II
24B l'ARAVIE fiEUft^UBC.
à-dire ée& frères de Husseni^ wpfè^ s'étire ^nparés des routes par lesquelles Sana aurait pu vecevot qodques seeours anglais, aidés des {artisans du jeone imam, faeUités dans leur mouT^ntent par la puissasœ du cbérit qui s'étendait sur tout le Thé^usa jusqa'à Aden, entreraient par le sud-ouest et «sBayersô^at» grâce aux intelligences que Ton aurait dans la capitale, d'emporter Sana par suipri^
Il faHait, pour la réussie d'un pareil projet, de rhabUeté, de la promptitude, et surtout de la discrétion. Il fallait de plus, à la tête des deux expéditions, clés hommes supérieurs et résolus.
Le cbérif était bi^ décidé à prendre le commandement des troupes d'Abou-Arich, mais il n'osait confier le commandement en ctef de la seconde expédition au jeune imam. Il s'en défiait sous deux rapports^ Il pouvait être nuisible à la fois : comoie trop habile» ott .comme ^op inexpérimenté. «
Chaïqne contingent, à partir du jour de l'entrée en marclM , arait une cinquantaine de lieu^ à faîBe pour atieindoe Sana* Ces oinfaanie Iwœs i^
pouvaient pas se faire à moins de huit à cKx l(mn.
Sana est, comme antiquité, h peu près la sœur de la Mecqtte« Comme importance matëridie, M^ est six fois grande comme elle. Comme importance pro-^ ductive, rfest un paradis terrestre, tandis que la Mecque est un désert à qui le législateur musulman n'a donné de vie et d*importance , que parla prescription du pèlerinage, qui a aussi bien un but commercial qu'un but religieux, et qui, pendant le mois^de sa durée, infiltre dans la population des moyens d'existenœ pour tout le reste de Tannfe.
Ahmed était un beau jeune homme de vingt-cinq ans, parfaitement intelligent, s*intéressant beaucoup à ce qui était art, industrie et science. Il était fils de la sœur de Timam. Un parti l'avait chc^i pour chrf, et lui, de son côté, s'était laissé choisir. A Sana, comme partout dans l'extrême Orient, las prétendants à la couronne sont comme des ennemis et gardés comme d^ prisonniers. Cela s'explique par les révoltes même qui surgissent malgré ces précautions, qui changent d'un jour à l'autre la face des ÉMs, et qui
livrent aa poison, au lacet ou à la prison le roi d*hier, vaincu aujourd'hui.
Malgré la captivité rigoureuse du jeune imanii malgré la surveillance qui Tentourait, il était parvenu, grâce à sa nourrice, vieille négresse du Soudan, qui Tavait revêtu d*habits de femme, à tromper la vigilance de ses gardes et à se jeter dans les bras du parti qui l'avait choisi pour chef.
On Tavait alors caché avec le plus grand soin. Malgré toutes les perquisitions, on n'avait pu s'emparer de lui. Pendant ce temps, son parti grossisfsait. Enfin, un jour, il se crut assez fort pour en prendre le commandement et risquer une bataille ; mais parmi ses partisans, affublés d'une fausse fidélité, se faufilèrent des traîtres, qui, un beau jour, s'emparèrent de lui et l'enfermèrent dans un château de Sana nommé Dâr-Deheb^ la Maison d'Or. C^était l'habitation même de son oncle, l'imafn de Sana.
le rez-de-chaussée des forteresses arabes est, nous l'avons déjà dit, je crois, en général presque toujours consacré à un bagne, et plus il s'y trouve de galériens,
plus le maître du logis est important aux yeux des populations.
Mais là, cette même négresse qui, une première fois déjà l'avait sauvé, entreprit de le sauver une seconde. Elle y parvint à Faide d'un eunuque de son pays, pris dans le Soudan en même temps qu'elle, vendu avec elle, qui avait été ramené avec elle, et qui, par un hasard providentiel, avait été acheté par le même maître. L'eunuque parvint à s'emparer de la clef de bois qui fermait le cachot du prince, et à la garder assez longtemps pour en faire une pareille.
L'évasion pressait ; l'exécution, sans avoir de jour fixé, était imminente; l'imam n'avait qu'un signe à faire pour que la tête du prisonnier tombât ; les bons ofSces de quelque intrigant pouvaient hâter cette chute. La même nuit on risqua le tout pour le tout. L'eunuque était de garde. Il s'introduisit dans la prison du jeune homme, lui peignit en noir la figure et les mains, l'affubla de son costume et le fit sortir à sa place. La négresse l'attendait à un endroit désigné, avec des hommes et des chevaux. H passa sans
sas l^'ARABlfi «BURKDftEU
obstacle à travers toutes les cours, rejoignit la aégresse, saut^ en àelle, et prit la direction du nord.
Vingt heures après, il frandiissait les frontières des États de rimam de Sana et entrait dans ceux du cfaérif finssein.
Xe lendamaîn matin, on vint pour exécuter le jeune bomme. On ne trouva que Feunuque. L*eunuque «voua tout. U Mut bien que Timam se contentât de ^ittd substitution. Seulement, il fit exéciëer Feunuqae à la place de son neveu.
Peadant que ces événements se passaient d'un eôté i Sana, et de l'autre à Abou-Arich, les Anglais d*A<den faisaient pendre leurs trente-fienf prisonniers ars^s. Nous avons parlé de ces priscmniers à propos du voyage que je fis dans celte ville. Us ies
fauaieûtpeodr^ ostensiblement, afiB qu'ils servisseat d'exemples aux Arabes de la moutagne. C'était en même temps une sorte de déâ. Si c'était ee dernier but qu'ils cherchaient, ils TatleignireiU.
Les Arabes n'en devinrent que plus haineux à Fendroit des Anglais. Quelques jours après, en signe de représailles, le sultan de la tribu des Fadélis plantait une douzaiiie de têtes d'oÉciers et de soldats sur des perches dressées en vue d'Aden. C'était dire aor capi^ laine Haines que Ton accej^it ki décbupation de guerre.
Le bruit de cette exécution se répandit immédiatement dans tout le Théama, et porta à son comble l'exaspération des Arabes, et surtout celle du chérif KasBe'm. Sa guerre contre les Anglais était derenue ui» guerre presque religieuse, et faire la giierreà l'imam de Sasia était un commencement d'hostilité contre l'Angleterre.
De son cèté, le jeune Ahoied aurait appris la mort de r^uauque qui s'était dévoué pour lui. H était enlagé^de vengeance. Il avait appris cette mort par sa
224 L*ARABIB HEUREUSE.
nourrice elle-même, qui avait pris la faite, et qui était parvenue à le rejoindœ à Abou-Ârich, et lui apportait des lettres de ses partisans. Beaucoup de ceux-ci, plus de cinquante, avaient été arrêtés et exécutés. Les autres demandaient Thospitalité au chérif Hussein, en attendant qu'ils pussent rentrer à Sana avec leur chef.
L'expédition fut donc définitivement résolue. Il ne s'agissait plus pour se mettre en route que de réunir les contingents des frères du chérif. Des courriers furent expédiés à chacun d'eux. Ces courriers portaient, non pas des ordres, — le chérif avait toujours peur de blesser ses frères, — mais des invitations à se rendre près de lui.
Aux yeux de ses frères, nous l'avons dit, le chérif était entaché de péché originel. H était fils d'une négresse, ils étaient fils de blanche. Il est vrai qu'il n'y avait qu'un coup d'œil à jeter sur lui^et sur eux pour comprendre de combien il leur était supérieur.
Le chérif Hammoud au reste lui avait donné la mesure de la «confiance qu'il pouvait avoir dans ses
parents, tandis que le chérif Abou^Taleb ne laissait ignorer à personne son intention de profiter de la première occasion de se substituer à son frère.
Tous, au bout d'un délai proportionné aux distances, se rendirent à l'invitation du chérif Hussein. Celui-ci leur fit de magnifiques réceptions. Chacun, la réception faite, entra dans la forteresse, et les conférences commencèrent. Ces conférences avaient généralement lieu le soir, après la prière. Elles se composaient exclusivement des frères; Yachyaseul, parmi les étrangers, y était admis. Moi-même je n'y fus appelé qu'après un certain nombre de réunicfns.
Le chérif ne rencontra aucune opposition patente chez ses frères, mais une nonchalance malveillante qui venait mettre une entrave spécieuse à toutes ses propositions. Il était impossible qu'il n'y eût pas un parti pris entre eux. Je m'étais abstenu de les voir, pour n'être point accusé d'avoir intrigué près d'eux d'une façon ou de l'autre.
Tous mes avis, s'ils étaient demandés, ^appartenaient franchement et hautement au chérif Hussein.
2S6 l'arabie heureuse*
An reste, à plusieurs reprises pendant mon séjour dans ses États, j'eus Toccasion de faire sentir à ses frères qu'il m'était interdit, par ma position auprès de leur souverain, de leur souffler, à eux, aucune détermînatioQ.
Hammoud, entre autres, avait, soit directement, soit indirectement, fait ou fait faire plusieurs tentatives près de moi. Par Sélim, qui avait des relations aivee la domestidté, et surtout avec les eunuques et les esclaves des princes, je savais à peu près tout ce qui se passait dans ces conférences^ si bien closes qu'elles fussent. Il faut 16 dire, en Orient, il n'est point de secret qui ne transpire, ayant toujours quelle èsdave ou quelque eunuque pour confident ou pour auditeur. Le proverbe qui dit que les murs ont des yeux et des oreilles a été lait particuli^ement pMT les mursorientaux.
A la cmqvîème ou sixième confér^çe, le jevim imam fut appelé à son tour. Mais autant il avait été reçu mec Ji)i6nveillaac6 par le shérif, autant il fut sei$a a;^c froideur par sa fiamiUe.
l'arabib heureuse. 997
Le cbérif Hussein, avec son esprit chevilieresque et le sentiment de sa force, se mettait an-dessus de toul. Mais il n'en était pas ainsi des {Hrinces ses frères. Ils Be voyaâent dans Tarrivée du jenne bemme qfu'uM source d'embarras politiques qui, dans ufi temps donné, pouvaient amener le renversement d'Hussein et la destruction de leur puissance. Pour eux, Ahmed n'était pas autre chose qu'un ambitieux qm n'avait phis rien à perdre et qui avait tout à gagner.
Les séances continuèrent et n'amenèrent aucon ré-* sohat C'est alors ^e je fus appelé à mon tour^ mais isolément, en d^ors des conférences. Ce fut ïaehya qui vint me chercher. Je ine rendis à Tinstant mène à rinvitatiaB. Je trouvai le chérif à la fois triste et fatigué. Il va sans dire qu'Yachya demeura m liears ai^c nousi
— Hadji, me dit-il, je t'ai fait appeler pour te^ eoii* sttlter dans la situation grave oà je me trouve.
Je m'inclinai.
— Je compte, continua-t-il, comme d'habitude, sur ton dévouement et ta discrétion.
^Ta fais bien, seignear, lui dis-je; dq^uis.qne je suis ici, mon dévouement pour toi a toujours égalé ma reconnaissance, et plus d'une ioiÈ tu f es plu à reconnaître que tu n'avais pas de serviteur [plus dévoué que moi.
— Tu es informé, n'est-ce pas, de l'arrivée de mes frères, et tu sais que des conférences ont eu lieu au sujet de l'imam de Sana?
— J'ai vu tes frères, et j'ai entendu parl^ des conférences.
— Mais tu ne sais pas qu'au lieu d'avoir trouvé dans mes frères des amis, des alliés, je n'ai rencontré que des ingrats et des hypocrites. Chose fatale dans la position où je me suis mis à l'égard du jeune imam, à qui j'ai engagé ma parole.
— J'ignore tout, seigneur. Les conférences ont été , secrètes.
^ Oh I tu n'es pas sans savoir que tout ne va pas comme je l'espérais. ^
— En voyant les conférences traîner en longueur, j'ai pensé qu'il y avait quelque embarras.
— Que faut-il faire à l'égard de mes frères? Me passer d'eux T
— Te passer d'eux serait t'en faire autant d'ennemis et d'ennemis dangereux.
•— Mais comment les amener, si ce n'est pas leur envie, à me fournir les contingents dont j'ai besoin?
— n faut les trouver dans ton trésor, et surtout dans ta volonté.
• — Comment, dans mon trésor?^
— Tout est là, crois-moi, seigneur ; paye-leur les contingents et ils te les fourniront.
Le chérir secoua la tête.
— Ce serait trop coûteux. N'ont-ils pas leurs provinces? Et qui leur adonné leurs provinces? n'est-ce pas moi?
— Sans doute, mais ils sont habitués à les considérer comme leurs domaines. Rafraîchis leur mémoire, et s'ils ont oublié, force-les de se souvenir.
— Agir ainsi, dit te chérif, serait m'exposer à être trahi par eux à mon premier échec.
— Tes frères sont avides d'honneurs et de richesses ;
L*AAAB&|L fifiUBEUSE.
je^erois moi-mâme qu'il bb faut pas fake grand fond sur eux ; cependant je ne crois pas qu'ils te trahisse&t tant qu'ils ta croiront en état de les payer.
— A la fin de la guerre je serai ruiné.
^ Tu imposeras au jeune imam le remboursement des sookmes que tu auras avancées pour lui.
— Oui, si je réussis ; mais si j'échoue?
— Tu en feras le sacrifice. Tes soldats te coûtent peu de chose, leur entretien presque riea,. la dépense ne sera donc pas aussi énorme que tu le crains. ' '
— Comment proposer des indemnités à mes frères ? Us sont fiers, ma proposition les blesserait.
— Garde-t'en bien, en effet, non point parce que ta proposition les blesserait, mais parce qu'elle t'affaiblirait à leurs propres yeux.
— Alors, trouve un moyen.
^ ObUge ]b futur imam h te déclarer par éorit que taus les fr^ de la guerre seron(t à sa charge, ainsi que les indemnités de campagne ^ payer k tes frères.
I^ cbëcilti^ i:^arda avec admiratioa.
L*ARABIÈ HE uns USE. 234
«-P- Ah 1 di(-il, en effet, e'âst une e^ellente idée, n'est-ce pas, Yachya?
— Merveilleuse^ seigneur.
Hussein reprit :
-<— Oui, mais le même cas se repiféseute si nous ne réussissons pas ?
— Alors ce sera un maUirar que vous supporteree es cammuB, tandis qu'au contraire si vous réussissez, oe sera mie économie énorme pour tcm trésor.
~ JSt si j^essajais seul ?
— J'aurais peur que tu ne réussisses pas. Le ohérif garda un instant le siienoe.
