II
2tâ L'ARABIE HElJRBtrSE.
veux, avant de les réunir, avoir une réponse de toi. Dieu fera le reste.
Je le quittai en Pembrassant. C'était une faveur qu'il n'accordait à aufcun des membres de sa famille, à moins qu'il ne les revit après une longue absence.
Je sortis. Yachya resta. Je rentrai chez moi et montai à l'instant même chez mon Abyssine, à qui je racontai tout.
— Ainsi tu as refusé? me dit Hafza.
—A peu près.
— A partir de ce moment, veille sur toi.
— As-tu donc quelque chose de nouveau de ton côté?
— Non; mais je suis sûre qu'il y aura quelque chose de nouveau demain.
— Le chérif m'a promis de n'en point parler au harem.
— Oui, mais il ne tiendra pas sa promesse. Le chérif dit tout à sa vieille femme, qui a une grande influence sur ses décisions.
— Iras-tu au harem?
L*ARABIE HEDREUSK. 243
— Non» f attendrai mes sonin d^Abyssmie; elles viendront se promener dans le jardin.
£n ce moment Sélim, de la cbambie à cAté, vint m'annoncer Tacbya. Je sortis. Tacbya m*atlendait sur la terrasse du premier ^age. n venait me rendre compte de l'impressioa réelle que ma conversation avait produite snr le cbérif.
— Tu as été parfait dans tes répliques, meditril. Que le mariage se fisse ou ne se Casse pas, elles ont donné de toi la plus haute opinion à Hussein. Il a vu en toi un honune sage et modeste, et sa confiance pow toi s*en est augmentée au point que si la guerre se fait avec Timam de Sana, et que te cbérif prenne le commandement de ses troupes, il est décidé à ne confier qu*à toi le gouveiBement du Théama, attendu, dit-il, que tu es le seul homme auqud il se fie entièrement.
— C'est à la fois trop beau et trop difficile pour que cda réussisse. Je n'y compte donc pas plus que sur la réussite de la mission dont il m'a chargé. Le chérif Hussein m'a paru trop ardent à accepter les
propositions du jeune homme. Il n*a pas réfléchi aux conséquences qui doivent ressortir de cette guerre. Ne pouvant m'y opposer ouvertement sans m'exposer à sa défiance, j'ai pcoposé un moyen qui nous fera gagner le temps que le chérif eût dû donner à la réflexion. Au surplus, tu connais les Arabes. Il ne faut pas qu'aux yeux du jeune imam je sois le fondé de pouvoirs d'Hussein, il faut que ce soit lui, au contraire, qui me cliarge de ses intérêts près du chérif; il ne faut pas que ce soit moi qui aille chez lui, il faut que ce soit lui qui vienne chez moi. C'est à toi, Yachya, d'aviser au moyen de le faire venir. Je n'ai pas besoin de te tracer un plan, tu sais mieux que persolme les zigzags des négociationlà arabes. Yachya demeura un instant pensif.
— C'est diflBcile, dit-il; mais on tâchera.
Sur ces mots, il se leva. Je le reconduisis jusqu'à la porte de l'escalier. Là, il s'arrêta.
— Écoute, me dit-il, je crois que tu réussiras à toute chose, excepté à ne pas épouser la fille du chérif.
Le lendemain, Hafza avait eu la visite de ses aticiennes amies, qui l'avaient emmenée au harem. A peine avait-on su son arrivée, que les femmes s'étaient emparées d'elle, lui avaient parlé de mon hésitation, et lui en avaient demandé les motifs. Elle avait raison ; le chêrif n'avait pu se taire.
— Que leur as-tu répondu? lui demandai-je.
— Je leur ai dit que je ne savais absolument rien de ce qui s'était passé. Alors elles m'ont tout raconté.
— Et sur quel ton?
— En y mettant beaucoup d'amertume.
— Et AUma, l'as-tu vue?
— Elle m'a paru affligée comme une femme amoureuse, et blessée comme une femme qu'on méprise.
—Et tu crois qu'elle se vengera?
— Elle fera le possible, sa mère l'y pousse.
— Voyons, Hafza, lui demandai-je en la regardant en face, est-ce bien vrai, tout ce que tu me dis là?
Malgré sa couleur cuivrée, elle rougit.
— Tu fais, pauvre Hafza, un autre métier que celu dont on t'avait chargée, ce me semble f
3M . L*ARAiiK HEUEKUSE.
^ Je oe compreiidfi pas.
— Conviens que, lorsgue le chérif fa doiuaée à moi^ tu avaîâ, ûnoa de lui, du meilns de son hareoi, reçu des îDstruetions particuUëFes?
—Écoule, me dit-^le, pour te prouver que je f aime, que je ne te trompe pas et que )e te suis dévouée, trouve-toi ce soir, après le coucher du soleil et la prière du soir, sous la partie la plus ombragée du jacdin.lLes fesustes et les filles du chérif seront là; tu pourras les entendre. Maintesant tu sais ce ^e tu risques si tu es découv«art ?
