FIN
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"âge 67. Magnanime Philippe. C'est Philippe II, Roi
d'Espagne.
Pag. 73. Un Sénat composé des grands de la nation.
Cette forme de gouvernement, qui n'est autre chose que l'anarchie armée, nous offre encore une image du régime féodal de nos ayeux. Ces petits Caciques, subordonnés à un Généralissime qui n'a qu'une vaine préséance , ou du moins d'autorité que dans les grandes crises politiques, ces assemblées Amphictyonniques où se débattent les grands intérêts de la nation, tout ce système, en un mot, ressemble à ces anciennes confédérations de la France, de l'Allemagne et de la Pologne, où chaque Seigneur était maître chez lui et reconnaissait à peine la suprématie d'un Empereur ou d'un R.oi. Le Sénat des Araucaniens n'est qu'une répétition des diètes , des champs de mai et des états de la féodalité, et l'on verra, dans le cours de ce poëme, que cette forme de gouvernement entraînait, chez les Araucaniens, les mêmes troubles et les mêmes désordres qu'en Europe. Parmi ces sauvages, comme chez nos ayeux, le guerrier Miles était, seul, capable de posséder, ou de jouir d'un fief; le reste du peuple avait la condition de nos
serfs ou hommes de glèbe. S'il était possible de pénétrer dans les annales de ces peuples , on verrait que cet état de choses eut pour principe, comme dans nos climats, le droit de conquête. Ce régime se serait modifié de même , à mesure que la nation aurait perdu de vue l'époque de son asservissement. Quoique nous ne puissions apporter aucune preuve de cette marche analogique des nations, cependant l'empire des Incas peut servir, sinon de preuve, du moins d'exemple. Il n'y a nul doute qu'il a été fondé par le glaive; mais à l'époque de la découverte de l'Amérique, la civilisation, fruit du temps, avait déjà adouci l'aspérité des mœurs, et les Péruviens étaient parvenus à un tel éloignement des coutumes primitives, que leur gouvernement, au lieu d'être militaire et féodal, était sur le point de devenir sacerdotal.
Pag. 7 5. Ces barbares ne reconnaissent point d& Dieu. Les Espagnols entendaient par Dieu, le véritable, celui dont l'évangile nous a révélé l'essence et les attributs; ils considéraient alors toutes les nations idolâtres comme adorant le diable , dii gentium demonia; et c'est ce qu'il faut entendre dans les expressions du poëte. Les Espagnols, en prenant le sens rigoureux et littéral des maximes théologiques, se sont étrangement trompés sur le culte des Indiens. II n'est pas exactement vrai que les payens et les idolâtres adoraient l'ange de ténèbres. Ils ignoraient d'abord ^'existence de cet esprit impur, et on re leur avait jamais révélé la différence qui existe entre ses prestiges et la sagesse du Très-haut. Trompés par l'aspect de la nature, ils prirent l'effet pour la cause, et rendirent un culte aux
astres et aux éléinens. Il y a loin de ces écarts de l'imagination et de l'ignorance à l'abominable superstition de rejeter les vérités de la foi, pour s'adonner au culte de l'enfer. Les Araueaniens, en adorant Eponamon, que Don Erciila qualifie de diable, croyaient rendre hommage au véritable auteur de la nature.
» Les Araueaniens, dit M. Malte-Brun, ( Précis de la • géographie universelle, tom. V.) adorent le grand esprit » de l'univers : ils adressent des hommages aux astres. Les » morts sont enterrés dans des fosses carrées , le corps assis ; » on met à côté les armes et les vases à boire ; on place à » l'entour les squelettes des chevaux immolés en l'honneur » du mort; chaque année, une vieille matrone ouvre les » tombeaux pour nettoyer et habiller les squelettes. Le code » national permet la polygamie, mais la soumet à de sages » régîemens. Les propriétés et les actions de la vie civile » sont aussi bien réglées que parmi nos nations Européen- » nés. Ils ont quelques notions de géométrie et d'astrono- >> mie ; ils distinguent les étoiles par des noms particuliers , » et raisonnent même sur la pluralité des mondes. Leur » année solaire, divisée en douze mois de trente jours, » avec cinq jours intercalaires, est marquée par les solstices, » qu'ils observent avec soin. Ils divisent le jour et la nuit
» en douze heures dont une répond à deux des nôtres
» Leurs médecins ne sont pas tous de prétendus sorciers, » comme chez les autres Indiens ; il y en a deux sectes qui » se sont crçe des systèmes et des méthodes. »
Pag. 78. Les accablèrent de tributs et de vexations. La description que Don Erciila fait de la tyrannie exercée par
les Incas sur les peuples du Chili, est bien suspecte. L'immensité de l'empire des Incas , la sagesse de leurs lois , l'attachement que leur portaient les Péruviens , nous prouvent au contraire que ces princes étaient des législateur» humains. Auraient-ils pu sans cela étendre si loin, et conserver si long-temps leurs conquêtes? Le poëte, en représentant les Incas comme des guerriers féroces, des despotes imbécilles et concussionnaires, veut peut-être justifier ses compatriotes d'avoir précisément déployé le même caractère contre cette antique dynastie.