— Et toi, dit-il, voudrais-tu te charger des pre» flûëres n^ociations avec le prétendant ?
— Avec de pleins pouvoirs signés de toi et le con* cours d'Yachya, oui.
— Pourquoi avec des pouvoirs signés de jxm ?
— Parce que c'est plus prudent, et que, si je ne pre- Qain pas cette précaution, il se pourrait qu'un jour je fusse désapprouvé.
-^ Tu n'as donc pas confiance en ma parole 7
— Si fait, pour les choses ordinaires de la vie; mais pour les choses qui, comme celles-ci, ont une gravité politique, et qui marchent avec un cortège d'intrigues, non.
Il s'assit immédiatement devant une table, écrivit ce pouvoir et me le remit. Je le passai à Tachja afin qu'il le lût. Il était conçu en ces termes :
« J'autorise El-Hadji->Abd'el-Hamid-Bey à traiter en mon lieu et place des conditions d'intervention de ma part dans les affaires de Séïd- Ahmed de Sana, déclarant en conséquence que tout ce qu'il fera, je le considérerai comme bien fait et conforme à mes intentions. »
Nous faisons grâce au lecteur de tous les préann bules qui se mettent invariablement au haut des lettres musulmanes.
— Mais, lui dis-je, ce pouvoir ne parle point d'argent.
— N'ai-je point écrit que tout ce que tu ferais je le considérerais comme bien fait.
— Les questions d'argent, seigneur, brouillent les
liommes, et, comme j*ai le désir de rester ton ami, les questions d'argent ne sauraient jamais être ^ assez claires entre nous.
Hussein prit le papier et y ajouta ces mots : « Il est bien entendu que toutes les questions d'argent se trouvent comprises dans ces pleins pouvoirs. >
Puis, il me rendit mon papier. Je jetai les yeux dessus.
— Que veux-tu que je fasse de cela, lui demandai-je?
Il parut tout stupéfait.
— Mais, dit-il, j'ai mis ce que tu désirais. Que te faut-il encore ?
— Spécifier d'une manière formelle que toutes les conférences que j'aurai avec le prétendant auront lieu en présence de Yachya.
Le chérif devint rouge de colère.
— Mais, fit-il, tu m'imposes bien des conditions f
— Ce n'est pas encore assez; sidi, écris, je te prie!
SSi L*AAàBI£ HEUREUSE.
Hossdû dâchira le premier papier et en écrivit ub autre à peu près dans lies mêmes termes, mais auqud il ajouta ce que j'avais demandé. Cette fois, il le remit lui-môme à Yacbya, pour qu*il eut à le lire. Yacbya le lut el me passa le papier.
— Ëh bien t es-tu content ? ma deoianda le chéiiC pensant que c'était une affaire terminée.
Mais, après avoir lu, je le tendis à Hussein en lui disant :
. — Il n^mqoe encore quelque chose.
Cette fois, le chérif devint bleu. D'assis qu'il était, il se leva pour se promener à grands pas dans son salon. Yachya tremblait, ne sachant pas quel aérait le résultat de cette colère. Moi, je m'assis au co&traire IrèsitroidemôBt»^ attendant qu'il plût au dhérif de me répondre.
Après avoir fait deux ou trois fois le tour de sa chambre, et lu à chaque fois son pouvoir d'uabout à l'autce :
— Mais enfin, me demanda-t-dl, que maucpie^t-il donc à ce pouvoir ?
l'arabii heureuse. 9^
-^ ^esqae rien en effet, loi dis^je, l'empreinte de ton cachet, qui seul le rend valable.
-^ Je Vai signé.
— Tout le monde peut contrefaire ta signature.
— Je n'y pensais pas, dit-il.
~ Oh l lui dis-je, ce n'est point pour toi que je demande cela, mais, si tu venais à mourir, qtfiBls ne seraient pas mes déboires avec tes frères 1
Sa gaieté lui revint, et, tirant son sceau de son doigt, il le frotta sur un bâton d'encre de Chine. Les <^fs arabes ont toujours dans une de leurs piiches ce petit b&ton. Alors, mouillant son papier du bout de la langue, il appliqua son sceau au haut du papier. Je pris alors mon plein pouvoir Je le roulai et le passai dans ma ceinture. La sérénité était revenue sur le front du diérif, la jok sur celui de Yachya. J'allais me retirer lorsque le chécif me retint par le bras et me dit :
^ Beste^ Hadji, nous avon$ eno^e à causer d'une autre chose qui t'intéresse plus particulièrement.
-*- Tu le trompes, sidi, lui répondis-je, rien ne
SS6 L*ARABIB HEURRUSE.
saurait m'intéresser plus que tes intérêts et nom devoir.
Yachya voulut se retirer, mais à son tour le chérif le retint, lui disant qu'il n'était pas de trop. Gomme je me doutais de ce qu'allait me dire le chérif, je fus enchanté que Yachya assistât, à notre conférence, bien qu'il ne fût jamais qu'un témoin passif et presque muet. Mais enfin, c'était un témoin.
Le chérif alors se tournant vers moi me dit :
— Mon cher Hadji, voilà un an que nous sommes ensemble, tu m'as rendu bien des services, tandis que je n'ai encore fait pour toi que bien peu des choses que j'avais envie de faire. Je t'ai fait mon lieutenant, ce n'est pas assez, je voudrais te faire mon égal.
Je m'inclinai.
— Mais pour arriver à ce résultat sans choquer mes frères, que tu connais si bien,^ dois te faire de ma famille.
Je r^;ardai le chérif et feignis le plus grand éton- * nement.
— Hadji, dit-il, j'ai quatre filles, je ne puis pas te
dire de choisir celle qui te convient, puisque dans notre pays rhomme ne voit pas sa femme avant d'être son mari; mais je t'ai choisi moi-même, non-seulement celle que je crois te convenir le mieux, mais encore celle que je préfère.
Généralement, chez les Arabes et chez tous les antres musulmans, une pareille offre est non-seulement une immense faveur, mais encore un ordre, et il y aurait le plus grand danger à l'homme honoré d*un pareil choix à refuser, si haut placé qu'il puisse être, car ce serait froisser Tamour-propre du père et du chef d'une façon terrible. Un musulman haut placé pardonne rarement à un inférieur d'avoir froissé son amour-propre.
J'étais cependant bien décidé à refuser, quoi qu'il pût arriver.
— Séïd, lui dis-je, ^u me combles de tes grâces avant même qu'il m'ait été possible d'achever la tâche que je m'étais imposée près de toi ; ne vaudrait-il pas mieux attendre que des services bien constatés me donnassent des titres à une pareille faveur ?
23& L'AKÀftlE HBURBU&B.
' Le chérif, qui croyait me combler' de joie» me r^arda avec étojmemcmt. Un coup d'oeil que je jetai de côté sur Yachya me le montra très^-^bré. Il craignait qii'on refus trop net ne gâsàt ma position.
Le chérif reprit:
— Je ne4emande pas mieux, Hadji, que de t'accorda le temps de la réflexion; d'aUleurs, comprendsmoi bien, c'est une proposition que je te fais, et non pas un ordre que je te donne; sois donc franc et loyal avec moi comme tu Tas toujours été, et dis-moi tout/ de suite ta pensée.
— Eh bien I séïd, écoute-moi, et crois bien que c'est ton intérêt et non le mien que je plaide en ce moment; je ne serai pas plutôt ton gendre que l'honneur que tu m'auras fait portera ses frutfô; je suis déjà jalousé pHr tes feëres et tes neveux. .
— ^ Pas par tous.
— Je le sais, mais par la majeure partie.
— Quels sont ceux que tu crois tes enn^nist
L'AHÂBIB mSURlUSfi.
— BammoQd, d'atw)r(!.
— (Test reimemi ée tout le minide, exeepté des Anglais.
— Abèù-Taleb.
— Je crois bien, ta es on obstacle * ses da^îseins.
— Heïder.
— Ce n'est pas toi qu'il déteste, c'est moi.
— Quant aux autres, je n'ai pas personnellement à m'en plaindre. Mais si tu pouvais lire au fond de leur pensée, tu les trouverais plutôt malveillants que hienveillants. Tu travailles à donner ta^ survivance h ton fils; or, comme en Orient ce n'est pas le fils, mais l'atné de la famille qui succède, ils voient en moi xm instrument qui, me rangeant du côté de rintdli^ gence, t'aidera à consolider l'usurpation de ton flls- Si je suis ton gendre, ils se défienmt bien autrement de moi encore. Alors je n'aurai plus un instant de repos; je serai espionné, menacé; je serai sans cesse entre le poignard etle poison. Crois-moi, sSfd, prendsmoi comme je suis, sers-toi de moi, prends-en ce que je puis te donner, mais ne me fais pas plus grand que
940 L*ARABIB HBURKU8B.
je ne le sois, pas pins grand que je ne venx Tétre. Tes filles doivent épouser un prince autant que possible de ta ftimille» afin de ne pas éparpiller vos intérêts communs ; moi je dois te seconder, mais» comme serviteur fidèle et non comme allié intéressé. Et puis, laissemoi te dire autre chose. J'ai quitté la France pour venir en Egypte; j'ai quitté l'Egypte pour venir en Arabie; peut-être le désir me prendra-t-il de quitter bientôt l'Arabie pourllnde, pour la Perse, pour TAsie-Mineure, quesais-je? Ce qui distingue l'homme de l'arbre et de la plante, c'est que l'arbre et la planta meurent où la main de Dieu a fait tomber leur semence ; mais aux deux jambes de l'homme, Dieu a permis qu'il ajoutât les qus^re jambes du cheval ou du dromadaire; l'homme est donc né pour parcourir 4e monde. Voyager est surtout ma vocation. Une fois que je serai ton gendre, adieu mon libre arbitre; je devrai rester près de toi, près de ma femme ; je ne reverrai pas les pays que j'ai connus; je ne verrai pas les pays que je ne connais pas encore. Je porte près de toi une chaîne que je ne sens pas, attendu que c'est
L*ARABIB HEUASUSB. S4I
moi qui en ai la clef e$ non pas toi. Du moment où je serais ton gendre, la clef passerait de mes mains aux tienoes, et ma'chaine deviendrait pesante.
— Jamais ! interrompit Hussein.
— Séïdi je préfère être libre.
— Hais tu veux donc me quitter ?
— Non» mais il peut se présenter des circonstances plus puissantes que ma volonté.
— Écoute, reprit-il, tout ce que tu viens de me dire me parait excessivement grave. Je nourris ce projet depuis longtemps, depuis longtemps c'était le désir de mon harem et <de ^*enfant que je te destinais» je ne puis donc y renoncer ainsi tout à coup. Prenons chacun notre temps, toi pour réfléchir, moi pour peser tes paroles, et que ce qui vient de se passer reste strictement entre nous trois.
— Je t'en supplierai le premier, Séïd ; ma vie y est intéressée.
— Occupe-toi de la mission que je t'ai donnée
relativement à Ahmed ; je vais laisser de leur côté mes
frères couver leurs projets pendant quelques jours; je m 14
218 L'ARABIE HEITKlfJSE.
veux, atsAt de les réunir, avoiHbne réponse de toi. Dien fera le reste.
Je le quittai en Fembrassant. G*était une faveur qu'il n'accordait h aoeun des membres de sa faihille, à moins qu'il ne les revit après une longue absence.
Je sortis. Yacbya resta. Je rentrai chez moi et montai à l'instant même chez mon Abysse, à qui je rarcontai tout.
—Ainsi tu as refusé? me dit Hafea.
—A peu près.
— A partir de ce moment, veille sur toi.
—As-tu donc quelque chose de nouveau de ton côté?
— Non; mais je suis sûre qu'il y aura quelque chose de nouveau demain.
— Le chérif. m'a promis de n'en point parler au harem.
— Oui, mais il ne tiendra pas sa promesse. Le diérif dit tout à sa vieille f^nme, qui a une grandeînfluence sur ses décisions.
— Iras-tu au harem?
— Non, j^attendrai mes sœurs d*Âbyssime; elles yieadroDt sç promeser dans le jardin.
\ £n ce moment S^m, de la chambre à eâté, vint Bd'annoncer Yachya. Je sortis. ïachya m'attendait sur la tercaase du premier étage. Il v^aait me rendre compte de rimpressioo réelle que ma ^^OAversaUim ayaât produite sur le ohérif.
— Tu as été pariait dans tes répliques, me dit-iL Que le mariage se fosse ou ne se lasse pas, elles ont donné de toi la plus haute opinion à Hussein. Il a vu enitoi un honune sage et modeste, et sa xx>Bfiance pour ft)i s'en est augmentée au poônt çue si la guene se faitavec l'imam de.Sana, et que te d^ôrif prenne le commandement de ses troupes, il est décidé à ne confier qu'à toi le gouremement du Théama, attendu, dit-il, que tu es le seul homme auquel il se fie entièrem^Bt.
— C'est à la fois trop keanet trop difficile pour que oela féussisse. Je n'y oompite donc pas plus que sur la réussite de la mission dont il m'a chi^gé. l^ chérif Hussein m'a paru trop ardent à accepter les
su L'ARABIE HEUREU&E.
propositions du jeune homme. Il n*a pas réfléchi aux conséquences qui doivent ressortir de cette guerre. Ne pouvant m'^ opposer ouvertement sans m'exposer à sa défiance, j'ai proposé un moyen qui nous fera gagner le temps que le chérif eût dû donner à la réflexion. Au surplus, tu connais les Arabes. Il ne faut pas qu'aux yeux du jeune imam je sois le fondé de pouvoirs d'Hussein, il faut que ce soit lui, au contraire, qui me charge de ses intérêts près du chérif; il ne faut pas que ce soit moi qui aille chez lui, il faut que ce soit lui qui vienne chez moi. C'est à toi, Tachya, d'aviser au moyen de le faire venir. Je n*ai pas besoin de te tracer un plan, tu sais mieux que personne les zigzags des négociations arabes.
Yachya,demeura un instant pensif.
•— C'est difficile, dit-il; mais on tâchera.
Sur ces mots, il se leva. Je le reconduisis jusqu'à la porte de l'escalier. Là, il s'arrêta.
— Écoute, me dit-il, je crois que tu réussiras à toute chose, excepté à ne pas épouser la fille du chérif. ^
Le lendemain, Hafza avait eu la visite de ses anciennes amies» qui l'avaient emmenée au harem. A peine avait-on su son arrivée, que les femmes s'étaient emparées d'elle, lui avaient parlé de mon hésitation, et lui en avaient demandé les motifs. Elle avait raison ; le chérif n'avait pu se taire.
