pas eu un seul cas de choléra, ni même aucune indisposition ou diarrhée cholériforme. Cependant, le 26 octobre, fut signalé un premier cas de choléra sur un habitant d'Énos, le nommé Stamati Aïvaliotis, âgé de cinquante ans, marin de profession, et qui depuis treize jours était arrivé de Chio, Mételin et Tchechmé, sur un navire en patente nette. Il mourut dans la soirée. Le 30, tomba malade sa fille, âgée de seize ans, qui succomba après quelques heures de maladie. Le 27, une jeune fille de quatorze ans fut attaquée dans la matinée et mourut à sept heures du soir. Le même jour, fut atteint le nommé Maccaradji, charpentier, qui mourut également le soir. La femme de Maccaradji succomba le 29. Enfin, le 31, mourut de choléra le nommé Schinas, après une courte maladie. En tout il y eut, dans l'espace de vingt-trois jours et sur une population de 4,000 âmes, quinze cas de choléra suivis de mort, tous sur des habitants de la ville, sauf le nommé Jovani, qui était venu de
Gumurdjina depuis un mois. Le médecin sanitaire d'Énos, qui rapporte ce fait, se demande quelle peut être Torigine de celte petite épidémie? Sans pouvoir résoudre la question, il fait la remarque que le sujet du premier cas avait eu , deux jours après son arrivée à Énos, un accès de fièvre intermittente qu'il guérit lui-même en prenant un purgatif et du sulfate de quinine. Il fait observer, en outre, que deux fois il y a eu contravention avec des navires en quarantaine, ancrés à la distance d'une heure de la ville, mais aucun accident cholérique n'avait eu lieu à bord de ces navires non plus que sur les radeaux qui descendent la Maritza provenant d'Andrinople.
La Cavalle. — Un bateau à vapeur autrichien commandé par le capitaine Inchiostri, provenant de Constanlinople le 31 juillet, et qui venait de jeter cinq cadavres à la mer, débarqua au lazaret de la Cavalle 103 passagers, parmi lesquels deux atteints de choléra. Un troisième tomba malade le soir. Le lendemain, les deux premiers étaietit morts, le troisième guérit. La quarantaine des passagers sains a été purgée dans un vaste local situé à une heure de marche de la ville. Les cholériques ont été séquestrés sur un îlot strictement surveillé et l'on y a observé plusieurs cas de cholérine.
Le nombre des navires qui ont fait quarantaine, du 3 juillet au 6 novembre, est de 28, dont li à vapeur, portant 635 hommes d'équipage et 396 passagers. Un vapeur ottoman eut deux décès de choléra à bord. Personne parmi les hommes de service n'en a rien souffert, et la ville a été exempte de l'épidémie. Il n'a pas été de même d'une localité sise à une distance de six heures de la Cavalle, et voici un fait à noter d'importation par terre signalé par le médecin sanitaire de cette ville. Une femme partit de Ziknay circonscription de Sérès, où régnait le choléra, et vint en deux jours à Tchataldja, son pays natal. Deux jours après, elle était frappée de choléra foudroyant qui l'emporta en deux heures. Après cet accident, le 17 août, l'épidémie se déclara à Tchataldja et s'y maintint jusqu'au 25 septembre. Dans cet
intervalle, il y eut 56 attaques, sans compter les cas légers, et 52 morts, sur une population de 2,500 habitants.
Salonique. — Pendant la période de l'épidémie cholérique, il est arrivé h Salonique 78 navires, dont 45 à vapeur, venant d'Egypte, de Gonstantinople, des Dardanelles, de Smyrne, et portant 4,257 passagers. Les mesures quarantenaires ont consisté dans^ la séquestration des passagers, d'abord pendunt cinq jours, puis pendant dix jours, sans morts ni malades dans la traversée , et pendant vingt jours s'il y avait eu des accidents à bord ou dans le lazaret. On a compté dans le lazaret, parmi les passagers, 265 cas de choléra dont 112 suivis de mort, et parmi les morts, 9 gardes de santé. Ceux qui tombaient malades étaient de suite séparés des sains. Le lazaret était d'abord à une heure de distance de la ville. Parfois il y eut encombrement, on y a compté jusqu'à 1,300 personnes à la fois. On a ensuite construit des baraques à une dislance de trois heures de la ville, mais alors le choléra avait cessé de sévir parmi les quarantenaires. La ville n'a pas été atteinte, sauf trois cas de choléra dont deux mortels sur des individus sortis du lazaret. Plusieurs villages, et nommément Galalzita, par lesquels ont passé des personnes qui venaient de purger quarantaine et qui s'y sont arrêtés, ont été fort maltraités par l'épidémie. Le choléra s'est propagé jusqu'aux environs de Sérès et s'y est longtemps maintenu. .
A VoLO, le nombre de navires arrivés en patente brute de choléra a été de 25 , ayant à bord 526 hommes d'équipage et 2,265 passagers. Parmi ces navires, le Pertev-Piale venant de Salonique, où le choléra existait dans le lazaret, eut deux décès en route et débarqua deux malades, morts tous deux le lendemain. Le paquebot français la Clyde , arrivé le même jour que le précédent, envoya au lazaret trois cholériques, morts deux jours après. Ces deux vapeurs amenèrent ensemble \ ,649 passagers qui purgèrent leur quarantaine sous des tentes dans un îlot désert du golfe de Volo. Du 26 juillet au 10 août, 62 cas de choléra, dont 23 suivis de mort , furent successivement observés parmi les quaran-
tenaires. Parmi ces cas, 5 s'étaient déclarés avant le débarquement et 57 après l'entrée au lazaret. En outre, le personnel du service, gardes de santé et gendarmes, a fourni 4 décès et 9 attaques. De ce nombre ont été l'écrivain de Toffice et le médecin du lazaret. Ce dernier a gutîri. Les autres 23 navires n*ont eu ni attaques ni décès. Une contravention a eu lieu : le médecin de service au lazaret, M. Diomèdes, atteint de choléra, s'est sauvé en ville le 30 août; mais cet accident n'eut pas de suites. D'ailleurs, quoique la ville eût été préservée du choléra, la maladie s'était déjà manifestée, à une distance de 5 à iO milles de Volo, dans des villages qui avaient été en rapport avec des localités infectées. Sur 4,051 habitants, il y eut 32 décès. En ville il n'a été observé qu'un seul cas sur un individu qui, le 19 septembre, c'est-àdire quarante-deux jours après le dernier cas du lazaret, était venu d'un des villages susmentionnés.
Larissb, ainsi que toute la Thessalie, avait joui d'une santé parfaite jusqu'à la fin de novembre. Alors arrivèrent de la province de Monaslir, et nommément de Florina (trentedeux heures de distance), où existait le choléra, 3 à 400 Bulgares venant pour exercer différents métiers pendant l'hiver, comme ils le font d'habitude chaque année. C'est alors aussi que le choléra se manifesta à Larisse. Du 5 au 15 décembre, il y eut 18 cas, dont 7 suivis de mort. Les Bulgares venaient d'un pays infecté; le plus grand nombre des cas leur appartiennent; les autres ont été observés sur des individus habitant le même quartier et des maisons voisines des logements des Bulgares. La maladie a cessé avec le départ de ces étrangers qui ont pris la fuite. Les lieux contaminés ont été désinfectés.
Smyrne. — Du 23 juin au 24 octobre , il a été reçu dans le lazaret de Smyrne 1,701 quarantenaires de provenances cholériques et de très- mauvaises conditions hygiéniques, parmi lesquels il y eut 14 attaques dont 9 suivies de mort. Le 23 juin, le bateau à vapeur autrichien Archiduchesse Charlotte, venant d'Alexandrie, débarqua au lazaret 293 passagers, dont un jeune Turc atteint de choléra qui succomba
le 29 juin. Ce fut le premier cas. Parmi ces passagers, un tomba malade le 24 et mourut le soir; deux enfants et leur mère, malades du 24 au 26, guérirent. Le 28, arriva le bateau égyptien Gallioub; il débarqua au lazaret il9 passagers, parmi lesquels 3 cholériques dont 1 mourut le 4 août. Le 29, le bateau autrichien Archiduc Maximilien amena 130 passagers, 5 malades dont 3 morts. Du 7 au 8 juillet, neuvième jour de l'arrivée, un de ces passagers fut pris subitement du choléra et mourut dans l'espace de cinq heures. Le 6 juillet, le bateau égyptien Minia débarqua au lazaret 213 passagers dont 3 cholériques; 2 succombèrent. Le 8 juillet, le bateau autrichien Stamboul, iSl passagers; 2 cholériques morts au lazaret du M au 12 juillet. Tous ces navires arrivaient d'Alexandrie où le choléra faisait des ravages , tandis que Smyrne jouissait auparavant d'une santé parfaite sans aucune apparence de prodromes cholériques.
Le premier cas de choléra en ville eut lieu le 24 juin sur une femme arménienne. Son mari en fut atteint ensuite et mourut le 4 juillet. Le 29 juin, eut lieu un second cas rapidement mortel sur une femme grecque qui avait frictionné la précédente et habitait dans un autre quartier. Depuis le 24 juin, il y eut en ville des cas foudroyants, mais la marche de l'épidémie fut lente jusqu'au li juillet. A cette époque, elle se déclara dans le quartier juif et envahit ensuite successivement toute, la ville; la mortalité s'est élevée alors à 80 décès par jour. Du 30 juillet au 7 août, elle atteignit son maximum de violence, puis déclina et enfin s'éteignit au commencement de septembre. Sur une population de 100,000 âmes, sans tenir compte d'une émigration*de 30 à 40,000, il y eut de 2,100 à 2,500 morts, et l'on estime le chiffre des attaques à 5,500, soit environ une attaque sur 20 habitants. Au mois de septembre , le choléra s'était propagé à Sokia, Thira, Kassaba et autres localités environnantes et successivement parmi les tribus d'Adala, où il fit plus ou moins de ravages.
L'Ile de Mételin a échappé au choléra , bien que , pendant le temps de l'épidémie, elle ait reçu dans son port
principal 235 navires en contumace, montés par 1420 marins. Ont fait escale, en outre, dans ce port, 70 bateaux à vapeur qui ont débarqué au lazaret 775 passagers. Le nombre total des voyageurs qui ont fait quarantaine a été de 2655. Ils l'ont purgée dans des campements espacés, sous des tentes et dans des barraques. Deux cas de choléra ont seulement été constatés, l'un à bord du vapeur de guerre ottoman le Zuave venant de Constantinople j Tautre sur la personne du patron d'une bombarde hellénique provenant de Smyrne. Mais ces deux accidents sur\'enus à bord sont restés isolés.
RnoDES. — Parmi les îles de Tarchipel ottoman, Rhodes, la plus exposée par sa position intermédiaire entre Alexandrie, Smyrne et Constantinople, a reçu un grand nombre de provenances cholériques : navires à voiles 222; bateaux à vapeur 66; équipages 2501; passagers 261 8 : total 5119 personnes, dans l'espace de deux mois. Le 19 juin, le bateau à vapeur égyptien NiguUah, provenant d'Alexandrie, débarqua au lazaret 87 passagers en très-bonne santé. Aucun accident n'avait eu lieu pendant le voyage de ce navire, d'après l'arraisonnement. Cependant, le 20 juin, le nommé Antonio tomba malade du choléra et expira le même jour. Les autres passagers de ce convoi furent de suite transférés ailleurs sous des tentes, et après une quarantaine de dix jours, sans accidents cholériques, ils reçurent la libre pratique. Pas un cas de choléra n'a été observé à bord des navires faisant quarantaine; mais on ne peut pas eu dire autant des bateaux à vapeur qui ne s'arrêtaient à Rhodes que quelques heures pour faire leurs opérations : ils ont pu avoir des accidents après avoir quitté l'île. Quoi qu'il en soit, la population de cette île qui compte 33,000 âmes n'a pas été atteinte.
Crète. — La Crète a reçu 103 navires en patente brute de choléra, provenant d'Egypte, de Smyrne, de Constantinople. Ils étaient montés par 843 hommes d'équipage et 972 passagers, dont 184 ont fait quarantaine à bord et 788 sur trois ilôts où l'on avait disposé des campements et des barraques. La surveillance a été sévère, sans communication entre les différents îlots qui sont à une certaine distance les
uns des autres. La durée de la quarantaine était de dix jours; en cas de choléra, elle était prolongée de dix jours après Taccident.
Deux navires partis d'Alexandrie, ont apporté des cholériques : le vapeur Missiri, avec 250 passagers, eut deux décès dans le port; un brick ottoman, 58 passagers dont 4 atteints de choléra. C'est parmi les passagers de ces deux navires que le choléra s'est développé durant la quarantaine. Trois autres navires eurent des accidents pendant leur traversée, mais sans suites ultérieures. Le Missiri avait débarqué ses passagers le 28 juin; la nuit du 29, tomba malade le nommé Cavourachi qui avait assisté Molla Hassan , mort avant le débarquement; le 1®' juillet, un boulanger et son fils furent atteints. Tous les trois guérirent après une pénible convalescence. Le 9 juillet, tomba malade le nommé Nicolas qui succomba en douze heures; il avait soigné son propre fils, mort à bord du Missiri, et souffrait lui-môme de diarrhée depuis quelques jours. Le 5 juillet, tombèrent malades deux passagers et un garde de santé. L'un des passagers meurt, l'autre guérit péniblement. Le 6 juillet, est attaqué le nommé Sava, qui meurt en treize heures de maladie; il demeurait sous la tente de Nicolas, mort précédemment et qu'il avait soigné. Le 16 juillet, fut atteint le nommé Antonio, frère du pharmacien qui assistait les cholériques et avec lequel il était en rapport. Parmi les personnes de service, le garde de |santé Moustafa fut atteint le 5 juillet, sept jours après son entrée près des quarantenaires ; il succomba le 8. Il avait assisté le nommé Nicolas, mort dans le lazaret. Ainsi, les passagers du Missiri ont fourni 8 attaques et 4 décès, plus un décès sur un garde de santé, dans l'espace de dixneuf jours, du 28 juin au i6 juillet.
