II
S78 VaHASIS HSURSU8£.
«me population de trois ou quatre cents hommes et le triple en femmes et enfants.
Toutes les rues, ou plutôt tout Fespace compris entre les huttes était encombré de moutons. Le village tout entier, la nuit venue, se transformait en une immense bergerie, gardée par des chiens dont la vigilance se traduisait en aboiements continuels. Malheur à rétranger qui se fût hasardé à portée de leurs dents. Il eût été mis en pièces.
Nous fûmes reçus non moins gracieusement que le lyiatin. L'aspect seulement de notre halte était rendu infiniment plus pittoresque que pendant le jour.
La nuit et le feu, ces deux grands éléments de la poésie, prêtaient leur magie à ce tableau. A la réverbération de la flamme, et avec les puissantes ombres portées du côté qui lui était opposé, hommes et femmes prenaient des aspects fantastiques auxquels les Arabes ne prêtaient aucune attention, mais qui agissaient puissamment sur moi. Là, ce ne fut pas seulement des moutons que l'en égorgea, mais 'plusieurs
L*ARAB1E BEUBIVtL STft
jeanes chameaux que Ton mit à mort, ce qui 6it la fiec plus ultra de rhospilalité, et ce qui ne le jm» tique en Orient que pour des gens tout à fait cooii^ dérables. Il va sans dire que toute la tribu, depuis le» aînés jusqu'aux plus jeunes, profitèrent de cette di^ tribution extraordinaire de vivres.
Le lendemain matin, nous arrivâmes de très*bonne heure à Sahan. €*était àSahan que les guides devaient venir nous prendre pour nous conduire à la tamêÊÊê source, qui, s*U fallait ea croire k$ vemeigneuMH^ se trouvait sur les premiers degrés Mist de la grand* chaîne de montagnes appelée Djebel-Bénl-Séld*
Ces montagnes sont tout ce qu'il jr a de plus voleip nique. Elles se composent de roches de graaiti ger-* cées, fendues, brisées par Tinteniité du lèu. Dans les interstices formés par les genciires pouaio une labo* rieuse, maïs adive végétation* Il y apeu de terri. Mali dans ce peu de terre, tout ce qui peut venir vient Ce» premiers degrés iépmttùi le pays d'Abou*Arich 40 celui de Kholan. Bien que ce soient les premiers de» grés de la grande chaîne qui, traversant toute FAiar
bie comme une épine dorsale, va de Bab-el-Mandeb au Sinaï, ces premiers degrés sont à&jkh plus de quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est vrai qu'à la vue ils paraissent moins élevés que nous le disons, étant précédés dé petits mamelons qui leur ôtent de leur hauteur apparente.
Ces montagnes sont habitées par des légions de singes qui font la désolation des tribus environnantes. Ces singes ont Tindustrie, pour rendre la maraude plus commode et surtout plus fructueuse, de tresser des espèces de paniers ou plutôt de couffes, comme les appellent les Arabes. Ils remplissent ces paniers et se les passent de main en main, de sorte qu'en cinq minutes les fruits sont cueillis et transportés dans la montagne. Les fruits qu'ils emportent sont des dattes, des papayes, des noix de coco, du miaïs, des pèches, des melons, du raisin ; tout ce que les Arabes enfin cultivent pour eux-mêmes. Le résultat de ces razzias est emmagasiné dans des grottes connues d'eux seuls.
C'est quelques instants avant le lever du soleil que
ces intetligents animaux se livrent à cet exercice. La veille, rien ne prévient le propriétaire du complot^qui se forme contre lui.
Le matin, le propriétaire est dévalisé. Pour que la chose se pratique sans dérangement, ils posent des sentinelles sur les points les plus élevés, arbres ou rochers. Ces sentinelles donnent réveil par un cri d'alarme. Selon' la distance plus ou moins longue, selon les accidents plus ou moins multipliés du terrain, elles sont plus ou moins nombreuses. Toute la bande de voleurs, qui se compose quelquefois de cinq cents singes, se divise par groupes, nous n'osons pas dire par escouades, ayant chacune son chef. Ils se répartissent sur tout un district, se doutant bien que, s'ils n'enlevaient pas tout dans une seule nuit, ils seraient mal reçus la nuit suivante.
Les Arabes, de leur côté, lorsqu'arrive l'époque de la moisson, mettent aussi des sentinelles. Mais ces sentinelles finissent par se lasser et s'endormir. Les singes ne se lassent jamais, ne s'endorment jamais. Lorsqu'ils ont complètement dépouillé un district, iU
SSf L^ÂRABIB KEiriSaSE.
passent aa disMct viàsin. On les attend à an a^kott^ ils s(mt à un autre. Puis ^fin, si le lieu qu'ils cooip* tant exploiter est gardé, ou s'ils soupçonnent (|iidque embûche, la troupe tout entière se, met en route, et, dans une seule étape, se trouve à dix lie«es de là. Rien n*est plus curieux que de voir an pmat du jour» si par basard on se trouve sur le chemin, tons eee maraudeurs, leurs eouffes i la main ou sur U dof » pareils à des contrebandiers qui passent fat irMtiiM. Quelquefois les Arables, lassés, font nne l^ée dan» les douars et leur déclarent la guerre. Les cherdber dans les montagnes serait chose impossible. Ss gagneraient des sommets que Thomnie n'atteindra jamais. Alors, il faut, h force de ruse, leur couper la retraite, ce qui n'est pas chose facile. Si Toa y parvient, c'est une bataille à livrer. Très-désireux de firâv s'ils ont l'espoir d'échapper aux traqueurs, tes bandits comme&èent par gagner au pied. Mais fi'ils s'aperçoivent qu'ils sont cernés, ils deviennent alors très-bdiî* queux, ramassent des pierres, iônt faoe, se chent do leur mieux et engageiit te combat
l'ARÂBIK HEQIEVSI. SKI
On a VU souvent les Arabes, ayant affaire h une troupe plus considérable qulls ne s*y étaient attendus, obligés de battre en retraite. S'ils sont les plus fai'bles, les singes perdent la tête, la déroute se met parmi eux. Mais, acculés, chacun combat pour son compte et jusqu'au dernier -moment. Leur morsure est terrible. La plupart du temps elle dégénère en gangrène. Les Arabes la traitent comme nous traitoiu^ en Europe celle d'un cbien enragé, par cautérisation» Comme les Arabes qui emportent leurs morts et m font tuer autour des cadavres, les singes font tout ce qu'ils peuvent pour les emporter, et souvent aussi se font tuer près d'eux.