— Que leur as-tu répondu? lui demandai-je.
— Je leur ai dit que je ne savais absolument rien de ce qui s'était passé. Alors elles m'ont tout raconté.' ' — Et sur quel ton?
— En y mettant beaucoup d'amertume.
— Et Alima, l'as-tu vue?
—Elle m'a paru affligée comme une femme amou» reuse, et blessée comme une femme qu'on méprise. ■ — Et tu crois qu'elle se vengera?
— Elle fera le possible, sa mèî^ l'y pousse.
— Voyons, Hafza, lui demandai-je en la regardant en face, est-ce bien vrai, tout ce que tu me dis là?
Malgré sa couleur cuivrée, elle rougit.
— Tu fais, pauvre Hafza, un autre métier que celu dont on t'avait chargée, ce me semble ?
246 L'ARAOn HEUREUSE.
•^ Je ne comprands pM.
— i^onvieos que, Ionique le dbërif t'aéeaaéei iBoi, ta aveiâ, sinon de lui, du moins de son harom, seçu des îDstniotions partieidièresT
— Écoute, me dit-dle, pour te ^uver que je f aime, que je ne te trompe pas et que je te suis dévouée, trouve-toi ce soir, après le ooucber du «oleil et la prière dn soir, sons la partie la phis ombragée du jardinp{fLes feoames et les fiHes du cbérif seront là ; tu pourras les entendre. Maintenant tu sais ce^ue tu risques si tu e& découvert ?
La proposition était grave. J'eusse autant aimé épouser Alima.
— Je ne veux pas eourir un pareil danger, lui disje ; mais toi, vas-y, et ne me cache rien de ce ^pie tu entendras.
l'àRABIK HBUQlEUSK. 247
Le soir, à huit heures^ Hafza descendit au jardin, et j'attendis soi retour, m'en remettant à Dieu de me tirer de Fétrange situation où je me trouvais engagé,
Abd'el-Mélek arriva sur ces entrefaites. Depuis son mariage surtout, il m'était parfaitement dévoué. Il m'annonça la visite de son cousin Hussein. Le fils du cbérif allait venir le rejoindre. Il était évident qu'il faudrait parler du mariage. Cela me contrariait fort. Quoique je n'eusse jamais eu qu'à me louer du jeune Hussein, je ne comptais pas d'une façon bien positive sur son amitié.
Je «'avais pas vu Abd'el-Mélek dqpuis qu'il avait ité décidé lentre nous que je refuserais sa cousinep Um au reste, par Yachya d'une part et p«r sa môj?e tàd l'autre, il élail à peu près au eouraait de Taffaife*
âi8 L*ÀRÀBIE HEUREUSE.
Une chose inouïe, c'est la rapidité avec laquelle les nouvelles se répandent par le moyen des harems, et, ce qu'il y a de curieux, c*est que les nouvelles ne restenj; pas seulement dans la sphère où elles sont écloses : et par les esclaves, qui en Arabie ne sont point considérées comme de la domesticité, mais de la famille, et dont par conséquent on ne se cache pas, les nouvelles descendent, grossies et défigurées, jusqu'au peuple.
Abd'el-Mélek approuva, comme Yachya, les observations que j'avais présentées à Hussein à Tendroit de mon entrée dans la famille, et relativement au projet de guerre avec Sana. Malheureusement, au moment où nous allions entrer dans le cœur de la question, arriva Hussein fils, avec tout l'attirail de sa domesticité, et me faisant par conséquent une visite d'apparat.
Âpres les salutations d'usage et les compliments habituels, il s'assit et se mit à causer du jeune imam et des projets de son père à l'effet de lui conquérir le siège de Sana. Il fit le portrait moral d'Ahmed, le flatta
L*ABABIB HBURKUSB. 9M
beaucoup. Selon lui» c'était non-seulement un homme très-instruit, mais un prince chevaleresque et brave» qui dans ses jeunes années avait eu des aventures très-brillantes au point de vue de la fortune, avaui x[iie ses biens fussent confisqués. Il le fit très-riche et très-généreux.
S*il était tel que le peignait le jeune chérif , ma négociation avec lui devenait plus facile que je ne Favais cru d'abord. Mais il était à craindre que Hussein, comme son père, eût été ébloui par les apparences et surtout par les avantages que promettait au chérif Hussein la réussite d'un pareil projet. Seulement, pour que ce projet réussit, il semblait déjà beaucoup trop ébruité. A la manière dont les nouvelles marchaient quand elles sortaient de la forteresse d'Hussein, elles pouvaient, si elles prenaient la route d'Âden, y arriver avant que l'expédition même fût arrêtée. ^
Or, les Anglais prévenus, il'n'y avait plus d'expédition possible.
Soit que la présence d'Abd'el-Mélek le retint, soit
SË6 l'ABABIE fiEORBUSE.
^'il ifê juge&l; point encore l'iieure arrivée d'aborder cette question importante, il ne fit que des atlosioius ^u. mariage projeté par le dbédf entre sa sœur et m^L Puis enfin, après une denû-heure, il se leva. Sans doute , Abd'el-Mélek craignit, en prolongeant sa visite, de porter ombrage à son cousin, car, en yo^biM celui-ci se lever, il se leva à son tour.
Les deux jeunes gens prirent donc congé de mcû. Maïs, en me:disant adiau, Husrs^eïn resta en arrière, et me dit de façon & ce que son cousin ne r^ntendtt jH)iût:
-^ fiadji, j'ai besoin de causer avec tcd.
Je vis qu'il n'y aiçait pas moyen d'éviter une exfiication de ce côtii.
-*-<QuaiKl ^u voudras, sîdi, lui dis*je.
Hais, sansnaie fifier le moment die cette eq[Aicatiûn, Busseïn rejoigmt son cousin, et tous deux remoiH tèrent à chevalet s'éloignèrent.
Mon eiiniique>oa'atteaâsùt, Hafza était rentrée. Je montai chez elle.
~ Et bient luid^nandai-je, quoi de nouveau?
L'ARÂBrB HEITRBU8R. 3BI
— Presqoe rien, répondit-elle, siium qn'AUma ne renonce nuUemrat à ses projets.
Le toDitemaiD, les affaires me paraissaient tellement engagées que je ne quittai pas la maison, pensant que d'un côté ou de Tautre il allait arriver qud^ues nouveUes, soit d'Âbd'd-Mélek, soit du jeune Hu^éSli, s«it d'Alima, soit d'Ahmed.
V^s midi, Sélim m'annonça Yadiya..
— £h bien l lui demandai-je, m'amënes^tu AfaoMdT ^Ban! dit Yachya, il nous arrive bien^ autre
chose !
— Que nous arrive- t-il?
— Eschref-Bey et Abd'el-Kérim-Effendi sont à la forteresse du chérif .
— Arrivant de Sana?
— Comment sais-tu qu'ils arrivent de Sana?
— Je le sais, qu'importe comment.
— Le chérif te fait dire de venir chez lui à l'instant même.
J'aurais mis plus de temps à me faire seller un cheval qu'à y aller à pied.
— Allons ! dî8-j6 à Tacbja, et nous partîmes.
En effet, je trouvai Hussein arec les deux ^ivoyés. L'un était Turc et envoyé par le sultan luimême; l'autre était Arabe, et adjoint à renvoyé turc par le chérif de la Mecque. A mon entrée, tous deux manifestèrent un grand étonnement. Tous deux me connaissaient, ayanteu.de fréquents rapports avec moi à la Mecque, mais en dehors de cette question ; «et comme ils m'avaient vu partant pour Bagdad, quMls ignoraient que je me fusse arrêté à Aboiî-Arich, ma présence fut pour eux une espèce d'apparition.
— Hadji, me dit le chérif, voici des envoyés twcs •qui viennent de chez l'imam de Sana. Comme tu as iiabité la Mecque, tu dois les connaître.
— Parfaitement, lui répondis-je ; ce sont de vieux ^mis. . ^ . •
Je les accostai alors en les appelant par leur nom, ^, de leur côté, remis de leur premier étonnement, ils parurent enchantés de me voir. Alors, se retour-, nant de mon côté, le chérif me dit :
— Ces personnages viennent, ,au nom du sultan,
L*AâABlB HEUREU8£. 233
fue proposer un traité d'alliance dans le genre de celui qu'ils ont signé avecrimam de Sana. Seulement I Is voudraient que je consentisse à leur livrer la garde de mes ports. — ' Qu'en dis*tu, Hadji?
Je connaissais à cet égard les dispositions de Hussein.
— L'imam de Sana les a-t-il livrés, tes ports? demandai-je.
— Il ne pouvait pas livrer ce qui ne lui appartient plus.
— Non, il pouvait, les ayant possédés et s'en regardant encore comme le légitime propriétaire malgré ta conquête, approuver qu'ils fussent repris sur toi par les Anglais et les Turcs.
— Avez-vous discuté avec lui une concession de ce genre? demanda Hussein aux envoyés.
— Non, répondit hardiment Ësehref-Bey. ,
— Je croyais cep^dant, lui dis-je, que ic'était une négociation de ce genre que tu avais été chargé de mener à bien par le capitaine Haines, en passant à
3ê4 l'arahie heureuse*
— Ah I dit Hussein, tu as {kssé à Aden po«r te iendreàSana?
— Nous avons pris cette route, dit Abd'el-Kérim, comme étant la plus directe.
— Ou plutôt la plus rapide, dit £scbref*^B^, puisque nous pouvions, le vent étant bon, faire em ànq jours la route de Djedda à Aden.
— Puis, je te le répète, tu avais des instructMss à f rendre du capitaine Haines.
Les deux envoyés se turent.
— Yoiià ce qui est arrivé, dis^e à Hussein ; Eschref- IMy et Abd'el-K^rim sotti allés proposer à Timam de aauûSif au nom de l'Angleterre et de la Turque, de leur céder tout ton littoral, qui ne lui appartient plusy mais qui lui a s^partenu. Dans le cas où rimam eût voulu te faire la gu^re, ib eussent proité de ce moment-là pour s'emparer de tes ports, que ta ifwsses plus été assez fort pour défendre. L*imam de Sana s'emparait même du reste de tes ports qoi ne lui avaient pas appartenu. Ainsi juge» toi à qui iUr appartiennent, si tu dois les céder.
l'ahabii ff£OREUse\ S55
— liais tu savaisdonc tout ce que tu nens de dire?
— J'en savaië une partie; je saTsis le départ d*&chref-Bey et d'Abd'el-Kérim de la Mecque ; je svrais leur passage k Aden; je savais leur présence à Sana. ^ignorais encore comment se terminerait la n^ociatioo ; tu Tiens de me l'apprendre. Tu yois que Timam de Sana n'est pas aussi meni?ais voisin que tu . le pensais. Mainlenant, veux-tu faire contre toi-même plus que n*a fait ton ennemi?
— Je ne veux dans mes ports, dit Hussein, ni Turcs ni Anglais^
— Alors les conférences ne seront pas longues ; tf entends, Bsdiref-Bey? tu entends, Abd'el-Kërim? leur dis-je en m'adressant successivement kl'un et à l'antre.
— Pardon, dit Eschref-Bey ; maisune première de^ mande refusée, diénf Hussein, je dois t'en adresser une seconde.
Hnssdn échangea avec nm un regard d'intelligence.
— Parle, dit-il.
256 L'ARABIE HEUREUSB.
— Avant que les rivages de ht mer Rouge fassent conquis par Méhémet-Âli, repris à Mé^émet-Âli par Turki-Bii-Mës, et repris enfin à Turki-Bit-Mès par Alt d*Àssir, par toi et par Timam de Sana, TArabie Heureuse payait un tribut au sultan ; ce tribut, c*était la totalité du café qui se récolte dans le Djebel-el-- Ishuik et le Djebel-Sana. Le Djebel-d-Ishuik t'appartient: consens-tu à payer le tribut comme avant la conquête?
— Je ne puis payer un tribut pour un pays <)ue la Providence a donné à mon père et que mon père m*a Ifeué.
— Alors, dit£schref-Bey, nous n'avons plus rien à faire ici, et nous prenons congé de toi.
— Non pas, dit Hussein ; j'en ai fini avec les ambassadeurs de la Porte et les alliés des Anglais, mais j'offre l'bospitalité aux voyageurs de distinction qui traversent mes États. Hadji Abd'el-Hamid, en ta qua* lité de mon serdar, cbarge-toi de faire les honneurs d*AbourArich à tes amis.
Je compris l'intention d'Hussein. Tom'ours gêné*
L*ÀRÀBIB HBURKU8B. 257
reoxet chevaleresque, il trouvait une occasion de faire preuve de libéralité et ne voulait point la laisser éebi^per, quoiqu'elle s'exerçât envers des ennemis.
J*invitai*donc les deux envoyés à me suivre chez moi, et je partageai mon appartement avec eux. Derrière eux arrivèrent les vivres, se composant de moutons, de riz, de beurre, d'huile, de sucre, de café, etc., tout cela, quoiqu'ils ne fussent que quatre, deux mattres et deux domestiques, était compté sur le pied de quarante personnes. Le surplus, on le sait, devait être, selon l'usage musulman, distribué aux pauvres. Au moment du repas arrivèrent sur des plateaux en cuivre les p&tés et les confitures.
Le lendemain, le chérif leur fit une visite officielle avec toute sa maison et tout son étal-major. Il s'agissait, tout en refusant les demandes faites, de ne point rompre complètement avec le sultan. C'était une des recommandations d'Ali, mourant.
c Mieux vaut, lui avait-il dit, dans un cas désespéré, te jeter dans les bras des Turcs que dans ceux de Vimam de Sana. »
Immédifttemeiit ajM'to la mite^ du «bérif urmùemi les cadeaux. C'étaient d'abord quactre obafaux anyh» pour le suUau, tout ce que Hussirïii aiaît trouné de plus beau dans la race du Ne^jâd, c'est-à-dire dans la plus belle race des obevauxde TArabie; deux coi^ balles de café moka du nieiUeiir cru, ma» à titre if cadeau et non d'impôt ; des raistna aeeâ de Zâbid «en énoirme quantité; des pertes, des b^racalets, dfiS)Od<liers, des bijoux de toute espèce. Xout cela étiaii pour le sultan Abdul-Me4}id. Les deux envoyés rc^rttt des sabres» des poignards» des boucses*. On sait qa'en Orient chaque bourse est de cinq ^nts i»astre& tofques. .^
Faisons observer en passant que le cbérif sa débarrassait d'une monnaie qui» n^s^ant^pas coucs. danacM pays, n'avait de valeur que celle de son poids.