La proposition était grave. J'eusse autant aimé épouser AUma.
-^ Je D6 v<eux p9&.Gourir un pareil danger, lui disje; mais toi, vas-y, et ne me cache rien de ce que tu entendras.
L*ARABIB HEUREUSE* 247
Le soir, à huit heures, Hafza descendit au jardin, et j'attendis son retour, m'en remettant à Dieu de me tirer de l'étrange situation où je me trouvais engagé.
Abd'el-Mélek arriva sur ces entrefaites. Depuis son mariage surtout, il m'était parfaitement dévoué. Il m'annonça la visite de son cousin Hussein. Le fils du cbérif allait venir le rejoindre. Il était évident qu'il faudrait parler du mariage. Cela me contrariait fort. Quoique je^n'eusse jamais eu qu'à me louer du jeune Hussein, je ne comptais pas d'une façon bien positive sur son amitié.
Je ju'avais pas vu Abd'el-Mélek depuis qu'il avait ité ûicidè «Dire nous que Je refuserais sa cousine, liaifrau reste, par Yachya d'une part et par sa mère 4e TaïAe» Uitait à peu jures au coiurant de TalEaire.
2iS L^ARABIE HEUREUSE.
Une chose inouïe, c'est la rapidité avec laquelle les nouvelles se répandent par le moyen des harems, et, ce qu'il y a de curieux, c'est que les nouvelles ne restent pas seulement dans la sphère où elles sont écloses : et par les esclaves, qui eu Arabie ne sont point considérées comme de la domesticité, mais de la famille, et dont par conséquent on ne se cache pas, les nouvelles descendent, grossies et défigurées, jusqu'au peuple.
Abd'el-Mélek approuva, comme Yachya, les observations que j'avais présentées à Hussein à l'endroit de mon entrée dans la famille, et relativement au projet de guerre avec Sana. Malheureusement, au moment où nous allions entrer dans le cœur de la question, arriva Hussein fils, avec tout l'attirail de sa domesticité, et me faisan^ par conséquent une visite d'apparat.
Après les salutations d'usage et les compliments habituels, il s'assit et se mit à causer du jeune imam et des projets de son père à l'effet de lui conquérir le siège de Sana. Il fit le portrait moral d'Ahmed, le flatta
beaucoup. Selon lui, c'était non-seolemeat un homme très-instruit, mais un prince chevaleresque et brare, qui dans ses jeunes années avait eu des aventuiet très-brillantes au point de Tue de la fortune, avant que ses biens fussent confisqués, n le fit très-riche et très-généreux.
S*il était tel que le peignait le jeune chérif , ma négociation avec lui devenait plus facile que je ne l'avais cru d'abord. Mais il était à craindre que Hussein, comme son père, eût été ébloui par les appa^ rences et surtout ps^ les avantages que prometiatt au chérif Hussein la réussite d'un pareil projet. Seulement, pour que ce projet réussit, il semblait déjà beaucoup trop ébruité. A la manière dont les nouvelles marchaient quand elles sortaient de la forteresse d'Hussein, elles pouvaient, si elles prenaient la route d'Aden, y arriyer avant que l'expédition même fût arrêtée.
Or, les Anglais prévenus, il n'y avait plus d'expédition possible.
Soit que la présence d'Abd'el-Mélek le retint, soit
239 L*AaABfB HBURfiUSiE.
qu'il ne jugeât point encore l'heure arrivée d'aborder cette question importante, il ne fit que des allusions au mariage projeté par la chérlf entre sa sœur et moL Puis enfin, après une demi-heure, il se leva. Sans doute Ahd'el-Mélek craignit, en prolongeant sa visite, de porter ombrage à son cousin, car, en voyant celui-ci se lever, il se leva à son tour.
Les deux jeunes gens prirent donc congé de moi* Maî«, en me disant adiem, Hussein resta en arrière, et me dit de façon à ce que son cousin ne Ventendtt point:
~ Hadji, j'ai besoin die causer avec toi.
Je vis qu'il ji'y avait pas moyen d'éviter une explication de ce côté.
' -- Quand tu voudras^ sidi, lui dis-je.
Hais, sans ma fixer le moment de cette explicationt Hussein rejoignit son cousin, et tous deux rem<mtèrent à cheval et s'éloignèrent.
Mon euAuque ^'attendait, Hafza était rentvée. Je montai chez elle.
— Et bien ! lui demandai- je, quoi de nouveau?
L*AftABIE HECRBU&E; |5I
— Presque rien, répondit-elle, sinon qu'Alima ne renonce nullement à ses projets.
Le lendemain, les affaires me paraissaient tellement engagées que je ne quittai pas la maison, pensant que d'un côté ou de l'autre il allait arriver quelques nouvelles, soit d'Abd'el-Mélek, soit du jeune Hussein, soit d'Alima, soit d* Ahmed.
Vers midi, Sélim m'annonça Yachya.
— £h bien! lui demandai-je, m'amènes-tu Ahmed?
— Bon ! dit Yachya, il nous arrive Uen autre chose !