Les guenons se lamentent près de leurs enfant»morts comme une mère se lamente sur le corps de son enfant. Malbeur au meurtrier qui dans ce cas^lÀ se rapprocherait de la guenon désespérée à la distance de dix ou quinze pieds I D'un seul bond» elle serait à son visage, déchirajat et mordant
â6i l'aràbie heureuse.
Nous étions arrivés au village où nous devions prendre des guides qui nous conduiraient à la source. Ils se tenaient prêts, attendant notre arrivée et paraissant pleins de confiance en eux-mêmes.
Nous avions encore à peu près quatre ou cinq lieues i faire pour arriver à l'endroit indiqué. Cet endroit s'appelait Hannouh-el-Nemr (la boutique du tigre ou de la panthère). Les Arabes n'ont qu'un seul et même nom pour ces deux animaux, qui tlu reste, en Arabie, ne sont^u'un seul et même animal.
Je demandai au chérif si nous devions nous apprêter à conquérir la source sur les terribles animaux qui lui avaient donné son nom. H me répondit que, il y a une vingtaine d'années, nous eussions eu, selon toute probabilité, occasion de fairele coup de fusil avec
L*ARABIK HEUREUSE. 285
eux. Hais, depuis toutes les guerres avecrAssir et les Égyptiens , ils sont derenus fort rares. Les passages de troupes les avaient éloignés. En outre, d'intrépides chasseurs étaient allés les chercher jusque dans les gorges les plus reculées des montagnes, de sorte que, à part les rares exceptions que j'ai dites, on n'en rencontre plus.
Cependant une panthère avait été signalée dans les environs de l'endroit que nous devions visiter. Cela regardait particulièrement Abd' el-Mélek et le jeune imam de Sana. Ils firent venir les Arabes qui prétendaient l'avoir vue, et prirent leurs renseignements. Un guide se chargea de les mettre sur les traces de la panthère, tandis que nos guides nous conduiraient vers la source.
Nous partîmes vers les sept heures du matin. Entre ledou&r et les premières rampes de la montagne, nous vlines quelques-uns de ces énormes lézards que les Arabes mangent avec délices, une grande quantité de rats, de souris, de musaraignes et de gerboises.
Au soleil et sur le sable reluit la fourmi argenlëc,
S86 L*ARABIB HEURSVfSlB.
qui B*e8t ni la fonrmi noire ni le termite. A moa dov nier voyage d'Afrique, j*ai rencontra dans TOuad- Soutf c'est-à-dire dans le graqd désert, cette même fourmi argentée. Je Fai rapportée au Jardia âes Plantes.
Là aussi je trouvai le fmnee, c'est^nUre le plus petit des renards, que j*ayais vu en Arabie et en Abysainie. J'en rapportai ou plutôt j'en envoyai un vivant aux Jardin des Plantes. Il fit pendant un an les délices des Parisiens. C'était le premier que l'on voyait vivait ea. France. Si j'avais su à cette époque avoir affaife à «a animal si* rare et si curieux, j'aurais pu e& envoyer par douzaines. Hs sont gros comme de gros rats, eal la queue'pendante et àlongues soies, des oreilles déaO' surées. Les Arabes les prennent avec des pi^ea qui viennent d'Europe. Aussi, presque tous ceux qu'on ne^ présentait avaient la patte cassée ou abtmée. Os aoBl carnivores, et, lorsqu'ils ne peuvent pas mangger toai» leur proie, ils en cachet le reste. Comme les rata» as se mangent entre eux. J'en capportais quatee. Trais furent mangés, le quatrième se sauva.
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ïl existe dans là même région un autre animal fort curieux, que je ne puis comparer qu'à notre furet. Il a le pelage gris cendré, tarré de bandes transversales; des oreilles à peine visibles dans sa fourrure, de p^its yeux noirs et brillants, gros comme des grains de plomb n*> 7. De plus, il a la patte et la queue très-courtes. Au moment d'être pris, il lance une liqueur qui sent le mauvais cdté du musc. Du bruit qu'il fait en accomplissant cette opération, les Arabes rappellent le s^itch. On ferait, comme pelleterie, quelque chose de charmant de sa fourrure.
Nous vîmes alors les serpents et les couleuvres qui, ainsi que nous l'avons dit, sont fort communs dans ces parages, faire la chasse aux rats, aux souris et aux autres petits rongeurs que nous avons indiqués. Les couleuvres les joignent à la course. Les serpents, lents et lourds, se contentent de les fasciner quand ils ^ trouvent à la portée de leurs regards. Les Arabes prétendent que ces serpents fascinent aussi les oiseaux.
J'ai vu des exemples de fascmation sur les rats €it les «mris dans l'Arabie Heureuse, mais ce n*est
qu'en Abyssinie que j'ai vu la même opération pratiquée sur des oiseaux. J'ai tué plus d'une fois le reptile au moment où, la gueule ouverte, les yeux fixés et le cou tendu, il n'attendait plus que la chute de l'oiseau. Si je tuais le serpent roide, presque toujours Toiseau tombait près de lui. Seulement le serpent n'en revenait pas; mais l'oiseau 'en revenait, pas toujours cependant; parfois le volatile mourait, sans blessure aucune, de la terreur qu'il avait éprouvée, puis peut-être aussi d'asphyxie.
Ces gros serpents courts dont je viens de parler, la couleuvre ordinaire et le céraste, c'est-à-dire les trois principaux serpents de l'Arabie, ont dans ce gros lézard que mangent les Arabes un enneim acharné.
Chaque fois que le saurien et l'ophidien se rencontrent, il y a duel. J'ai été bien souvent témoin de ces combats. Voici en général comment la chose se passait.
Dès que l'ouaran (le lézard), — il y en a qui ont trois pieds de long, —dès que l'ouaran aperçoit 1»
serpent, il s*aplatit sur le sable, tout son corps y disparaît presque; sa gueule se tourne entr'ouverte vers son adversaire, sur lequel ses yeux demeurent obstinément fixés. Dans sa gueule, armée de dents comme celles du crocodile, s'agite un dard pareil à celui de la couleuvre. Du moment où le serpent l'aperçoit , il s*élance sur lui. Le serpent est toujours l'agresseur. n essaye de saisir Touaran à l'endroit où la queue s'attache aux reins; l'ouaran pare l'attaque avec un violent coup de queue qui lance le serpent à deux ou trois pas, et quelquefois le tue.