Les ^Yoyés rest^^nt huit jours chez moi* Le neur vième jour, un vendredi,, après la pFJAce de midi» Us prirent oon^é du cbérif, qui les escorta à |dus d'jine lieue sur la routeile E^jézan. Ils devaient tepiendie la mer à Djézan, et, selon le vent, arriver k S^iliki
de Djedda, c<mtmaer leur cbemia y&t% la llecquet ^ ih avalent à ceodre compte de leur mission.
J)îs(»i$ tout de suite ce qui arriva d'eux, ou plolAI àd Tua d'^ux.
£scbref-Bey, qui relevait directement un $iUtdi» pairtft pour Constautinople, et alla rendre compte -de sa miamu à AtMlul-Medjid. J'ignore comment il lut Nfia et de quelle façon il ^'excusa. Quant à Abd'jel^ Kârim, malgré $a naissance, ~ c'était le fils d*tfli marabout très^^tifi^é h la Mecque, ~ il fut anrété pur Ybn^Aouni^ décapité pv ses ordres. I#a cbose se fil chez lui jans bruit et sans scandale. On sut Vé^éMr ment le lendemain. La veiUe, il pnenait encore le caïf^ et fumait la cbibouque avec son chérif, Âbd'el-Kérim ^ail un homme très-supérieur. U était accusé 4e s*étre laissé corrompre*
En OmiAf on n'admet .jamais que Vm écboue. Seulement, on suppôt tOHjours que ron peut ^ vendre.
< Keveiions m «cbérif Hussein*
l£ad0i))[ ^voiés partis, il comprit pirfaitemail
t60 t'ARABIB HKURKUSE.
que ce n'était pas au moment où Timam de Sana Tenait de se broailler avec les Turcs et les Anglais qu*il fallait lui dédarer la guerre. D'un autre côté, nous avons dit rembarras de la situation au point de rue de ses frères. Il fut donc décidé que, pour le moment, je n'ouvrirais aucun pourparler avec le jeune Ahmed. Seulement, toujours généreux, le chérif Hassan se proposait de lui fixer un revenu provisoire qui l'assimilait aux membres de la famille et lui permettait d'attendre les événements avec patience.
La situation redevenait donc parfaitement calme, et mes seuls intérêts, au point de vue de la fille du chérif, continuaient d'être en jeu.
Un matin, le chérif me fit appeler par Yachya. Je crus l'heure venue d'une explication définitive. Mois ce n'était point de cela qu'il s'agissait.
Des fell&hs de Sahan étaient venus le trouver pour lui annoncer qu'ils avaient découvert, non plus cette fois une source de lait, mais une source d'eau vive.
Sahan était un chef-lieu de district situé dans une vallée cultivée avec des plantations magnifiques de
L'àRABIE HBURKU8K. 961
cannes à sucre» de chanvre, de mais» de donr&h. Cette yallée faisait partie des domaines personnels du chérif; elle était arrosée par un torrent qui» Thiver, la dévastait parfois» mais qui Tété se desséchait toujours» étant le résultat des averses d*automne. Or, une source dans une pardUe localité» c'était toute une fortune.
A la première nouvelle» le chérif avait donc eu Tespoir que» soit par un aqueduc» soit par un canal souterrain» il parviendrait à amener cette eau jusqu'à Abou-Arich, qui alors deviendrait parfaitement fertile» lachose quilui manquait étant l'eau. Ce que Abou- Arich en usait était puisé à grande peine et à grande dépense dans des citernes. Une source d'eau vive donnait ea sorte à Abou-Arich un aspect de fertilité que voyait en rêve l'imagination féconde du chérif.
En arrivant chez lui» et avant même qu'il fût question de la précieuse découverte» mon premier soin fut de rendre au chérif les pleins pouvoirs relatifs au jeune imam.
Puis j'appris ce dont il était question. Connaissant
itizedbyCoOgle
k Balare do m\ et les divers gîsem£iUs des smok tagoes, je ne crus pas uitmot de laiu)iQ¥eUe, et je w là le pendant de la fameuse source de lait. G^pefidant, cette fois, si la chose n'était pas probable, elle était au moîas possible. Je ue fis donc que le mettre eu garde contre une déception.
— Au surplus, dit-il, depuis quelque temps je^ tellement renfenné et ennuyé, que je pardonnerais presque k mes paysans de m'avoir induit en errev, puisque cette erreur nous fera monter à cheval et lisiterune des plus fraîches parties de mcm demiie.
— Il fut conrenu que nous partirions dès le lendemain, avec le jeune Hussein, son cousin Abd'el-^Mâek et ce qu*il restait delà famille du cbérif à. Abou«*Arioh. La plus grande partie avait quitté cette résidence dès que la résolution avait été prise de remettre la guérie à une autre époque.
Je me tins prêt pour te lendemûn. Ln voyage Vivait durer plusieurs j(Hirs. SMim, Afobammed et Ha^- Soliman devaient m'acompagner.
Xe même jour, ou plutôt dans* ia luiit, Sélim, me
l,*ÀilA»4S HKUUBUi»];. SUIS
toujours GQilune le liëvna d^ I^afootaie^ dwsi sûmuff/^^ Sélim, dis-JÉ|, vint soulever le coia de la couverture dans lagune J*étais euvelqppé. Le cbérif. me Mmi dire que Tou partait à «deux heures 4u matin. Nous en étions, je viens de le dire, aux plus fortes chaleurs de Tét^, et nous ne pouvions compter marcher que jusqu'à neuf ou dix heures du matin. Arrivas à .ce moment du jour, on serait forcé de faire haUe, de dresser les tentes, si Ton était sur un terrain décodvert, ou de se coucher à Tombre, si Ton était dans Ain lieu boisé. Ce n'était qu'à .trois heures.de rapr^-?aû4i que la course pouvait se reprendre, pour durer;» lon se soumettant cependant à quelques haltes partieUo^, jusqu'à huit ou neuf heures du soir.
Nous partîmes à Theune dite. Noos èlmA une i€ioquantaine de cavaliers, la domestioité ooibpnse« lii^s . domestiques étaient à djKmadaire et les maitxfs à cheval. îachya qui, comme toiyours, faisait partie ée réexpédition, était» comme toujours encore, monV^ sur son àne.
Mi l'arabie heoreûsr.
n faisait ftoid. Toutes les herbes aa miliea desquelles nous passions ruisselaient de rosée» tous les arbres que nous heurtions nous couvraient de pluie. Le voisinage de la ville empêchait tout incident, la nuit empêchait les chiens du chérif d*entrer en chasse. D'ailleurs ils étaient couplés, tenus en laisse par un noir, et couverts.de leurs housses. De temps en temps ils levaient le nez, éventaient quelque chacal qui glissait sous les herbes, quelque gazelle qui bondissait et disparaissait comme une ombre, et s'élançaient de toute la longueur de leur laisse dans la direction que Tun ou l'autre de ces animaux avait prise.
Une chose remarquable en Orient, c'est le profond silence des nuits. Le moindre bruit qui s'y fait s'entend à des distances énormes. Ainsi, on entendait distinctement l'aboiement des chiens dont les douars étaient à plusieurs lieues de la route.
De temps en temps, nous faisions lever des conipagnies d'outardes et de poules de Numidie.
Nous nous arrêtâmes au lever du soleil pour faire la prièfe, puis Ton se remit en marphe en découplaat
L*ÀRÀBIB HBURKU8I. t65
tes lévriers et en préparaBi les fasils. Les léyriers se lancèrent sifr le premier groupe de gazelles qui partit d*une pièce de trèfle. Elles étaient quatre ou cinq. En quelques bonds, les lévriers les eurent nonseulement atteintes, mais dépassées. Si légères qu'elles soient, les gazelles ne peuvent pas lutter de vitesse avec eux, mais elles luttent de ruse.
Rien de charmant et de gracieux comme de voir ces gazelles, près'd*étre gueuletées, faire un bond à droite t)u à gauche, tandis que le lévrier, emporté par sa course, les dépasse de cinquante pas, cent pas, deux cents pas. Elles, pendant ce temps, gagnent une autre partie de la plaine, et comme la plaine est accidentée, couverte de cultures élevées de maïs, de chanvre, de cannes à sucre, les lévriers les perdent de vue. Alors les esclaves à dromadaire se mettent à leur piste en appelant les chiens; quelquefois, grâce à la hauteur à laquelle ils sont juchés, ils ne perdent pas de vue la gazelle chassée. Mais la chose est rare. Au reste, la gazelle chassée, dès qu'elle se croit hors de vue, rentre dans une tranquillité parfaite, s'arrête
4K i'^mAAii snaum.
à brouler.
Lociqu'MlM ftonten bairie elte ae «6paresit4iffi€îiMaeift. L'une fait tête de colonne» tes autre» la Clivent Ce qu'il y a de curieux, c*est qu'eUes marcbaut à la file» une h> une, jamais de front* Quand jciles «e séparent et qu'«Ues n'ont plus leur guide, elles jumi perdues.
Lorsque le slougi parvient à les gueuleter» il leur donne U jnème coup de dent que le loup donne aux chiens. Il leur casse les reins, puis il $'atnuse à les jeter en Tair. Quand le cbasseur est en vue, jen gëoé- ^ rai 11 rapporte la b&te. Quand Jie cbasseur est trop ilojgn^ illa mange. Si la gazelle n'est pas tout ^Xalt morte, le musulm^ s'empresse de lui couper Fartère du cou, -selon les prescriptions du Coran» sans qupi il ne la pourrait point manger ; uous parlons des vrais mu«ulm$ûis.
Loifsque ranimai est tué roide au fuailt ce .qu'un musulman ne lait jamais sans direan mâmeiemj^ : c ie te tœ au nom du l>ieu misàîiaardîisux» » te owi-
Yolman peut m manger; rinon, il éffâ \m wajiHt raftëre, «onraie lorsque ranimai a été pcis par le 1^ ▼fier.Il en résulte qoeles cavaliers soîrait^reeiadiapnement le chi^, se tenant le plus près ^ lui pes<» sible afin d'arriver à temps pour saigner Tanima}. Au reste, les citevaux ne^ tardent pas à se la^er. Un dieval, monté par un cavalier inexpérimenté, est mis hors d*haleine par la meilleure gazelle. Les cavaliers habiles se contentent de marcher d'abord au pas relevé. Ils ne mettent leurs chevaux au galop que lorsqu'ils voient la gazelle près d'Mre fovcée.
Le dromadaire vaut donc mieux que le dieval dass "^ ce cas. Son trot allongé, qui est son allure la idÉs douce, dépasse le galop du cheval le plus leste ^ suit les lévriers. Or, comme il peut faire jusqu'à dk lieues à ce pas, on comprend qu*avant d'être fatigué il peut conduire son maître à l'hallali de trois ou quatre gazelles. •
Trois ou quatre gazdles furent forcées en moîiis d*une demi-heure. C'était une lutte d'adresse enlie Abd*el*Mélek etsoB cousin Hussein. Jïeleur cùH^
Ti
L*AftABIB HtCRIUSI,
les titres chasseurs, le cbérif en tête, chassaient l'outarde et la perdrix. On rencontre aussi des bandes de rameaux ^de sansonnets, mais il va sans dire que Ton ne s'occupe pas d'eux, n y a plus, ces oiseaux sont l'olyet d'un pr^ugé religieux dont ils profitent pour être envers les voyageurs aussi impertinents que possible. ^
La chasse du matin fournit le rôti du dtner.
Nous campâmes vers les onze heures près d*uD puits nommé Bir-el-Ha4j, le puits du pèlerin.
C'était un immense puits à bascule, avec un panier de feuilles de palmier et non un seau. Au reste les feuilles sont tressées si hermétiquement que Feau même ne peut pas s'en échapper. En Abyssinie, c'est dans de semUables vaseé que Ton transporte tous les liquides. Autour de ce puit;, la culture redoublait de vie et de vigueur.
Une population d'agriculteurs, abritée par d'épais bouquets de pahniers, s'était agglomérée autour <Ie ee puits. Leurs huttes étaient envel(q)pées de puissants ceps de vigne enlacés à des chèvre-frailles et «^
l'arabib heureuse. 909
des jasmins, ce qui emplissait loiite Fatmosphère d'un délicieux parfum. Cette population pouvait se composer d'une trentaine d'hommes et d'une centaine de femmes et d'enfants. A notre approche, les chiens entèrent en émoi, et Tinrent à notre rencontre. Leurs maîtres les suivaient. Du plus loin qu'ils aperçurent Hussein, ils prirent leur course; puis, arrivés à lui, se prosternèrent d'abord, puis se relevèrent lui baisant le pied et la main, après lui avoir fait, bien entendu, les salamalecs d'usage et demandé où le conduisaient ses pas. Le chérif donna pour prétexte une promenade et le désir de voir par lui-même où en était leur récolte.
On continua de marcher, les uns à cheval, les autres à pied, jusqu'aux huttes. Le chérif s'arrêta devant la hutte du plus ancien. Les Arabes ne savent jamais leur âge. Ils l'estiment d'après l'événement le phis saillant qui a précédé ou suivi leur naissance. Le vitillard, devant la hutte duquel nous nous arrêtâmes, ne savait pas plus son ftge que les autres.Mais la chronique du pays lui donnait au moins cent dix ans.
Vn l'ARAB» iHKIIRlIiaBé
' Tandit que kB bommes el les enfants mttts «'eifr* eupûent des ohe? aux, les femmes et les filles préparaient le déjeuner. Les nnes étaient oconpéesà Vmn les chëTres et les Taobes, les autres à moudre le Ué pour faire les galettes, les autres cuôllaient du ndnn, d'autres enfin écrasaient dsms u* mortier de beis lea épices nécessaites au pltaiw.
On abandonna aux cuisiniers et ouisimères les gi^ zèlles, les outardes et les perdrix. Ces deraiàni avaient été plus particulièrement tuées paf moi. Mon habitude de tirer les oiseaux au vol et une certaine habileté dans cet exercice excitaient toujours Tadmi* ration. Abd*el-Mélek et Hussein étaient fort adroits au posé, Abd*el-HA6k surtout, qui ooupait un fil d*aussi loin que la distance permettait de le ¥eîr« Tous devx ess^raîratt souirant'de «l'imilsr; mais pre$^ que jamûs ils ne réussissaient
A peine (ftmee-4MUs assis sur les tapis qae lia plus belles jeunes filles vimre&t boub ^porter 4a lait, de Peau et des finûts. Ces fiUes sont bImv- BMmleB, «vee tours laiBS ooiieetaB awr to «Aie oit
adliéreAteB sur Pépaule pur une agrafe en argeat» C'était le préliminaire de la réceptioB. Le dîner ne vient que lorsque moutons» gazdles» outardes et perdrix seraient rdte.