— Que nous arrive- t-il?
— Eschref-Bey et Abd'el-Kérim-Effendi sont à la forteresse du chérif.
— Arrivant de Sana?
— Comment sais-tu qu'ils arrivent de Sana?
— Je le sais, qu'importe comment. ^
— Le chérif te fait dire* de venjr chez lui à l'instant même.
J'aurais mis plus de temps k me faire seller un cheval qu'à y aller à pied.
S52 l'arabie heureuse.
— Allons ! dis-je à Yachya, et nous partîmes.
En effet, je trouvai Hussein avec les deux envoyés. L'un était Turc et envoyé par le sultan luimême; l'autre était Arabe,, et adjoint à l'envoyé turc par le chérif de la Mecque. A mon entrée, tous deux manifestèrent un grand étonnement. Tous deux me connaissaient, ayant eu de fréquents rapports avec moi à la Mecque, mais en dehors de cette question ; et comme ils m'avaient vu partant pour Bagdad, qu*ils ignoraient que je me fusse arrêté à Abou-Arich, ma présence fut pour eux une espèce d'apparition.
— Hadji, me dit le chérif, voici des envoyés turcs qui viennent de chez l'imam de Sana. Comme tu as
' habité la Mecque, tu dois les connaître.
— Parfaitement, lui répondis-je; ce sont de vieux amis.
Je les accostai alors en les appelant par leur nom, et, de leur côté, remis de leur premier étonnement, ils parurent enchantés de me voir. Alors, se retournant de mon cdté, le chérif me dit :
— Ces personnages viennent, au nom du sultan»
LARABIE HEUREUSE. 253
me proposer un traité d'alliance dans le genre de celui qu'ils ont signé avecrimam de Sana. Seulement ils voudraient que je consentisse à leur livrer la garde de mes ports. — Qu'en dis-tu, Hadji?
Je connaissais à cet égard les dispositions de Hussein.
— L'imam de Sana les a-t-il livrés, tes ports? demandai-je.
— Il ne pouvait pas livrer ce qui ne lui appartient plus.
— Non, il pouvait, les ayant possédés et s'en regar* dani encore comme le légitime propriétaire malgré ta conquête, approuver qu'ils fussent repris sur toi par les Anglais et les Turcs.
— Avez-vo^is discuté avec lui une concession de ce genre? demanda Hussein aux envoyés.
— Non, répondit hardiment Eschref-Bey.
— Je croyais cependant, lui dis-je, que c'était une négociation de ce genre que tu avais été chargé de mener à bien par le capitaine Haines, en passant à Aden.
L*ARA0IË HEUREUSE.
-*- Ah 1 dit Hussein, tu as passé à Aden pour te rendre à Sana?
— Nous avons pris cette route, dit Abd'el-Kérîm, comme étant la plus directe.
— Ou plutôt la plus rapide, dit Eschref-Bey, puisque nous pouvions, le vent étant bon, faire en cinq jours la route de Djedda à Aden.
— Puis, je te le répète, tu avais des instructions à prradre du capitaine Haines.
Les deux envoyés se turent.
— Voilà ce qui est ajfrivé, dis-je à Hussein ; Eschref- Bey et Abd^e^Kérim sont allés proposer à Timam de Sana, au nom de l'Angleterre et de la Turquie, de leur céder tout ton littoral, qui ne lui appartient plus, mais qui lui a appartenu. Dans le casoùTimam eût voulu te faire la guerre, ils eussent profité de ce moment-là pour s^emparer de tes ports,. que tu n'eusses plus été assez fort pour défendre. L'imam de Sana s'emparait même du reste de tes ports qui ne hii avaient pas appartenu. Ainsi juge» toi à qui ils appartiennent,, si tu dois les céder.
L'ARABIE HEDRKUSK. * 855
— Mais tu savais donc tont ce que tu Tiens'de dire? ^ J'en savais une partie; je satars le départ
d'Eschref-Bey et d'Abd'el-Kérim de la Mecque ; Je savais leur passage à Aden ; je savais leur présence à Sana. J'ignorais encore comment se terminerait la négociation ; tu viens de me l'apprendre. Tu vois que l'imam de Sana n*est pas aussi mauvais voisin que tu le pensais. Maintenant, veux-tu faire contre toi-même plus que n*a fait.ton ennemi?
-- Jene veux dans mes ports, dit Hussein, ni Turcs ni Anglais.
— Alors les conférences ne seront pas longues ; tu entends, Eschref-Bey? tu entends, Abd*el-Kérim? leur dis-je en m'adressant successivement à Pun et h Tantre.
— Pardon, dit Eschref-Bey ; mais une première demande refusée, chérif Hussein, je dois f en adresser une seconde.
Hossem échangea avec moi un regard d'intelligence.