Le brick ottoman, capitaine Ali Moustafa, était arrivé le 27 juillet d'Alexandrie, à un mois de distance du Missiri: parmi ses 58 passagers, la plupart ouvriers venant de Suez, il y avait 5 malades de choléra, dont 1 qui entra au lazaret; les 4 autres restèrent à bord. Le 7 août, succomba dans le lazaret le passager Gavala; le 14, Gaspard Gavala; le même
jour, tomba malade le nommé Michel Gracia, qui mourut le 21 ; le 28 août, succomba Alhanase Russo, qui souffrait de diarrhée depuis son entrée au lazaret. Le m^me jour, tomba malade le nommé George, qui cohabitait avec le précédent et qui mourut le 3 septembre ; en tout 5 décès, Tépidémie ayant traîné dans ce groupe vingt-sept jours.
Ce qui mérite ici une mention spéciale, c'est que nonseulement le choléra n'a pas pénétré dans l'île de Crète, mais qu'aucun accident n'est arrivé dans les groupes des passagers autres que ceux des deux navires qui avaient apporté des cholériques; la raison en est que les deux convois avaient fait quarantaine séparément dans deux îlots du golfe de la Sude très-distants l'un de l'autre, et n'ayant aucune communication ni entre eux ni avec la grande île. Les Cretois ont su profiter de l'expérience qui avait sauvé leur pays dans les épidémies précédentes.
Bengrasi n'ayant qu'un lazaret en ruines et rapproché des habitations, a isolé les quarantenaires sous des tentes dans des lieux éloignés de la ville et bien aérés. Sur 812 personnes, il n'y eut qu'un seul cas mortel de choléra sur un individu débarqué le 18 juillet du bateau à vapeur Trablous- Gharh provenant d'Alexandrie. Ce même bateau avait eu deux décès cholériques avant son arrivée h. Benghasi. Le cas du lazaret n'eut aucune suite ni pour la ville ni pour les personnes en quarantaine dont le nombre, pendant toute la durée de l'épidémie, a été de 812, amenés par 50 ou 60 navires en patente brute de choléra.
Chypre. — Du 24 juin au 18 juillet, il est arrivé à Larnaca 42 navires de provenance cholérique, portant 573 hommes d'équipage et 1199 passagers qui ont purgé, dans le lazaret, une quarantaine de cinq à dix jours. Le lazaret, construit en maçonnerie et assez vaste, est situé tout près de la ville. Sont morts du choléra, à bord des navires, 3 matelots ainsi que la femme d'un capitaine autrichien dont le fils également atteint a guéri.
Du 26 juin au 13 juillet , il y eut dans le lazaret 22 cas de choléra, 7 décès. Le 6 juillet, un enfant tomba malade trois
jours après son entrée au lazaret, et mourut le soir. La mère, atteinte le 7, guérit au bout de seize jours. Un jeune homme, entré le 28 juin, fut pris de choléra le neuvième jour de sa quarantaine et succomba en cinq heures de maladie. Le reste des cholériques, au nombre de 19, avaient été débarqués malades au lazaret. La première attaque en ville eut lieu le 7 juillet , onze jours après la manifestation du choléra dans le lazaret, sur la personne de Méhémet-AbduUah, cavedji, qui avait logé plusieurs personnes à leur sortie de la quarantaine. La maladie s'est immédiatement après propropagée il Larnaca, de là aux villages environnant et successivement à Nicosie et dans les autres parties de Tile. Le nombre des cas, à Larnaca, est évalué à 438, dont 363 et 79 guéris, sur une population de 12,000 habitants, réduite h 4,000 seulement par suite de l'émigration,
Mersine, sur 97 navires de différentes dimensions, tant à voiles qu'à vapeur, provenant de Smyrne, Gonstantinople et Alexandrie ou Beyrouth , en état de contumace et portant 1953 matelots, a reçu dans un lazaret improvisé et malsain par sa position , mais complètement isolé, 450 passagers. Aucun cas de choléra ne s'est produit ni à bord avant l'arrivée, du moins d'après les déclarations des capitaines, ni après dans les lazarets; aucune communication n'a eu lieu entre les quarantenaires et la population de la ville. Cependant, le 4 octobre, tombait malade le paysan Méhémet qui mourait de choléra; sa femme le suivit de près. Cet homme venait d'Adana où déjà l'épidémie avait pénétré par une autre voie. Le choléra se répandit alors en ville et y fit de nombreuses victimes, la plupart de pauvres cultivateurs fellahs, habitants d'un quartier malsain et dans des conditions hygiéniques très-défavorables.
A Alexandrette ont fait quarantaine, sous des tentes et dans des barraques parfaitement isolées, 469 personnes parmi lesquelles 2 décès de choléra survenus le 10 juillet sur des individus malades au moment du débarquement. Ces voyageurs ont été débarqués pour la plupart des paquebotsposte, venus de Constantinople ou d'Alexandrie, au nombre
•272 APPENDICK.
de 33. Aucune autre attaque n'a été observée ni parmi les quarantenaires ni en ville. La frégate oiiomnne Medjidté, que Ton avait fait ancrer, à distance, eut 14 décès de choléra dans Tespace de sept jours. Du 10 juillet, époque des 2 décès survenus dans le lazaret, au 5 décembre, il n'y eut aucun cas de choléra dans Alexandrelte; mais ensuite Tépidémie, qui avait enlevé k Karaghadch 750 personnes sur 1,000 habitants, se déclara aussi à Alexandretle, et y fit 20 victimes sur les i,000 habitants dont se compose la population de celte ville. Karaghadch n'est qu'à une heure de marche d' Alexandrelte sur la côte, et Ton suppose que le germe de la maladie lui a été apporté par la frégate Medjidié ou par quelque autre navire infecté.
Beyrouth. — Le nombre des individus arrivés d'Alexandrie, du 17 juin au 25 juillet, a été de 3,600. Ils ont fait une quarantaine de cinq à dix jours, selon les cas. Plus de 400 étaient des pèlerins pauvres renvoyés chez eux aux frais du gouvernement égyptien. On a compté dans le lazaret 30 attaques de choléra, 15 décès. Le premier cas de mort dans le lazaret eut lieu le 29 juin sur une femme juive arrivée d'Alexandrie le 24 par le bateau à vapeur autrichien Archiduc Maximilicn, qui avait eu trois cas de choléra, dont un mortel, pendant la traversée. Le gardien Hamoud, qui avait transporté sur son dos le cadavre de cette femme pour l'enterrer, fut atteint quelques heures après et mourut dans la nuit. L*abbé Viale, secrétaire de monseigneur Valerga, patriarche de Jérusalem, arrivé par le même paquebot et sorti du lazaret le 2 juillet, tomba malade le même jour et succomba pendant la nuit. Le gardien Pcdros, qui avait travaillé à l'enterrement des cholériques, mourut également. Un autre gardien, Joseph Tarsouf, qui avait servi comme domestique une famille composée d'une fille et d'une mère, dont le mari était mort de choléra- le 1*** juillet dans le lazaret, est atteint le 3 et meurt deux jours après.
Le lazaret se trouve dans un lieu isolé et bien aéré, mais il y a eu encombrement et par suite communication entre les différentes catégories de quarantenaires. Le lazare* propre-
ment dit, situé h Test de Beyrouth, ne pouvant contenir que 300 personnes, on y a suppléé, sur la plage opposée à l'ouest de la ville, par quelques maisons isolées et un hôtel.
Le nombre des navires arrivés en contumace, depuis le début de l'épidémie jusqu'au 43 juillet, a été de 50, portant ensemble un équipage de 930 individus et 3,600 passagers. Du 22 juin au 8 juillet, 6 navires, dont deux i\ vapeur, ont eu des accidents cholériques pendant la traversée d'Alexandrie à Beyrouth, en tout 12 attaques et 4 décès; le vapeur anglais Tamanlipas, 22 juin, 277 passagers, 1 mort; le vapeur autrichien Archiduc- Maximiiieny le 24 juin, 330 passagers, 3 attaques, 1 mort ; la corvette de guerre Cosak, pavillon anglais, le 23 juin, 3 attaques; le brick ottoman Fathûlla, le 29 juin, 4i passagers, 3 morts; le navire ottoman Saïda, le 8 juillet, 31 passagers, 1 mort; le vapeur égyptien Dossouck, le 8 juillet, 93 passagers, 1 mort.
Le premier cas de choléra dans la ville a été observé le !«'' juillet sur là personne d'un jeune homme, Matta Farrah, qui n'avait aucune relation avec le lazaret. Mais déjà depuis le 22 juin des arrivages d'Alexandrie avaient amené dans le lazaret de Beyrouth une masse de voyageurs ainsi que des cholériques. Avant ces arrivages, l'état sanitaire de Beyrouth était satisfaisant. Il n'y avait que quelques cas de diarrhée, de dyssenterie et des fièvres bilieuses et gastriques ne présentant rien d'extraordinaire, -car ces maladies sont habituelles au pays h pareille époque de l'année. Le nombre total des morts a été, pendant les trois mois qu'a duré l'épidémie, de 493 sur 4,500 attaques; la population, qui est de 73,000 âmes, se trouvait réduite des deux tiers par suite de l'émigration,
Alep. — Le premier cas de choléra a été constaté le 45 août. Jusqu'alors la santé publique avait été bonne et rien n'annonçait des troubles intestinaux pouvant faire prévoir l'imminence d'une épidémie. Mais le choléra était déjà aux portes d'Alep, car les pèlerins persans revenaient de La Mecque dans de très-mauvaises conditions de santé et rapportant avec eux les cadavres de leurs compagnons morts pendant
le pèlerinage. Les démarches faites pour leur interdire l'entrée de la ville n'ayant pas abouti, le 26 août, de très-bon matin, la caravane faisait scm entrée en ville. Le soir même, 2 cas de choléra foudroyant étaient constatés. A partir de ce jour, l'épidémie fit des progrès incessants; du i 5 au 22 août, il y eut 28 décès; du 22 au 28, le nombre des victimes s'éleva à 1,200; du 28 août au 2 septembre, il y eut, en moyenne, 350 décès par jour, et l'épidémie atteignit ainsi son summum d'intensité. Du 2 septembre, la moyenne est de 200 par jour; le 12, la mortalité tombe à 50 et s'y maintient jusqu'au 28 septembre. Le 2 octobre, il y a recrudescence et les décès s'élèvent encore à 100 par jour, puis ils descendent progressivement à 60, à 15, à 12 ; l'épidémie s'éteint enfin le 15 novembre. Le chiffre général de la mortalité a été de 7,000, dans l'espace de trois mois, soit, sur une population de 90,000 âmes, près de 7 ^4 pour cent. La population ordinaire d'Alep est de 120,000 habitants, mais 30,000 personnes environ avaient émigré dès l'apparition de l'épidémie. Le nombre des attaques est inconnu.
Jérusalem. — L'épidémie s'est déclarée dans la ville sainte le 21 septembre, et dans l'espace de 22 jours y a fait 601 victimes sur 1,258 attaques vérifiées; sa population est de 30,000 habitants. Les Israélites, vivant dans des conditions malsaines, ont plus souft'ert que les Musulmans, beaucoup plus nombreux; les premiefs ont perdu 301 individus, les seconds 225 seulement. Jaffa, Hama, Homs, et presque toutes les villes de la Syrie, sauf Lataquié, qui en a été exempte, ont payé un large tribut à l'épidémie.
Damas. — Le choléra a commencé à Damas après l'arrivée des fuyards de Beyrouth, qui étaient venus y chercher un abri, et bien avant le retour de la caravane de La Mecque. « Le choléra, dit le médecin sanitaire de Damas, nous est venu cette année par les pèlerins qui avaient pris la voie de Suez et d'Alexandrie, et non par ceux qui sont rentrés par le désert. » Un grand nombre de pèlerins arrivés de Beyrouth allèrent se loger dans le quartier d'Éguébé, comme ils ont l'habitude de faire pendant le peu de jours qu'ils séjournent
à Damas avant de regagner leurs foyers. C'est dans ce quartier que s'est montré le premier cas sur une femme turque enceinte de six mois et qui succomba en dix-huit heures de maladie. Ce serait une erreur, ajoute le médecin sanitaire, de croire que quelques cas de diarrhée et de dyssenterie observés parmi les pèlerins de la caravane fussent de nature cholérique^, car ces maladies existent toujours parmi les pèlerins et jamais elles he se transmettent à la population. Le désert, dit-il, purifie la caravane, et elle arrive toujours à Damas sans propager le choléra.
Mésopotamie. — Le choléra est arrivé de La Mecque h Bagdad, ou, pour parler plus exactement, à Imam-Ali et h Kerbellah, par deux courants distincts : 1° par la mer Rouge, Mascate, Bassora, le Tigre ou TEuphrate ; 2° par Alexandrie Beyrouth, Alep et Diarbékir. Ainsi l'épidémie, partant de La Mecque avec le pèlerinage, suit deux roules différentes pour arriver à Kerbellah, autre lieu de pèlerinage. Dès le i7 juin on savait à Bagdad que les pèlerins persans, divisés en plusieurs colonnes, suivaient les deux routes que nous venons d'indiquer. Le J8 août, le télégraphe annonça, voie de Bassora, que le choléra avait éclaté à Mascate et à Bender-Abbas. Le 4 septembre, fut signalé le premier cas de choléra survenu à Bassora. C'était le début de l'épidémie qui a violemment sévi jusqu'aux derniers jours d'octobre, en Taisant 471 victimes sur moins de 5,000 habitants, soit près de 10 pour cent.