Quelque part qu'il ait jeté le serpent, Touaran lui fait face aussitôt. Si le serpent n'est pas tué, il demeure toujours un instant étourdi. Mais il revient promptement à lui et se met sur la défensive. Il devient plus prudent, ou plutôt sa.premiëre attaque n'a été qu'une ruse. Cette ruse a eu pour but d'attirer toute l'attention de l'ouaran sur sa queue. Le serpent n'a rien & faire en réalité à la queue de l'ouaran. H n'a que deux intentions : ou de mordre l'ouaran sous la gorge et Hle l'étrangler sous le cou, ou de Saisir entre ses
deux mâchoixes les deux extrémit<te des mûchoirea de son adversaire. Upe fois que Touaran est pris par les deux m4cboij:çs, il çst perdu- Il se défend bim avec des grifiesfonaidablçs qui rappellent celles du Maireaû; mais le serpeut eufoucede plus en plusses.oro^ chets dans la mâchoire supérieure et dans la mâchoire inférieure. L'puaran privé d'aic-noieurt étojufifé.
Mais il arrive parfois que le serpent manqua sqa coup, et q^e Touaran ne manque pas le sien. C'est dans ce cas Touaran qui attrape le serpent par le museau ou par le cou..Alors le serpent se roule au* tour de lui, et, grâce à la force constrictive qu'il a reçue delà nature, Fétouffe en le comprimant. Mais comme, de son côté, l'ouaran n'a garde de lâcher, tous deux meurent ensemble enlacés comme de bons amis. Quant aux autres petits animaux, depuis la mouche jusqu'à la gerboise, Vouaran les dévore sans qu'il y ait plus de lutte qu'il n'y en a entre le crocodile et l'homme quand l'homme est pris une fois entre les mâchoires du crocodile.
Il existe a^si, dans les.WPHtagnes desBeni^^ïd,
jdiiâiemrSi «Atra ifaâéléftjà'opliidieas, et . entre autses la;a»penl.qtte Jd&..AiBbBft iap{»ell8iût JEirAjgid^A'Adaii^ le rapide, rtgile. iC!egt jm <:gecpent J)ftta-fctide0lat» avec des raies longitudinales étendues tout le. long^dei dos comme cdles de la jsaja^oe. U est loeg d'un mètre et de»u>:ettjnèsTmiAee, de la, grosseur 4a dojgt à peine; la vitesse avec laquelle il s*élance est tellement grande. que .les Arabes, dont la poésie exagère toujours les 4élaulâ comme les qualités, prétendent qu'il traverse sans s'arrêter Tétrier d'un cavalier et le corps d'un cheval. J'ai retrouvé du côté de Tuggurt, en Afrique, le même seifpent et la. même légende.
Nous nous arrêtâmes pour déjeuner sous un bouquet de tamariniers et de grenadiers. Aune demilieue de nous gisaient les ruines de quelque ancienne ville incoiinue que les Arabes appellent la cité des Idoles. Je laisse à un plus savant que moi le soin de découvrir le véritable nom de, cette vUle.
Après le déjeuner et la sieste indispensable qui le suit, le chérif donna l'ordre d'entrer dans la montagne. Comme le jour où nous avions ebercbé la
source de lait, il y eut beaucoup d'appelés et peu d'élus. Le chérif, Yachya, moi, deux ou trois hommes de la 'Suite et les guides, nous entrâmes seuls dans la montagne.
Depuis plus d'une heure, Abd'el*Hélek et le jeune imam de Sana étaient partis à la reèherchede la panthère.
La montagne était extrêmement difficile à explorer. Outre la rapidité, de tous les interstices de rocher jaillissaient comme des haies d'épines. C'étaient des mimosas, des euphorbes, et une espèce de lotus. Il fal* lait passer an milieu de tout cela. Le chérif Hussein, qui n*avait jamais su ce que c'était qu'un obstacle matériel ou moral, passait, m'indiquantle chemin, à travers tous ces porte-lances qui eussent dû le déchirer vingt fois, s*il n'y avait une espèce de pacte entre la nature d'un pays et ses habitants.
Enfin nous arrivâmes au plateau faisant face à Texcavation que l'on appelait la Boutique des panthères. En effet, c'était un lieu sombre et sauvage. Cependant, en dehors des préjugés du pays, je voulus
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entrer dans cette csyerne et la visiter. Hais le Chérit m*anréta par le bras.
— ITentre point dans cette caverne, Ha4ii, dit-ll» tu n'en sortirais pas.
Avec d'autres hommes que les Àrabeif eusse insisté. Avec eux, c'eût été tenter Dieu.
— Mais, demandai-je, si la source est au fond de cette grotte, il faudra bien y aller.
— Par bonheur, elle n'y est pas, répondinmt iêê guides.
— Où est-elle? voyons I fit le chérif avec impatience, .
— Nous y sommes, Séid, dirent les Arabas*
Et nous faisant faire un détour, ils nous conduisirent à une espèce de puits de trois ou quatre pieds Aê circonférence creusé dans un bloc énorme de granit. L'eau montait presqueà fleur de pierre. Mais elle était si claire, si limpide, si reposée, que Je déclarai à première vue que ce ne pouvait être une source.
Je coupai un petit arbre avec mon poignard, pour sonder la profondeur du puits. La branche me donna
SI94 L*ÀRABflS HClTRflfJSE:
deux pieds et demi k'troi^ pieds de profondeur. Partout le fond était solide. Cela confirmait mon opinion. Mftis les guides prétendaient qu*il y avafit écoulement, . et que, par conséquent, puisque Teau s'écoulait, elle se renoutdftit: A l'appui de cette assertion, ils me firent descendre à quelques pieds au-dessous de là prétendue source, et me montrèrent u» suintement, qui en effet indiquait une fuite.
— Eh Men! soit, dis-je au chérif,' épuisons la source; nous verrons comment elle se remplira.