— Parl6| dit-il«
— Avant qae les rivages de la mér Roùge fussent conquis par Méhémet-Âli, repris à Méhémet-Ali par Turki-Bil-Mès, et repris enfin à Turki-Bil-Mès par Aït d'Assir, par toi et par rimam de Sana, l'Arabie Heureuse payait un tribut au sultan; ce tribut, c'était la totalité du café qui se récolte dans le t)jebel-el- Ishuik et le Djebel-Sana. Le Djebel-el-Ishuik f appartient: consens-tu à payer le tribut* comme avant la conquête?
— Je ne puis payer un tribut pour un pays que la Providence a donné à mon père et que mon père m'a légué,
— Alors, dit Eschref-Bey, nous n'avons plus rien à faire ici, et nous prenons congé de toi.
— Non pas, dit Hussein ; j'en ai fini' avec les am- 4)assadeurs de la Porte et Jes alliés des Anglais, mais j'offre l'hospitalité aux voyageurs de distinction qui traversent mes États. Hadji Abd'el-Hamid, en ta qualité de mon serdar, cbarge-toi de faire les honneurs d'Abou-Arich à tes amis.
Je compris l'intention d'Hussein. Toujours gêné*
L*AI1ABIE HEUREUSE. 257
reuxet chevaleresque, il trouvait une occasion de faire preuve de'^libéralité et ne voulait point la laisser échapper, quoiqu'elle s'exerçât envers des ennemis.
J'invitai donc les deux envoyés à me suivre chez moi, et je partageai mon appartement avec eux. Derrière eux arrivèrent les vivres, se composant de moutons, de riz, de beurre, d'huile, de sucre, de café, etc., tout cela, quoiqu'ils ne fussent que quatre, deux maîtres et deux domestiques, était comptésur le pied de quarante personnes. Le surplus, on le sait, devait être, selon l'usage musulman, distribué aux pauvres. Au moment du repas arrivèrent sur des plateaux en cuivre les p&tés et les confitures.
Le lendemain, le chérif leur fit une visite ofiSciellc avec toute sa maispn et tout son état-major. Il s'agissait, tout en refusant les demandes faites, de ne point rompre complètement avec le sultan. C'était une des recommandations d'Ali, mourant.
« Mieux vaut, lui avait-il dit, dans un cas désespéré, te jeter dans les bras des Turcs que dans ceux de l'imam de Sana. »
258 l'ARÀBIB HElIRSVtfS.
Immédiateme&l après la visite du chérif arriyëreitf les cadeaux. C'étaient d*abord quatre dltevaux crabes pour le sultan» tout ce que Hussein avait trouvé de plus beau dans la race du Nedjéd, c'est-à-dire dans la plus belle race des chevaux de l'Arabie ; deux cents balles de café moka du meilleur cru, mais à titre da cadeau et non d'impôt ; des raisins secs de Zébid m énorme quantité; des perles, des bracelets, de» colliers, des bijoux dé toute espèce. Tout cela était pour le sultan Àbdul-Medjid. Les deux envoyés reçurent des sabres, des poignards, des bourses. On sait qu*ea Orient chaque bourse est de cinq cents piastres tuPr ques.
Faisons observer en passant que le chérif se débarrassait d'une monnaie qui, n'ayant pas cours dans sw. pays^ n'avait de valeur que celle de son poids.
Les envoyés restèrent huit jours chez moi. Le nea^ viëme jour, un vendredi, après la prière de midi, ils prirent congé du chérif, qui les escorta à. plus d'une lieue sur la route de Djézaa. Ils deiaient r^readro la mer à Djézan, et, selon le vent, arriver à Djeddft;
de Djedtia, continuer leur ehemin vers la Mecque^ a% ils avaient à rendre compte de leur miiaion.
Disons tout de suite ce qui arriva d'eux, ou plutôt de Fui d'eui.
Eschref-^Bey, qui relevait directement du suiteUt. partit pour Constantinople, et alla rendre compte d» sa mission h Abdul-Medjid. J'ignore comment il jtat reçu et de quelle façon U s'excusa. Quant h, Abd'el- Kérim, malgré sa naissanee, -^ c'était le iU d'ua marabout tirèfr-eslimé à la Meeque, ^ il fut arréld par Tbn-Aoun et décapité par ses ordr^. L» cbose se fit chez lui sans bruit et saios scaaAdale. On sut Tévéoe^ ment le lendemain. La veille, il prenait encore le eofk et fumait la chiJ)ouqae avee son cbérif. Abd'el*Kériin était un homme très-supérieur. Il ëtftit accusé dt s'être laissé corrompre.
En Orient, oin n'adniy^ jam«Â» «ne Yqu é^brae. Seulement^ on suppose loujoiur^ que Toi peut 9ù vendre.
Revenons au chérif Busseïnr
Les dewf, envoyés pwtis, il comprit paubîtemeol
que ce n'était pas ai| moment où Timam de Sana venait de se brouiller avec les Turcs et les Anglais qu'il fallait lui déclarer la guerre. D'un autre côté, nous avons dit l'embarras de la situation au point de vue de ses frères. Il fut donc décidé que, pour le moment, je n'ouvrirais aucun pourparler avec le jeune Ahmed. Seulement, toujours généreux, le chérifHus-. sein se proposait de lui fixer un revenu provisoire qui l'assimilait aux membres de la famille et lui permettait d'attendre les événements avec patience.