Pag. 79. DonDiégode Almagra, guerrier courageux. C'est un de ces fameux conquérans de l'Amérique,
Que le ciel fit si glands sans les rendre meilleurs,
-a dit l'auteur d'Alzire. « Almagra, né dans une telle abjec- » tion qu'il ne connaisait pas même son père , devint illus- 5) tre par sa valeuretfameuxpar sacruauté. Il accompagna, » en 1 525 , François Pizarre à la conquête du Pérou ; il prit » Cusco, et c'est à lui principalement qu'on impute la mort » d'Atabalipa, dernier roi du Pérou, qui fut arrêté par » trahison, dans une entrevue, puis étranglé contre la foi » donnée, en 1 555. Almagra pénétra jusqu'au Chili, signa- » lant toujours partout et la même valeur et la même » cruauté. S'étant brouillé avec Pizarre , il le fit assassiner. » Ce crime ne resta pas impuni; Vaca de Castro, Vice-roi » du Pérou, fit la guerre à Almagra, le vainquit, le prit et » le fit décapiter. » (Encyclopédie méthodique.)
Pag. 79. Vatdi via seul eut i3 honneur , etc. Ce personnage doit être classé parmi ces aventuriers que la découverte de l'Amérique fit pulluler. Ces modernes Paladins
rassemblaient quelques hommes de bonne yolonté , et s'enfonçaient dans les déserts et les montagnes de l'Amérique, pour subjuguer des peuples et fonder des royaumes. Beaucoup, tels que Valdivia , réussirent dans leurs expéditions hasardeuses. Ces chercheurs d'aventures ressemblent assez aux héros des romans de chevalerie qui couraient par monts et par vaux, pour trouver des dangers dignes de leur courage, et qui soumettaient aussi, en passant, des empires et des royaumes. Il est probable que la découverte de l'Amérique contribua à reveiller chez les Espagnols ce penchant pour les prouesses chevaleresques dont Cervantes s'est moqué avec tant de finesse dans le Don Quichotte. Je pense néamoins, que Cervantes, à l'époque où il écrivait, avait plutôt en vue la critique du goût littéraire de ses contemporains , que celle de leurs mœurs ; je crois que sous ce rapport , on s'est mépris sur le but du Don Quichotte ; mais ce n'est pas ici le lieu d'élever cette discussion qui pourrait être susceptible d'un examen étendu.
L'idée que l'on peut se former du vaste 'continent de l'Amérique, doit faire présumer quel degré de constance et de courage animait ces petites troupes d'aventuriers qui en firent partiellement la conquête; ils furent obligés de parcourir six cents et quelquefois mille lieues d'étendue, à travers des déserts horribles, inondés par de larges débordémens, peuplés de bêtes féroces et de reptiles dangereux: ils voyageaient sans cesse dans des pays totalement inconnus et sur le sol desquels l'agriculture n'avait encore jeté aucun végétal nourrissant. Si l'on joint à toutes ces difficultés la ré sistance opiniâtre de peuples barbares et presque indomp-î
tables, on serait tenté d'accorder à ces conquérons les honneurs de l'héroïsme, si l'on ignorait que la plus insatiable cupidité était, seule, le mobile de leur courage. Les Missionnaires du Christ, qui, dans les mêmes lieux, entreprirent les mêmes travaux, pour répandre les vérités de la foi, et établir le code bienfaisant de l'évangile, méritent, seuls , la gloire réservée à ces périlleux voyages.