Après le dtner, le chérif se coucha et s'endormit. Les uns suivirent son exemple et firent la sieste, d'autres se réunirent pour former des groupes de causeurs et de fumeurs. (Mi attendit ainsi que la grande chaleur fût passée pour se remettre en routo.
Vois trois heures de l'après^midî, mom nous remîmes >en route.
Cette fois, le jeune Hussein laissa se hmeer son cousin et Sidi'Ahmed à la poursuite des gazelles, et vint appuyer son cheval au mien. Je compris tfU^H vouteh causer arec moi; je ne doutai •que ce ne fût des^o-
tn L*ARABIE HBURBUSB.
jets do son père. En eÊki, après qnélqnes mots prfiiminaires échange :
— Hadji, me dit-il, mon" père m*a fait part de ses bonnes intentions à ton égard.
Je mIncUnai.
— -Lediérif, lui répondis-je, me comble l»eii au delà de lAes mérites.
— Et cependant il m'a dit qu'il ayait à se plaindre de toi.
— A se plaindre dé moi i Séïd, permets-moi de te dire que je doute que ce soit là le sens de ses paroles.
Le jeune homme se reprit :
— n m*a dit du moins que tu ayais refusé sa proposition de Vallier à notre famille.
— J'ai demandé du temps pour réflédiir.
—Tu sais, Hadiji, qu'il n'y a pas d'exemple qu*nne proposition pareille à celle que t'a faite mon père ait été refusée.
—Je sais cela, mais comme étranger je me trouve dans une position exceptionnelle.
—Tu n'es pas étranger, puisque tu es musulman.
L*ARAB1B HB(}aBU8B. 973
— Oui, mais je snis étranger de nation; j*ai une famille en France, j*ai une mère à qui je n^ai pas dit, j e Tespère, mon dernier adieu.
— Qui fempéche de la faire venir?
— Elle ne pourrait supporter le voyage ni le climat.
— Une femme est plus pour toi que ta mère ellemême, car c'est la mère de tes enfants.
— Séïd, j*ai donné au chérif encore d'autres raisons.
— Je le sais ; tu lui as dit que tu étais un voyageur comme les oiseaux qui traversent le ciel, tantôt pour aller au nord, tantôt pour aller au midi; mais les oiseaux ont une femelle et voyagent avec elle.
Je souris.
— Les oiseaux ont des ailes, lui dis-je, et le ciel est à eux.
— L'homme a le cheval et le dromadaire» et la terre est à lui.
Je ne répondis point, attendant qu'il me parlftt de nouveau.
— Tu sais, coBtinua-t-il, qu'Alima est deux fois ma
aorar, sœoi par mon père et pirma mè», lu fteiais dfl0c tout à fait mon frère.
— Ce serait un grand honneur et une grêoàe joie pour moi, Séïd, mais poiifrait^>n en àk% autant de tea oades et de tes oouûns ?
— CO'^ue mon père fait est bien fût, dît le jeune homme, et Allah lui seul a le droit de le leprendra^te sesaetioBs. '
Je me tus.
— Pour te prouver comUen nous avons ooafianee en toi, Hadji, je mis te dire une chose que je ne dirais point à un Arabe dk naissanee : ma soMir t*aime.
— Impossible, SéuL
— Comment, impossible I Pourquoi celar!
^ Elle ne me connatt pas.
Hussein se mit à rire.
•*-Dis cdaà l'eunuque qui la garde, imîs ne me dis pas cela à moi; elle t*a vu non pas une foin mais dix fois.
Je m'inclinai.
«^ Mon pjare m'a 4it ce matin t € Bittsân^ pendant
Ift vw^^tge» avsâ 8on?mt qne m I» pottrtas» tu f appiocheras de Hadji, et tu lui duras que je le pne |lé rMéehir à la. proposition que je lui ai faiAe; tu ajoutefBs que tu teraîs aussi heoreux de ravoir pour firère que je serais heureux de Tavoir pour gm^ dm* »
— Et tu as répondu?
-^ « J'obérai à tes ordres , non-seul<»nent parce que ce sont tes ordres, mais encore parce que ces Odrdres sont d'accord avec mon plus vif désir. »
-*- Je ne puis, de mon côté, te répondre, Sâid, que ce que j'ai déjà répondu au cbécil : « Mes regrets seuls égalent ma reconnaissance. »
— Et comme mon père, je te dirai k mon tour : « Ce n'est poi&t ton dernier mot» Esàj^ et j'espère que tu reviendras sur cette détentiBation. >
Et sur ces mots il alla rejoindre son père, près du* quM il marcha pédant quelque temps. Il est évident qu'il lui rendait compte de la conversation qu'il ve-^ nsdt d'avoir avec moi.
A peine m'avait-il quitté, qu'Yacbya mamœuvm sen
276 L-AEABIE HBUaKUSB.
àne de manière à se trouver à son toor à mes côtés* Y%cbya, avec ses joues maigres, ses rides prononcées, ses lèvres serrées, ses yeux brillants, son nez pointu, sa barbe rare et inégalement plantée, son co»-* tume de calicot blanc et sa monture biblique, était toujours pour moi une curiosité nouvelle. Le cMé grotesqqe de son visage, de son accoutrerait, de toute sa personne enfin, échappait complètement anx Arabes, mais me rappdatt, à moi, non pas Sancho, mais don Quichotte lui-même ayant emprunté pour un instant la monture de son écuyer. Il est vrai que j'étais bientôt ramené au sérieux par le respect que chacun lui portait comme à l'homme du prince. En effet, c'était le confident, c'était l'intime, c'était le nécessaire du chérif . Si jamais le chérif Hussân a perdu Yachya, il a dû être l'homme le plus désorienté et le fixïB désolé de la terre.
J'ai d^à dit combien Tachya m'aimait. Or, l'amitié d'un pareil homme eût été une véritable fortune pour quelqu'un qui eût voulu l'exploiter. Je n'en eus jamais l'idée, et cela devait bien étonner Tachya, habi-
L'ARABIE HBURBU8B. 277
tué comme il l'était, sans paraître s'en prévaloir, au reste, à ce que tout le monde loi fit la cour. Il ve* nait tout naturdlement savoir ce qui s'était passé entre le jeune Hussein ^ moi. Je lui racontai tout. La chose l'inquiétait énormément. Il ne pouvait pas* me donnw tort, car il appréciait parfaitement mesraisons. D'un autre côté, il voyait le guêpier dans le^ quel je me fourrais en refusant. Je suis sûr que, tout avare qu'il était, il eût donné cent roupies pour que la proposition ne m'eût point été faite. Mais elle était fuite, la malheureuse proposition! Il fallait subir toutes les conséquences de la situation.
Nous n'avions pas encore épuisé, Yachya et moi,, rénumération des événements qui pouvaient surgir, lorsque nous arrivâmes à la halte du soir. La balte était marquée, comme celle du matin, par un puits^ Celui-là se nommait Bir^l-Dj^id, le puits nouveau. Le paysage était encore plus riche, plus verdoyant et plus pittoresque que celui où nous avions fait halte le matin. Les fell&hs aussi étaient plus nombreux» On pouvait y compter deux cents huttes peut-être el
as L'ARàBIB aEUEEUSJE.
fine population de trois ou quatre eeotô bornai et le triple en femmes et enfants^.
: Toutes les rues, ou plutôt tout l'espace compris entre les huttes toit eneomtoé de moutons. Le liUage tout entier, la nuit yenue, se transforma en une im-flseme bergerie, gardée par des chiens dont la vigilance se traduisait en aboiements continuels; Malheur è rétranger qui se fût hassa*dé à portée de leurs dents. Il eût été mis en pièces.
Nous fûmes reçus non moins gradeuseo^iii que le matin. L'aspect seulement de notre haUé était rendu infiniment plu.s pittoresque qi:^ pendant le jour.
. La nuit et le feu, ces deux grands éléments de la poésie, prêtaient leur magie à ce taUeau. A la réverbératàon de la flamme, et avec les puissantes ombres portées du côté qui lui était opposé, hommes et fem^ mes prenaient des aspects fantastique auxquels les Arabes ne prêtaient aucune attention, mus qui agissaient puissamment sur moi. Là, oe ne fut pas ^ule* ment des moutons que Ton ^orgea^maâs plusieurs
jennes ohameaiix que Vtm mit à mort, ce qui est ïk nec plus lUirà de Vhospitalité» et ce qui ne se pn^tique ea Orient que pour des gens tout à fait cdubî^ dérables. Il ya sans dire que toute la tribu, depuis les atnés jusqu'aux plus jeunes, profitèrent de cette di»^ tribution extraordinaire de viviîes.
Le laidemain matin, nous arrivâmes de très-bonne beure à Sahan. CrétaitàSaban que les guides devaient ^ venir nous prendre pour nous conduire à la fameuse source, qiii,^'il fallait en croire las renseignementi^ se trouvttt sur iks premiers degrés ouest 4e la grande chaîne de montagne qipélée Dj^KBâii-Séïd;
Ces montagnes sont tout ce qu'il y a de plus vok%nique. Ell^ se composent de roches de grwit, gep^ cées, fendues, brisées par Tint^Eisité du fai* Dans les interstices formés par les gerçures pousse une bbo^ rieuse, mais active végétation. Il y a peu de terre. Mafe dans ce peu deleire, tout ce qui peut venir vient &k premiers degrés séparent le pays d'Abou^Arioh éd celui de Kholan. Bien que ce soient les premiers éegrés de la grande cbatue qui, traversant toute FAra-
t80 L*ARABIB HIURKU8K.
bie comme une épine dorsale, va de Bab^l-Mandeb au Sinai, ces premiers degrés sont déjà à plus de quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer. n est vrai qu*à la vue ils paraissent moins élevés que nous le disons» étant précédés de petits mamdons qui leur ôtent de leur hauteur apparente.
Ces montagnes sont habitées par des légions de dnges qiii font la désolation des tribus environnantes. Ces singes ont l'industrie, pour rendre la maraude plus commode et surtout plus fructueuse, de tresser des espèces de paniers ou plutéf de couffès, comme les appellent les Arabes. Ils remplissent ces paniers et se les passent de main en main, de sorte qu'en dnq minutes les fruits sont cueillis et transportés dans la montagne. Les fruits qu'ils emportent sont des dattes, des papayes, des noix de coco, du maïs, des pèches, des melons, du raisin; tout ce que les Arabes enfin cultivent pour eux-mêmes. Le résultat de ces razzias est emmagariné dans des grottes connues d'eux seuls.
C'est quelques instants avant le lever du soleil que
c^ intdUgents animaux se livrent à cet exercice. La Teille, rien ne prévient le propriétaire du complot qui M forme contre lui.
Le matin, le propriétaire est dévalisé. Pour que la chose se pratique sans dérfloigement, ils posent des sentinelles sur les points les plus élevés, arbres ou rochers. Ces sentinelles donnent l'éveil par un cri 4'alarme. Selon la distance plus ou moins longue, âéLon les accidents plus ou moins multipliés du terrain, dles sont plus ou moins nombreuses. Toute la bande de voleurs, qui se compose quelquefois de cinq cents singes, se divise par groupes, nous n'osons pas dire par escouades, ayant chacune son chef. Ils se lépartissent sur tout un district, se doutant bien que, s*ils n'enlevaient pas tout dans une seule nuit, ils sciaient mal reçus la nuit suivante.
Les Arabes, de leur côté, lorsqu'arrive l'époque de la moisson, mettent aussi des sentiqelles. Mais, ces s^tineltes finissent par se lasser et s'endormir. Les singes ne se lassent jamais, ne s'endorment jamais. Lorsqu'ils ont complètement dépouillé un district, ils
MB L'ARàBIB HBVQlftlïÙ.
passent an district voiski. Oa les attend à ub cndriic^ ils sont à un autre. Puis enfin, si le lien qulb com^h tent exploiter est gardé, ou s*ils soupçoBDent<qwdqii embûche, la troupe tout entière se mel en route, et^ ùblus une seule étape, se trouve à dixli^ea ^ Kk Rien n'est plus curieux que de voir au point éa Jc»b; si par basard on se trouve mr le obeoiin, toos aes roaraudeors, leurs couffes àla main ou sur le àùè, pareils à des contrd^ndiers qui passent la fronAîAn. Quelquefois les Arabes, lassés, fimt une levée dMS 1^ douftrs et leur déclarent la gueire. âLes eharctisr dans les montagnes s^ait chose impossible. & gagneraient des sounnets que Thomme nVteinàoi jamais. Alors, il faut, h force de ruse, leur couper h retraite, ce qui n*est pieis chose facSe. Si Vmi y pai^ vient, c'est une bataille & livrer. Très-désireux de ftiir^ s*ils ont Fespoir d*édiapper aux traqueurs, les ba&Aits commencent par gagner au pied, liais s'ils «'ftperç«vent qu'ils sont cernés, ils dariennent ^ors très4Mi^ queux, ramassent des pierres, foart face, se èhent do leur mfieux et engagent le <comtet.
On a VU souvent les Arabes, ayant affaire à une troupe plus considérable qu'ils ne s'y étaient attendnsy obligés de battre en retraite. S*ils sont lés plus faibles, les singes perdent la tête, la déroute se met parmi eux. Mais, acculés, chacun combat pour son compte et jusqu'au dernier moment. Leur morsure est terrible. La plupart du t^npft elle dégénère en gangrène. Les Arabes la traitent comme nous traitocw» e^ Europe ceUe d'un chien eoragéy'^par cautérisatioii. Comme les Arabes qui emportent leurs morts et fie font tuer autour des cadavres, les singes font tout ce qu'ils peuvent pour les emporter, et souvent mm ae font tuer près d'eux.
Les guenons se lamentent près de leurs enfeai^ morts comme une mère se lamente sur le' corps. 4^ son enfant. Malheur au meurtrie* qui 4ans ce £as4à se rapprocherait de la guenon désespérée à la distance de dix ou quinze pieds I D'un seul bond, eUe serait à son visage, déchirant et mordant.
Mi L*AEABIS HEUEEV8E.
Noos étions arrivés au village où nous devions prendre des guides qui nous conduiraient à la source. Ils se tenaient prêts, attendant notre arrivée et paraissant pleins de confiance en eux-mêmes.