La situation redevenait donc parfaitement calme, et mes seuls intérêts, au point de vue de la fille du chérif, continuaient d'être en jeu.
Un matin, le chérif me fit appeler par Yachya. Je crus l'heure venue d'une explication définitive. Mais ce n'était point de cela qu'il s'agissait.
Des fellahs de Sahan étaient venus le trouver pour lui annoncer qu'ils avaient découvert, non plus cette fois une source de lait, mais une source d'eau vive.
Sahan était un chef-lieu de district situé dans une . vallée cultivée avec des plantations magnifiques de
l'Arabie hburbuss. 26f
cannes à sucre , de chanyre, de mais, de doorfth. Cette Tallée faisait partie des domaines personnels du chérif; elle était arrosée par un* torrent qui, Tbirer, la dévastait parfois, mais qui Tété se desséchait toujours, étant le résultat des |iyerses d'automne. Or, une source dans une pareille localité, c'était toute une fortune.
A la première nouyelle, le chérif avait donc eu l'espoir que, soit par un aqueduc, soit par un canal souterrain, il parviendrait à amener cette eau jusqu'à Abou-Arich, qui alors deviendrait parfaitement fer<* tile, lachose qui lui manquait étant l'eau. Ce que Abou- Arich en usait était puisé à grande peine et à grande dépense dans des citernes. Une source d'eau vive donnait en sorte à Abou*Arich un aspect de fertilité que voyait en rêve l'imagination féconde du chérif.
En arrivant chez lui, et avant même qu'il fût question de la prédeuse découverte, mon premier soin fut de rendre au chérif les pleins pouvoirs relatifs au jeune imam.
Puis j'appris ce dont il était question. Connaissant
2Ct L'ARABIE HEQBBIJiV.
la oatui^ du sol 6t les divers gisements des ioos<ta^es,jeM£ri35pasuiiiootde]aiU)uyeUe,etje nis là le pendant de la fameuse source de lait. Cependaatr cette fois, si la chose n'était pas probaJUe, elle était au moins possible. Je ne as donc que le mettre en garde contre une déeef^on.
— Au surplus, dit-il, depuis quelque temps je vis tellement refermé et en&tiyé, que je pardonnemis presque à mes paysans de m*avoir induit en erreur, puisque cette erreur nous fera mouler à dieval et vî^ siter une des plus fratdbes parties de moa dottaiiB»
— n fut convenu que nous partirions dès le leoàb^ main, avec le jeune Hussein, son cousin Atxi'ei-Hâiek et ce qu*il restait delà familledu diérif à Abou-Aiiefa. La plus grande partie avait quitté cette résîdenee dès que la résolution avait été prise de remets la gaen» à une autre époque. é
Je me tins pc(t peur Je leodettaiBu Le voyage de* vait durer plusieurs jours. Sélim, Mohammed et H»^ Soliman devaient m*acompagner.
Le ttéme jour, on plutât dona )r mût, JSélini^ ne
crojai4pi€l»Ddément69ck>mû, twidi&QM joimgfiis toujours comme le lièvre de Lafontatoe 4&«$ «oxi gtj^^,
Sélim, di3-je, Tint soulever le coio de la cpuvertw^
dans laquelle j'étais enveloppé. Le cbérif me fai^ail dire que Fou partait à deux heures du matin* Noua en étions^ je viens de le dire, aux plu3 fortes cbal^im de Fétéy et nous ne pouvions compter marcher qp,^. jusqu'à neuf ou dix heures du matin. Arrivé» k ÇH moment du jour, on serait forcé de faire halte, 44 dresser les tentes, si Ton était sur un terrain décw-r vert, ou de se coucher à Tombre; si Ton était dan» ua lieu boisé. Ce B*était qvL% troi» heures de VaprêisrnMdi que la course pouvait se reprendre» pour durer, e|b se soumettant cependant k quelquei^ baltes partielii<w» jusqu'à huit ou neuf heures du soir.
Nous partîmes à Theure dite. Nous étions UM mtt> quantaine de cavaliers, la domesticité comprise» Les domestiques étaient à dromadaire et les «Mttras. à Cheval. Tachya qui, cornue loQ)ours, faisait pavtîe M Texpédition, étaît, comme toujours encore, mQntii4(nr sontoé»
Il faisait froid. Toutes les herbes au milieu desquelles nous passions ruisselaient de rosée, tous les arbres que njous heurtions nous couvraient de pluie. Le voisinage de la ville empêchait tout incident, la nuit empêchait les chiens du chérif d'entrer en chasse. D'ailleurs ils étaient couplés, tenus en laisse par un noir, et couverts de leurs housses. De temps en temps ils levaient le nez, éventaient quelque chacal qui glissait sous les herbes, quelque gazelle qui bondissait et disparaissait comme une ombre, et s'élançaient de toute la loqgueur de leur laisse dans la direction que run ou l'autre de ces animaux avait prise.