Pag. 81. Le Haute et l'Itata, etc. Ce passage prouve que Valdivia suivit, dans la conquête du Chili, la route que les Incas avaient prise; il est présumable , cependant, qu'il s'embarqua dans un des ports du Pérou, et prit terre dans le Copiapo. Le Maule est un petit fleuve , qui prend sa source dans les montagnes qui bordent le Chili à l'Est, et près d'une petite ville appelée aussi Maule. Il se jette dans la Mer Pacifique, vers les 35° 20^ de latitude australe. L'Itata prend sa source dans le val de Chillan ; après avoir parcouru le Chili , dans toute sa longueur , et reçu plusieurs rivières, il tombe dans la mer par 34° de latitude. L'Andalien est une petite rivière , qui se jette dans la mer, à quinze lieues au Sud de l'embouchure de l'Itata.
Pag. 81. Sur tes bords du Biobio s etc. C'est le fleuve le plus considérable du Chili; il prend sa source près de la ville de S. Barbara, à l'extrême frontière orientale du Chili, et par 53° de latitude australe. Il se jette dans la mer un peu au-dessus de la Conception. Le Nibéqueten prend sa source dans la vallée de Tucapel, située entre le Chili, la terre des Patagons et la Province de Cuyo. Le Biobio borne au Nord, dans tout son cours, l'Araucanie ou pays d'Àrauco; et le.Cauten, qui se jette dans la mer vers les 4 i° de latitude, limite aussi cette contrée au Sud.
Pag. 82. Firent tout ce qui leur était possible pour l'accréditer, etc. Ce fut une opinion générale, parmi les Américains, que les Espagnols étaient des Dieux. D'anciennes traditions et l'effet des armes à feu accréditèrent ce bruit. On doit cependant remarquer que les Espagnols, qui accusaient les Américains d'adorer le diable, et qui coloraient leur soif de conquêtes et de richesses du prétexte sacré de convertir les idolâtres à la foi , ne se faisaient aucun scrupule de tolérer, et même de provoquer la plus coupable des idolâtries , en laissant ou faisant croire aux Américains que les Européens, la poudre à canon, et jusqu'aux chevaux, étaient de puissantes divinités.
Pag. 85. // fonda sept villes florissantes. « Les Es^ » pagnols en fondèrent encore six autres; de ces treize » villes, les naturels en enlevèrent sept et les détruisirent : » les habitans de ces places furent tous taillés en pièces; » on fit pourtant grâce au beau sexe , et la rançon de chaque » femme était une paire d'étriers, ou d'éperons, ou une » bride de cheval : on donnait six femmes pour une épée. » Les Indiens trouvaient assez leur compte dans ce genre » de trafic ; ils se servirent de ces instrumens pour guerroyer » contre les Espagnols, et c'est ce qu'ils continuèrent pen- » dant vingt-deux ans , temps auquel le gouverneur Vaidez » eut l'adresse de conclure la paix avec eux. » (Atlas historique. )
Pag. 87. Enfans d'une langue barbare. » La langue » Moluche ou Araucane est douce , riche et élégante ; leurs » verbes ont trois nombres, et beaucoup de modes et de » temps.. Amateurs d'une poésie remplie de grandes.
■» images, ils se donnent des noms aussi pompeux et aussi » harmonieux que ceux des anciens Grecs; l'un se nomme » Cavi-Lemon c'est-à-dire V erd-Bosquet ; l'autre, Meti- » Antou c'est-à-dire quatre-soleils<» (M. Malte-Brun , 'précis de la géographie univ. tom. V.