Aters, a^ecdes séMeSi en noix deM;o«o-, nous nras mîmes à rejeter Teau jusqu'à ce que nous fussions arrivés à dessécher le paîtsi.
En eflèl, TeaU'se renoiivelaât; mais par un filet imperceptible, glissant par une fissure qui ne donnait pâBune (temi-lîgne d'eau. Il eût faHn un jbur ctune nuftpour remplir lepuîts. I!cont»nâît «"ois ou quatre voies d'èau; Ce n'étailpoint là peine de constnrirenn' aqueduc, ponrwhi. La- nature' avwt'déipasé I& cette* grwde lasse' poHfdésaMrer !ës pâfires' de là mon- Ugna, etijas^powavtt'e ohoseï
L'ABJlBtB HEI7RKIT$£. S96
Le éhërif était fort désappointé. Il avait déjà b&ti tont un Alhambra et tout un Âlcazar avec ses jardins pleins d^eaa jaillissante, sur Vexistence de cette source. Il lui fallait dire adieu à ses rêves, frais mirages de son imagination.
La fable de Pérette et de son pot au lait est aussi ▼raie sur les montagnes de TArabie que sur la butte Montmartre. Le cbérif était furieux. C'était la seconde course du même genre qu*il faisait. On se rappelle notre vtoyage aux sources de lait. Cette fois cependant il était évident que ces hommes n'avalent pas votilir le tromper. Ils étaient de bonne foi. Seulement. l'importance de leur découverte avait été exagérée. Ce fut ce qu'avec son admirable intrtlîgehce la chérif oomprit parfaitement. Ausst, loin de punirles guides con^me il avait fait aux sources de Iftit, il leur fit don^ liera son retour quelques centaines de piastres.
296 L*ARABrE HEUREUSE.
II s*agissait de revenir à Abou-Àrich. Nous descendîmes en vingt minutes la montagne jiuenous avions mis deux heures à escalader. Puis nous regagnâmes le village où nous nous étions arrêtés le matin. La journée avait été suffisamment fatigante. Nous nous reposâmes jusqu'à deux heures du matin.
Vers minuit arrivèrent Abd'el-Mélek et Ahmed. Us ne ramenaient qu'un des deux chiens. L*autre avait été tué par la panthère. Par compensation, ils apportaient deux outed-eUnemr^ deux enfants de tigre, comme disent les Arabes. .
En outre, Abd'el-Mélek avait été mordu, ou plutôt frappé par une vipère. Mais à l'instant même, avec son sikin, il avait enlevé deux doigts et demi de chair. Puis il s'était pansé avec des feuilles d'arbre et des herbes connues par leur efficacité contre la frappure
da serpent. Le pauvre garçdn au reste était fort p&le et horriblement fatigué. Il avait dû marcher pendant plus de deux heures avec cette blessure.
Les deux petites panthères étaient charmantes. Elles n'étaient nullement effrayées, et jouaient ensemble comme deux chats. Us étaient revenus rapidement, de peur que leur mère ne les poursuivit. On fit venir une chèvre, et les petites panthères se mirent à téter comme si c'eût été leur mère. Au reste, elles vinrent à merveille, et, quand je quittai Abou-Arich, elles étaient privées comme des chiens.
Aussitôt son retour, Abd-el-Mélek me demanda. Il était fort impressionné de sa blessure, et, malgré son héroïque résolutjijpn, il craignait encore que le venin n*eût pénétré dans les veines.
Je le rassurai. Je connaissais assez la frappure de la vipère cornue pour lui dire que, puisqu'il n'en était pas mort, il n'en mourrait pas. Je visitai la blessure. Il n'y avait pour le moment qu'à la laver avec de Teaa et du sel. Les Arabes voulaient la cautériser ao feu. Je m'y Opposai.
398 l'arabt^' HEU«ë08K.^
A ti«oi9 heureâ; 4tr matiot mas montâlRieg à cbevti' etnoos'QOiisnmytniieseBi route« Abd'el*Mélek ne put' remonter à cheval. On lut fabriqua nue litière et onl^: plaça'$arle'do9'<ftrn cbamean.
Je remarquai que te 'fils du chérif preroit avec nne grsnde philosophie la blessure' de son cousin. Cette' activité, ce courage, cette aération tax grandes choses qui faisaient le fond du caractère et du tem^ pérament du jeune Arabe promettaient an fiU du chétif un concurrent dangereux.
Le ct\^rif était visiblement de mauvaise hunieur. Ik marchait en tête de la cavalcade, solitaire et sans par- ' 1er à personne,, pas même à moi. Cette mauvaise humeur do chérif fit que Ton résolut de revenir à Abou-Arich tout d'une traite. On ne s'arrêta que pour le» prières; et eneore, f^oito d^eau,. les afalution&se flusnt-^Hiâ» av«c le sabla
Dbnx'Ofi'trois-fois, jemiapproGhai du oliérifi)iMr causerav^ lui. Mais, oeavaineu qu'il désirait être?" seul iavm> sesi penséèBrje^fiWTetisrai eiï«mèi«,.et, me trouvant près^ du jeune imam^de fiana^ ieiiaiicoavef-
L*ARABrE HEGTREtTSfi. 299
satîon avec lui. A peine Tavais-je vn, à peine lui avais-je parlé. C'était un garçon très-distingué, mais qui me déplut à cause de son fanatisme. Il est vrai que son fanatisme n'était qu'un calcul.
Il savait que je n'avais point été opposé à Texpédîtion, et que si elle avait manqué ce n'était point par ma faute. Il me remercia donc et me fit toutes sortes de promesses pour le cas où un jour il deviendrait imam de Sana.
Je lui dis quelques mots des conseils que j'avais donnés au chérif, et je m'informai auprès de lui de la part pécuniaire qu'il pourrait apporter à l'entreprise dont le résultat devait être pour lui le siège de l'imamat. Il me répondit très-franchement qu'il pourrait, il le pensait du moins, grâce à ses partisans et à ses ressources personnelles, faire la moitié ou même les deux tiers de la somme nécessaire à feutrée en campagne. Puis, une fois établi à la place dé son onde, il parachèverait le total.
Je lui recommandai le plus grand secret snr cette affaire, et le mis en garde contre quelques-uns des
frères du chérif dont, à mon avis, il ne se défiait pas assez. Il était au contraire inquiet du côté du chérif; il se croyait plutôt son prisonnier que son hôte. Sur ce point je le rassurai^ lui répondant du chérif Hussein comme de moi-même.