Pour remonter de Bassora à Bagdad, le choléra avait deux voies à suivre, celle du Tigre et celle de l'Euphrate. La voie du Tigre est déserte. Les Bédouins, qui stationnent sur ses rivages, s'en écartent à de grandes distances aussitôt que le choléra se déclare, et l'épidémie s'éteint faute d'aliment. C'est ce qui arrive presque toujours dans ces parages. C'est ainsi qu'il y a quelques années, le choléra qui avait pénétré par Mohamara, chez les Abou-Mohammed du Sud, s'y éteignit. Le choléra a donc remonté l'Euphrate avec les colonnes des pèlerins persans. Il s'est successivement déclaré, en serpentant selon le cours du fleuve, à Kourna, Suk-el-Chuck, Sa*
mawal, Divanieb, luiam-Ali et Kcrbellah, d'où il a passé à Hillah, puis à Bagdad. C'est là exactement la route des pèlerins. A Samawat, il fit de nombreuses victimes, mais oa n'en sait pas le nombre; à Divanieb, il enleva 22 soldats de la garnison et 125 habitants; à Imam-Ali, 3 soldats et 336 habitants; à Kerbellah, 2 soldats et i,478 habitants et pèlerins; à Hillah, 4 soldats et 45 habitants; à Bagdad, du 17 septembre au 5 décembre, 262 habitants. Le choléra s'est aussi déclaré à Imam-Mousa, lieu de pèlerinage des Persans, situé à une heure au sud de Bagdad. Les pèlerins, fuyant de Kerbellah, sont rentrés en Perse par Haueguine sans qu'on leur fît faire quarantaine.
Par la seconde route, celle de Syrie, la caravane des pèlerins persans, qui avait infecté Alep, s'est divisée en plusieurs colonnes, les unes longeant le cours de TEuphrate, les autres celui du Tigre. Par ces deux voies les pèlerins sont arrivés au même point, c'est-à-dire à Imam-Ali et à Kerbellah, portant avec eux le choléra et le semant partout sur leur passage. L'épidémie fit ainsi des ravages à Biredjik et Anah- Hit, sur l'Euphrate, et d'autre part, avec plus de violence encore, le pays étant beaucoup plus habité, à Orfa, Diarbékir et Mossoul jusqu'à Bagdad et Kerbellah.
L'une des routes que suivent les pèlerins pour rentrer dans leurs foyers au nord de la Perse, après avoir fait leurs dévotions à Kerbellah et à Samara, est celle du Kurdistan, par Suléimanié. Le choléra a été ainsi importé dans cette ville, sans toutefois qu'on puisse en établir la filiation d'une manière précise. Le choléra, dit le rapport du médecin sanitaire de Suléimanié, régnait à Alep, puis à Diarbékir et à Mossoul ; il était en octobre à Kerkouk, non loin de Samara et à vingt lieues de Suléimanié. Deux semaines après, il se manifestait dans cette dernière ville. Le premier décès, suivi de près d'un second, eut lieu le 31 octobre. Il faut aller après au 13 novembre pour trouver de nouveaux cas, et l'épidémie se maintient jusqu'au 13 février, date du rapport. La progression s'en est opérée par bouffées : première recrudescence, du 13 au 20 novembre; la deuxième, du 23 au 28; la troisième, du
i^ décembre au 29; la quatrième, du 31 décembre au 22 janvier, puis il se passe neuf jours sans accidents; la cinqiiième 'recrudescence, le !•' février, continuant jusqu'au 13. La rapidité de la mort est extraordinaire surtout chez les étrangers venus de Perse. Le froid n exerce aucune influence favorable : au contraire , il a paru que les recrudescences étaient plus fortes par le froid. Le chiffre des morts, estimation approximative, a été de 300 sur 600 attaques et sur une population de 10,000 âmes, La caserne a donné 34 attaques, 17 décès, sur un effectif de 900 militaires. Le choléra s'est propagé dans les villages voisins de Suléimanié.
Samsoun. — Sur 36 bateaux à vapeur arrivés à Samsoun en patente brute de choléra, tous provenant de Constantinople et portant 3,170 passagers et 1,960 hommes d'équipages, 8 ont débarqué des malades ou des morts. Le 31 juillet, le Pilade, russe, 82 passagers, 4 malades. Le 3 août, la Tamise y français, 120 passagers, 3 malades, 2 cadavres. Le 5 août, le Vassitay, ottoman, 271 passagers,
2 malades. Le 6 août, le Sultan, autrichien, 117 passagers,
3 cadavres. Le 7 août, VOieg, russe, 140 passagers, 2 malades. Le 9 août, le Mersina, français, 159 passagers, 4 malades, 6 cadavres. Le i2 août, le Touna, ottoman, 148 passagers, 1 malade. Le 14 août, VJsmiih, ottoman, 36 passagers, 1 malade. Le 17 août, le Caire, français, 29 passagers,
4 malades, 1 cadavre. En tout, du 31 juillet au 17 août, 18 malades, 12 cadavres. La quarantaine, sans accidents cholériques, était de cinq jours et de dix jours en cas de choléra, soit à bord soit dans le lazaret. Le lazaret de Samsoun consistait en une caserne située à un quart de mille de la ville et pouvant contenir un millier d'hommes, en une grande baraque à deux milles de la ville et enfin en quelques maisons à quelques pas du palais du gouvernement. L'hôpital des cholériques se trouvait tout à fait isolé h un mille de distance de toute habitation. Le plus grand nombre de quarantenaires se trouvant à la fois dans la caserne fut do 307 ; ainsi pas d'encombrement; dans la grande baraque 257, dans les maisons 271 .
Parmi lesquaranlenaires arrivés par le Vassitay, le 5 août, il y eut 5 cas de choléra; parmi ceux du Pilade arrivé le 31 juillet, 4 cas. Il n'y a pas eu d'attaque parmi les per-* sonnes afiectées au service du lazaret. Somme toute, on a compté dans le lazaret 24 malades, y compris les 48 débarqués, et 42 décès, sans parler des cadavres apportés par les bateaux à vapeur. Sauf deux prétendus cas sans preuves, la ville de Samsoun a été exempte de tout accident cholérique.
Trébisonde. — Ont fait contumace dans la. rade de Trébisonde 68 navires, dont 18 à voiles. Équipages 2,538, passagers 5,073 ; total 7,631, dans l'espace de deux mois. Le 25 juillet, le bateau à vapeur Jufiori y débarqua un malade; le \ août, la Tamise mit à terre 3 morts; le 6 août, Vassitay, 2 morts; le 7, le Sultan, 1 mort. Depuis le 25 juillet jusqu'au 28 août on a compté, dans le lazaret, 22 malades dont 2 seulement ont survécu. Le lazaret de Trébisonde no suffisant pas pour contenir tous les quarantenaires, on en a envoyé une partie h Ahtché-Kalé, sous la tente. Il en est mort 17. Total des morts, y compris les 6 débarqués, 45. Le maximum des quarantenaires enfermés en une seule fois dans le lazaret de la ville a été de 600, ce qui faisait encombrement. Ce lazaret est d'ailleurs attenant à la ville. Parmi les personnes de service, tant dans le lazaret que dans le campement, il n'y a pas eu d'accidents; Après l'arrivée de la Junon qui avait débarqué lo premier malade au lazaret, on constata un cas de choléra sporadique à Trébisonde, et il fut suivi, du commencement d'août à la mi-septembre, de 45 cas, dont 28 mortels, disséminés dans toute la ville.
EazEROUM. — Le premier cas de choléra fut constaté à Erzeroum le 22 août, à la suite de l'arrivée de masses d'ouvriers kurdes et arméniens renvoyés de la capitale où régnait le choléra. Ils étaient arrivés à Erzeroum par la voie de Trébisonde et avaient infecté plusieurs villages sur la route qu'ils avaient parcourue. Ils se répandirent dans les khans et les marchés d'Erzeroum, et y semèrent le germe de la maladie. Le premier cas constaté eut lieu sur un des soldats qui travaillaient aux fortifications de la ville. Avant
cette époque, aucun cas de nmiadie cholérique n'existait dans le pays. Du 22 août au 31, 14 cas dont 6 mortels furent constatés tant en ville que parmi les ouvriers des fortifications. Au mois de septembre, le choléra prit de l'extension et atteignit son maximum d'intensité, 343 attaques et 143 décès ; au mois d'octobre, décroissance, 160 attaques, 76 décès; du 1" au 7 novembre, 4 attaques, 1 décès; du 7 au 23, point d'accidents; le 23, 12 attaques, 4 décès, puis quelques cas isolés et fin de l'épidémie le 12 décembre. Total des attaques 518, décès 224.
Dans cet intervalle, 600 familles de Tchetchens venues de Russie et qui devaient être internées à Diarbékir, contractèrent le choléra et le portèrent à Mouche, ville située à 110 kilomètres d'Erzeroum. Revenant sur leurs pas et sollicitant leur rentrée en Russie, les Tchetchens se dirigèrent alors sur Kars (106 kilomètres d'Erzeroum) et y portèrent également le choléra; toutefois l'épidémie n'acquit une grande violence ni à Mouche, ni h Kars où elle se limita h quelques cas sporadiques.
SiNOPE, Batoum, Varna ont aussi reçu un grand nombre de navires à voiles et à vapeur avec des centaines de passagers. Des cas de choléra avaient eu lieu à bord de ces navires venant de Gonstantinophe où régnait le choléra, entre les mois de juillet et août; mais la maladie ne franchit pas la limite des lazarets, et les habitants de ces localités furent épargnés.
BouRGAS a reçu en contumace 186 navires à voile, montés par 1,718 marins parmi lesquels 3 cholériques. La quarantaine n'étant que de trois jours pleins, l'un des marins mourut en ville après la pratique. Le lazaret d'abord situé près des habitations dans un lieu malsain fut remplacé par des baraques établies sur un emplacement élevé et complètement isolé. Le nombre des quarantenaires a été de 1096. Le 6 août, le vapeur ottoman ^a/aAroyf débarqua 5 cholériques qui succombèrent tous. Deux gardes de santé qui avaient servi les malades furent atteints de choléra ; l'un des deux succomba. En ville, sauf quelques cas de cbolérine, il n'y eut pas d'accidents graves, ni mortels.
KusTENDJB. — Sont arrivés i\ Kustendjé, en état de contumace, 95 navires, dont 28 à vapeur avec 928 hommes d'équipage et 580 passagers sans malades. Pendant la quarantaine, qui était de trois jours, 11 accidents furent observés à bord de ces navires. Les passagers débarqués et envoyés à deux milles de la ville pour purger leur quarantaine sous des tentes, n*ont offert à l'observation aucune attaque dans ce court espace de temps, mais un gardien y fut atteint le 4 août et son fils le 5. Tous les deux succombèrent.
Pendant le mois de juillet, la santé publique ne fut pas allérée en ville, mais vers la fin du mois, une diarrhée bilieuse fut remarquée. Le 2 août, un employé de la quarantaine tomba malade de choléra et succomba ; le 4, fut atteint un forgeron, c'était un Anglais jeune et fort qui guérit; le 5, mourut un Anglais et le commis de la quarantaine. Le choléra se propagea ensuite dans toute la ville et parmi les ouvriers bulgares qui s'en allèrent à la montagne, où ils enterrèrent plusieurs des leurs, et qui ensuite quittèrent le pays. On calcule, pour la ville, 120 décès sur 4,000 habitants et dans l'espace d'un mois.
SouLiNA. — Sur un nombre de 887 navires ayant 365 passagers et 7,983 hommes d'équipage, on a constaté 30 cas de choléra, ayant eu lieu soit en rade soit avant l'arrivée de ces navires. Le lazaret, composé de deux bâtiments, comprenant huit chambres et quelques baraques, a reçu un total de 518 quarantènaires. Le chiffre maximum des individus renfermés en même temps dans le lazaret, a été de 73 et il n'y a pas eu encombrement. La durée de la quarantaine était de cinq jours pour les personnes provenant de bâtiments k bord desquels aucun cas de choléra ne s'était déclaré pendant la traversée, et de dix jours pour celles qui se trouvaient dans le cas contraire. Il ne s'est produit de cas de choléra dans le lazaret que parmi les marins provenant du navire de guerre ottoman Esséri-Djedid. Sur 12 cas il y a eu 5 décès, le 30 et le 31 juillet. Plusieurs des marins débarqués étaient déjà attaqués du choléra lors de leur entrée
au lazaret. Les autres ont été atteints vingt-quatre heures après leur arrivée. Aucune personne attachée au service du lazaret n'a eu le choléra. A l'office sanitaire, en ville, trois gardiens atteints sont morts. En ville, la première attaque eut lieu le 2 août, et jusqu'au 20 du même mois la maladie exerça de grands ravages, augmentant et diminuant graduellement. Sur une population de 3,000 âmes, réduite par la fuite à 1,580, il y eut environ 350 attaques et plus de 300 décès. Le choléra s'est propagé après le débarquement de§ marins de V Esséri-Djedid, venant de Constantinople. A Saint-George, village situé à sept heures de marche de Soulin a, il s'est déclaré après l'arrivée des personnes qui étaient venues de Soulina s'y réfugier. A l'Été, village situé à deux heures de marche seulement, aucun cas ne s'est produit, les habitants n'ayant pas reçu chez eux et n'ayant eu aucune relation avec les individus de Soulina qui s'étaient enfuis dans cette direction.
TouLTCHA, RousTCHOUK, ViDïN. — En remontant le Danube, le choléra s'est manifesté à Toultcha parmi les matelots arrivés, le 2 août, de Constantinople pour monter les navires de guerre stationnant dans le fleuve. Ils faisaient quarantaine à bord des navires; du 4 au 15 août, ils ont eu 10 attaques et 14 décès.