Pag. 90. Il s'exprime en ces termes. Voltaire, dans son essai au traité de la poësie épique, a analysé, avec le goût et le talent qui le distinguent, ce passage de l'Araucana, et il a traduit le discours de Colocolo. Je n'ai aucune comparaison à faire entre ma version et celle de Voltaire, mon devoir de traducteur m'obligeait à suivre le sens littéral ; mais l'auteur de la henriade pouvait étendre et embellir les idées du texte , et c'est ce qu'il a fait. L'hypercritique Clément , dans sa septième lettre à Voltaire , le tance vertement de s'être rendu le critique d'Homère au sujet du discours commun et froid du vieux Colocolo tiré du poème obscur de l'Araucana. J'avoue qu'en général Voltaire, dans son essai sur la poësie épique, se montre trop partial contre les anciens; mais dans le passage dont il s'agit ici , il y a peu de bonne foi dans les récriminations de Clément. Voltaire ne met point en balance la supériorité positive des discours de Nestor et de Colocolo, il examine seulement l'effet qu'ils devaient produire et qu'ils ont produit : or, il est incontestable que le discours de Nestor n'était nullement propre à calmer les superbes ressentimens d'Achille et d'Agamemnon. Homère l'a senti lui-même, et c'est ainsi que ce grand poëte, toujours fidèle à la vérité des caractères et des situations , s'indentifie avec la nature, et développe sans cesse des tableaux remplis d'intérêt et
de réalité. Nestor ne pouvait s'exprimer autrement. Il eut -, été inoui qu'il gardât le silence en pareille occasion; mais dans cette circonstance, il était moins propre que personne à persuader ses auditeurs. Homère n'aurait pas sacrifié ces convenances au désir d'amener un incident ou un dénouement; de semblables disparates sont l'apanage de l'impuissance ou du mauvais goût. Le discours de Colocolo n'est ni commun ni froid; il est au contraire parfaitement adapté aux circonstances , aux mœurs et au caractère de ceux auxquels il est adressé : il produit en conséquence un effet utile , et tel est le but de l'éloquence. Si on analyse ce passage, d'après les bases que je viens d'indiquer pour celui d'Homère, on verra qu'en cet endroit, Don Ercilla a suivi les traces des cet illustre modèle , sans l'emporter sur lui ,,et que tous deux ont suivi la nature. Telle était la pensée de Voltaire.
Pag. 95. Qui avait résisté pendant quatorze heures à cette terrihie épreuve. Don Ercilla assure positivement que cette épreuve n'est point une invention poétique, et qu'elle eut réellement lieu. Il faut convenir, alors, que nous ignorons encore jusqu'à quel point les forces du corps humain peuvent se développer par l'éducation, les habitudes et le climat : ces héros du Chili confirmeraient, en quelque sorte , la vérité des travaux attribués aux Hercules , aux Thésée et à tous ces hommes des temps primitifs, qui puisaient dans une nature encore vierge et vigoureuse, les moyens d'exécuter ces entreprises que nous reléguons au ..rang des fables.
Pag. i3o. Se déploie en s9 élevant vers sa sphère. Le
poëte suit ici la physique d'Aristote , qui était celle de sot* temps.
Pag. 159. La Seréna. Plus connue sous le nom de Coquimbo. Cette ville bâtie par Valdivia en 1 544 , et* qui a été souvent pillée par4 les Anglais, est un des plus beaux établissemens du Chili : elle est située par 290 54' de latitude australe.
Pag. 146. Qu'il est impossible de révoquer en doute. Don Ercilla paraît tenir beaucoup à ce qu'on ne croie pas que le miracle qu'il va raconter est une fiction poétique; il s'adresse directement, en cet endroit, à Philippe II, et lui marque en vers la date précise de cet événement, qu'il fixe au 25 avril i554«
« A veîiite i très de abril.
« El ano de qumientos i cincaenta
i» Y quatro sobre mil, pot cierta cuenta.
Un poëte épique français ne s'aviserait jamais démettre en vers une semblable supputation.
Pag. i5i. Pour la première fois. Il est important de constater cette observation, ou plutôt cet aveu d'un Espagnol , pour l'histoire morale des peuples de cette contrée.
Pag. 162. Cette tranquillité apparenta couvrait un projet important. Le texte présente, en cet endroit, des disparates si choquantes, la prolixité y est poussée à un tel excès, qu'une traduction littérale n'eut pas été supportable. J'ai donc pris le parti de refaire tout ce passage en conservant le fond et les principaux traits du récit de Don Ercilla.
DU TRADUCTEUR. a75
Je dois même avouer que l'épisode de la mort de Guacolda est de mon invention. Ercilla, après le récit que Lautaro fait à sa compagne d'un songe qu'il vient d'avoir, et une prolixe contestation qui s'élève, à ce sujet, entre les deux, époux, ne parle plus de Guacolda ; mais après la prise du fort des barbares, qui est longuement et minutieusement racontée, il fait venir un vieux soldat Araucanien , qui à la suite d'un discours assez froid se tue lui-même. La narration est suspendue pendant long-temps, par le récit de ce qui se passe au Pérou, et par une infinité d'autres incidens qui ralentissent, mortellement, la marche du poëme. J'espère que le lecteur me saura gré de lui avoir épargné les longueurs de l'original, et que par ce motif il excusera ma hardiesse , un peu forte , je l'avoue , dans un traducteur.