Nous causions ainsi sous Tardeur du soleil à son zénith. Habitués l'un et l'autre aux chaleurs de l'Témen, nous n'y faisions pas attention. Peut-être aussi cet oubli nous venait-il de l'intérêt que nous mettions à la conversation.
Par hasard, ce jour-là, j'avsds voulu faire comme les Arabes : j'avais la tête seulement couverte d'un tarbouch et le visage garanti par ma sommada. G*était, pourun soleil comme celui qui versait sa flamme sur nos têtes, une coiffure beaucoup trop légère. J^e chérif m'en avait prévenu. Dans l'Yémen, il y a un proverbe qui dit : « Va tout nu, mais couvre-toi la tête. » Cependant j'arrivai à AbQu-Arich sans ëprou- "ver aucun malaise. Seulement, en me quittant, le chérif me dit :
— Tu as le visage bien rouge, Hadji, je croîs
L*ARABIB HEUREUSE. 30i
que tu as eu tort de ne point prendre de turban.
— Séïd, lui répondis-je, j*ai bu dans une peau de bouc qui sentait la résine, de Teau que j'ai trouvée excellente dans le moment, mais détestable après. Sans doute c'est cette eau qui me fait mal.
Puis je rentrai chez moi pour changer de tout, me laver et retourner dtner chez le chérif . Je fus accueilli par le même compliment. Hafza me demanda d*oti venait cette rougeur inaccoutumée. Je Tattribuai à la grande ardeur du soleil. Je ne sentais encore rien qu'un tiraillement de la peau.
J'allai dtner chez le chérif. Mais, vers les neuf heures du soir, me trouvant souffrant, je lui demandai la permission de me retirer.
— Va, me dit-il, mais prends garde d'avoir attrapé un coup de soleil.
Je rentrai chez moi et me regardai dans une glace. J'avais le visage violet. J'éprouvais en même teiqps des frissons de fièvre, une grande lourdeur de tête et des coliques. Je fus presque aussitôt pris par des vomissements. Un instant, Hafza crut à un empoisonnement.
302 L*ÀRÀBrB HK0REt7SE.
— Je t'avais pourtant recommandé, me dit-elle, de ne pats manger chez le chérif .
J'entendis ces mots à peine. Le délire commençait à me prendre avec une effroyable violence. Tout le monde perdit la tête autour de moi, excepté Sélim. Séïim me fit prendre du café noir dans»lequel il avait mis infuser de Vécorce de grenade. C'était une exécrable boisson, mais qui passe là-bas pour un côntre-poison efficace. Je demandais à grands cris de l'eau que l'on se gardait bien de me donner. Au milieu de mon délire, il me semblait voir Hadji SbHman se réjouir dans un coin. Imagination ou réalité, il m*én resta contre lui une suprême défiance.
Dès le lendemain, le bruit s'était répandu que fêtais très-malade; d'autres disaient que j'étais mort; les naïfs s'écriaient :
— *OhI mais nous l'avons vu passer hier, il se portait à merveille.
Les autres levaient les yeux au ciel et disaient :
— Dieu est grandi
©ftsrque lechérîf 'sutîna maladie, il iii*6niroya ses^ deux eunuques de prédilection. En cas de mort, ils dévalent veiïïer à ce qm ma maison ne fût pas mise au'pfiilage.
Ete matin Tenu, là flètre tomba, mais j'étais tombé avec la 'fièvre. Quoique j'entepdîsse tout- ce qui se disait autour de moi, le mal comme le bien, lés suppositions^ probables comme lès suppositions absurdes, je ne pouvais donner Tiucun signe dé vie.
tes fanatiques dii pays, convaincus que j*àllais trépasser; s'étaient emparés de moi. On me traitaitt comme lès malades désespérés, par des versets du Coran. Dans la chambre à côté, j'entendais récitérlâ prière des -agonisants. Malgré tout cela, je me sentais vîvre. Je n'étais, en effet, si je puis m'exprimer ainsi, inortqu*â' là surface. D'ailleurs, des douleurs d'enrti^Ies très-vives me rappelaient que je tf étais pas mort à rintérieur.
Térs le soif, je revins un peu à moi. J'appelai Sëlim. Je lui recommandai de ne pas me quitter et de ne laisser approcher de moi, comme garde-malade, que
Hafza. La pauvre enfant était au désespoir et ne cessait de pleurer.
Je demandai qui était venu me voir. J*avais reçu la visite de Yachya, des frères du chérif et du jeune Hussein. Abd'el^Mélek avait fait demander de mes nouvelles, mais lui-même était sur son lit avec une fièvre effroyable et ne pouvait bouger.
Je me fis apporter ma pharmacie sur mon sirir, j'y pris un flacon de quinine, je puisai dans le flacon avec
une cuiller à café, j'avalai tout ce qile la cuiller con-
tenait de la substance fébrifuge, et j'ordonnai que, quand même je ne pourrais pas en demander, on m'en donnât le lendemain une dose égale.
Une heure après, la fièvre et le délire m'avaient repris. L'accès cessa vers deux heures du matijd. Hafza et Sélim étaient près de moi et ne m'avaient point quitté I Je n'eus au reste qu'un instant de lucidité. Brisé de fatigue, je m'endormis.
Un esclave d'Abd'el-Mélek était venu pendant mon sommeil, et avait dit qu'il reviendrait. Il était revenu et attendait. J'ordonnai de le faire entrer. Il s'appro-
cha de mon lit et me glissa un billet dans la main en médisant:
* De la part de mon mattre.
Je pris le billet.
— N'avale rien de qui que ce soit, me dit-il tout bas.
Et il sortit. Lui parti, je frappai contre la cloison pour appeler Sélim. Sélim entra. Je lui donnai le billet à lire. J'avais confiance dans Sélim comme dans un frère.
Le billet contenait ces mots :
« On en veut à ta^vie, je viens de le savoir. Défletoi de tout le monde, excepté de Sélim. Je veille et ne puis t'en dire davantage. »
Ce billet n'était ni signé ni scellé. Mon nom n'y était pas môme prononcé. Le même jour, mon cuisinier en second, Abd' Allah, honnête garçon s'il en fut, était venu me trouver, me demandant de quitter mon service. Le prétexte de ce départ était la mort de son père et la nécessité où il se trouvait de régler des intérêts de famille. Le prétexte était spécieux et ne permettait point la discussion.