Nous avions encore à peu près quatre ou cinq lieues à faire pour arriver à Fendroit indiqué. Cet endroit 8*appelait Hannotih-^l-Nemr (la boutique du tigre ou de la panthère]. Les Arabes n*ont qu*un seul et même nom pour ces deux animaux, qui du reste, en Arabie, pe sont qu'un seul et même animal.
Je demandai au cbérif si nous devions nous apprêter à conquérir la source sur les terribles animaux qui lui avaient donné son nom. Il me répondit que, il* y a une vingtaine d'années, nous eussions eu, selon toute probabilité, occasion de faire le coup de fusil avec
L*ARABIK HEURÏU9E. %5
enx. Hais, depuis tontes les guerres avec TAssir et les égyptiens, ils sont devenus fort rares. Les passages de troupes les araient éloignés. En outre, d'intrépkles chasseurs étaient allés les chercher jusque dans les gorges les plus reculées des montagnes, de sorte que, à part les rares exceptions que j*ai dites, on n*en rencontre plus.
Cependant une panthère avait été signalée dans les «ivirons de l'endroit que nous devions visiter. Getn regardait particulièrement Ahd* el-Mélek et le jeune iaam de Sana. Ils firent venir les Arabes qui préten- ^ient l'avoir vue, et prirent leurs renseignements. Un guide se chargea de les mettre sur les traces de la panthère, tandis que nos guides nous conduiraient y&rs la source.
Nous partîmes vers les sept heures du matin. Entre ledouftr et les premières rampes de la montagne, nous vîmes quelques-uns de ces énormes lézards que tes Arabes mangent avec délices, une grande quantité de rais, de souris, de musaraignes et de gerboises.
Au soleil et sur le sable rduit la fourmi argentée,
386 L'ARABIE «EURBirSft.
qui D*est ni la fourmi ndre tu le termite. A m<m i nier voyage d'Afrique, j'ai rencoatré dans FOiiaÀ- Sonf , c'est-à-dire dans te graoïA toert, celle mêae fourmi argentée. Je l'ai rapportée an* Jardin â» Plantes.
Là aussi je trouvai le fennec^ c'esl-à-dire le plus pctti
des renards, que j*avais vu en Arabie et en AbjFwnAl^
J'en rapportai ou plutôt j'en envoyai un vîvimt aux
Jardin des Plantes. Il fit pendaiit un an les délices dos
Parisiens. C'était le premier que l'esi voyait «îvai^^B
France. Si j'avais su i cette époque avoir afiRùre à Wk
animal si rare et si curieux, j'aurais pu eUv envoya
par domzaines. Hs sont gros comme de gros rate, eMt
la queme pendante et àloBgues soies, des oreilles^ dtech
surées; Les Arabes les prennent avec des j^ges q«
viennent d'Europe. Aussi, presque tous cei:a qu'on me
présentait avaient la patle eassée ou abtmée. Ib i
carnivores, et, knrscpi'ils se petnreitpas manger 1
leur proie, ils en cachent le reste. Comme les rats, ils
se mangeirî «ntm eux« J'œiifappoftais qoalre.
furent mangés, le quatrièmes sauim.
L^ABABIE IIEIJRBOSE. 287
Il existe dans la même région un autre animal fort <^rièiix, que je ne puis comparer qu'à noire furet. H a le pelage gris cendré, bVré de bandes tmnsver- Sides; des oreiUe&à peine visibles dans sa fourrure, <J6 petit? yeax noirs et brillants, gros comme des gmxLS de plomb n« 7. De plus, il a la palte et la queue très-courtes. Au moment d'être pris, il lance nae liqueur qui sest le mauvais côté du musc. Du brait qtfil fait en accomplissant cette opération, les Arabes l'appellent te smtcfi. On fereut, comme pelleterie, quelque chose de chamiant de sa fourrure. : Nous vttnes alors les serpeats et les couleuvres qui, ^si que nous Tavons dit, sont fort communs dans oaa pcyrages, faire la chasse aux rats, aux souris et aux autres petits rongeurs que noiis avons indiqués. Les couleuvres les joignent à la course. Les serpents, tents et lourds, se contentent de les fasciner quand ils aeHrouvent à la portée de kurs regards. Les Arabes prétendent que ces serpents fascinent aussi les oiseaux.
J'ai vu des exemples de fascination sur les rats et Vds souris daos TArabie Eeureu^, mais ^^e n*est
288 CaRABIB HBUREU8K.
qa*en Abyssinie que j'ai yu la m&ne opératbn pratiquée sur des oiseaux. J'ai tué plus d'une fois le reptile au moment où, la gueule ouverte, les yeux faés et le c6u tendu, il n'attendait plus que la diote de Toisesui. Si je tuais le serpent roide, presque ton- , jours Toiseau tombait près de lui. Seulement le ser- [)ent n'en revenait pas; mais l'oiseau en revenait, pas toujours cependant; parfois le volatile mourait, sans blessure aucune, de la terreur qu'il avait éprouvée, puis peut-être aussi d'asphyxie.
Ces gros serpents courts dont je viens de parla*, la couleuvre ordindre et le céraste, c'est-à-dire les irois principaux serpents de l'Arabie, ont dans ce gros lézard que mangent les Arabes un ennemi acharné.
Chaque fois que le vSaurien et l'ophidien se rencontrent, il y a duel. J'ai été bien souvent témoin de ces combats. Voici en général comment la chose se passait.^
Dès que l'oqaran (le lézard)^ — il y en a qui ont trois pieds de long, —-dès que l'ouaran aperçoit le
t^AEABfE HEUREUSE. S89
serpent, il s'aplatit sur le sable, tout son corps y disparaît presque; sa gueule se tourne eiitr*ouverte vers «on adversaire, sur lequel ses yeui dabeurent obsti- ' nément fixés. Dans sa gueule, armée de dents comme ^eeUes du crocodile, s'agite un dard pareil à celui de la couleuvre. Du moment où le serpent Tapergoit , il 8*èlance sur lui. Le serpent est toujours l'agresseur. il essaye de saisir l'ouaran à l'endroit où la queue s'altache aux reins; l'ouaran pare l'attaque avec un viotent coup de queue qui lance le serpent à deux ou trois pas, et quelquefois le tue.
Quelque part qu'il ait jeté le serpent, l'ouaran lui fait face aussitôt. Si le serpent n'esl pas tué, il demeure toujours un instant étourdi. Mais il revient promptement h lui et se met sur la défensive. Il devient pins prudent, ou plutôt sa première attaque n'a été qu'une ruse. Cette ruse a eu pour but d'attirer toute l'attention de l'ouaran sur sa queue. Le serpent n'a rien à faire en réalité à la queue de l'ouaran. Il n'a que deux intentions : ou de mordre l'ouaran sous la gorge et
de l'étrangler sous le cou, ou de saisir entre ses a. 17
deux mftcboirfift tes deux extrëaûtte des jntehcûnes de son adversaire. Vue fois que Touaran est pris par tes deux mftcboiMi, il est perdu. II se déféod bien aMC des grifies foriaidables qui rappellent celles du Mai- * reau; mais te serpent enfonce de plus en {Aus sesi^ro» Gfaeis dans la mftcbotre supérieure et dans la m&cboire inférieure. Ueuaran privé d'air meurt étouffé.
Mais il airive parfois que te' serpent manqva sa» coup, etqneTonaran ne manque pas te sien. C'est dans ce cas Tonaran >qui attrape te serpent par le museau ou par le cou. Alors le serpent se rouleau^ tour de lui, et, gr&ce à la force constrictive qu'il a reçue de la nature* Tétouffe en te comprimnnt. Mais comme, de ^n côté, rouaran n'a garde de làcber, tous deux meurent ensemble enlacés comme de bons amis. Quant aux autres petits animaux, depuis la mouche jusqu'à la gerboise, Fouaran les dévore sans qu'il y ait plus de lutte qu'il n'y en a entre te crocodite et l'homme quand l'homme est pris une fois entre les mâchoires du crocodile.
Il existe aussi, dans tes montagnes des Beni-Seïd,
l/âEABIB flEOEieiB. 9M
ffatsteun MOtaeg Yuiiiég 4*ophidie&s, et «Dire antres le serpent que ^ Arabe» BffAkga M-Afcl, Védlmtj le nfiie^ l'agil», Cest «n «erpent bran-chocolat» avec des^raies longitudinales étendues tout le langéii éoi^ comme ceUes de la sangsue. Il est long d'un mètre et déni, et tièsHDiûce, delà grossetur du doigt à peine; la vitesse avec laquelle il s'élance est tellement grande q/m les Àsahes, doAt la poésie acagère toujours les délaots comme les quaUlés, prétendent qu'il travterse sans s'arrêter l'étner d'un cavalier et le corps d'un cbevaL J'ai retrouvé du côté de Tugguri» en Afrique, le même serpent et la même légende.
Nous nous arrêt&mes pour d^eunersous un bouquet de tamariniers et de grenadiers. A une demilieue de nous gisaient les rames de quelque ancienne ville inconnue que les Arabes appellent la cité des Idoles. Je laisse à un plus savant que moi le soin de découvrir le véritabAe nom de cette ville.
Après le déjeuner et la sieste ixHlispensable qui le suit, lecbérif'doima Tordre d'entrer ^as la montiigne. Comme le jour où nous avions ctarcbé la
99i L*4EABUB HEUREUSE.
source de lait, il y eut beaucoup d'appelés et pea d'éhis. Le chërif , Tachya, moi, deux ou trois hommes de la suite et les guides, nous entr&mes seuls dans la montagne.
Depuis plus d'une heure, Abd'el-Hélek el le jeune imam de Sana étaient partis à la recherche de la panthère.
La montagne était extrêmement difficile à explorer. Outre la rapidité, de tous les interstices de rocher jaillissaient comme des haies d'épines. C'étaient des mimosas, des euphorbes, et une espèce de lotus, n fallait passer au milieu de tout cela. Le chérif Hussein, qui n'ayait jamais su ce que c'était qu'un obstacle matériel ou moral, passait, m'indiquant le chemin, à travers tous ces porte4ances qui eussent dû le déchirer vingt fois, s'il n'y avait une espèce de pacte entre la nature d'un pays et ses habitants.
Enfin nous arrivâmes au plateau faisant face à l'excavation que l'on appelait la Boutique des panthères. En effet, c'était un lieu sombre et sauvage. Cependant, en dehors des préjugés du pays, je voulus
l'arabib heureuse. 393
entrer dans cette caverne et la visiter. Mais le chérit m'arrêta par le bras.
— N*entre point dans cette cavernet Hadji, dit-il, tu n*en sortirais pas.
Avec d'autres hommes que les Arabes j'eusse insisté. Avec eux, c*eût été tenter Dieu.
— Hais, demandai-je, si la source est au fond de cette grotte, il faudra bien y aller.
— Par bonheur, elle n'y est pas, répondirent les guides.
— Où est-elle? voyons ! fit le chérif avec impatience.
^ Nous y sommes, Séïd, dirent les Arabes.
Et nous faisant faire un détour, ils nous conduisirent à une espèce de puits de trois ou quatre pieds de circonférence creusé dans un bloc énorme de granit. L'eau montait presque à fleur de pierre. Mais elle était si claire, si limpide, si reposée, que je déclarai à première vue que ce ne pouvait être une source.
Je coupai un petit arbre avec mon poignard, pour sonder la profondeur du puits. La branche me donna
9W »L*^4RA«fM HS9Rlir«C.
deux pieds et demi à trois pieds de pcofondenr. Bartout le fond était solide. Cela coDArmaittn(m opinion. Mais les guides prèiendaieiit qu'il y a^ait éconTement, et quf , par conséquent, puisque Teau s'écoulait, die se renoui^ait. A fappui de cette assertion, ils me firent descendre à quelques pieds au-dessovs de la ptébeodue source, et me monlrërent us smotement, qui en effet indiquait u&e fuite.
— Eb Ueul soit,, dis-je au cbéril, épuisons la ' source; nous verrons comment elle se remplira.
Aktfs, avec àes sébiles en noix de coco» nous nous mîmes à rejeter T-eau jusqu'à ce que nous fusaicms arrivés àdesséchev le pintsu
En etba^ Feau se roMovelait, mais par un filet imperceptible, glissait par une fissure qui ne donnait pas une derai^Kgm ef eau. Il eût falhi ua jour et me loit pour remplir le pmts. I) contenait trois ou qvatre voies d*eau. Ce n'était point la prise de construire un aqueduc pour eda. La nature avait déposé là cette grande tasse' ponr âésahërer les p&tres de la montagne, et pas p«r aatre dM&
Le chérif était fort désappointé. Il avait déjà bâti tout un Alhambra et tout un Alcazar avec ses jardins pleins d'eau jaillissante, sur l'existence de cette source. Il lui fallait dire adieu à ses rêves, frais mirages de son imagination.
La fabte' de Pérette et de son pot au' Mt est aussi ▼me sur le& montagnes de FArabie que sur la hum MiHitmartre. Le diérif ftait furieux. C'était b secouée iSùxïTse du même genre qu'il faisait. On se rappelle BObre voyage aux sources de hit. Cette fm pependant il était évident que ces hommes n^avaiewt pas vnula* te tromper. Il^s^ étaient d» bonne foi-. Seulement, L'importance de leur déct^uverte avait éte exagérée. Ce fut ce qu'avec son admlirable mt^ligeBce le chérif comprit parfaitement. Aussi, loia dé punir ks goiâes comme il avait fait aux source» de lait,, il leur iHdin»fter è son ret)our quelque» centaines de places.
Il s*agissait de revenir à Abou-Arich. Nous descendîmes en vingt minutes la montagne que nous avions mis deux heures à escalader. Puis nous regagnâmes le village où nous nous étions arrêtés le matin. La journée avait ét% suffisamment fatigante. Nous nous reposâmes jusqu'à deux heures du matin.
Vers minuit arrivèrent Abd'el-Mélek et Ahmed. Us ne ramenaient qu'un des deux chiens. L'autre avait été tué par la panthère. Par compe/isation, ils apportaient deux outed'eUnemrj deux enfants de tigre, comme disent les Arabes.
En outre, Abd'el-Mélek avait été mordu, ou plulôl frappé par une vipère. Mais à l'instant même, avec son sikin^ il avait enlevé deux doigts et demi de /:hair. Puis il s'était pansé avec des feuilles d'arbre et des herbes connues par leur efficacité contre la frappure
du serpent. Le pauvre garçon au reste était fort pâle et horriblement fatigué. Il avait dû marcher pendant plus de deux heures avec cette blessure.