Pag. 1 78. Les reêeUes du Pérou. En 1 55 1 et 1 553, Godinez et Giron, anciens compagnons de Pizzaro et d'Almagro, levèrent au Pérou l'étendard de la révolte, et attirèrent dans leur parti une foule d'Espagnols ; ils battirent les troupes royales, et obtinrent l'un et l'autre de grands succès. La cour d'Espagne fut obligée de traiter avec Godinez , et de le déclarer Généralissime ; mais elle le fit assassiner peu de temps après, en i55a. Giron fut défait en 1 554 à Pacava, pris dans les montagnes et exécuté à Lima. Le prétexte apparent de tous ces troubles était l'édit relatif à la liberté des Indiens; mais la véritable cause résidait dans l'esprit iudépendant et factieux qui animait , en général, les premiers conquérans du nouveau monde* En i555, le Marquis de Canetta ( Don- André Hurtado de Mendoza) fut envoyé au Pérou, avec l'ordre d'étouffer
jusqu'au moindre symptôme de sédition. Cette mission lui fut donnée par Charle-Quint, comme le dit Éteilla , et non par Philippe II, comme le rapportent les auteurs de la biographie universelle. ( tom. 7, pag. i3. ) Philippe II ne fut Roi qu'en i556, époque de l'abdication de son père. Le Marquis de Canetta déploya contre les rebelles et les mécontens une rigueur si excessive, que les plaintes éclatèrent de toutes parts, et que la cour fut obligée de le rappeler.
Pag. i83. Une excellente position militaire. C'est l'île de Sainte-Marie dont la pointe Nord-Ouest se nomme encore Talcaguano; cette île est située presque vis-à-vis l'embouchure du Biobio, et par les 36 degrés 5o minutes, environ, de latitude australe.
Pag. 187. Perfide mission. La suite prouve cependant, qu'en cette occasion , les barbares étaient de meilleure foi que les Espagnols.
Pag. 189. La suprématie de Carlos. Charle-Quint, Roi d'Espagne et Empereur.
Pag. 191. Usurpé sur sa durée. Dans l'hémisphère austral, l'équinoxe du printemps est en septembre.
Pag. 192. De notre prise depossession. Cette entreprise était, par elle-même, un commencement d'hostilités, ou du moins une violation de l'espèce d'Armistice conclu par Millelauco ; les Espagnols peuvent donc être considérés comme les agresseurs.
Pag. 200. De lui couper les deux mains. Le général Espagnol, en donnant cet ordre barbare, ne se souvenait plus de ces beaux sentimens de clémence et d'humanité qu'il avait étalés dans son discours à ses troupes. Alors, il n'était pas sur de vaincre ; mais du moment qu'il est vainqueur, il revient à son naturel féroce. Ces sortes de contrastes et d'inconséquences sont assez communes dans l'histoire des premiers conquérans de l'Amérique.
Pag. 21 5. Va se décider. La bataille de Lépante fut livrée dans le golfe de ce nom par Don Juan d'Autriche, frère naturel de Philippe II. Ce jeune prince, le héros de son siècle, ayant sous ses ordres les flottes de la chrétienté, remporta, sur les Turcs, une des plus mémorables victoires navales dont l'histoire fasse mention; les Musulmans perdirent, dans cette journée , trente mille hommes et plus de deux cents bâtimens. La bataille de Lépante eut lieu au mois d'octobre i5-i , et le tableau que Fiton en présente à Don Ercilla doit être considéré comme une prédiction ; car cette aventure de l'enchanteur est supposée se passer en i558, et peut-être même pius tard, époque à laquelle Don Ercilla était encore au Chili : je ne puis donc m'empêcher de relever une erreur notable que M. Bocous a commise dans sa notice sur l'auteur de l'Araucana. (Biographie universelle, tom. i3 pag. 241.) Il dit : tors de son retour en Espagne en i554, */ commença la, seconde partie de son poème, à bord de son vaisseau* Arrivé à Madrid, etc. Il est probable qu'en i554, Don Ercilla ne songeait ni à écrire son poëme, ni à faire le voyage du Chili. C'est à l'année i554 qu'il rapporte, dans sa
21ô NOTES