3<MJ' L'ÂHABt^ ttï CREUSÉ.
J'appelai Sélitn, et lui fife faire le compte d*Abd- Allah. Le compte fait, j'appelai Abd' Allah lui-même. Au moment où je lui donnais sou argent, il se pencha ¥ers moi, et, de majiière à n'être entendu de personne :
— Puis aussitôt que tu le pourras, me dit-il, c'est un ami qui te donne ce conseil.
Puis il sortit, et je ne le revis jamais. Les quelques mots qu'il avait prononcés me confirmèrent dans cette pensée, c'est qu'il avait reçu des propositions pour m'empoisonher. Sélim et Hàfza, à qui je racontai ce <pri s'était passé, furent de mo« avis et devinrent d'autant plus vigilants:
Les esclaves du chérif venaient deux' fôis' par jour demander de mes nouvelles. Mais ni le chérif ni le neveu dieFlTmam ne' venaient eux-mêmes. Yàchya ve* naittôus les jours*, plutôt deux fois qu'une.
One fièvre cérébrale se déclara, excessivement intense. Je ne pouvais juger de mon état, j'avais tous lés jours une crise dans laquelle* je perdais complètement ïe sentihiem dfe moi-mêtoe. Je fus probablement sauvé par une inspiration de Hafza. Vôyaut ma tête
L'AR&BIB* fffiOlIlIBSE. 3DT
brAlmite^ elle 7 yersatt des douches d*émi thiées du
re^écatkm S0 faisait de lafaçcmla plirs- simple. On memttttJHft dans une immense jari'ê^que Ton remplissait dMaa, pui^ l'ra snspenddt au-dessus de ma tête rasée une ffiFtre jarre pleine d'eau également: On enlevait le fausset de la jarre supérieure, et; elle se vidait sut ^ loa ttte imn un filet d'eau* dé la grosseur â*un roseau à^éorice. Fais, on me (rictfontaaitrav60>nD'gantde crin jusqu'à ce que la chaleur fût revenue à la peau ; puis eiroore on* me faisait transpirer & foroede c^nvertares de laine. Pendant tout ce temps, on brûlait de l'encens' pour éloigner le memvaiê iBiL L'encens n^ chassait pas le mauvais œil, mais me rén'dàittrff' bien* autre service : il chassait les moticbes.
B&djfSWiraau avait de fréquente entretiens avec tous ces messagers des différents chérifis qui venaient demander tous les jours de mes nouvelles, non pas pwrr savoir si J'âllàis mieux, maïs pour savoir si j'étaî» mort.
. le (fikiè»e jour, il parrint' à s^àppiDober dé moi,
308 l'àràbic heureuse*
me demandant avec beaucoup de paroles mielleuses ce que j'éprouvais et où je souffrais. Il n*eut pas le courage de me donner un coup de couteau, pour lequel il eût eu, selon toute probabilité, une bonne récompense, 'mais il eut celui de me donner un petit paquet qu'il garantissait comme une recette infaillible. Je le remerciai et pris le paquet.
Je devais mettre la poudre blanche qu'il contenait dans de l'eau, tourner jusqu'à ce qu'elle fût fondue, et avaler le tout.
Je remis le paquet à Sélim en lui disant de le conserver avec soin.
— Oh ! maître, dit-il, sum el thar.
Ce qui voulait dire :
— Oh ! maître, de la mort aux rats.
Sélim ne m'apprenait rien de nouveau. Seulement il confirmait mes soupçons sur Hadji-Soliman.
Le treizième jour de ma maladie, le chérif vint enfin me voir. Il éta,|t accompagné du jeune imam. Il eut Fair étonné de me trouver vivant encore.
En effet, on lui avait ^dit tant de fois que je n'en
l'aràbib heureuse. 309
reviendrais ;pas, qa*il en était arrivé à trouver que j'abusais de la force dé ma constitution. Tai tort, au reste, de dire cela, et c'est le reste d*un mauvais doute que je n*eusse pas dû conserver.
Lechérif me fit toutes sortes, de protestations d'à* mitié et de dévouement. II mit sa maison tout entière à ma disposition, et me quitta en me disant de m'a* dresser à lui pour tout ce dont j'aurais besoin. Je me gardai bien de demander quoi que ce fût. H sortit fort étonné que l'on pût avoir été si malade et n'être pas mort.
Pendant qu'il était là, Sélim lui fit voir la poudre blanche renfermée dans le petit papier qui venait de Hadji-Soliman. Immédiatement, Hadji-Soliman fut arrêté. L'avis de Sélim était qu'il ne donnerait pas un para de la peau de son camarade. Cependant le chérif se contenta pour le moment de le faire mettre en prison. On avait résolu d'attendre ma convalescence ou ma mort pour prendre un parti. Puis lechérif voulait savoir au nom de qui l'empoisonneur agissait.
Le lendemain de la visite du chérif, j'eus celle
340 xJaBAJUUL BEJHUJDSIL
d'Abd'el'-Mëlèk. Celui-là vânait avec dds
qui a'étaient point douteux.. Nous re^&mes seids.
— Tu as reçu mon billet? ma di^.
— Oui, répondis-je, je t'en ramereie.
— Le moment n'est pas encore ye3^% m^ ditril» de te rendre compte de ce qjû â'estipassé,. mais quand tu seras vétMir tu sauras, twjt.
Je lui dis que, la veille, j'avais vu son oncle.
— Oui, me dit-il, je savais qu*ll' t'avait fait Tîsile, comment a^-il été pour toi?
— Bien.
— Tu dis cela d'une singulière façon.
— Je Fai trouvé froid.