Successivement fut attaqué et mourut le négociant Economopoulo fournisseur des bâtiments de guerre ottomans, qui, pour ses affaires, était en rapport avec les militaires de la station navale. Un autre cas survint à bord de la canonnière ottomane Varna, dont les marins avaient eu des rapports de service avec leurs camarades récemment arrivés. Vint ensuite le muezzin, Hadji-Mustafa, en relation avec les soldats de la marine. C'est ainsi que l'épidémie, ayant pris naissance parmi les marins, se propagea à Toultcha. Le 21 août, on comptait 12 décès de choléra. Depuis le 10 du même mois jusqu'au 16 septembre, on a évalué le chiffre des morts à 200 sur une population de 20,000 âmes. C'est aux militaires nouvellement arrivés et qui avaient eu, pendant leur traversée de Constantinople au Danube, des malades et des
morts, qu'est attribuée l'importation du choléra dans le pays.
A RousTGHOUR on observa les premiers cas parmi les ouvriers bulgares que nous avons vu tout à l'heure quitter Kustendjé après avoir perdu nombre de leurs camarades frappés par le choléra. La maladie se propagea d'abord parmi les Bulgares, leurs compatriotes, et successivement elle se développa dans les quartiers grec, turc et arménien. Elle dura seize jours, et enleva i31 individus sur 360 attaques et sur 22,000 habitants que compte la ville de Roustchouk.
Avançant en amont, le choléra se manifesta à Vidin, en débutant par la prison de la ville, où l'on observa les 2 premiers cas, sans aucune relation connue avec l'extérieur ni avec le lazaret consistant en un hôtel et des tentes dressées sur le bord du Danube et tout près de la ville. Ont fait quarantaine 287 personnes, et le chiffre maximum des individus enfermés en même temps dans le lazaret a été de 104. La durée de la contumace était de cinq jours lorsqu'il n'y avait pas eu d'accident pendant la traversée des navires, et l'on y comprenait les jours du voyage s'il y avait à bord un garde de santé. De sorte que la quarantaine était souvent réduite h zéro ou à peu près. On s'explique ainsi comment il a pu y avoir des cas en ville, sans que Ton en eût observé dans .la quarantaine. En effet, après la prison vint le quartier Israélite, puis le quartier musulman qui à eux deux fournirent le plus fort contingent à l'épidémie. Celle-ci n'a pas, du reste, été aussi violente qu'à Soulina. Le chiffre des décès monta à 110, y compris 38 parmi les soldats de la garnison, sur 300 attaques et 25,000 habitants.
Des bords du Danube, le choléra s'est avancé dans l'intérieur et l'on a signalé de petites épidémies dans plusieurs localités de la Bulgarie. Il en a été de même du côté de Salonique pour la Macédoine. Philippopolis et Pasardjik ont fourni leur contingent, ainsi que Sérès et Florina qui l'a transmis, comme nous l'avons remarqué plus haut, à la ville de Larisse. Nous ne saurions pas donner des détails sur
retendue et les ravages des épidémies circonscrites dans ces lieux; mais il est certain qu'elles ont succédé partout aux invasions des villes maritimes dont nous avons fait mention dans le présent rapport.
Valona. — Parmi 22 navires provenant de localités infectées de choléra, le Nil, vapeur autrichien, parti de Constantinople le 7 août, arriva le 12 à Valona, ayant perdu en route 12 passagers morts de choléra. Il débarqua 416 passagers dont 5 malades parmi lesquels un mourant qui succomba le lendemain. Les passagers furent placés dans une île par groupes séparés, les malades dans un groupe à part sous des tentes. On leur fit purger dix jours de quarantaine; les malades ont guéri ainsi que beaucoup d'autres qui avaient' la diarrhée. Il n'y eut pas d'accidents nouveaux ni parmi les quarantenaires ni parmi les hommes de service. Seulement, le jour de la pratique, le nommé Kiriaco fut pris de symptômes cholériques et succomba en quelques heures. La ville n'eut aucun rapport avec l'île de la quarantaine et la population indemne.
Parmi les localités qui ont été exemptes de l'épidémie, bien qu'elles eussent reçu des navires provenant de lieux infectés, nous citerons Gallipoli, située entre deux foyers tels que Gonstantmople et les Dardanelles, et qui reçut cependant 89 navires, caboteurs pour la plupart, montés par 472 hommes d'équipage et 109 passagers; Échelle- Neuve : 16 navires, 112 marins, 208 passagers; Chio : beaucoup de navire?, nombreux passagers et quelques cholériques, dont la quarantaine a été purgée sur un îlot des îles Spalmadores; Adalia : 184 navires, 1688 marins, 350 passagers; Alaya : 175 navires, 1733 marins, 2217 passagers, maximum à la fois dans le lazaret 214; Durazzo : 58 navires, 434 marins, 50 passagers. La plupart provenaient de Constantinople, Smyrne, Alexandrie, lieux esssentiellement compromis; mais aucun accident n'était arrivé à bord ni durant la traversée. [RemeignemenU extraits des archives de t administration sanitaire ottomane. )
Odessa. — Cette ville a ressenti les premières atteintes
de répidémie qui régaait à Gonstantinople vers la mi-juillet. Du 14 au 17 de ce mois, on y observa 4 cas de choléra sporadique, dont 1 suivi de mort. Ce ne fut que du Hau 16 que deux navires partis de Constantinople y apportèrent de nouveaux germes. UEmiliaLwsa, sous pavillon autrichien, qui avait eu 1 décès de choléra en route, débarqua au lazaret 1 matelot atteint de cette maladie. Le navire italien Concentino apporta au lazaret 4 malades dont 2 moururent le 14 août. C'est du lazaret que le choléra s'est propagé dans la ville et son développement a été observé avec une grande précision. Le 17 août lomba malade le nommé Gouline, douanier au service de la quarantaine. Transporté à son domicile, près de Moldovanka, et le lendemain à l'hôpital de la ville, il y expira une heure après. Sa femme, son fils, une sei-vante furent aussi atteints , et cette dernière succomba. Le 3 septembre, fut pris de choléra l'ouvrier Dorf ma n au port de la quarantaine; il fut aussi transporté à son logement dans le quartier des Juifs. Son camarade qui l'avait soigné tomba malade, ainsi que la concierge de la maison voisine, le mari de celle-ci et leur fille. De tous'ces malades, Dorfman seul survécut. Le 4 septembre, l'ouvrier Bochinsky allant de la quarantaine à son domicile, se sentit pris de choléra; il succomba le lendemain. Ce jour-là, ses deux enfants furent atteints, et deux jours après sa veuve qui succomba le lendemain. Ainsi le choléra , importé par les deux navires susmentionnés dans le lazaret d'Odessa, s'est communiqué au port de la quarantaine et de là au quartier de la Moldovanka, à l'hôpital de la ville et successivement à Pérésip où il avait été établi un hôpital de cholériques. Il faut bien noter que la Moldovanka, l'hôpital de la ville et le faubourg de Pérésip sont des localités éloignées les unes des autres et placées dans des directions opposées. Moldovanka eut 69 cas; l'hôpital de la ville, 18, dont 4 infirmiers; le faubourg de Pérésip, 29, parmi lesquels 6 infirmiers ou employés de l'hôpital. On a observé, en outre, des cas disséminés dans ditïérents quartiers de la ville, dans la banlieue, dans le lazaret et à bord des navires : en tout 236 cas
et 109 décès sur une population de H 8,000 âmes, et à partir du 6 août; début de Tépidémie, jusqu'au iA septembre, date du dernier accident cholérique.
Presque en même temps le choléra se manifestait en Podolie, importé dans le village de Borchi par des ouvriers allemands qui avaient séjourné à Galatz le 22 juillet, époque à laquelle y sévissait l'épidémie. Un enfant qui souffrait de la diarrhée mourut le 29, puis sa mère et deux autres enfants. Le choléra se propagea dans le village et fit 33 victimes sur 558 habitants. Les Allemands perdirent 8 individus. De là le choléra passe à Gavinosa, autre village qui eut 22 morts sur 444 habitants. Le 17 septembre, il se déclara à Bogopol et dura jusqu'au 3 octobre. Sur 2,275 habitants, 202 furent atteints de l'épidémie et 65 moururent. Le 29 septembre le choléra était à Balta; sur 2,200 habitants juifs, 416 furent atteints et 147 succombèrent. Il apparut ensuite dans les districts de Jampol, de Mohilew, d'OIgopol, de Vinnitzi et de Lilinsk, où il fit quelques victimes. Du 26 juillet au 15 novembre, il y eut dans le gouvernement de Podolie 1361 cholériques et 426 décès. A Kerlch, depuis le 17 août au 27 oclol3re, 82 malades et 41 décès. A Berditchew, du 22 septembre au 14 novembre, sur 2,898 cas, 573 décès. Du 11 octobre au 14 novembre, le gouvernement de Kiew fournit 3,243 cas de choléra et 587 décès. Du l^"^ octobre jusqu'au 22, dans le gouvernement de Kherson , il y eut 56 malades, 24 décès. Du 12 octobre au 15 novembre, on compta à Taganrog 175 victimes sur 625 malades. A Zitomir, du 15 octobre au l*"" novembre, 644 attaques, 225 décès. Des cas de choléra se manifestèrent pendant le mois de novembre, dans plusieurs districts des gouvernements de Volhynie, de Kovno, de Tver et de Voronége, sans y prendre une grande extension. Il y eut aussi un cas sporadique à Vilna et un à Saint- Pétersbourg. {Communication de M. le docteur Bykow,]
Un fait qui se rattache à l'épidémie d'Odessa est celui de la femme d'un artisan allemand qui quitta cette ville le 1 6 août pour se rendre à Altcnbourg avec son enfant âgé de vingt et un mois et affecté de diarrhée. Lc[^24, elle était installée
chez son père après neuf joui»s de voyage. Le 27, la diarrhée de l'eafanl s'élant considérablement aggravée, la mère lit venir le docteur Geinitz pour lui prêter ses soins. Ce jour-là la mère était en état de parfaite santé. Le même jour, à neuf heures du soir, elle tomba malade du choléra et y succomba le 29 dans la matinée. A huit heures du soir, sa bellesœur, qui habitait la même maison, fut atteinte à son tour; elle mourut le 30 août. La maison où étaient mortes ces deux femmes, devint le premier foyer d'infection d'où la maladie se propagea dans toute la ville. La famille d'un ouvrier, mort le 13 septembre à AUenbourg, importa la maladie à Werdau. L'habitation occupée par cette famille fut le point de départ d'une épidémie qui enleva 2 p. 100 de la 'population de la ville. Ce fait, rapporté par le docteur Pettenkofer, est des plus concluants au {)oint de vue de l'importation du choléra.
La Grèce a suivi un système de quarantaine très-sévère. Elle a refusé l'entrée de ses ports h tous les bâtiments qui avaient des cholériques à bord, h l'exception des îles de Delos et de Skiathos où ils étaient admis à purger leur contumace. Ceux des bâtiments provenant de lieux contaminés, mais qui étaient dans des conditions moins défavorables parce qu'ils n'avaient pas de malades, étaient autorisés à faire quarantaine dans les ports à lazarets de Salaraine et de Corfou. Le nombre de ceux qui l'ont subie dans les différents ports a atteint le chiffre de 1,500, celui des passagers et équipages a été de 26,000, y compris 2721 voyageurs arrivés par la voie de terre et dont la quarantaine a eu lieu dans quatre lazarets situés à la frontière. Parmi les 1,300 bâtiments, 334 portant 3,644 marins et2,8o4 passagers, en tout 6,498 personnes, ont purgé leur contumace à Délos, et 26 bâtiments avec 218 marins et 9J3 passagers, en tout 1,131 personnes, à Skiathos, 12 navires sont arrivés avec des cholériques à bord, dont 1 de Smyrne, 9 de Constantinople, 1 d'Alexandrie, 1 de Port-Saïd.
Le Saint-Nicolas arriva le 18 juillet de Smyrne en trentesix heures avec 7 matelots et 136 passagers, et débarqua au lazaret 14 morts et 22 malades. En quatre jours le nombre
des malades augmenta considérablement, et il mourut 40 personnes. Ainsi, sur 143 individus on compta 54 décès, 14 à bord du navire et 40 dans le lazaret. VAlemana, arrivée de Constantinople le 6 août avec 40 passagers et 14 hommes d'équipage, perdit en route 3 passagers et débarqua 3 malades qui guérirent. Ces deux navires ont fait quarantaine à Délos. Les suivants l'ont purgée à Zoungria (île de Skiathos). Le brick du capitaine G. Sarri, arrivé le 27 juillet de Port- Saïd, 12 hommes d'équipage, 92 passagers, eut 2 morts pendant la traversée et plusieurs malades. Au lazaret le nombre des malades atteignit le chiffre de 57, parmi lesquels il y eut 44 décès, dont deux gardes de santé embarqués à Syra. La bombarde du capitaine D. Ghorédites, arrivée de Constantinople le 28 juillet, 15 matelots, 44 passagers, eut 2 morts pendant la traversée et 4 malades; le nombre des matelots monta en quelques jours à 22, parmi lesquels 6 succombèrent dans le lazaret. Le nombre total des attaques fournies par les douze provenances susmentionnées a été de 161, dont 99 suivies de décès. Le régime quarantenaire de la Grèce était de onze jours pleins pour les provenances cholériques et de cinq jours pour les arrivages suspects, à compter, dans Fun et l'autre cas, du jour de la reconnaissance à l'arrivée, et sans jamais y comprendre la traversée. La Grèce a été préservée de l'invasion du fléau, et elle attribue ce résultat à la sévérité de son système quarantenaire. [Extrait d'une communication officielle de M. le docteur Maccas.)
Parmi les localités qui ont échappé au choléra pour avoir refusé tout accès aux prt)venances cholériques, nous devons signaler la Sicile, qui a été indemne malgré son voisinage avec les foyers du continent italique de l'autre côté du détroit. Nous citerons aussi l'ile de Samos, dans l'Archipel Ottoman, qui s'en est préservée par le même système, bien qu'elle fût entourée de foyers cholériques.