première partie, l'apparition de cette divinité qui arrêta Caupolican, lorsqu'il se dirigeait avec toutes ses forces contre l'Impériale; c'est sur la foi de témoins éprouvés et nombreux, comme il le dit lui-même en cet endroit, qu'il raconte ce fait, et il assure , au commencement de la seconde partie de son poëme, que tous les évènemens qu'il a jusqu'à présent célébrés dans ses vers , lui ont été attestés par de fidèles témoignages; mais que désormais il va être acteur lui-même dans cette scène féconde en catastrophes. Il s'écoula deux années, remplies par tous les fléaux de la colère céleste, depuis l'apparition miraculeuse dont nous venons de parler, jusqu'à la reprise des hostilités, par Caupolican; ce qui nous mène à l'année i556. C'est à cette époque que le Marquis de Canetta vint au Pérou , et ce n'est même qu'en îêS?, selon la Biog. Univ. (tom. 7, pag. i3. ) que ce Yice-roi fit son entrée à Lima. Don Ercilla le trouva dans cette ville; il s'était embarqué, comme il le dit lui-même, en Angleterre, pour aller servir au Chili, et il se félicite d'être arrivé à Lima au moment même où Don Garcia de Hurtado, fils du Marquis de Canetta, allait partir pour le Chili, dans l'intention d'y combattre les rebelles. Ce ne pouvait être qu'en i557, et même plus tard. C'est donc vers cette époque que l'on doit, seulement, fixer l'entrée de Don Ercilla dans le Chili et l'idée qu'il conçut de célébrer dans un poëme les évènemens de la guerre à laquelle il prit tant de part. En supposant, ce qui est très-probable, que Don Ercilla passa au Pérou à la fin de i557, il aurait pu se trouver à la bataille de Saint-Quentin, qui eut lieu au mois d'août de la même
année; c'est un fait sur lequel tous les biographes sont d'accord , excepté M. Bocous.
Pag. 249. Il était devenu cruel, ombrageux et sanguinaire. Il est à remarquer que cette analogie s'est déjà rencontrée dans plusieurs chefs de parti, beaucoup plus célèbres que le général des sauvages insurgés contre les Espagnols. La nature est toujours la même dans tous les temps et chez tous les hommes. Les guerres civiles, ou la lutte désespérée d'un peuple contre ses oppresseurs, donnent à tous les senfimens un degré d'exaltation qui souvent les détériorent; car les extrêmes se ressemblent. Il n'est donc pas étonnant que le courage, aigri par l'adversité , dégénère en cruauté chez des hommes qui, comme les chefs de parti, ont déjà épuisé toutes les ressources du génie pour lutter péniblement contre une série continuelle de circonstances critiques et extraordinaires. L'ambition trompée, le désespoir et l'amour propre humilié, peuvent produire ce changement. J'en citerai deux illutres exemples. Sertorius, après avoir résisté victorieusement à la puissance de Sylla et battu les armées envoyées pour le soumettre, trouva, dans son propre parti, des ennemis qui excitèrent contre lui des révoltes, qui lui firent prévoir sa ruine infaillible et prochaine. « Ces infidélités , dit m Plutarqtie, aigrirent tellement l'esprit de Sertorius, qu'il » perdit la bonté et la modération qu'il avait témoignées » jusqu'alors, et qu'il se porta à une injustice atroce contre » les jeunes enfans espagnols qu'il faisait élever dans la » ville d'Osca; car il fit tuer les uns et vendre les autres. »
Le général Charrette , dont le nom sera toujours cher
s8o NOTES
aux amis de l'honneur, et dont la gloire est immortelle; Charrette, dis-je, trahi par la fortune, et disons le, par l'Europe entière qui se trahissait elle-même en l'abandonnant, n'eut pas assez de force pour envisager, avec calme et résignation, les revers irréparables de son parti, et la ruine de la cause noble et sainte à laquelle il s'était consacré avec un dévouement si héroïque. Réduit au plus tristes extrémités , désespéré d'avoir perdu tant de fois , et par des circonstances qui lui furent souvent étrangères, le fruit de ses travaux, le but glorieux de son ambition, il ne put point supporter l'infortune avec fermeté, et son caractère s'altéra sensiblement. « Charrette, dit M. Alphonse de » Beauchamp, devenu ombrageux et cruel, accueillait et » encourageait les délations : l'espionnage prit alors le » voile de l'amitié, et les anciens officiers royalistes furent » en butte aux soupçons les plus injurieux. Bientôt la terreur » régna dans le parti Vendéen, comme elle avait régné dans » le parti contraire : un seul mot, le moindre soupçon *> » coûtaient la vie. Les déserteurs se virent, plus particu-» » lièrement exposés à de sanglantes proscriptions. Déjà » l'on ne jugeait plus , c'était à coups de sabre et dans le » mystère que se commettaient les assassinats. »