Une chose remarquable en Orient, c'est le profond silence des nuits. Le moindre bruit qui s'y fait s'entend à des distances énormes. Ainsi, on entendait distinctement l'aboiement des chiens dont les douais étaient à plusieurs lieues.de la route.
De temps en temps, nous faisions lever des compagnies d'outardes et de poules de Numidie.
Nous nous arrêtâmes au lever du soleil pour faire la prière, puis Ton se remit en marche en découplant
L*ARABIB HEUREUSE. 265
4es lévriers et en préparant les fusils. Les lémers se lancèrent sur le premier groupe de gazelles qui partit d*une pièce de trèfle. Elles étaient quatre ou cinq. En quelques bonds, les lévriers les eurent nonseulement atteintes, mais dépassées. Si légères qu'elles soient, les gazelles ne peuvent pas lutter de vitesse avec eux, mais elles luttent de ruse.
Rien de charmant et de gracieux comme de voir ces gazelles, près d*étre gueuletées, faire un bond à droite ou à gauche, tandis que le lévrier, emporté par sa course, les dépasse de cinquante pas, cent pas, deux cents pas. Elles, pendant ce temps, gagnent une ^ autre partie de la plaine, et comme la plaine est accidentée, couverte de cultures élevées de maïs, de chanvre, de cannes à sucre, les lévriers les perdent de vue. Alors les esclaves à dromadaire se mettent à leur piste en appelant les chiens; quelquefois, grâce à la hauteur à laquelle ils sont juchés, ils ne perdent pas de vue la gazelle chassée^ Mais la chose est rare. Au reste, la gazelle chassée, dès qu'elle se croit hors de vue, rentre dans une tranquillité parfaite, s'arrête
dans un bnismi, dam da haulea herbes» et se vmDtk h brrater,
Lofsqil'ellee sontea bande elles sa s^pAseQtdjfivip» lemeat. L'une fait tête de eolonne, les autres la sujh^ vent Ce qu'il y adeeiurieui, c'est qu'elles marcbMi à la file, une & une, jamais de £ront. Quand eUei S0 séparent et qu'elles n'ont plus leifur guide, eUes m^ perdues.
Lorsque le slougi parvient h les gueuleler, il leur donne la même coup de dent que le loup donne aux chitena. Il leur casse les reins, pu^s U s'amuse à les jetea: en l'air. Quand le d^asseur est en vue, en géiM^ *ral il rapp<»:te la bote. Quand le cUasseur est trcip' éloigné, il U mange. Si la gabelle n'est pai^ tout h faJI morte, le musulmans'empres^ de lui cauji^erT^tiim du Qou, selon les pre^rîptions'du Coran, sans qiiQi il ne la pourrait point pia^ger ; nous parlons des vraia musubiaaiie.
Lorsque l'animai est tué roide au fustf, ieequ'HO^ musulBum ne &it îamaîs sans dire^oo m^% iNMpa; « Je te tue«u nom du Dieu mitériûorâiMa^ » }e«i«h
l'aiab» HEUaiMB. SHV
sulman peut m manger; nnon, il doit hit oeoper Fartfane, eomme lorsque Faniind a 4lé pris par le lé* vrier. H en résulte que les eafaliers suivent avee achai^ nementle diien, se tenant le plus près de lui possible afin d'arriyer à temps pour saigner l'anima]. Au reste, les chevaux ne tardent pas à- se lasser. Ute cheval, monté par un cavalier inexpérimenté, est mis hors d'haleine par la meiUeure gaaeHe. Les cavaliers habiles se contentent de marcher d'abord au pas relevé. Ils ne mettent leurs chevaux au galop que lor»« qu'ils voient la gazelle près d^étm forcée.
Le dromadaire vaut donc mieux que le cheval daMi ce cas. Son trot allongé, qui est son allure la plus douce, dépasse le galop du cheval le plus leste et suit les lévriers. Or, comme il peut faire jusqu'à ébi lieues à ce pas, on comprend qu'avant d'élm fatigué il peut conduire son maître à Thallali de trois oo quatre gaoelles.
Trois ou quatre gazelles furent forcées en d'une deuH-heiire. C'était une lutte d'adresse Abd'd^Mélek et son «ounn Hnsseui* De lear oMé,
les autres chasseurs, le chérif en tête, chassaient Tontarde et la perdrix. On rencontre aussi des bandes de rameaux et de sansonnets, mais il va sans dire que Ton ne s'occupe pas d'eux. Il y a plus, ces oiseaux sontTobjet d*un préjugé religieux dont ils profitent pour être envers les voyageurs aussi impertinents que possible.
La chasse du matin fournit le rôti du dtner.
Nous campâmes vers les onze heures près d'un puits nommé Bir-el-Hadj, le puits du pèlerin.