Les deux petites panthères étaient charmantes. Elles n'étaient nullement effrayées, et jouaient ensemble comme deux chats. Ils étaient revenus rapidementy de peur que leur mère ne les poursuivit. On fit venir une chèvre, et les petites panthères se mirent à téter comme si c'eût été leur mère. Au reste, elles vinrent à merveille, et, quand je quittai Abou-Arith, elles étaient privées comme des chiens.
Aussitôt son retour, Abd'el-Mélek me demanda. U était fort impressionné de sa blessure, et, malgré son héroïque résolution, il craignait encore que le venin n'eût pénétré dans les veines.
' Je le rassurai. Je connaissais assez la frappure de la vipère cornue pour lui dire que, puisqu'il n'en était pas mort, il n'en mourrait pas. Je visitai la blessure. Il n'y avait pour le moment qu'à la laver avec de l'eau et du sel. Les Arabes voulaient la cautériser au feu. Je m'y opposai.
2M L'AlÂBrf HEUICUSI.
A tms teares da mstin^ nras montâmes à cteval et D0<i8> noBS remîmes eo roate. Âbd'el-Mélek ne pot remonter à cheTal. On lai fabriqua une litière et oa le pbça sor le dos d'un chaineau.
Je remarquai que le ôls du chérif prenait avec mïe grande philosophie la blessure de son cousin. Cette activité, œ couratge, cette aspiration aux grandes choses qui faisaient le tond du caractère et du ten»pérament du jeune Arabe promettaient an fils du chérit un concurrent dangereux.
Le chérif était visiblement de mauvaise humeur. II marchait en tête de la cavalcade, solitaire et sans par- . 1er à personne, pas même à moi. Cette mauvaise humeur du chérif fit que Ton résolut de revenir à Abou-Arich tout d'une traite. On ne s'arrêta que pour tas prières, et encore, faute d'eau, les ablutions se ftrent*elles aivec le salde.
Deux ou trois fols, je m'approchai du chérif pomr causer avec lui. Mans, convaincia qull désirait être seul avec ses pensées, je me rétif ai en arrière,, et, me trouvant près du jeune imam (leSaaa> je Uai corner-*
L\KkBfE HEUREUSE. 999
satfon avec lui. A peine Tavais-je vn, k peine lui avais-je parlé. C'était un garçon très-distingué, mars qrô me déplat à cause de soû fanatisme. Il est vrai que son fanatisme n'était qu'un calcul.
Il savait que je n'avais point été apposé à Texpédi- «»«, et que si elle avait manqué ce n'était point par ma faute. Il me remercia donc et me fît toutes sortes dfe promesses pour le cas où un jour il deviendraît imam de Sana.
Je lui dis quelques mots des conseils que j'avais donnés au chérîf, et je m'informai auprès de lui de la part pécuniaire qu'il pourrait apporter à l'entreprise dont le résultat devait être pour lui le siège de f imamat. Il me répondît très-franchement qu'il pourrait, il le pensait du moins, grâce à ses partisans et h ses ressources personnelles, feire la moitié ou même les deux tiers de la somme nécessaire à rentrée en campagne. Puis, une fois établi à la place de son oncle, fl parachèverait le total:
Je lui recommandai le plus grand secret sur cette «ffaire, et le mis en garde contre quelques-uns des
300 L^ÀRABIB HEUREUSE.
frères du chérif dont, à mon avis, il ne se défiait pas assez. Il était au contraire inquiet du côté du chérif; il se croyait plutôt son prisonnier que son hôte. Sar ce point je le rassurai, lui répondant du chérif Hus* seïn comme de moi-même.
Nous causions ainsi sous l'ardeur du soleil à son zénith. Habitués Fun et l'autre aux chaleurs de l'Yémen, nous n'y faisions pas attention. Peut-être aussi cet oubU nous venait-il de l'intérêt que nous mettions à la conversation.
Par hasard, ce jour-là, j'avais voulu faire comme' les Arabes : j'avais la tête seulement couverte d'an tarbouch et le visage garanti par ma sommada. C*ètait, pour un soleil comme celui qui versait sa flamme sur nos têtes, une coiffure beaucoup Xrop légère. Le chérif m'en avait prévenu. Dans l'Yémen, il y a un proverbe qui dit : « Va tout nu, mais couvre-toi la tète. » Cependant j'arrivai à Abou-Arich sans éproa» ver aucun malaise. Seulement, en ooe quittant, le chérif me dit :
*- Tu as le visage bien rouge» Hadji, je crois
L*ÀRÀBIB HEUREUSE. 301
que tu as eu tort de ne point prendre de turban. ,
— Séïd, lui répondis-je^ j'ai bu dans une peau de bouc qui sentait la résine, de Feau que j'ai trouvée excellente dans le moment, mais détestable après. Sans doute c'est cette eau qui me fait mal.
Puis je rentrai chez moi pour changer de tout, me laver et retourner dtner chez le chérif. Je fus accueilli par le même compliment. Hafza me demanda d*où. venait cette rougeur inaccoutumée. Je l'attribuai à la grande ardeur du soleil. Je ne sentais encore rien qu'un tiraillement de la peau.
J'allai dtner chez le chérif. Mais, vers les neuf heures du soir, me trouvant souffrant, je lui demandai la permission de me retirer.
— Va, me dit-il, mais prends garde d'avoir attrapé un coup de soleil.
Je rentrai chez moi et me regardai dans une glace.^ J'avais le visage violet. J'éprouvais en même temps des^ frisions de fièvre, une grande lourdeur de tête et des coliques. Je fus presque aussitôt pris par des vomisse* ments. Uninstant, Hafza crut à un empoisonnement.
309 « L*ARABfB HBOREfJSE.
— Je Cavaîs pourtant recommandé, me dit-elle, de ne pas manger chez le chérïf .
J'entendis ces mots à peine. Le délire commençait à me prendre avec une effroyable violence. Tout le monde perdit la tête autour de moi, excepté Sélim. Sélim me fit prendre du café norr dans leiiuel il avait mis infuser de Técorce de grenade. C'était une exécrable boisson, mais qui passe là-bas pour un contre-poison efficace. Je demandais à grands cris de Teau que l'on se gardait bien de me donner. Au milieu de mon délire, il me semblait voir Hadji Soliman se réjouir dans un coin. Imagination ou redite, il ra*e» resta contre lui une suprême dé^ fiance.
Dés le lendemain, le bruit s'était répandu que fêtais très-malade; d'autres disaient que j'étais mort; les naïfs s'écriaient :
— Oh f mais nous l'avons vu passer hier, il se portait & merveifte. .
Les autres levaient les yeux au ciel et disaient :
— Dieu est grand I
1^9 que te chéfif sut ma maladie, il m^envoya ses deux eunuques de prédilection. En cas de mort, il» devaient veiller à ce que ma maison ae fût pas mise a» pSIage.
liemaûn venu, lafièrre tomba, mais fêtais tombé ssfec la fièvre. Quoique j'enteïdisse tout ce qui sa disait autour de moi, le mal comme le bien, les sup^ positions probables eiMiime les suppositions absurdes, je ne pouvais donner aucun signe de vie.
Les fanatiques du pays, convaincus que f allais trépasser, s'étaient emparés de moi. On me traitait; comme tes malades désespérés, par des versets du €oran. Dans la ehambro à côté, f entendais réciter la prière des agonisants. Malgré tout cela, je me sentais vivre. Je n'étais; en effet, si je puis m'exprîmer ainsi, mort qu'à la surface. D'ailleurs, des douleurs d'entrailles très- vives me rappelaieirt que je n'étais pas mort à l'intérieur.
Vers le soir, je revins un peu à moi. J*appelaïSéllm. Je ïui recommandai de ne pas me quitter et de ne laisser approcher de moi, comme garde-malade, que
30i l'arabie heureuse.
Hafza. La pauvre ehfaot était au désespoir et ne ces* sait de pleurer.^
Je demandai qui était venu me voir. J'avais reçu la visite de Yachya, des frères du chérif et du jeune Hussein. Abé'el^Hélek avait fait demandei" de mes nouvelles, mais lui-même était sur son lit avec une fièvre effroyable et ne pouvait bouger.
Je me fis apporter ma pharmacie sur mon sirir, j'y pris un flacon de quinine, je puisai dans le flacon avec une puiller à café, j*avalai tout ce que la cuiller contenait de la substance fébrifuge, et j'ordonnai que» quand même je ne pourrais pas en demander, on m'en donn&t le lendemain une dose égale.
Une heure après, la fièvre et le délire m'avaient repris. L'accès cessa vers deux heures du matin» Hafza et Sélim étaient près de moi et ne m'avaient point quitté I Je n'eus au reste qu'un instant de lucidité. Brisé de fatigue, je m'endormis.
Un esclave d'Âbd'el-Héiek était venu pendant mon sommeil, et avait dit qu'il reviendrait II était revenu et attendait. J'ordonnai de le faire entrer. U s'appro*
L'ARABIB HBDRBySB. 385
cha de mon lit et me glissa un billet dans la main ea médisant:
— De la part de mon maître.
Je pris le billet.
— N'avale rien de qui que^ce soit, me dit-il tout bas. Et il sortit. Lui parti, je frappai contre la cloisoi^
pour appeler Sélim. Sélim entra. Je lui donnai le billet à lire. J'avais confiance dans Sélim comme dansun frère.
Le billet contenait ces mots :
« On en veut à ta vie, je viens de le savoir. Défle-^ toi de tout le monde, excepté de Sélim. Je veille et nepuis t'en dire davantage. »
Ce billet n'était ni signé ni scellé. Mon nom n'y était pas même prononcé. Le même jour, mon cuisinier en* second, Abd' Allah, honnête garçon s'il en fut, était venu me trouver, me demandant de quitter mon service. Le prétexte de ce départ était la mort de son père et la nécessité où il se trouvait de régler des intérêts de famille. Le prétexte était spécieuif et ne permettait point la discussion.
J'ipytlai aSOm, et Itit fi» faire le cample (TAbd- Allah. Le compte fait, j'appelai Abd' Allah lui-GiéHi^. Au moment où je lui doooait seo^argent, il se pendia ▼ers moi, et, de manière à n*étre entendu âe persi»iBe :
— Fois aussitôt que tu te pourras, me dit-il, c'est OBi ttui qui te dmine œ conseil.
Puis il sortit, et je me le reris jamais. Les qudques^ mots qu'il avait prononcés me confirmèrent dans cette pensée, c'est qu'il avait reçu des propositions pour m'empoisonner. Sélim et Hafza, à qui je racontai ce qm s'était passé, furent de men avis et devinrent <Vautant plus vigilants.
• Les esclaves du chérif vendent deun M» psdr jovr donanderde mes nouvelles. Msis ni le chérif ni le menvt de Ifîn&m ne venaient eux-mêmes. Yacfaya velœl tous les jours, plolôt deox fois qu'une.
Une fièvre cérébrale se déclara, excessivement intense. Je ne* pouvais juger de mon état, j'avais tous Im jeitrs une crise datns laqueHe je pwdaie complète^ ment le Mnttment*de mof-méme. Je fus ptol^blement sauvé par une inspiration de Hafza. Yo^^nl ma fSte
iMrtiiteitei dley Yersaîl Ass dtœhes d'eu torées da
l'eptoitte ae fetraM de ïa façeela plor sioiple. On
naa «ettaÉI dans une hQfoeAse^ri^qae Ton remplissait
dTew, pu» Faut soapendait au-dessus de ma tète rasé&
u^ anlr^ jarre pteined'eau égaleme&l. Ou entevatl
le fausset de la jarre supérieure, et. elle se YiàMi iwc
ma tâteparoBt flkt d-eau de 1& groftsci» d*ua roseau
à écvine. Pois^ oame IrietioaaaU avee^va ganitd<3 crin
jusqu'à ce que la chaleur fût revenue à la peau ; pu»
encore on. me £alsaili tranapirar à force decounrertures
de laine. Pendant tout ce temps, on brûkifc de reocca*
pour éloigner le mawoaisi œiL L^encens» ne chassait
pas le mauvais œil, mais me rendait oa bien autre
service : il chassait les maucbes.
BadpFSolinian avait de fréquents emtretieiis s^rec tous ces meseagevsdles différents cbérifs qui ymnmii demroder Uras^les jours^ 4e mes nouvelles, non pas pMr savoir si! j'ailaiis^mieux, mais pour savoir si j'étais mort.
Li (^itaie jour, il parvint à s^sq)pfoeber de Bioi,
308 L'ARABIB HBUREU8B.
me demandant avec beauoonp de paroles midl^ises ce que j'éproavais et où je souffrais. H n'eut pas le courage de me donner un coup de couteau, pour lequel il eût eu, selon toute probabUité, une bonne récompense, mais il eut celui de me donner un petit paquet qu'il garantissait comme une recette infaillible* Je le remerciai et pris le paquet.
Je devais mettre la poudre blanche qu'il contenait dans de l'eau, tourner jusqu'à ce qu'elle fût fondue, et avaler le tout.
Je remis le paquet à Sélim en lui disant de le con» sa^er avec soin.
— Oh ! maître, dit-il, swn el thar.
Ce qui voulait dire :
— Oh 1 maître, de la mort aux rats.
Sélim ne m'apprenait rien de nouveau. Seulemmit il confirmait mes soupçons sur Hadji-Soliman.
Le treizième jour de ma maladie,^le chérif vint enfin me voir. Il était accompagné du jeune imam. Il eut Tair étonné de me trouver vivant encore.
En effet, on lui avait dit tant de fois que je n'en
t'ARABIB HBUilEUSS. 309
reviradrais Ipas, qu*il en était arrivé à trouver que j*abU8ais de la force de ma constitution. J*ai tort, au reste, de dire cela, et c'est le reste d*un mauvais doute que je n*eusse pas dû conserver.
Lechérif me fit toutes sortes de protestations d'amitié et de dévouement. Il mit sa maison tout entière à ma disposition, et me quitta eame disant de m'a* dresser à lui pour tout ce dont j'aurais besoin. Je me ^rdai bien de demander quoi que ce fût. Il soitil fort étonné que Ton pût avoir été si malade et n'être pas mort.
Pendant qu'il était là, Sélim lui fit voir la poudre blanche renfermée dans le petit papier qui venait de Hadji-Soliman. Immédiatement, Hadji-Solimàn fut arrêté. L'avis de Sélim était qu'il ne donnerait pas un para de la peau de soi? camarade. Cependant le chérif se contenta pour le moment de le faire mettre en prison. On avait résolu d'attendre ma convalescence ou ma mort pour prendre un parti. Puis le chérif voulait savodr au nom de qui l'empoisonneur agissait. Le lendemain de la visite du chérif, j'eus celle
3M l'ara»» «E««ft#ra.
d*Abd*el-llêlek. 0elQi4ii ve&ail avec éês sralineit» qm ii*étaie&t point dmrteiiK. TtouB restftm^ seidft.