A Trieste, le choléra n'a pas fait de grands ravages. Les trois premiers cas, observés le 28 septembre, furent suivis de deux autres le 14 et le 15 novembre, dans le village de Prosecco situé à 8,000 mètres de la ville. Le 29 eut lieu un cas
dans le faubourg de Guardiella. De là le choléra avança dans la ville, de l'est à l'ouest, procédant par cas isolés, sauf dans trois maisons où Ton en constata plusieurs sous le même toit. Du 28 septembre au 19 novembre, on a compté 83 malades et 60 morts. Le choléra s'est propagé aussi dans le village d'Optchina (5 cas), et successivement à Muggia, petite ville siluée h deux heures de Trieste, où il a sévi du 24 octobre au 15 novembre avec une force moyenne. Cette localité est habitée par beaucoup de blanchisseuses qui apprêtent le linge des habitants de Trieste.
Bien que les premiers cas de choléra aient été observés le 28 septembre, il y eut cependant des diarrhées et même des cas de cholérine assez prononcés, sans être mortels, pendant le mois de juillet ; mais ces cas même avaient disparu pendant les mois d'août et de septembre jusqu'au 28, sauf les diarrhées qui avaient persisté. Or, on se demande quelle a pu être l'origine de ces diarrhées, de ces cholérines et enfin du choléra de Trieste ? Quelques gens ont accusé trois ouvriers lapidaires de l'avoir apporté d'Ancône au commencement du mois de septembre. D'autres, avec plus de raison, en attribuent Tiraportalion aux. réfugiés d'Alexandrie, qui, dès le début de l'épidémie dans cette ville, allèrent en grand nombre à Trieste où ils arrêtèrent. Aussi la cholérine et les diarrhées y existaient-elles depuis le mois de juillet. N'a-t-on pas le droit, après cela, de rapporter les phénomènes cholériques de Trieste à l'émigration venue d'Egypte au mois de juin ? Nous le pensons, mais nous manquons de preuves suffisantes pour l'affirmer.
Voici du reste quelques renseignements officiels qui, comme les précédents, nous ont été communiqués par M. le docteur Polak, sur la quarantaine de Trieste. En principe, l'Autriche n'admet pas de quarantaine contre le choléra; en raison cependant de la violence de l'épidémie en Egypte et à Constantinople, on avait établi un régime de sept jours d'observation pour les provenances des contrées suspectes, observation réduite à quarante-huit heures si la traversée avait duré quatorze jours sans accidents. Si, au contraire, la pa-
tente était brute et qu'il y eût eu des accidents sur iner, les navires étaient alors assujettis à la quarantaine de rigueur comme pour les provenances de fièvre jaune. Le nombre des quarantenaires rais en observation à Trieste depuis le 18 juin 1865 jusqu'au 7 février i866 a été de 11,108 individus. Pendant la quarantaine d'observation, la femme Puccinotti, arrivée le 4 août d'Alexandrie, tomba malade de choléra le 8. Le nommé Anderson, arrivé d'Ancône le 24 août, après une traversée d'un jour, devint malade quelques heures après son arrivée. De plus, entre le 7 août et le 20 octobre, trois accidents mortels survinrent à bord de trois navires de provenance cholérique et mis en quarantaine.
Depuis dix ans I'Italie était exempte de choléra, lorsque le 7 juillet fut signalé le premier cas d'Ancône après l'arrivée du bateau à vapeur Principe Carignano provenant d'Alexandrie {communication de AL le prof, Bosi), D'après des renseignements transmis par le gouvernement français à MM. les délégués qui le représentent à la conférence, aucun cas sporadique n'avait été observé précédemment, aucune des person-. nés enfermées dans le lazaret n'a été atteinte de choléra, et il paraîtrait que la maladie a été importée en ville par des effets appartenant à des malades venus d'Alexandrie. On attribue en effet le premier cas à une laveuse qui avait pris au lazaret du linge provenant des passagers arrivés d'Egypte. Le choléra s'est ensuite immédiatement répandu dans presque tous les quartiers. Ayant commencé le 7 juillet, il a duré soixante-quatorze jours et a atteint son maximum d'intensité le 6 août. Resté stationnaire jusqu'au 10, il est allé ensuite en décroissant et a cessé le 20 septembre. Sur une population de 46,000 habitants, réduite au chiffre de 20,000 par l'émigration, on a compté 3,763 attaques et 2,108 décès. L'épidémie s'est successivement propagée dans vingt et une communes de la province d'Ancône, se manifestant dans presque toutes à la suite de l'arrivée des fugitifs. La quarantaine imposée aux arrivages d'Egypte était de sept jours sans purification ni des navires, ni des effets, ni des marchandises.
L'épidémie ne s'est pas cependant propagée dans Tllahe
supérieure {Annali l/niversali di Medicina, febbraio 4866), ce qu'on attribue aux mesures prises pour y étouffer les premiers germes. C'est ainsi que le premier cas importé à Milan n'eut pas de suite. La femme Conforit, partie d'Ancône, après une courte quarantaine, fut saisie du mal en chemin de fer et alla mourir à Pistoie; mêmes mesures, même résultat. Le même fait se renouvelle à Ravenne. A Bologne, le germe plusieurs fois importé, cède devant les mesures appliquées avec ténacité et persévérance par les autorités sanitaires. Mais ailleurs il n'en a pas été ainsi : à San-Severo, une des stations de la voie ferrée entre Ancône et Foggia, ville de 48,000 habitants et en communication directe avec le principal foyer du choléra, le mal se déclare avec fureur dans le courant du mois d'août. Il envahit ensuite, en suivant le parcours du chemin de fer, tout le versant oriental de la basse Italie depuis Pescara jusqu'à Olrante. L'épidémie de Naples vient après, mais nous n'en connaissons pas les détails, faute de documents authoitiques.
Quant à Marseille, le premier navire qui y apporta des cholériques fut la Stellay parti d'Alexandrie le l^' juin avec 67 pèlerins de La Mecque. Huit jours après son départ, le 9 juin, il jeta à la mer deux morts de choléra. Le 44 juin, il débarquait les 65 restant, parmi lesquels le nommé Ben- Addour qwi succomba en touchant terre. (Archives générales de Médecine.) Voici à ce sujet, du reste, des renseignements officiels qui nous sont communiqués par M. le docteur Fauvel. Le nombre des navires arrivés à Marseille du 45 juin au 40 décembre, en patente brute de choléra, a été de 390, dont 143 à vapeur et 247 à voiles. Ils étaient montés par 16,041 personnes (équipages, 10,503; passagers, 5,538). Parmi les bateaux à vapeur, 12 sont arrivés à Marseille avec le choléra. Le Stella eni 2 décès, le Saïd 2, le Tarifa 1, le Vincent 1, le Copernic 1 , le Cella 1 , Y Asie 2, le Saïd 2, la Marie-Louise 3, le Brésil 1 , YOronte 1, le Bysantin 4 . En outre, il a été admis et traité au lazaret de Marseille 6 cholériques, 2 malades de cholérine, 7 de diarrhée, 1 de dyssenlerie. Deux des cholériques venaient d'un aviso de guerre, le Daim,
Après Marseille, l'épidémie s'est déclarée à Toulon, Arles, ' Aix, où elle a fait de grands ravages. Elle est ensuite arrivée à Paris, qui recevait tous les jours, par le chemin de fer, des flots de voyageurs venant du Midi.
L'Espagne, comme nous allons le voir, a été cruellement éprouvée par l'épidémie de 1865, qui fit sa première apparition à Valence. Le premier cas de choléra constaté dans cette ville eut lieu le 8 juillet, la santé publique ayant été jusque-là généralement bonne. Le choléra y fut importé par un nommé Honoré Teissier, négociant français, venant d'Alexandrie par la voie de Marseille. Il est le premier qui ait été frappé; il succomba le jour même, et on est d'autant plus fondé à supposer que c'est lui ou ses bagages qui ont importé le choléra, que les victimes frappées successivement habitaient la même maison. La marche de l'épidémie a été irrégulière. Du 8 au 30 juillet elle fait 20 à 25 victimes; du l^*" au 20 août, 50, 70, 96 journellement; du 21 au 30 elle descend à 45 pour remonter ensuite jusqu'à 400. Les 8, 9 et 10 septembre, il y a 600 victimes; du 14 au 45, de 45 à 70. Après cette date la maladie baisse pour disparaître le 22 octobre. En somme, sur la population de Valence, montant à 107,000 habitants, mais dont 40,000 environ avaient émigré, le nombre des attaques a été de 11,000 et celui des décès de 5,100. De Valence la maladie s'est propagée dans presque toutes les villes et villages des environs dans toutes les directions. Les provenances des lieux infectés étaient soumises, après l'invasion du choléra, à une quarantaine de cinq jours, les marchandises étaient ventilées ainsi que les effets des voyageurs; Valence n'ayant pas de lazaret, on y avait improvisé une quarantaine qui n'était pas rigoureusement observée.
Palm A. — On croit que l'invasion du choléra à Palma s'est produite par l'introduction en contrebande d'une caisse de soies et laines provenant d'un lieu infecté par l'épidémie et apportée par un navire espagnol. Les personnes qui ont ouvert celte caisse ont été les premières atteintes, ainsi que les habitants et les voisins de la maison où cette caisse était déposée. Le premier cas de choléra eut lieu le 49 août. La ma-
ladie s'est propagée d'une manière très-rapide. Le maximum des accidents a été du 12 au 23 septembre; est arrivée ensuite la période de décroissance, puis la cessation de la maladie le 45 novembre. Le nombre des attaques a été de 4,268, celui des décès de 2,892, sur une population de 50,000 âmes, que l'émigration avait réduite à 10,000. Le choléra s'est étendu h toutes les localités situées aux environs de la ville^ malgré les cordons sanitaires qu'on y avait établis.
Carthagène et Murcie. — On suppose que le choléra'a été importé de Valence à Carthagène, et de là à Murcie, puis à Alcanlarilla et à Cieza en suivant le chemin de for. L'épidémie se montra d'abord sous la forme de cholérine. Le 10 septembre la maladie devenait grave; du 15 au 25 elle était dans toute sa force. Elle diminuait le l»*- octobre, mais elle éclatait à Murcie dès le 20 septembre avec des alternatives de diminution et de recrudescence, et ne disparaissait définitivement que vers le 15 novembre. Les émigrés qui rentraient étaient particulièrement frappés. Le chiffre des décès à Carthagène a été de 900sur une population de 25,000 âmes, mais les 17,000 avaient émigré. A Murcie il y eut 879 décès sur 37,000 habitants, diminués de 12 à 15,000 par l'émigration. Il a été observé que le choléra s'est propagé de maison à maison et presque par famille. Le principal hospice de Carthagène, situé au centre de la ville, fut fermé aux cholériques que l'on envoyait dans un établissement spécial, et* il ne s'y produisit pas d'accidents.
Séville. — L'invasion du choléra dans cette ville date du 6 septembre, époque précédée d'un état sanitaire très-satisfaisant. On prétend que les matelots d'un vapeur faisant le service régulier entre Valence et Marseille, k leur arrivée à Séville, ont porté du linge chez une blanchisseuse qui fut attaquée le même jour et succomba immédiatement. La maladie s'est propagée rapidement en faisant de nombreuses victimes, mais elle n'a atteint son maximum d'intensité que du 12 au 30 octobre. Elle a cessé le 30 novembre. Sur une population de 120 à 130,000 habitants, on a constaté 4,330 cas et 2,674 décès. L'émigration est évaluée à 25,000 indi-
vidus. La maladie, qui avait d'abord envahi les faubourgs, a été apportée plus tard dans la ville par les familles qui venaient s'y réfugier; c'est de la même façon qu'elle s'est aussi propagée dans dix-neuf villages groupés autour de Seville.
Barcelone. — La santé générale était bonne lorsque arriva à Barcelone l'escadre anglaise venant de, Malte où sévissait le choléra; on lui en attribue par conséquent l'importation. D'autres prétendent qu'il a pu se communiquer à la ville par suite de ses relations fréquentes avec Valence et Marseille. Les cas constatés du 22 juillet au 10 août n'étaient que sporadiques*, et les premières personnes atteintes appartenaient à la classe aisée. La maladie, restée slationnaire pendant tout le mois d'août, a atteint son maximum d'intensité vers le milieu de septembre, et a alors commencé à décroître; à partir du 45 octobre, les cas sont devenus de plus en plus rares, et ils ont enfin cessé vers lé 15 novembre. Le nombre des décès a été de \ ,799, chiffre officiel. La population de Bîircelone, qui compte 490,298 habitants, était réduite de plus de moitié par l'émigration. La plupart des villages qui avoisinent Barcelone ont été attaqués par le fléau.
La contumace pour les provenances cholériques a été de trois à cinq jours dans les villes d'Espagne, où l'on avait improvisé des lazarets temporaires; la quarantaine de rigueur devant se faire, d'après la loi espagnole, dans les ports de Vigo, de Cadix et de Mahon pourvus d'établissements appropriés. Les mesures n'étaient pas partout rigoureusement observées.
Nous devons ces renseignements sur l'Espagne à MM. les délégués de France qui les ont reçus de leur gouvernement. MM. les délégués d'Espagne, en nous les confirmant pour la plupart, y ont ajouté d'autres informations dont nous extrayons les données suivantes.
Madrid a été aussi éprouvé par le choléra qui y fit son apparition le 45 août et finit le 29 novembre, après avoir fait 2,869 victimes (1,323 hommes et 1,546 femmes). L'hôpital général fournit 520 décès (297 hommes et 223 femmes). Oa croit que le choléra y a été importé de Valence.