— Si tu savais de queUes intrigues il est entouré I situ savais ce qu'on lui a dit conire toi! Tous ces charlatans qui ont voulu te guérir avec des versets du Coran t'ont accusé de tiédeur religieuse, voyait que tu n'avais pas voulu avaler leurs talismans. En outre» on a reçu des lettres de la Mecque : le parti turc demande tout simplemeut ta mort. Eschref-Be; ne t'a point pardonné d'avoir dévoilé à mon oncle son pas-
S9ge par.AdeQ^ toutes le$ cooÂ^qoeii^ce&jite 3QB traité avec TAiigleterfie* Au rct&te^ Qe,tl«(iuiète po&nt autrement de tout laela ; jcaou onçto .a.tenu et tiendjra bon : luiuiasji$pdu.trQp4e.$(Brvice$ pour qu'il les oublie $1 légër^m^t. :Réiablis-toi d'abord» continue à ne rien prendr6:que delà. maia de. Silw; une fois rétabli, tu aviseras. Quant à moi, tu sais que je t'appartiens corps et âme.
Au bout de quelques minutes, il me quitta, s'aper* cevantqueje faiblissais. Je n'étais pas encore assez fort pour suivre une conversation un peu longue et surtout un peu sérieuse.
Sélim et Hafza continuaient de m'entourer de tous leurs soins, ce qui les avait mis assez mal avec tout le monde. Il était à craindre que l'un ou l'autre, ou peut-être tous les deux, ne,portas$ent la peine de leur fidéUté.
Cependant ma santé se rétablissait peu à peu. Le seizième jour, je me levai; le dix-septième, je me traînai à l'ombre sur ma terrasse.
La nouvelle se répandit que j*étais sauvé, ce qui
3t2 L*ARABIK HEUREUSE.
parut prodigieux à tout le monde. U n'y avait pas on homme dans tout Abou-Arich qui eût donné de ma peau plus que Sélim n'offraitde celle de Hadji-Soliman.
Le dix-huitième jour, le chërif revint me voir. Il me trouva debout. Je dois le dire, il me parut trèsjoyeux, et, au fond du cœur, ma conviction est qu'il le fut en effet.
, La conversation fut vague et sans importance. On lui annonça que je commençais à manger. Seulement on ne lui dit pas que, de peur d'être empoisonné, jene mangeais que des œufs à la coque, dénichés par Hafza, cuits par Sélim. Comme les Arabes ne mangent pas beaucoup d*œufs, ils s*étonnaient de ma prédilection pour ce mets. Sélim répondait avec aplomb que j'étais médecin, et très-bon médecin, puisque jo m*étais guéri, et que je savais mieux que personne la nourriture qui m*était salutaire.
Le soir de la visite du chérif, on m'appc^ta de sa part toutes sortes de confitures, de sirops et de pâtisseries.
U va sans dire que je ne touchai à rien de tout cela.
l'àaàb» hkukkvse* 313
non pas que je me défiasse da diéri^ mais je me dé* fiais de son baran.
Le Yingt-denxième joar, je pus, le soir, deseeodie au petit jardin. Le haiemdu cbérif en sortait On me vit passer, appuyé an bras de Sélim« Unedes femmes, drapéedans son melaja, se letonma deux fois pour me YOir. A en juger par ses pendants d*oreiIle eo or et par son mdaya en soie, ce devait être Alima.
Le même soir, le chérif sut que j'étais sortL U m'envoya son fils pour me iébâter et médire combien son père et sa famille étaient beureux de ma conva^ lescence.
Dès le lendemain, j'eusse pu, à la rigueur, aller chezlediérif; mais j'étais en train de changer de peau, et je n*étais poim lâché que Topération fût entièrement terminée avant de faire une sortie sérieuse* Les bains y aid&r^t ; le massage aux essences acheva ce que les bains avaient commencé.
Tout le monde sait ce que c'est que le massage. Seulement, tout le monde ne sait pas qu'il y a, en OnmU deux espèces de massages : le massage arabe,
B. iS
3U J^'ARABIC 4II»V«««r4IK.
le massage-indien. Le massage imiien seicompose de petits coups de poing appuyés sèchement sur toiiles les paarties^èa corps. Lejma8«ftgearab&'80 fait par la oompresBÎGn^^e^touteS'tes'partk» deFradiVidii, mm particulièrement des lointure».
Le a^/je fis denaandér an chérif si je poun«is le voir le lendemain. Avant le retour de mon -messager^ le jeune Hussem était à la maison. Le chérif me faisait répondre que' je pouvais le vei'r à Finstant même, si je voulais.
Pendant la durée de ma maladie, Sélim avait eu le soin de faire énormément d*aumdnes, de sorte que les pauvres gens d'Abou-Arich m'étaient très-sympathiques.
Lorsque, le lendemain, jesei^tis pour aller au ehftleau du chérif, appifyé d'un cdté au bras de Séiim, de l'autre sur celui d* Yachya, les pauvres me firent cortège. Le chérif me vit vesir de loin. Il envoya son fils au de- .vanideumoi ; &mon arrivée, je trouvai tous ses officiers froupés pour Kie recevoir, vizir et kbasnadar en tête. , Lecbènf ûntau diBVttDtdemoi jusqu'àtep(Hrlede
l!àiiabiis rcuiivusb*. 2nV
son sdlon. Il me présenta les dénie mains mec beaucoup d'effusion, riant et me disant :.
— Partna foi I Hadji, je ne m'attendairpas k te revoir Bitdt Je tecfais toiB mesoompliaientd; e'était .écrit.
Dianç oette-iséaiiee, la.qaa6tiaBid!Hadîi^rSDlimaD.fut décidée.
— Puisipietu es rétabli, m&dstHJQsseïn, occupentnous un peu de HadjirSoliman^
— Puisque je sais rétabli, hii-Fépondifirje, et que tu veux bien me consulter, Sé'id, Je demande x|u'Jl ne lui soitiait aucun mal.
— Mais enfln^ il avoiplu t'empoisonnarc Or, si sonr projet avait réussi, on n'aurait pas manqué de dire que .le coup venait 4e mei^
— Mais on eût eu beau me le dire à . me^, je ne l'aurais pas cru*
—Je Tespëre, me^dit leehérif en<me-tendaAlla main.
— Je te prie donc, çini1iinuai>je; de li© faire aucun mal à Hadji-Soliman ; qu'il aille se* fait». pendre ailleurs, coHiine.o&>dit{envEurepeu
— • Tu le veux ? me dit-il.
3f6 L*ÀRABIB HEUREUSE.
— Je t'en prie, Séïd.
— Attends, alors.
Il frappa dans ses mains. Un esclave entra.
— Qu'on amène le prisonnier Hadji-Soliman, dit-il.