C'était un immense pilits à bascule, avec un panier de feuilles de palmier et non un seau. Au reste les feuilles sont tressées si hermétiquement que l'eau même ne peut pas s'en échapper. En Abyssinie, c'est dans de semblables vases que l'on transporte tous les liquides. Autour de ce puits, la culture redoublait de vie et de vigueur.
Une population d'agriculteurs, abritée par d'épais bouquets de palmiers, s'était agglomérée autour de ce puits. Leurs huttes étaient enveloppées de puissants ceps'de vigne enlacés à des chèvre-feuilles et ;i
L*ARABIS HSURSUSS. 269
des jasmins, ce qui emplissait tonte Tatmosphëre d'un délicieux parfum. Cette population pouvait se composer d'une trentaine d'hommes et d'une centaine . de femmes et d'enfants. A notre approche, les chiens entrèrent en émoi, et vinrent à notre rencontre. Leurs maîtres les suivaient. Du plus loin qu'ils aperçurent Hussein,. ils prirent leur course; puis, a^vés à lui, se prosternèrent d'abord, puis se relevèrent lui baisant le pied et la main, après lui avoir fait, bien entendu, les salamalecs d'usage et demandé où le conduisaient ses pas. Le chérif donna pour prétexte une promenade et le désir de voir par lui-même ça en était leur récolte.
On continua de marcher, les uns à cheval, les autres à pied, jusqu'aux huttes. Le chérif s'arrêta devant la hutte du plus ancien. Les Arabes ne savent jamais leur âge. Us l'estiment d'après révénemeot le plus saillant qui a précédé ou suivi laar naissaiiee. Le vieillard, devant la hntte doqod nous ooiii arrêtâmes, ne savait pas plus son âge qae les atttres.MaiJi la chronique dn pays loi donnait ao moiiif CMt di X ai»^
27(k l'aRABIE HEU'BBVSI.
Tandis que les bommes et les enfants mâles s'o&« cupaient des chevaux, les femmes et tes filles préparaient le déjeuner. Les unes étaient occupées à traire les chèvres et les vaches, les autres à moudre le blé pour faire les galettes, les autres cueillaient du raisiB, d'autres enfin écrasaient dans un mortier de bois les épices nécessaires au pitaw.
On abandonna aux cuisiniers et cuisinières les g^ zelles, les outardes et les perdrix. Ces dernières avaient été plus particulièrement tuées par moi. Mon habitude de tirer les 'oiseaux au vol et une certaine habileté dans cet exercice excttaient toujours l'admiration. Abd'elrMélek et Hussein étaient fort adroits au posé, Âbd'el-Mélek surtout; qui eoupait un fil d'aussi loin que la distance permettait de le voir. Tous deux essayaient souvent de m'imiter; matspnsr que jamais ils ne réQssissaseal.
A peine fûmes-nous assis sur les tai^s qu0 tes plus belles jeunes filles vinrent nous appoiier dja lait, de l'eau et des fruils. Ces f Des sotnt àbai^ mantes, avec leurs robes ornsert^ sm I4 (Mé et
L'aRABIB HEURBUdB. 2Tf
adhéraiites sur l'épaule par une agrafe en argent.
C'était le préliminaire de la réception.
Le dîner ne fient qne lorsque moutons, gazelles, outardes et perdrix seraient rôtis.
Après le dtner, le chérif se coucha et s'endormit. Les uns suivirent son exemple et firent la sieste, d'autres se réunirent pour former des groupes de causeurs et de fumeurs. On attendit ainsi que la grande chaleur fût passée pour se remettre en route.
Venu trois beares de l'après-midi, nous nous re* mîmes en Toute.
Cette fois, le jeune Hussein laissa se laneer son cousin etSidi-Ahmed à la poursuite des gazelles, et vint appuyer son cheval au mien. Je compris qti*il voulait causer avee moi; je na doutai 411e ce no Mt des pro-
37S L*ARABiE heureuse:
jets de son père. En effet, après quelques mots préliminaires échangés :
— Hadji, me diMl, mon père m*a fait part de ses bonnes intentions à ton égard.
Je m'inclinai.
— Le chérif, lui répondis-je, me comble bien au delà de mes mérites.
— Et cependant il m*a dit qu'il avait à se plaindre de. toi.
— A se plaindre de moi I Séïd, permets-moi de te dire que je doute que ce soit là le sens de ses paroles.
Le jeune homme se reprit :
— Il m'a dit du moins que tu avais refusé sa proposition de t'allier à notre famille.
— J'ai demandé du temps pour réfléchir.
-^Tu sais, Hadji, qu'il n'y a pas d'exemple qu*une proposition pareille à celle que t'a faite mon père ail été refusée.
— Je sais cela, mais comme étranger je me trouve dans une position exceptionnelle.
— Tu n'es pas étranger, puisque tii es musulman.
— Oui, mais je suis étranger de nation; j'ai une fandille en France, j*ai une mère à qui je n'ai pas dit, je l'espère, mon dernier adieu.
— Qui t'empêctie de la faire venir?
— Elle ne pourrait supporter le voyage ni le climat.
— Une femme est plus pour toi que ta mère ellemême, car c'est la mère de tes enfants.