Le choléra s'est propagé dans la province de Navarre, en se faisant remarquer par Fabsence des crampes et par cette particularité, qu'il sévit d'abord et très-spécialement sur les enfants et les vieillards. Il parut aussi à Avila, où on Ta cru importé par les vêtements d'un militaire provenant de Madrid où régnait l'épidémie. Il n'y eut cependant que 12 cas et 4 décès, la maladie ne s'étant non plus propagée dans aucune autre partie de la province. Dans la ville de Sainte- OUada (province de Huelva), le choléra importé de Séville a présenté des circonstances remarquables de^ transmission ; la première attaque porta sur un des notables de la ville qui fut visité par plusieurs personnes dès le premier jour. Le jour suivant tombèrent malades 18 de ces personnes, justement les amis les plus intimes du cholérique dont ils avaient serré la main.
Alicante. — Il a été constaté que le choléra a été importé h Alicante par l'introduction frauduleuse de quelque colis de marchandises provenant de Marseille. Ce fut dans la maison où les articles de contrebande furent transportés pour être vendus en détail qu'éclata d'abord la maladie; elle se propagea de là et très-vite aux maisons voisines, puis au quartier dit des Pécheurs, et enfin au centre de la ville. Le. choléra ne fit que 517 victimes.
L'Espagne est divisée en quarante-neuf provinces ou départements, dont trente-un ont été envahis. Les localités basses, traversées par des rivières, les villes les plus malsaines ont été les plus maltraitées, comparativement à celles placées sur des collines et dans des lieux élevés ou déclives. A Ciudad-Real lés quartiers de la haute ville, qui avaient interrompu les communications avec les quartiers bas attaqués du choléra, ont joui d'une immunité complète.
Le Portugal. — Vers le mois de juillet le choléra sévissait en Espagne et avançait progressivement vers la frontière du Portugal jusque-là indemne. Le 1*' octobre, il parut à Elvas, ville et place de guerre de l'Alemtejo, et y fit une cinquantaine de victimes. Le choléra se manifesta aussi sur la frontière du nord, à Freixo da Espada à Ginta, sans y faire
beaucoup de ravages. Mais voici un cas d'importation qui mérite d'être cité. Une femme et sa servante partirent d'Elvas pendant que le choléra y existait, et allèrent à Porto, où le choléra n'existait pas. L'une et l'autre tombent malades et y succombent. Un employé de l'administration habitant au premier étage de la même maison est attaqué et meurt. Deux enfants, dont la famille était logée dans la partie infé». rieure de la maison, sont atteints aussi; mais ils guérissent. M. de Sovéral, délégué du Portugal h la Conférence, a été témoin de ces faits qui se passaient à l'époque de l'exposition internationale •qui eut lieu cette année h Porto. On fit tout alors pour étouffer le mal à son origine : on séquestra rigoureusement les malades, on détruisit par le feu leurs effets, et l'on procéda par tous les moyens habituels à l'assainissement des habitations. Le mal s'arrêta ainsi. Cependant une influence cholérique se manifesta dans le pays et notamment h Lisbonne, influence caractérisée par des vomissements et de la diarrhée, quelquefois risiformes, et dans quelques cas accompagnés de crampes, de refroidissement, etc., mais c'était là toute la manifestation épidémique et sans mortalité. (Aperçu historique du choléra et de la fièvre jaune en Portugal, 4833*65, par M, le docteur Gomez.)
Malte. — Le 34 mai arriva d'Alexandrie le bateau à vapeur anglais Ephesus avec 235 pèlerins, dont 64 à destination de Tunis restèrent à Malle jusqu'au lendemain. Le capitaine a déclaré que 3 hadjis étaient morts dans le trajet, l'un de gangrène, l'autre de constipation, le troisième d'épuisement sénile, et que leurs cadavres avaient été jetés à la mer. Entre le 4«' et le 9 juin, sept bateaux h vapeur de la même provenance amenèrent 237 passagers, la plupart hadjis. Le 40, Y Olympus arriva d'Alexandrie en quatre jours de voyage; un homme de son équipage souffrait d'une maladie intestinale. Du 42 au 4 4, cinq bateaux arrivèrent encore avec des passagers. Dès le 44, le gouvernement ayant reçu un télégramme annonçant que le choléra existait en Egypte, les provenances d'Alexandrie furent soumises à sept jours de quarantaine à compter de l'arrivée à Malle. Le 44 arriva le
Memnon en 4 jours de traversée, 22 passagers, 1 4 hadjis, 4 mort de maladie intestinale. Du 44 au 49, le Caire, le Nianza, la Marie- Antoinette, \ Assyrien, le Rhône, portant ensemble 248 passagers dont 37 pèlerins musulmans. Le capitaine du Rhône déclara qu'un passager et un chauffeur étaient morts en mer. du choléra. Le 20 juin, le chiffre des passagers en quarantaine était de 254, plus 34 individus en communication avec eux.
Ce même jour (20 juin) eut lieu le premier cas de choléra dans un bâtiment appelé l'hOpital de Peste, qui est situé à une distance directe de 660 pieds du lazarefl où étaient les quarantenaires et qui était occupé par un détachement de l'artillerie royale ; ce fut sur la personne d'Amélie Tom, âgée de neuf à dix ans, fille d'un soldat d'artillerie. Elle fut attaquée dans la matinée du 20 et mourut le 21. Le deuxième cas eut lieu aussi dans l'hôpital de la Peste; Grâce Monger, femme d'un artilleur, âgée de vingt-huit ans, tomba malade le 22 et succomba le 25. Troisième cas (dans le même hôpital), Charlotte, âgée de trente-trois ans, mère d'Amélie Tom, qui était morte le 24, fut atteinte le 24 et mourut le 27. Quatrième cas dans l'hôpital, l'artilleur Tovester de vingt-neuf ans, atteint le 28, guérit. Cinquième cas, Giuseppe Borg, attaqué dans la nuit du 27 au 28 à Casai Attard, mourut le 29 après midi. Le médecin déclara ce cas une gastro-entérite afin de ne pas effrayer la population. L'homme dont il s'agit avait été employé au badigeonnage de quelques chambres de l'hôpital de la Peste, où avaient eu lieu les cas précédents de choléra. Le sixième se produisit encore à l'hôpital de la Peste sur la personne d'Henry George Marshallsay, âgé de six ans et demi, fils d'un artilleur: atteint le matin du 29 juin, il mourut dans l'après-midi du 30.
Le 30 juin, l'autorité fit évacuer l'hôpital de la Peste par le détachement d'artilleurs et par celui du 4« régiment; le premier fut caserne à Salvatori Cownter Guard Fioriana, le second à Notre Dame et à Saint-Francis Ravelins Fhriana. Les septième, huitième, neuvième, dixième et onzième cas arrivèrent le 4" juillet à Salvatori Cownter Guard Fioriana,
APPENDICE. 2t)7
OÙ avait été envoyé le détachement autrefois logé à Thôpital de la Peste : cinq femmes d'artilleurs furent frappées dont une seulement succomba. Le douxième cas eut lieu le 3 juillet, dans le môme local encore, sur la femme d'un artilleur, elle mourut le 8. Le même jour fut attaqué à la Valette, dans la Sirada Vescovo, le nommé Emmanuel Schembri; il succomba en moins de vingt-quatre heures. Le 6 juillet eurent lieu 4 cas, dont 3 dans l'arlillerie et i dans le 9*» régiment logé dans le fort Ricasoli. Le 7 juillet, un autre cas se produisit parmi les artilleurs. Le 8, un à la Valette et un autre à rhospice de Floriana. Le 9, 2 cas dans l'artillerie; le 10, 2 cas dans la population à la Valette et 1 à Cospicua. Les attaques continuèrent ainsi graduellement parmi la population civile et militaire jusqu'au \\ novembre. Caîal Musfa resta indemne jusqu'au 21 juillet; ce jour-là le nommé Vincenzo Gatt, atteint de diarrhée et qui était venu de Misida où sévissait l'épidémie, tomba malade; il succomba le jour suivafcnt. Le même jour fut observé un second cas dans le Gasal Musta.
Gozzo. — Gette petite île située à cinq lieues de Malte au nord-ouest, n'a pas de communications directes avec l'étranger. Dans toutes les épidémies le choléra ne s'y est manifesté que' longtemps après avoir pris racine à Malle. Gette fois-ci elle est restée indemne jusqu'au 21 juillet, jour de l'arrivée du marin Michèle Cilia, âgé de vingt-deux ans, qui venait de Malte et qui alla se loger dans la maison de ses sœurs à Çasal-Keuchia. Il souffrait d'une forte diarrhée et dans la nuit fut pris de vomissements et de crampes. Il guérit, mais le 24 juillet, 4 cas de choléra se produisaient à Keuchia : les deux sœurs de Michèle Gilia, dans la même mafson, Catherine Attard, parente de la famille Cilia qu'elle fréquentait, et Maria Buttigig dudit Gasal. De ces 4 cas, 2 furent mortels. Le 25 juillet, 2 autres attaques : Maria Cassar, voisine des Cilia qu'elle visitait tous les jours et qui succomba le jour suivant, et Ursula Farrugia qui fréquentait également les Cilia. Le 25 juillet fut atteinte Catherina Soliba, habitant dans le voisinage des Gilia et qui guérit. Du 27 juillet au
4«»'août, 8 autres cas se sont manifestés dans le Casai Keuchia. Le 2 août, le choléra parut à Robato et y continua jusqu'au 94 octobre.
Population civile de Malle 417,066, attaques 2,360, décès i,479
Militaires «,062 — 203 — i45
Population civile de Gozzo 15,440 — 545 — - 253
Totaux 439,487 — • 3,108 — T^
(Rapport de M, Zimelli et D^ Ghio, au gouverneur général de MaUey communiqué par MM. les Délég^iés de la Grande-Bretagne.)
Gibraltar. — Les faits qui suivent sont extraits d'un rapport adressé à M. le gouverneur de la forteresse, sir Richard Airey, à la suite d'une enquête faite par l'inspecteur général M. Rutherford, enquête qui ne laisse rien à désirer. Ils ont dès lors une importance capitale dans la question qui nous occupe. Nous avons extrait du rapport précité les circonstances qui ont trait à l'importation du choléra. Gibraltar jouissait d'une santé meilleure qu'à l'ordinaire tant parmi les habitants que parmi les militaires. Le 40 juillet, le deuxième bataillon du 22* régiment arriva de Malte dans un état de santé parfaite, sur le transport à vapeur Orontes, On le fit camper dans un endroit très-sain, nommé Front du Nord, entre le nord du rocher et l'Espagne. Avant de quitter Malte, le régiment était exempt de tout ce qui peut avoir affaire au choléra. Le o et le 6 juillet, jour de l'embarquement, le choléra sévissait à Malle, dans un fort avancé, rapproché du lieu de l'embarquement.
Du 1 juillet, date de l'arrivée à Gibraltar, jusqu'au soir 48, à l'exception d'un seul cas léger de diarrhée, le corps jouissait d'une bonne santé. A neuf heures du soir, un soldat nommé Bird tomba malade de choléra et mourut entre dix et onze heures de la matinée suivante. On fit de suite lever le camp. L'aile du régiment à laquelle appartenait le mort fut embarquée à bord du Star^f-India, qui prit la mer après quarante-huit heures, tout le monde se portant bien. Le reste du régiment fut envoyé h une grande distance du camp pri-
milif, le transport n'étant pas près pour le recevoir. Là santé continua d*y être bonne jusqu'au 31, où le nommé Davis fut pris de vomissements, de diarrhée et d'autres symptômes cholériques. Il expira le soir même. Le même soir une femme du détachement fut attaquée et mourut le lendemain, 31 août. Le transport Davenport étant arrivé la veille d'Angleterre, cette partie du régiment fut aussi embarquée, tout le monde se portant bien en 'apparence, et le bâtiment partit pour sa destination. On croit que les deux transports sont arrivés à Maurice sans accident.
Le 3 août, un jour après le départ du 22"*® régiment, 2 cas de choléra eurent lieu, l'un sur la personne d'un caporal on service au cimetière et appartenant au 15™® régiment, l'autre sur un enfant âgé de quatre ans. Ce dernier mourut en quinze heures, l'autre en quarante-huit. Un autre enfant de la même famille, âgé de six ans, fut aussi attaqué, mais il se rétablit. Cette famille habitait un logement isolé hors de la forteresse et distant d'un quart de mille au sud-ouest du point qu'avait occupé le 22"® régiment. Le 9 août, la femme d'un militaire du génie, occupant un logement dans la môme localité, fut attaquée et mourut en cinquante-huit heures. Dans la .matinée du 10, un soldat du 15"® régiment, occupant la caserne casematée, fut atteint et mourut dans le court espace de huit heures. Dans l'après-midi et la nuit du même jour, on observa sept cas, dont deux très-graves, dans le même régiment logé dans la grande c'aserne casematée, située à une distance de cinq cents yards des habitations où avaient eu lieu les cas précédents et en dedans de la forteresse. L'un des militaires mourut en trente-sept heures.
Jusqu'à la matinée du 1 1 août, la maladie se concentrait parmi les militaires. Le 1 1 août mourut après sept heures de maladie l'enfant d'un pauvre habitant qui vivait dans une embarcation amarrée dans le port à deux cent cinquante yards à l'ouest de la caserne casematée. Le 11, un enfant de quatre ans, habitant dans le district sud à un mille et demi de la précédente localité, fut attaqué aussi; il se rétablit. Le 15 août, un sapeur appartenant à un petit détachement
et logé dans une maisonnette isolée au nord-ouest, mourut après neuf heures demaladie. Tout ces logements furent évacués, bien qu'il n existât pas dans le voisinage de conditions apparentes d'insalubrité. Le 48, une autre soldat du 45°* régiment logé dans un autre chambre de la caserne casematée, fut atteint et mourut le jour suivant. Le 49, la maladie se déclara h Town-Range-Barraks, localité malsaine .située au centre de la ville. Un sapeur y fut atteint fet mourut en quelques heures. Le 20, tomba malade un soldat du SS""® régiment stationné dans les casernes du sud, situées sur un terrain élevé à un mille de la ville. Il succomba au bout d'une courte maladie. Jusqu'à cette date six cas, dont deux mortels, avaient eu lieu en ville, y compris les deux enfants dont il a été question plus haut, toUs habitants des lieux différents et éloignés les uns des autres, tant en ville que dehors. Le 21 on observa une augmentation soudaine en ville, 7 attaques, 2 morts.