— Tu as reçu mon biilett me dM^.
— Oui, répondis-je, je f en remenoie.
— Le mooient n'est pas eacom venu, me dit^E, de te rfflidre^ompte de oe qui s'est passé, mais qaaiid tp seras rétablit tu sauras tout
Je lui dis que, la veMe, j'avais ¥u ses oade.
— Oui, me dit41, je savais qv'tl t'avait fait visîte, comment a-t-il été poar loi?
— Bien.
— Tu dis cela d*une singuUëre façon.
— Je rai trouvé froid.
— > Si tu savais de quelles intrigues il eâ entouré I si tu savais ce qu'on lui a dtt contre toi ! Tous ces charlatans qui ont voulu te guérir avec des versets du €oraA t'ont accusé de tiédeur religieuse, voyant qie tu n'avais pas touIu avaler leurs talismans. En outre, on a reçu des lettres de la Mecque : le parti turc. demande tout simplement ta mort £schref-Bey ne t'a point pardonné d'avoir dévoilé à mon oncle son pas*
s«Be fBiMem et louitt lâsfioaiéqveBoaB deMB Araîté avec r Ai^leleaie. An nstte, se tlâqiuèfte iMiiit MarejMBl4e«tia/cela; oMMiOMiealfiaaetiieQdiabeii: lu lui asDtDdu tropide nraceB fûmt %a'il les oiiblie ftâ légiranant Râtililb-tQÎ d'aboodi, eoÉtinue à ne Ejea ][ffieQdDe cpie^ k miûi 4e Séltm; une fais ré* tabli, ta aviseras. Quant à moi, tu sais qcEb je fapparliens cocps et &ine.
Au iMmt de que^ues Hûnates, il me quitta, s*apercevant que je faiblissais* Je n'étais pas enaire asse& fort pour suivre une conversation un peu laïque et surtout un peu sérieuse.
Sélim et Safza cantimiaient de u'entoorer de tous leurs soins, ce qui les avait mis assez mal avec tout le monde. Il était à cnuAdreque Tun ou Tautre, ou peut-être tous les deux, ne portassent la peine de leur fidéUté.
Cependant ma santé se rétablissait peu à peu. Le seizième jour, je -me levai; le dix-septième, je me traînai à Fombre sur ma terrasse.
La nouvelle se répandit que j'étais sauvé, ce qui
SIS L*ARAill HIURlUftl.
parut prodigieux à tout le inonde. 11 n'y avait pas un {lomme dans tout Abou-Arich qui eût donné de ma peau plus que Sélim n'offrait de cdle de Hadji-Soliman.
Le dix'-huittèine jour» le diérif revint me voir. Il me trouva debout. Je dois le dire, il me parut très* joyeux, et, au fond du cœur, ma conviction est qu'il -le fût en effet.
La conversation fut vague et sans importance. On lui annonça que je commençais à manger. Seulement on ne lui dit pas que, de peur d'être empoisonné, je ne mangeais que des œufs à la coque, dénichés par Hafza, cuits par Sélim. Comme les Arabes ne mangent pas beaucoup d'œufs, ils s'étonnaient de ma prédilection pour ce mets. Sélim répondait avec aplomb que j*étais médecin, et très-bon médecin, puisque je m'étais guéri, et que je savais mieux que personne la nourriture qui m'était salutaire.
Le soir de la visite du chérif, on m'apporta de sa part toutes sortes de confitures, de sirops et de p&tisseries.
Il va sans dire que je ne touchai à rien de tout cela.
L'AKABIS HgUtBVSE. :3I3
non pas que je me défiasse du chérif» mais je me défiais de son harem.
I^ vingt-deuxième jour, je pus, le soir, descendre au petit jardin. Le harem du chérif en sortait. On me ▼it passer, appuyé au bras de Sélim. Une des femmes, dn4[)ée4ans son melaya, se retourna deux fois pour me voir. A en juger par ses pendants d*oreiIle en or et par son melaya en soie, ce devait être Alima.
Le même soir, le chérif sut que j'étais sorti. U m*envoya son fils pour me féliciter et me dire combien son père et sa famille étaient heureux de ma convalescence.
Dès le lendemain, j'eusse pu, à la rigueur, aller chez le chérif; mais j*étais en train de changer de peau, et je n'étais point f&ché que l'opération fût entièrement terminée avant de faire une sortie sérieuse. vLes bains y aidèrent ; le massage aux essences acheva ce que les bains avaient commencé.
Tout le monde sait ce que c'est que le massage.
Seulement, tout le monde ne sait pas qu'il y a, en
Orient, deux espèces de massages : le massage arabCi u. is
344 L'âmàfti« HBUii«v«B.
le massage mdten. Le massage indien se compose de petits coups de poing appuyés sèchement sur toutes les puties du corps. Le massage arabe se Sût pM' la compression de toutes les parties de rindindn, mm particolièremeHt des jointures.
Le 24, je fis demander au chèrif si je pourrais fe Toir le lendemain. ÀTant le retour de mon messager, le jeune Hussein était k la mûson. Le cbérif me faisait répondre que je pouvais le voir à l'instant même, si je voulsds.
Pendant la durée de ma maladie, Sélim avait eu le soin de faire énormément d*aumônes, de sorte tpie les pauvres gens d'Abou-Aridi m'étaient très-sympathiques.
Lorsque, le lendemain, je sortis pour aller au cfaftteau du chérif, appuyé d*un cdté au bras de Sélim, de l'autre sur celui d'Yachya, les pauvres meflrentcortége: Le chérif me vit venir de loin. Il envoya son fils aa devant de moi ; à mon arrivée, je trouvai tous ses officiers groupés pour me recevoir, viitr et khasnadar en tête, c Le chérif vint au devant de moi jusqu'à la porte de
l'aRAIIB aCURKOSK. 34&
son salon. Il me présenta les deux mmm wec beaucoup d^effusion, riant et me disant :
— Par ma foi 1 Hadji» je ne m'attendais pas à te re- Yoîr sitôt, je le fais tous mes eompliioents; c'était écrit.
Dans cette séaoce, la question d!HadjirSoHman fut décidée.
— Puisque tu es rétabli, medU Hussein, occuponsnous un peu de Hadji-Solinan.
— Puisque je suis rétabli, lai répondis-je, et que tu veux bien me consulter, Séïd, je demande ^u'il ne loi soèl {ait aucan mal.
— lifois enfin» IL a voulu l'empoisonner. Or, si son projet avait réussi, on n'aurait pas manqué de dire que lecoup venait de mok
— Mais on eût eu beau me le dire k moi, je ne l'aurais pas cru.
— Je l'espère, me dit lecbérîf en me tendant la main.
— Je te prie donc, continuahje, de ne faire aucun mal à Hadji-Soliman ; qu'il aille se faire pendre ailleurs, coflimeoft dit en Europe.
— Tu le veux? me dit-il.
316 * L*ARABIB HEUREUSE.
— Je feu prie, Séïd.
— Attends, alors.
Il frappa dans ses mains. Un jesclave entra.
— Qu'on amène le prisonnier Hadji-Soliman, dit-il.
Nous n'eûmes pas longtemps à attendre; il Tayait déjà fait amener au château. Il entra avec les fers aux pieds. Dès que Hadji-Soliman vit le chérif et moi réunis, il s'inclina devant le chérif et voulut lui prendre la main pour la baiser. Hais le chérif lui retira sa main. Il vint alors à moi. J'en fis autant que le chérif. Ne pouvant pas me baiser la main, il voulut au moins me baiser les pieds. Je me reculai. Il resta à genoux.
Le chérif tira de sa ceinture le petit paquet contenant l'arsenic.
— Connais-tu cela? lui demanda-t-il.
— Oui, Séïd, répondit le misérable.
— Est-ce toi qui as remis cela à Hadji ?
— Je le lui ai remis.
— Comme poison ou comme médicament?
— Comme médicament. '
l'arabib heureuse. 317
^- Et sayais4u que ce médicament était du poison ?
— Je le savais.
— Tu voulais donc l'empoisonner î
— J*avais reçu mission de le faire.
— De qui?
— D'hommes influents» mais étrangers au pays.
— De chrétiens ou de musulmans?
— De musulmans.
— D'Arabes?
— Non, de Turcs.
— Quels étaient ces Turcs ?
— Je ne puis le dire, j'ai prêté serment de garder le silence.
— Ne peux- tu rien ajouter?
— Si fait, je puis dire que ce sont des ennemis personnels du Hadji, qui, du moment où je n'ai pas réussi, le poursuivront partout où il ira.
— As-tu du regret d'avoir été l'instrument de ces hommes?
— J'ai le regret de ne pas avoir réussi. Le chérif me regarda. *
34S l'akavfe bsurevsv.
^- C'est on Ttirt fanatisé par les siensy hii dis-je.
— Alors, si tu étais libre, continiia. Hnsseia, ta recommencerais?
— A rinstant même, nais je tâcherais de m'y prendre mieux.
Le ctiiérîf se krama de mon côté.
— Tu vois bien, me ditril, qœ ce serait une fa»te que de lui donner sa liberté.
— N'importe, j'insiste, Séïd. Il ne fera autre chose que ce qui est écrit.
— Tu le veux absolument?"
— Je te répèie que je le désire*
— Va, dit le chérif, tu es libre.
Hadji-Soliman fit un mouvemefnt de surprise.
— Seulement,, remercie le Hadji.
U revint pour me baiser la main elles pieds* Je le repoussai ; il sortit. Aussitôt et derrière lui,, le cbéiiS donna ordre à son vizir qu'on eût à faire- quitter immédiatement Abou-Arich à ce malheureux.. H devait en outre le préfrenir que ce sermt au péril de sa vie qu'il y reparaîtrait.
j L'itRfABIE HBUABUSE. /: 3|^
; v: ^ n'appelai SélUa et loi donnai Tonire de remettre à
ëifta^âôlui^
|^^^t{i|ilrib«a aux pauvres, qui paurtwèxirent Hadjk:- .<V; ' ' ^^ll?niànde leurs huées au onoment^totiLiû^
p^a^^du ctiérif. Il va sanl jiinç ^ue^'tpqne Vohde *
:;,Hbtâin4^? g^mirosité, même les paoT^es qiii ejvprofi* :-^ii^tj;l'l|K..pfirdon que j'^Tais obtenu: çQïirjai^f^jt,^^ .. ^^^IPî^Éjfgl^J*^ de,fy^{feî€^ rnai;^ je nfft^ikaïj^'^^
'■^''wûiîmfe/ejelaâlheureux^aïai^ et eiafants.-La-'.- ■> ^
;i*6âiiifêp^ni6i nî^çs-du pnrs; le b^mt -s'était répajid»-;:^^^^^^^^^
;f^ij4'P^^4'^ï^ ^^ qwiter Abou-AFich
à TiBsu même du chérif ; le plus tôt serait le mieux, n avait la conviction que son oncle, tout affectionné. qu*il me fût, finirait par céder aux suggestions du ' hàrem et aux intrigues turques. Il ne savait trop, me dire de quel côté j'avais le plus à craindre. Cétait assez mon avis, et, depuis que j'étais entré en conya-..' lescence, ma résolution était prise à cet iétidroit. * ÂÎKTel-Mélek savait que Ton avait fortçdieiit.'içsislé.; . j^rès du chérif pour, qu'il m'incarcérât* Je vsdçiilu^;*'
' -savoir quel était Tofiicieux conseiller.. AT^'A-liiÊleir refuisa de me l'apprendre, se bornant V^^T-dire^WWc'était un des hommes que j'avais lèil'pâi$*|&^ugé/pè^
.. dant mon séjour à Abou-Arich. , V' j- • .
Restait à savoir comment j'arriverais^e.^ bl(&7 ; ser la susceptibilité du chérif en 1ih dejbindant mon*
.. ..congé. Je devais m'attendre^^m^ASjmr^lûi^^ '^k^gjTjande résistance dé sa pàrtil Jô}iû!feaià encore^ ^indispensable, à ce que prétendait te.3el(ne hômm^,> dans les' derniers projets qu'il i^éÂtaâ^^ C|étàit; &ioi avis, ce qui m'avait sauvé. - • • . • • •* \ *- * ;•. • J • 'En tout cas, acheva Abd^iel^^étek^ quei;qae
L'AHABIE HEURI08I. 3tl
soit le moyen que tu choisisses, compte sur moi.
Et il sortit sur cette nouvelle promesse.
Inutile de. dire qu'il me laissa livré à des réflexions d'nutant plus tristes qu'elles portaient sur Tinjustice du chérif à mon égard. Hais, je l'ai dit, je n'avais pas attendu soivavis pour^prendrema résoIuMon.
Le lendemain, on envoya chercher Hafza, du harem. Elle revint tout en pleurs. Je voulus savoir ce qui lui causait cette émotion ; je vis qu'elle n'osait me
le dire. J'av|is une si entière confiance en elle que je
•n'insistai ]p^. .
; — Quan^ tu croiras que je dois être averti, lui dis-je, tu m'avertiras.
Je me doutais bien de ce qui se passait. On l'envoya chercher plusieurs fois ainsi. A chaque fois elle rêvenait plus trifetév /
Enfin, uq aoir, elle m'avoua tout. On l'envoyait o chercher pour la corrompre ; d'abord on voulait en faire un instrument; mais comme on vit que c'était méihe Inutile de le tenter, on se contentait de son éloignement. Si elle voulait fuir ou me quitter, on
3tt L*AIA»fB HCITIIKUSS.
loi en fMinlirail tout te moyens. Elle avait reftisé. Alors on Ya,nit mniacfe. Ce fiil sons respire de cène menace et de tacraînte qa*à une antre visite on nei^enq^arâtcfeile, qn^^eBenfatouatoat. Al^rsje lai défendis de sortir» ti chargeai Sélim de veiDer particuliërement sur die. Au reste» à son ayis^ /était une attire de barem ; le ehérif ignornt toàl. Jeeras qu^il serait iaipradent&moidelQi àénoncercepelitoomplot. Tacbya à qui j*en pariai fut de miea avis. La situation» il TavoMii kû^méme, devenait grave. Q fallait ou revenir sur mes pas et accepter franisbemeat te nHTiage,. ou neretimr. SijepreBm» g<^ denier parti, le plus tôt serait le mieux. Revenir au m^age était iaipossîMe. J'eusse hésité,, que tout ce qui se passait autour dé moi m'eût confirmé dans ma résolution.