‹ L'Arabie contemporaineChapitre 6 sur 32 · GRAMMAIRE ANNAMITE, SUIVIE D'UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANNAMITE ET · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE ANNAMITE, SUIVIE D'UN VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANNAMITE ET

ANNAMITE-FRANÇAIS, par G. Adbaret, capitaine de frégate^ consul de France

à BangkolL, publié par ordre de S. E^c. le ministre de la marine et des colonies.

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lions entre les deux classes de la population , ce qui n a pas peu contribué à augmenter le pouvoir de la tribu. M. Wallin n'hésite pas à considérer les Shammar comme une des plus jeunes et plus vigoureuses tribus de TArabie. Dans un passage très-nouveau et très-instructif de sa relation, le même voyageur raconte comment les habitants passent de la vie nomade à la vie sédentaire, et forment des villages. M. Wallin a assisté à cette transformation, où Ton voit en action les divers éléments de la société arabe, a Quelques familles possèdent des plantations de palmiers auprès d'une source. Vers la fin de Tété, quand les dattes sont mûres, les Arabes arrivent pour les cueillir. Par occasion, ils plantent quelques nouveaux arbres, ou bien ils se contentent d*arroser et de soigner les jeunes rejetons qui ont poussé naturellement. Deux ou trois fois, ils reviennent visiter le même endroit pendant le reste de Tannée pour voir les arbres et, s'il y a eu abondance de pluie, pour y amener les ruisseaux de la montagne, afin d'augmenter la quantité de l'eau devenue trop peu abondante vu l'extension des plantations. Par degré, ils s'aventurent à semer un peu d'avoine ou de blé, se confiant au ciel pour les arroser. S'ils réussissent une année, ils étendent la suivante leurs champs cultivés. Mais déjà il y faut plus d'attention ; deux ou trois personnes âgées décident d'y rester pour aider à l'irrigation naturelle^ pour prendre soin des champs et des arbres. Avec des baguettes et des feuillages de palmier elles se bâtissent elles-mêmes une petite hutte; dès l'année suivante, leur

exemple est imité par d'autres, si bien qu'en peu d'années , en dix peut-être, il s'élève une vingtaine de huttes en palmier. Mais alors survient une année sans pluie ; pas de récolte, famine. La population nouvellement établie a appris qu'elle ne doit pas se fier au ciel seul, et que, pour sa subsistance, l'homme doit compter sur ses propres ressources et sur son travail. Les habitants commencent à creuser des puits. Mais les huttes en palmier ne les protègent pas contre la pluie et contre le froid de Thiver; en conséquence, ils y substituent des huttes enduites de terre. Ils imaginent de nouveaux moyens de subsistance et de gain ; ils recueillent du bois dans les montagnes, du foin et des herbes utiles dans les vallées, dont ils trafiquent au marché de quelque localité plus importante dans le voisinage. En même temps les frères bédouins errent dans le désert avec leurs troupeaux et, comme auparavant, retournent au nouvel établissement au moment de la récolte. La condition heureuse, la vie comparativement tranquille de leurs parents fixés décide chaque année un'w deux des nomades à abandonner la tribu quand elle repart pour le désert et à s'établir aussi. D'autres, par diverses circonstances, sont obligés de faire de même. De nouvelles huttes sont bâties, de nouveaux puits sont creusés, les plantations s'étendent à mesure que la population augmente : ainsi s'élève par degrés le village dans une vallée qui d'abord n'était que temporairement et à de longs intervalles visitée par les bédouins errants. Ces localités deviennent autiint d'asiles pour les

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nomades pauvres et réduits à rien, qui ont perdu leurs troupeaux ou leur bétail d'une manière quelconque, ou qui, c( ayant un sang sur la tête, » ont été obligés de quitter leur tribu et leur pays, pour échapper à la vengeance des parents de leur victime. Ainsi la population augmente, se mêle. Des besoins nouveaux se manifestent. Comme le nomade, en général, a une aversion naturelle pour tout travail manuel, et, quoique établi dans des demeures fixes, garde toujours son caractère, des artisans viennent des villes voisines en quête du travail qui leur a fait défaut dans leur pays. Ils trouvent généralement à s'employer dans les nouveaux villages et s'y établissent. C'est dans les mêmes vues de gain que les marchands et tes colporteurs visitent ces localités. Ils y viennent chaque année une fois, deux fois, échanger leurs marchandises contre des dattes, de la laine, du beurre et d'autres produits du désert. Ils se familiarisent par degrés avec l'usage et les manières des nomades, choisissent une femme parmi les fraîches filles du désert et finissent par s'établir définitivement dans le village où il y a de riches habitants. C'est par suite de circonstances de ce genre que Haïl, considérée aujourd'hui comme la capitale du pays, renferme la population la plus hétérogène et la plus variée. Haïl est probablement un des derniers villages fondés dans le pays. Il n'y a plus de bédouins proprement dits, à ce qu'affirme Niebuhr, dans l'imanat de Saana, et c'est sans doute de la même manière qu'ils se sont fixés. »