Ici le rapport s'arrête sur un fait qui mérite l'attention. Le premier bataillon du 9°® régiment faisant partie de la garnison pendant la première période de l'épidémie, était logé dans des casernes malsaines ; cependant il se maintint dans un remarquable état de bonne santé. Il n'avait pas plus de six malades à l'hôpital, lorsqu'il reçut l'ordre de s'embarquer en deux divisions, pour le cap de Bonne-Espérance, sur les transports Windsor-Castle et Renown, qui avaient débarqué, le 17 et 19 août, le 78"»« écossais de Highlanders. L'aile gauche prit passage le 19 sur le premier transport et arriva à sa destination en parfaite santé ; l'aile droite s'embarqua sur le Renown, grand bâtiment bien aéré et amarré au nouveau quai où stationnaient les autres transports. Le jour suivant, 22, un cas très-grave de choléra, suivi de mort en quelques heures, eut lieu sur un individu nommé Doyle provenant de la caserne Town-Range-Barraks, Le bâtiment fut remorqué sur le courant et aucun autre cas ne s'étant déclaré à bord, il prit la mer après trente heures. Alors eut lieu un fait des plus significatifs, au point de vue de la propagation de la maladie par la communication entre les hommes. En effet,
le 5 septembre, après treize jours de mer, le quatorzième après le premier cas survenu à bord, le choléra se manifesta sous une forme très-maligne et emporta neuf hommes, une femme, plusieurs enfants, ainsi que le chirurgien du bord. La maladie dura quatorze jours et cessa le 18 septembre. Le 20 août l'épidémie prit de Fexlension en ville. Le 13 septembre elle atteignit son apogée, 53 attaques, 22 morts; depuis cette date jusqu'au 26, la moyenne des attaques fut de 35, celle des décès de 15 par jour. Le 28 septembre eut lieu une diminution considérable avec quelques oscillations jusqu'au 12 octobre, époque à laquelle le déclin de l'épidémie devint plus marqué. Le "27 octobre on observa le dernier cas. Parmi les desservant des hôpitaux il y eut des attaques. Dans les prisons, 700 individus enfermés ont donné de 50 à 60 morts. Population civile 15,000 âmes, 902 attaques, 477 décès. Armée 5,978, attaqués 163, morts 106. Total des morts 643, du 18 juillet au 25 octobre 1865 (Commumca/ion de MM, les délégués de la Grande-Bretagne).
Le choléra dans le port de New- York. — L' Atlanta, navire anglais, partit de Londres le 10 octobre avec un chargement de marchandises et 40 passagers. L'état sanitaire de Londres était alors parfait. Arrivé le 11 au Havre , où il resta seulement un jour, il embarqua 564 nouveaux passagers, la plupart Suisses, ayant tous passé par Paris où, sauf quelques exceptions, ils avaient séjourné quelques heures ou plusieurs jours, alors que le choléra y sévissait avec intensité. Deux familles allemandes en faisant partie étaient restées un jour dans celte capitale, h l'hôtel Ville de New-York, et cinq jours au Havre dans ceux de Veissen-Lamm et Hultgarder Hof, Des émigrants arrivés quelques jours avant dans ces derniers hôtels étaient tombés subitement malades et avaient été envoyés à l'hôpital par leurs consuls.
Ce navire, parti le i2, eut dès le lendemain un décès de choléra à bord sur un petit enfant de la famille venant de Veissen-Lamm. Cinq autres décès suivirent les 14, i6, i8, 19 et 22 dans celle qui avait habité l'hôtel Hultgarder- Hof, Le 22, un de leurs amis du même hôtel, logé au second.
était atteint et succombuit le 24. Le 28, un premier cas se montra au troisième , où 3 émigrants de Londres furent atteints et guérirent.
A l'arrivée de V Atlanta, le chirurgien déclara 60 cas de choléra et 15 décès survenus pendant la traversée; 2 décès survinrent dans le port, et des 42 malades envoyés à l'hôpital de la marine, du 6 au 19 novembre, 6 succombèrent, ce qui fait un total de i02 cas et 23 décès.
Aucune disposition n'existant à New- York à l'arrivée de V Atlanta pour lui faire subir une quarantaine rigoureuse, il fut immédiatement envoyé et isolé dans la baie basse; dés que l'hôpital fut disposé et dix jours de quarantaine écoulés après le dernier cas, tous les malades, sans distinction, y furent transportés j tous les bagages des passagers furent ouverts et aérés, le linge lavé et les lits et tous les effets soumis à des fumigations; un navire de l'État était préposé à la garde du bâtiment pour l'exacte exécution des mesures de quarantaine ordonnées par les autorités sanitaires. La ville de New- York fut préservée de l'épidémie.
Deux autres importations de choléra dans le port de New- York ont été annoncées par VEvening-Post, du 25 avril. Quoique survenues dans l'année 1866, nous croyons devoir les signaler parce qu'elles font suite à l'épidémie de l'année précédente.
Le bateau à vapeur Virginia, parti le 4 avril de Liverpool et le 5 de Queens-Town, arriva à New- York avec des marchandises et 1,043 passagers occupant les deux tiers du pont; 44 seulement étaient logés dans les cabines. Quelquesuns des passagers avaient été embarqués à Queens-Town. Pendant la traversée, 87 personnes, succombèrent, et lors de la visite des médecins de la Santé un individu était mourant de choléra bien caractérisé. La plupart des passagers étaient des Allemands arrivés à Liverpool un. ou deux jours avant le départ; la mortalité a été plus grande parmi eux que parmi les Irlandais et les Anglais, et l'on croit que ce sont les Allemands qui ont apporté le choléra à bord, attendu que la maladie n'existait pas à Liverpool. Jusqu'au 12 il n'y
avait pas eu d'accidents, mais le huitième jour après ie dé« part de Liverpool, l'état d'un homme qui avait la diarrhée empira subitement et il mourut. Il est dit que la diarrhée avait existé chez cet homme, sans aucun symptôme alarmant, depuis le départ du bâtiment.lie même jour où ce premier cas se déclara d'autres personnes furent attaquées, et, Tépidémie se développant de plus en plus, on évalue le chiffre des attaques, sans le déterminer, de 400 à 200.
VEngland, autre bateau à vapeur, arriva le 21 avril à New-York provenant de Liverpool et ayant touché à Halifax. Le capitaine a déclaré 122 hommes d'équipage, 16 passagers de pont. Le choléra se déclara à bord pendant le voyage. De Liverpool à Halifax, il y eut 50 morts et 150 à Halifax même où le navire s'était réfugié le 9 avril.
VEngland nous offre les cas suivants de transmission dégagés de toute interprétation et dûment constatés. Le pilote qui conduisit le navire à Halifax fut attaqué de choléra et retourna à Portuguese Goue, distant 19 à 20 kilomètres, où résidait sa famille. Cinq de ses enfants eurent le choléra, l'un après l'autre , et deux succombèrent. Un autre ' pilote du même navire, revenu également à Portuguese Goue, tomba légèrement malade et après lui sa sœur très-gravement. Le médecin sanitaire du port d'Halifaj^ qui avait donné ses soins aux passagers de VEngland, succomba au choléra. (Extrait d'une lettre du médecin de V armée M. Rutkerford, communiquée par M. le D' Goodeve.)
Le Virginia et VEngland ont été séquestrés dans la baie basse et assujettis à des mesures de désinfection. Les passagers ont été débarqués et isolés, les malades envoyés à bord du Falcon installé en hôpital. A la date de ces renseignements, il existait à l'hôpital 72 cholériques provenant des deux bâtiments. Du 12 au 22 avril on y a compté 60 décès de choléra.
La Guadeloupe. — Le 22 octobre, le choléra s'est manifesté à Pointe-à-Pitre et a fait beaucoup de ravages dans la population noire. Il est mort jusqu'à 23 personnes, en vingtquatre heures, sur une population de 18,000 âmes. Le 18 no-
veiubre, le choléra y continuait ses ravages et avait envahi la Basse-Terre et Marie-Galante. Il se déclara aux Trois- Rivières sur une personne venant de Pointe-à-Pitre et ce cas fut suivi de deux autres. Le premier cas eut lieu à la Basse- Terre le 7 novembre sur un matelot arrivé de la Pointe et la maladie s'y propagea de suite avec une extrême gravité. La proportion des décès serait de 5 sur 6 malades.
Le !•' novembre, la goélette Marie-Athalie amvait à Marie-Galante de Pointe-à-Pitre , et dans la journée du 5, trois de ses hommes étaient frappés. Peu après le capitaine lui-même succombait. Le il VAdda entra dans le port ayant perdu un de ses hommes pendant la traversée. Le lendemain la maladie se manifesta à Marie-Galante, enlevant en trois jours 33 cultivateurs. Le seul point resté indemne est la dépendance des Saintes qui a refusé toute communication avec la Pointe, la Basse-Terre et toute la Guadeloupe. Un bateau nommé la Sirènej partit de Pointe-à-Pitre et, arrivé à Bridge* Tov>rn, y fut soumis'à une quarantaine de i5 jours, bien qu'il eût une longue traversée et que les hommes de l'équipage fussent en très-bonne santé. A peine la quarantaine commencée, deux matelots moururent de choléra.
L'importation du choléra à la Guadeloupe est attribuée au navire à voiles la*Virginie qui avait quitté Marseille le 3 septembre et était arrivé à Pointe-à-Pitre le 9 octobre. Le choléra éclata le 22 du même mois pendant qu'on déchargeait ledit bâtiment tout près du lieu de déchargement, et le troisième jour depuis que celte opération avait commencé. La santé n'avait pas cessé d'être parfaite à bord ; 12 à 15 hommes d'équipage au plus; cargaison, matières alimentaires.
Jusqu'au 22 novembre, les Antilles préservées furent celles où des mesures énergiques ont été prises pour éviter toute communication avec les lieux infectés. {Union médicale, i2 décembre.)
On dit que la mortalité causée par le choléra à la Guadeloupe monte à 10,000 personnes.
Invasion du choléra dans le Caucase. — Le premier cas de cette maladie s'est manifesté à Novorossiisk, sur la por-
sonne d'un Grec faisant partie d'une bande d'émigrés venus de Trébisonde. II tomba malade du 28 au 29 juin. Le même jour, 29 juin, en fut frappé un sous-officier à bord de la goélette russe YAnapa qui était au mouillage dans la rade. Pendant les premiers quatre jours qui suivirent l'apparition du choléra, il y eut 9 cas suivis de mort. Cependant Novorossûsk ne devint pas un foyer cholérique, et celte immunité fut attribuée \i la nature solide du sol sur lequel est bâti le fort de ce nom,
Le 6 août, la maladie se déclara à Soukhoum sur un matelot de la corvette Yastreb provenant de Novorossiisk. Bientôt après, un autre matelot du même navire fut débarqué à l'hôpital. L'un et l'autre sont morts, et le choléra se déclara parmi les malades de l'hôpital et dans la ville.
Le 42 août, la maladie se manifesta dans l'hôpital de Poli, et le 19 à Kutaïs. Elle disparut complètement dans cette dernière ville le 8 octobre pour y reparaître avec une force nou- .velle après Une trêve d'un mois. D'après des renseignements authentiques, le choléra a fait, cette seconde irruption à Kutaïs à la suite d'un grande foule de paysans venus de Koulamey et d'autres villages environnants pour assister à la promulgation du manifeste impérial concernant l'affranchissement des communes. Le choléra a duré plus longtemps qu'ailleurs tant à Koulamey qu'à Gori , où des cas ont encore été observés pendant le mois de décembre. Il a surtout montré de la ténacité parmi les militaires campés sur les bords du Rion et qui travaillaient à la construction du chemin de fer.
Le 29 août arriva de Marseille à Tiflis, en passant par Poti et Kutaïs infectés de choléra, un Français nommé Séri qui en fut frappé ainsi que sa femme. Bien que guéris, l'un et l'autre, on croit qu'ils ont importé le choléra à Tiflis, car les diarrhées qui y régnent habituellement en été ont revêtu depuis leur arrivée la forme cholérique. Dès les premiers jours de septembre on avait observé des cas de choléra biea caractérisés. Cependant l'épidémie n'a pas acquis une grande violence, attendu que depuis le 31 août jusqu'au
30e APPBNDIOK.
i** nov^nabrOi il n'y eat que 353 attaques et 116 décès, et la maladie n'a «éiFÎ que parmi la basse classe de la population.
En continuant sa marche de Kutaïs, le choléra épargna la Kartalinie et ne fit qu'entamer Souram et Gori, pour «e manifester au mois d'octobre dans le district d'Ëlis abeti y ^l ,
Le choléra fut importé k l'hôpital de Tifiis le Ift iqrtembre par des malades des bataillons de réserve arrivés par le chemin militaire. Sur 221 cholériques fl y ent 118 décès.
L'épidémie s'est fait remarquer 2i Érivan par sa violence. Elle fut probablement impcHlé^ ainsi qu'à Nacbictchevan, de la Perse, mais surtout aussi par deux détachements de troupes envoyées de Tiib pour compléter la garnison d'Érivan* La maladie s'ert manifestée en ville le 1"" octobre, et le 31 on signala te premier cas dans l'hôpital militaire. En somme, le chiffre des cas parmi les habitants a été de 392 et 100 déeis; parmi les militaires, du 31 octobre au 5 décembre^ 118 cas et 35 décès*
L'^idémie a été aussi violente dans les districts de Novo- Bayazid et d'Échmiadzine. Au mois de novembre elle avait complètement cessé à Tifilis et un mois plus tard avait disparu de tout le Caucase, sans avoir laissé nulle part, à ce qu'il paraît, des traces de foyers secondaires*
De toutes les localités du Caucase celles qui sont le plus à redouter au point de vue du choléra, sont le district de Crori et les bords de Rion k cauèe des conditions favorables à la propagation de l'épidémie qui s'y trouvent réunies.