Pag. 262 . A l'élection d'un nouveau Généralissime. Don Ercilla arrête, ici et brusquement, l'action de son poëme , et ne donne point le résultat de cette élection ; il nous apprend, sans aucune transition, les voyages qu'ij entreprit avec Don Garcia , dans les régions les plus australes du continent de l'Amérique, et jusqu'à l'Archipel d'Ancudbox. Nous avons déjà tant de relations sur cei
contrées, que le récit de Don Ercilla, tout-à-fait étranger à l'action du poëme, n'eût été qu'un hors-d'œuvre sans intérêt. Le poëte consacre les 55e et le 36e chants à cette digression; il se rappelle cependant, à la fin du 36e, qu'il a laissé le Sénat d'Arauco assemblé pour élire un Généralissime. « Je m'aperçois, dit-il, que je me suis beaucoup » écarté de mon sujet, et que j'ai oublié la promesse que » j'avais faite de décrire les évènemens qui signalèrent » l'assemblée des Caciques. Il faut donc reprendre la suite » de mes récits, quoique, peut-être, leur longueur vous » a déjà fatigué; mais l'intérêt que vous inspireront les » faits qui me restent à raconter, fera, j'en suis sur, » excuser ma prolixité.
» Le désir de succédera Caupolican échauffait l'ambition » des Caciques, et rendait leur assemblée fort orageuse. » J'ai besoin d'une carrière, encore assez vaste, pour » rappeler ces mémorables débats, et pour célébrer les » combats désespérés que les barbares livrèrent, encore, » aux Espagnols, après la mort de Caupolican, et sous la « conduite de leur nouveau Généralissime. » Après cette annonce , le poëte s'arrête et s'écrie : « Mais qu'ai-je besoin » de fatiguer ma muse à chanter les exploits obscurs de » quelques hordes sauvages, tandis que, de toutes parts, » l'Europe court aux combats, et que le bruit des armes, » qui retentit dans toute la terre, m'annonce de grands » évènemens et de nobles sujets pour mes chants! D'un » côté, je vois l'Espagne montrer un front menaçant, et se » couvrir de ses armes toujours victorieuses; plus loin, la » France, constamment inquiète et querelleuse, déploie
âSâ NOTES
» ses bannières dont l'aspect fait, à la fois, craindre et » suspecter ses véritables intentions. L'Italie, l'Allemagne, » tous les peuples, enfin, s'agitent en tumulte, et semblent r émus d'une ardeur belliqueuse. » Don Ercilla emploie ensuite son 3?° et dernier chant à développer les droits dé Philippe II à la couronne du Portugal, et à louer la conduite de ce prince en cette circonstance. Le poëme se termine ainsi, sans qu'il soit fait mention du Sénat d'Arauco, du choix d'un Généralissime et des suites de cette élection. C'est cette lacune qui a engage Don Diego de Santestevan à continuer Don Ercilla. M. Bocousse trompe donc encore,, en disant que les 36e et 57e chants sont de Don Diego de Santestevan, continuateur de l'Araucana. Ils appartiennent à Ercilla, et font partie intégrante de son poëme.
Telle est l'Araucana. Ce poëme ne méritait pas l'oubli injurieux dans lequel il est resté jusqu'aujourd'hui; mais pour le faire passer dans notre langue, il était de nécessité absolue de l'ahréger considérablement, d'en rectifier le plan et de donner au style, en beaucoup d'endroits, plus de noblesse et plus de clarté. J'ai osé entreprendre cett£ tâche laborieuse, qui aurait demandé une main plus habile et plus exercée; j'ai toujours regretté qu'un autre ne s'en fût pas chargé. Le public sera peut-être de mon avis , et son jugement me causerait de vives appréhensions, si la nature même du travail que je me suis imposé, et les difficultés , vraiment pénibles , que j'ai eues à surmonter, ne me donnaient pas quelques droits à l'indulgence.