Nous n'eûmes pas longtemps à attendre; il l'avait
déj& fait amener au château. Il entra avec les fers aux
pieds. Dès que Hadji-Soliman vit le chérif et moi * réunis, il s'inclina devant le chérif et voulut lui prendre la main pour la baiser. Mais le chérif lui retira sa main. Il vint alors k moi. J'en fis autant que le chérif. Ne pouvant pas me baiser la main, il voulut au moins me baiser les pieds. Je me reculai. Il resta à genoux.
Le chérif tira de sa ceinture le petit paquet contenant l'arsenic.
— Connais-tu cela? lui demanda-t-il.
— Oui, Séïd, répondit le misérable.
— Est-ce toi qui as remis cela à Hadji ?
— Je le lui ai remis.
— Comme poison ou comme médicament? '
— Comme médicament.
— Et savais-tu que ce médicament était du poison 7
— Je le savais.
— Tu voulais donc l'empoisonner?
— J'avais reçu mission de le faire.
— De qui ? ^
— D'hommes influents, mais étrangers au pays.
— De chrétiens ou de musulmans?
— De musulmans.
— D'Arabes? ^
— Non, de Turcs.
— Quels étaient ces Turcs ?
— Je ne puis le dire, j'gii prêté serment de garder le silence.
— Ne peux-tu rien ajouter?
— Si fait, je puis dire que ce sont des ennemis personnels du Hadji, qui, du moment où je n'ai pas réussi, le poursuivront partout où il ira.
— As-tu du regret d'avoir été l'instrument de ces hommes?
— J'ai le regret de ne pas avoir réussi.
Le chérif me regarda.
348' L*A'irA9i[«' llSU1tBV9E/.
— C'est un Térc ftnafttsé par les sieB«, lai' dfe-jc.
— Alors, si tu étais libre, contiD\3a> Hasseio, ta recommencerais?
— A rinstant.môme; mais je tâchersâs dé. m^^y prendre mieux.
Le cMrif ^e toinna de men^ oôlé.
— Tu vois bien/ me dit^il, que ce «en^cme' faute que de lui donner sa liberté.
— N'importe, j'insiste, Séïd. Il ne fera «Btce chose que ce qui est écrit.
— Tu le veux absolument.?^
— Je te répète tque je le ;désire.
— Va, dit le chérif, tu es libre.
Hadji-Soliman fit un mouvement de surprise.
— Sealement, remercie le Hadji.
Il revint. ponr me baiser.la main et les -pieds. Je te repoussai; il sortit. Aussitôt et derrière lui,, le chéôfi dtanm ordre à* son vtsir qu'on eftt à faire- quitter immédiatement Abou-Arich à ce malheurenxi B* devait en outre le préFemr qji|ie<ce smâtaa pétit-de sa vie qu'il y reparaîtrait.
J*.afKpelai SiSim et: Im domai l'ordre de remettre à . Iftdjirâoliinaft nngHâaq talaris. D les refusa. On lea^disIribBa aax paoyres, qm pMtrsnmreDt Hadji— Sdlianade lenrs hafes an moment 06 il sortit dn paiais da chérif • H va sans dire qne tont le monde, blâma ma générosité, même les pauvres qvi en proiU* talent. Le pardon que famis obtenu ponr lut fut généralement traité de faiUesse ; mais je m'étais so»venu qne ce malhenreux.avait femme et enfante. Le même soîr, il avait quitté Aboor-Aridi, prenant la route de Djézan.
Je rentrai diee moi et reços la visite de tous les hauts personnages du pays; le bruit s'était répandn qne çM-senlement j'étais sauvé, mais encore qne j^ tus plas en foreur que jamais.
Le soir dn même jour, Sélim m'annonça Abd'ei^ Mékk : c'était sa seoende visite. Cette fois, il venait causer d'une bçon pins sériense. Il s!agiss8tt to«tr sJM^ikmoitde tnoafarunpiéteitei imardemanéer mon congé au chérif.
Abd'e^MâriB me amsaillaic de quitter Abon<*Afîch
à rinsu même du chérif ; le plus tôt serait le mieux, n avait là conviction que son oncle, tout affectionné qu*il me fût, finirait par céder aux suggestions du harem et aux intrigues turques. Il ne savait trop me dire de quel côté j'avais le plus à craindre. C'était assez mon avis, et, depuis que j'étais entré en convalescence, ma résolution était prise à cet endroit. Abd'el-Mélek savait que Ton avait fortement insisté prés du chérif pour qu'il m'incarcérât. Je voulus savoir quel était l'officieux conseiller. Abd'el-Mélek refusa de me l'apprepdre, se bornant à me dire que c'était un des hommes que j'avais le plus obligé pendant mon séjour à Abou-Ârich.
Restait à savoir comment j'arriverais à ne pas blesser la susceptibilité du chérif en lui demandant mon congé. Je devais m'attendre, m'assurait Abd'el-Mélek, à une grande résistance de sa part. Je lui étais encore indispensable, à ce que prétendait le jeune homme, dans les derniers projets qu'il méditait. C'était, à son avis, ce qui m'avait sauvé.
— En tout cas, acheva Abd'el-Mélek, quel que
L'AftABIB HBU&BUSB. 3tl
soit le moyen que tn duMsisses, compte rar moi.
Et il sortit sar cette noavdle promesse.
Inutile de dire qa'il me laissa livré à des réflexions d'.nutant plus tristes qn*dles portaient sur rinjustice dti chérif à mon éganL Mais, jeFai dit, je n*avais pas attendu son avis ppnr prendre ma résolution.
Le lendemain, on envoya chercher Hafza, du harem. Elle revint tout en pleurs. Je voulus savoir ce qui lui causait cette émotion ; je vis qu'elle n*osait me le dire. Tavais une si entière confiance en elle que je n'insistai pas.
-^ Quand tu croiras que je dois éixe averti, lui dis-je, tu m'averûras.
Je me doutais bien de ce qui se passait. On renvoya chercher plusieurs fois ainsi. A chaque fois elle rêvenait plus triste.
Enfin, un soir, elle m*avoua tout On l'envoyait chercher pour la corrompre ; d*abord on voulait en faire un instrument ; mais comme on vit que c'était même inutile de le tenter, on se contentait de son âoignement. Si elle voulait fuir ou me quitter, on