Abd-Allah et son fils Talal-ibn-Raschid ont fait de

grandes conqaéted depuis la retraite des Égyptiens. Aa nord ils se sont annexé, en dehors du massif élevé du Nedjd, Toasis d*el-Djdf (sur les cartes anglaises el-Gawf) et les villages environnants. Tout le Néfoud leur est soumis. Dans le désert de Syrie, ils ont conquis les Anezi- Bishr, qui, d'après la carte jointe au récit de M. Guarmani, ne sont distants de la mer Morte que de trente à quarante heures de chameau. Vers le sud , il se sont annexé depuis peu une partie du district nedjii de Cassim. Les possessions du Djébel-Shammar ont pris également beaucoup d'extension du côté de Touest, par la soumission du Teïmé, qui était un pays indépendant avant Texpansion wahabite , et par la conquête de beaucoup d'autres villages; aujourd'hui elles entourent le Hedjaz au nord comme à Test, et s'étendent du voisinage de la mer Morte à l'état d'Oman par la province d'el- Haça. La soumission de la tribu des Bély a presque amené le territoire du Nedjd jusqu'à la mer Rouge entre Moïlah et lambo. Le docteur Wallin, qui a traversé le nord de TArabie en 1845 et en 1848, raconte que les Bély, quoique peu nombreux, étaient une tribu riche, possédant beaucoup de chevaux et de bétail jusqu'à 1847, époque à laquelle ces Arabes furent surpris et pillés par une autre tribu. Ils avaient assez bien réussi à se dédommager de ce désastre sur leurs voisins; mais ils craignaient les envahissements d'Abd-Allah-ibn-Raschid. C'est alors qu'ils s'agrégèrent à l'espèce de confédération dont il était le chef, en payant volontairement le tribut ap^

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pelé zikft, qai est une espèce de contribution pie» recommandée par le Coran. Observons les conditions auxquelles a été faite cette demi-soumission, car elle est caractéristique de Tétat constitutionnel de cette partie de TArabie. La participation des Bély à la confédération, dit M. Wallin, ne leur donne droit à aucune protection de la part du chef contre les tribus ennemies et ne leur impose aucune contrainte dans leurs transactions avec les autres bédouins, soit de la confédération , soit étrangers. Les Bély, de leur côté, continuent à lever un tribut sur le village de Téïmé, bien que celte localité, comme nousTavons indiqué, relève aussi du cheik du Djébel-Shammar. Les Bély perçoivent également une contribution sur la ville d'Ëla, qui, bien qu'appartenant à leur tribu, est sous la protection du pacba turc de Médine, à qui elle paye le zikà. Remarquez cette variété de condition , cet enchevêtrement qui fait que tel cheik est à la fois vassal et seigneur, cette limita- * tion dans les droits du supérieur comme dans les obligations de rinférieur, tout reposant sur la tradition et les contrats et nullement sur une idée préconçue ou une théorie quelconque. Un tel système a pour base le double principe de la liberté et du droit. Il est impossible de ne pas être frappé aussi de la ressemblance qu'^ y a entre l'organisation actuelle de TArabie et celle de l'Europe occidentale pendant le moyen âge, en tenant compte des différences de races, et en remarquant que dans TEurope le sentiment de la solidarité et de l'assistance réciproque était bien plus prononcé.

Le cheik des Shammar administre par des parents ou par des délégués les territoires ainsi annexés. Il s'en faut de beaucoup que lautorité soit centralisée comme dans le Nedjd. On remarque aussi que les rapports entre la population et ses chefs sont généralement bienveillants, familiers et courtois. Talal est souvent en guerre avec ses vassaux. M. Guarmani rappelle quelques-unes de ces petites luttes intérieures qui tournent toujours à l'avantage des Ibn-Raschid. Les villages récemment ou anciennement annexés payent la dîme des produits du sol ; mais les bédouins donnent seulement trois mesures de beurre par tente et dix piastres pour un troupeau de vingt brebis ou chèvres. De près ou de loin , les nomades et leurs cheiks viennent faire juger leurs litiges par le cheik des Shammar ou par son cadi. Pendant son premier séjour à Haïl , M. Wallin a vu environ deux cents personnes qui y attendaient rissue de leurs procès et qui étaient entretenues aux frais du libéral Abd-AUah. La maison militaire du cheik était alors composée d'environ deux cents noirs, aguerris et prêts à accomplir aveuglément les ordres de leur maître. Au moyen de ce corps de serviteurs qui forment, pour ainsi dire, sa garde du corps , aussi bien que par son influence nprsonnelle, Abd-AUah pouvait faire exécuter ses volontés ou ses sentences et punir les réfractaires. Le professeur finlandais a vu un certain nombre de cheiks nomades emprisonnés dans le palais pour avoir refusé de payer Timpôt et un habitant de Haïl , soupçonné d'avoir conspiré contre les Ibn-Raschid, qui avait eu les deux

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mains coupées. Le cheik punit souvent lui-même de son bâton ceux de ses sujets qui se sont rendus coupables de fautes moindres. Il y a donc , fait observer le même voyageur, une grande différence entre l'autorité exercée par le chef des Shammar dans ses États et celle des autres chefs. Ces derniers n'ont de pouvoir sur le moindre membre de la tribu et de moyen de faire exécuter leurs décisions que par l'autorité que leur donne leur éloquence ou par le crédit que des qualités personnelles leur ont acquis.

Écoutons maintenant ce que Guarmani raconte de la manière dont Talal rend la justice : ce J'assistais régulièrement aux séances du tribunal qui se tenaient le matin à la porte du château et le soir à celle de la mosquée. Talal mettait en action le précepte de l'Évangile : aux assassins la mort; à celui qui blessait dans une rixe, il faisait couper la main ; aux menteurs et aux faux témoins, brûler la barbe sur le feu, et quelquefois môme leurs yeux restaient brûlés ; aux voleurs la prison; aux rebelles la confiscation des biens. Il me disait souvent que les veuves et les orphelins lui étaient plus chers que sa propre famille. Ses jugements étaient remplis d'équité, sa générosité extrême *. »

Ce pays des Shammar est aujourd'hui, grâce aux voyages de Wallin, de Palgrave et de Guarmani , une des contrées les plus connues ou plutôt les moins ignorées du Nedjd. Leurs relations contiennent des informations précieuses sur l'état religieux de cette partie de l'Arabie où le waha-

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