Le choléra qui a sévi cette année dans le Caucase, s'est fait remarquer par sa propagation lente et son faible développement. Les crampes étaient rares, fépidémie a sévi ]n«sque exclusivement parmi la classe indigente, et débutait sans aucune exception par la diarrhée. [Extrait du pn^cès^verbal de la Société Médicale du Caucase \)
1. Ces renseignements intéressants sur l'invasion du choléra dans le Caucase en 1863 nous ont été communiqués par M. le jy fiyhow pendant que le rapport était sous presse. Ils font suite à la marche du choiera par Trésibonde et complètent notre Aperçu*
Bien que le choléra de 1865 ne se soit pas arrêté à la limite où nous venons de quitter Tépidémie, puisque d'une part elle a continué à se montrer, dans quelques contrées de TËurope, en Allemagne» en Hollande, en Russie, d'autre part, en Arabie parmi les pèlerins» nous ne pouvons pas cerpendant la suivre» faute de données suffisantes et authentiques au delà des contrées que nous venons de signaler dans r Aperçu.
En nous bornant donc aux faits que nous avons pu recueillir jusqu'ici, nQus allons les reprendre et les résumer par ordre chronobgique. Nous verrons par ce relevé que partant de FÉgypte^ le choléra a rayonné, presque à la fois» sur différents points de la Méditerranée et y a formé des foyers secondaires d'où l'épidémie s'est propagée sur un grand nombre d'autres localités jusqu'alors indemnes. C'est ainsi que le choléra existant en Egypte dès la seconde moitié du mois de mai» a été importé à Malte et à Marseille les premiers jours de juin, à Smyrne le 23, à Constantinople et en Crète le 28, à Beyrouth le 29 » aux Dardanelles le !•' juillet, à Chypres le 6, à Ancone le 7.
De Constantinople, foyer secondaire, le germe cholérique est transporté, d'une part, le 26 juillet à Volo, le 3i à Cavalle» le 1" août à Salonique, le 7 k Valona ; d'autre part, dans la mer Noire, le 25 juillet à Trébisonde (et de là à Erzeroum où il a éclaté te 22 août), le 31 à Samsoun, le â août à Soulina et à Toultcha» le 4 à Kustendjé, le 6 à Bourgas. De Kustendjé et de Soulina le choléra remonte le Danube» en infecte les deux rives et atteint successivement Roustchouk et Vidin. Il pénètre par là dans la Bulgarie, dans la Macédoine, et vient, vers la fm de novembre, aboutir à Larisse, chef-lieu de la Thessalie.
Odessa reçoit le choléra de Constantinople le 11 juillet et constitue un foyer de troisième main. De là et de Galatz également envahi, l'épidémie se propage à Borchie où elle éclate le 23 juillet et successivement : Bogopol le 17 septembre, Berditchew le 27, Balta le 29. Le 1®' octobre, le choléra se déclare dans le gouvernement de Kher,son» le
14 dans celui de Kiew, le 42 à Taganrog, le 15 à Zilomir. Les gouvernements de Volhynie, de Kovno, de Tver, de Vorouége en sont atteints le mois de novembre. Au choléra d'Odessa se rattache le fait d'Altembourg (24 août] qui va former un quatrième foyer au cœur de l'Allemagne.
Smyme, deuxième foyer secondaire, envoie le choléra à l'intérieur de l'Asie Mineure et aux lazarets de la Grèce le 18 juillet. Constantinople l'envoie aux lazarets de la Grèce le 5 août^
Beyrouth, troisième foyer secondaire, le donne à presque toutes les villes de la Syrie, k Damas, à Alep (45 août] et successivement à Biredgik, à Diarbékir, à Mossoul et à d'autres localités du Kurdistan.
Malte, quatrième foyer secondaire, transmet le choléra à Gozzo le 21 juillet, à Barcelone le 22 juillet, à Gibraltar le 18 juillet.
Ancône, cinquième foyer secondaire, communique le choléra à vingt et une communes qui en dépendent, et de là l'épidémie se propage à San-Severo et envahit tout le versant oriental de la basse Italie, depuis Pescare jusqu'à Otrante. Elle envahit aussi la ville de Naples.
Marseille, sixième foyer secondaire, a donné le choléra, d'une part à Toulon, à Arles, à Aix, à Paris; de l'autre à l'Espagne par Valence (8 juillet). Après Valence viennent Madrid, où l'épidémie éclate le 15 août, Palma le 19 août, Séville le 6 septembre, Garthagèue le 10, Murcie le 20. Enfin Elvas, en Portugal, reçoit le choléra d'Espagne le 1**' octobre. D'après ce que nous avons dit de la Guadeloupe, nous devons supposer, jusqu'à plus ample information, que cette lointaine région de l'Amérique doit le germe qui a donné naissance à l'épidémie à une importation de Marseille.
La pointe que le choléra a poussée jusqu'aux États-Unis d'Amérique est due, d'après toutes les apparences, aux émigrants allemands morts pendant la traversée et qui étaient partis les uns, le 11 octobre, du Havre, les autres au mois d'avril de Liverpool, deux villes encore exemptes de l'épidémie.
Enfin, un dernier foyer s'est formé le 4 septembre à Bassora, après le retour de la Mecque des pèlerins persans qui ont infecté Bagdad et toutes les villes de la Mésopotamie que nous avons énumérées dans l'Aperçu.
Ce qui est important à noter, au point de vue de l'importation du choléra, c'est que partout où il s'est montré, soit dans les villes, soit dans les lazarets, qu'il y ait fait des ravages ou qu'il se soit borné à des cas isolés, les premières attaques ont toujours été observées, sans qu'on puisse citer une seule exception, après l'arrivée d'un navire, d'une caravane et parfois d'un seul malade, provenant de lieux infectés, c'est que la plus complète sécurité régnait partout avant que le choléra n'eût éclaté en Egypte, et que toutes les villes de la Méditerranée qui ont été atteintes les premières jouissaient d'une santé parfaite.
Le choléra existait en effet à Alexandrie, comme nous venons de le voir, depuis le commencement de juin, et c'est immédiatement après et dans l'espace d'un mois qu'il s'est propagé dans les principaux ports de la Méditerranée, transporté d'Egypte par la navigation à vapeur dans les directions les plus opposées, indépendamment des vents et de toute autre circonstance atmosphérique. Le même fait se répète dans les parages de la mer Noire, ayant pour point de départ Constantinople. Malte joue le même rôle sur d'autres points et c'est, nous le répétons, un fait constaté que le choléra ne s'est montré nulle part dans les ports qu'il a atteints qu'après l'arrivée de navires infectés provenant d'un foyer épidémique primitif ou secondaire.
Par la voie de terre nous observons le même phénomène d'importation. La caravane des pèlerins persans traversant la Syrie depuis Beyrouth, a porté le choléra à Alep et l'a semé à Biredgik, à Orfa, à Diarbékir tout le long de son chemin, voie du Tigre et voie de l'Euphrate, jusqu'à Kerbellah, Bagdad et au delà. Nous avons vu en outre l'importation du choléra s'opérer à Larisse et à Roustchouk par des ouvriers bulgares partis, dans les deux cas, de foyers différents et amenant avec eux la maladie. Rappelons enfin les
cas d'importation par un seul malado comme dans les villages de Borchi en Podolie, de Novorossûsk au Caucase, . de Tchataldja en Macédoine, et dans les villes de Mersine en Asie Mineure et d'Altenbourg en Allemagne. Le fait d'Enos seul paraît obscur au point de vue de son origine ; mais ne pourrait-on pas se Texpliquer comme un cas d'importation sans malade? Il en serait ainsi, si le sujet du premier accident, arrivé depuis treize jours de TArchipel, n'avait pas lui-même apporté le germe du choléra qui Ta frappé; toujours est-il qu'il venait de Mételin, de Ghio et de Tchechmé où le choléra n'existait pas et que la patente du navire était nette. Notons encore ici le fait de Gozzo qui offre un cas de diarrhée cholérique, non suivie de mort, qui donne lieu à une épidémie considérable, 545 attaques, 253 décès, sur une population de 15,459 habitants.
Passons à quelques autres remarques au sujet de l'importation. Le choléra s'est déclaré h Constantinople, à Gibraltar, k la Guadeloupe, et nous croyons pouvoir y ajouter Marseille, à la suite d'arrivages maritimes qui n'avaient pas été soumis à des mesures de quarantaine.
La quarantaine a été appliquée d'une manière insuffisante, défectueuse, tant par sa courte durée, que par l'encombrement des lazarets et les compromissions qui s'ensuivirent avec le dehors, aux Dardanelles, à Smyrne, à Beyrouth, à Ghypre, et le choléra n'a pas tardé à franchir ces barrières devenues plus dangereuses qu'utiles aux pays qu elles avaient pour but de préserver. C'est une preuve que les lazarets construits d'après l'ancien système et à proximité des villes, sont incapables d'empêcher l'invasion du choléra. Nous signalons cependant une exception à l'égard de Salonique, dont le lazaret, avant la construction des baraques, placées à une grande distance de la ville, se trouvait dans des conditions encore plus désavantageuses que les précédents. L'encombrement y était plus grand et le nombre des cholériques plus considérable que partout ailleurs; cependant la ville a été épargnée. Ne serait-ce pas un de ces cas d'immunité locale qu'on observe dans toutes les épidémies sans qu'on en puisse
APMNBICE- au
expliquer la véritable cause? Ce qm tend à le faire croire c'est que le choléra a pénétré dans des villages de Tintérieur tels que Gaiafzita, où il a beaucoup sévi sans entamer la ville^ beaucoup plus exposée au foyer qu'elle avait sur ses flancs. Les trois cas observés en ville sur des personnes sorties du lazaret, viennent à TappUi de cette hypothèse. Parmi les lo* calités qui, au moyen d'une séquestration complète des provenances cholériques, ont échappé à Tépid^piie, nous citerons La Cavalle, Volo, Chio et la Crète, qui ont établi des campements sur des tlots n'ayant aucune communication avec le pays. D'autres localités telles que Bourgas^ Sinope, Mételin» Rhodes, Benghasi, sont arrivés au même résultat grâce à des campements établis à une grande distance des habitations et bien surveillés. Il l'ésulte de cette expérience que les laza* rets, pour être un moyen sûr de prophylaxie, -doivent être établis autant que possible dans des îles, sur un vaste espace et bien aéré.
La Grèce offre un exemple encore plus frappant de pré»* servatioii attribuée à son système de quarantaine plus sévère que partout ailleurs. Elle a refusé d'admettre les provenances cholériques dans ses ports, sauf dans ceux des tles de Délos et de Skiathos, où elle a reçu, comme nous l'avons noté, 25,000 quarantenaires. Les îles de Sicile et de Samos, entourées pour ainsi dire de foyers cholériques, ont dû leur salut au système de répulsion qu'elles ont strictement maintenu depuis le début jusqu'à la complète disparition de Tépidémie. New-York est enfin venu confirmer, de la façon la plus concluante^ l'efficacité des mesures quarantenaires sagement appliquées contre la propagation du fléau cholérique.
Et maintenant, messieurs, faut-il nous demander comment le choléra s'est propagé, en 1865, depuis les Indes pour aller sévir à La Mecque, en Egypte, et se diriger de là sur les points les plus opposés du bassin de la Méditerranée et du golfe Persique ? Pour nous, comme pour tous ceux qui voudront bien en juger d'après l'expérience acquise et sans parti pris de résister à l'évidence des faits, la chose est claire, la réponse facile. Le choléra s'est propagé en s'attachant aux
hommçs parmi lesquels il a sévi, s'y est développé et s'est reproduit. L'homme qui avait le choléra l'a transmis à l'homme qui ne l'avait pas; des masses d'hommes infectés de choléra l'ont transporté au loin, par les caravanes, par la navigation à vapeur, par les chemins de fer, et l'ont communiqué à d'autres masses d'hommesjusque-là indemnes. C'est ainsi que les pèlerins, qui l'avaient contracté dans le Hedjaz, l'ont porté en Égyjte, l'ont disséminé en Syrie, en Mésopotamie, dans le golfe Persique, en le ramenant, pour ainsi dire, vers son foyer primitif. C'est ainsi que, d'un autre côté, les pèlerins, les fuyards, par la navigation à vapeur, l'ont transmis à Malte, k Constantinople, h Smyrne, à Ancône, à Marseille. Il en est encore de même des navires partis des foyers secondaires et qui l'ont transporté, par delà l'Atlantique, aux États-Unis, aux Antilles.
En somme et pour conclure nous croyons pouvoir affirmer, en nous appuyant sur l'expérience de 1865 : !° que la propagation du choléra s'effectue par le mouvement des hommes^ quels que soient d'ailleurs les moyens de locomotion dont ils se servent; 2^ que la propagation en est d autant plus à craindre que les moyens de locomotion sont plus rapides et plus mt^ltipliés; 3® que y toutes choses égales d'ailleurs, une grande masse infectée ou un seul individu malade peuvent propager k choléra à de grandes distances.
Les faits que nous venons de rapporter sur la marche du choléra de 4865, en sont la preuve incontestable, en même temps qu'ils renferment de nombreux et utiles enseignements au point de vue pratique de la prophylaxie.
Edward Goodeve, président, Bykow, Salvatori, Bartoletti, secrétaire-rapporteur.
M. Goodeve a signé sous réserve, inscrite au procès-verbal de la séance du 5 juillet, qu'il n'y a pas de preuves que le choléra ait été importé dans le Hedjaz, en 1865, par les pèlerins venant des Indes.
Bartoj.ettIj rapporteur.