— Séïd, j'ai donné au chérif encore d'autres raisons.
— Je le sais ; tu lui as dit que tu étais un voyageur comme les oiseaux qui traversent le ciel, tantôt pour aller au nord, tantôt pour aller au midi; mais les oiseaux ont une femelle et voyagent avec elle.
Je souris.
— Les oiseaux ont des ailes, lui dis-Je, et le ciel est à eut.
— L'homme a le cheval et le dromadaire, et la terre est à lui.
Je ne répondis point, attendant qu'il me parl&t de nouveau.
— Tu sais, continua4-il, qu'Alima est deux fois ma
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«œur, sœur par moh père et par ma mëre« ta serais donc tout à fait mon frère.
— Ce serait un grand honneur et une grande joie pour moi, Séïd, mais pourraii-on m dire autant de tes oncles et de tes cousins ?
— Ge que mon père fait est bien lait, dit le jeune . homme, et Allah lui seul a le droit de le reprendre de ses actions.
Je me tus.
— Pour te prouva combien nous avons confiance en toi, Hadji, je fais te dire une chose que je ne dirais point à un Arabe de naissance : ma sœur t'aime.
-^Impossible, Séïd.
— Comment, impossible! Pourquoi cela?
~ Elle ne me connatt pas.
Hussejin se mit à rire.
— Dis cela à Teuiiuque qui la ^arde, mais ne me dis pas cela à moi; elle t'ai vu non pas une fois, inais dix im^
Je m'inclinai.
--Ifon pèM m'a dit oe matm : «flosseia, pendant
le voyage» aussi souvent que tu le pourras, tu t'approcheras de Hadji, et tu lui diras que je le prie de réfléchir à la proposition que je lui ai faite; tu ajouteras que tu serais aussi heureux de Tavoir pour frère que je serais heureux de l'avoir pour gendre. »
— Et tu as répondu?
--*« J'obéirai à tes ordres, non-seulement parce que ce sont tes ordres, mais encore parce que ces ordres sont d'accord avec mon plus vif désir. •
— Je ne puis, de mon côté, te répondre, Séïd, que ce que j'ai déjà répondu au chérif : « Mes regrets seuls égalent ma reconnaissance. »
— Et comme mon père, je te dirai à mon tour:
« Ce n'est point Ion derm^ mol, Hadji, et j'espère que tu revienA^ sur cette détermination. >
Et sur ces mots il alla rejoindre son père, près du*quel il marcha pendant quelque temps. H est évident qu'il loi rendait compte de la conversation qu'il Tenait d*avoir avec moi.
A peiM m*avait-il quitté, qu'Tadiya maïKBavra son
276 l'arabib heureuse.
âne de manière à se trouver à son tour à mes côtés. Yachya, avec ses joues maigres, ses rides prononcées, ses lèvres serrées, ses yeux brillants, son nez pointu, sa barbe rare et inégalement plantée, son co&tume de calicot blanc et sa monture biblique, était toujours pour moi une curiosité nouvelle. Le côté grotesque de son visage, de son accoutrement, de toute sa personne enfin, échappait complètement aux Arabes, mais me rappelait, k moi, non pas Sancho, mais don Quichotte lui-même ayant emprunté pour un instant la monture de son écuyer. Il est vrai que j'étais bientôt ramené au sérieux par le respect que chacun lui portait comme à Fhomme du prince. En effet, c'était le confident, c'était l'intime, c'était le nécessaire du chérif . Si jamais le chérif Hussein a perdu Yachya, il a dû être l'homme le plus désorienté et le plus désolé de la terre.
J'ai déjà dit combien Yachya m'aimait. Or, l'amitié d'un pareil homme eût été une véritable fortune pour quelqu'un qui eût voulu l'exploiter. Je n'en eus jamais l'idée, et cela devait bien étonner Yachya, habi-
tué comme il Tétait, sans paraître s'en prévaloir, au reste, à ce que tout le monde lui fit la cour. Il venait tout naturellement savoir ce qui s'était passé entre le jeune Hussein et moi. Je lui racontai tout. La chose l'inquiétait énormément. Il ne pouvait pas me donner tort, car il appréciait parfaitement mes raisons. D'un autre côté, il voyait le guêpier dans le^ i]uel je me fourrais en refusant. Je suis sûr que, tout uvare qu'il était, il eût donné cent roupies pour que la proposition ne m'eût point été faite. Mais elle était faite, la malheureuse proposition! Il fallait subir toutes les conséquences de la situation.
Nous n'avions pas encore épuisé, Yaçhyaet.moi^ rénumération des événements qui pouvaient surgir, lorsque nous arrivâmes à la halte du soir. La halte était marquée, comme celle du matin, par un puits» Celui-là se nommait Bir-el-Djedid, le puits nouveau. Le paysage était encore plus riche, plus verdoyant et plus pittoresque'que celui où nous avions fait halte le matin. Les fellfths aussi étaient plus nombreux* On pouvait y compter deux cents huttes peut-être et