‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 115 sur 124 · XLVII · texte numérisé non relu

XLVII

Si le cruel Sylla, si le barbare Néron, quelque soif du sang qu'ils aient montrée, avaient vu les flots qui en furent aloi-sré-*

i L'on croirait entendre le cri des Centaures dans le magninque récit d'Ovide :

« Ccrlalinique omnei uno orç : « Arma, Arma I » loquuntur. » '

iMétamorph.,'!iU,n\.)

2 « Ab ipso

Ducil opes, animumquc fcrro. »

(Hormee, Od.y IV, 4.)

LARAUGANA. 371

pandus, je me tiens pour certain qu'ils eussent été assouvis. Avec plus de joie sauvage, ils se fussent baignés là dans le sang humain tout bouillant, que ne le firent, au Champ de Mars Sylla Texlerminaleur, et sur la place de Rome Néron, ce monstre farouche.

XLvni

Restèrent également couchés sur la poussière tous ceux qui ne voulurent pas se rendre. Poussés aux dernières limites de l'existence, ils ne se soumirent qu'à l'inévitable mort. Les Espagnols, fatigués et couverts de blessures, quittèrent l'enceinte fortifiée que jonchaient tellement les armes et les cadavres des barbares, qu'à grande peine ils purent les franchir.

Plus de barbare debout dans la citadelle; plus de bras capable de manier le glaive. Seul, Malien respirait ^ A l'aspect

1 Cet épisode de Malien, si conforme au caractère héroïque de toute VAraucana^ termiae heureusement la sanglante catastrophe du camp de Lautaro. Le seul barbare qui ait voulu sauver sa vie, est réduit par la honte et par le désespoir à se donner lui-même la mort sur les cadavres entassés de ses compagnons d'armes. H. Gilibert de Merlhiac, dont nous avons Apprécié ailleurs la traduction (Cf. Arauc, ch. i, oct.2, note 2, et t. III), substitue au r61e de Malien un personnage bien différent. 11 ramène sous les yeux du lecteur l'épouse de Lautaro, cette Guacolda que nous avons vue tout en larmes et si touchante, lorsqu'elle est en proie à ses affreux pressentiments, à la fin du xiii« chant de l'épopée. Mais nous n'avions plus aucune raison de la rencontrer désormais devant nous. Nous avons appris de sa propre bouche, que si Lautaro vient à périr, elle le suivra aussitôt dans la mort. Nous devons supposer qu'elle a mis à exécution la pensée farouche de son amour. M. de Merlhiac nous apprend le contraire. Qu'il nous soit permis de transcrire ici sa fiction : « Une seule victime avait échappé au fer des chrétiens; c'était la belle Guacolda. Après la mort de son époux, l'espoir de le venger avait suspendu sa douleur et exalté son courage ; elle combattit longtemps avec les siens; mais, cruellement blessée, elle était tombée, privée de sentiment, non loin du corps de Lautaro. Les Espagnols, après avoir immolé tous les barbares, s'étaient rassemblés autour du cadavre de ce redoutable ennemi ; ils s'entretenaient de ses exploits, lorsque Yiilagran aperçut l'infortunée Guacolda qui respirait encore. Il s'empresse de la relever et de lui donner tous les secours capables de la rendre à la vie. Bientôt, grâce aux soins compatissants de ses vainqueurs, elle reprend l'usage de ses sens : elle contemple, avec i'eipression d'une douleur calme, l'affreux spectacle qui s'offre à ses yeux. Elle aperçoit de tous côtés des corps entassés, des armes brisées et des fluts du sang de ses compatriotes. Aussitôt que ses regards ont rencontré sou époux, un profond soupir s'échappe de sa poitrine, son visage s'anime, et l'impression qu'elle éprouve à cette vue, semble avoir rappelé ses forces. Déjà Yiilagran essayait, par des paroles pleines de bienveillance, de relever son courage, et les Espagnols, émus de cette scène de douleur, observaient en silence et avec anxiété les diverses sensations qui se manifestaient

S73 L'aUAUGANA.

de la mort, il avait senti un désir plus vif de rexislence. Vaincu par la peur et par une honteuse destinée, atteint au bras

lar leTÎNge de leor intéreuante captive; mats, ioieosible aux toint des cbrétieDS, et eomme isolée du inonde entier, la veuve de Lautaro était absorbée par les sentinents douloureux qui déchiraient son eœnr. Les yeux toujours fixés sur le corps de MO époux : lO ma patrie, s*éeria-t-eUe, ta gloire est donc flétrie!... Le soutieu de ta liberté, le fléau de tes tyrans tt*est plus, et moi malheureuse !... • A ces mots des pleurs inondent ses beaux yeux; d*ua pas mal sffermit cUe te rapproche du corps de Lautaro, se met à genoux près de lui et Tembrasse : « 0 mon époux, dit-elle, Guatolda était digne de partager le sort d*un béros ; ma main qui a été unie à la tieane Be aéra jamais souillée par les ehaioet de resclayage, et c'est dans le sein de la nort que je trouyeral la liberté et le bonheur de me réunir à toi. > Elle dit, et, tirant une dague acérée, elle s'en perce le eœur, et tombe sur le eorpa de Lautaro. Les Espagnols jettent un eri d'effroi. Villagran désespéré preud dans ses bras cette aoble victime de Tamour; il essaye de la rappeler à la vie; mais déjà la mort avait enlevé sa proie. Les ehrétiens donnèrent des larmes sincères à la destinée de l'infortunée Guaeolda, et la réunirent à sou éponx dans un même tombeau, i (Trad. abrégée de 1824, p. 174-179.) Il y a là comme dans le préambule auquel je faisais allusion tout à l'heure, un parti pris et comme un système du traducteur français. Non Mttlement 11 croit pouvoir abréger ou supprimer, mais aussi développer à son aise les tableaux du poète qu'il a prétendu nous faire connaître. Le docte Ray- Bouard justifie Gilibert de Merlbiae, lorsque eelul-ei resserre les vastes proportions d'Ereitla. L*habile rédacteur du Journal des savants (année 1824, septembre, p. 536} voit dans VÀraueûna une de ect créations littéraires qui gagnante être quelquefois diaiinuées. Soit ; nous auront alors le résumé d'une épopée étrangère, et votre titre a'aura pas été trompeur { car vous annoncez un poème épique, traduit pour la pre- «ière fois et • abrégé du texte espagnol ■. Mais du moins n'ajoutez pas vos propres inventions à celles que vous restreignes presque partout, et ne nous faites pas lire, au lien d*une Araueana réduite, une conception nouvelle et des deacriptious qui B'ont pas appartenu, qui n'ont jamais pn appartenir à don Er cilla. Noua en avocs déjà donné une première raison. Au bruit semé que Lautaro a péri dans la mêlée, Cuaeolda a dû se frapper du coup mortel. La nouvelle situation que le traducteur lui a faite n*eat pu acceptable. Ce n'est paa ainsi que procède la paaaion ; il y a chef eile dea eontradictiona sans doute, mais aussi une naïve et impétueuse fougue que nous admirons toujours dans la péripétie de Roméo et Juliette, Nous pensons, comme Sbakspeare, comme M. Guiiot, son excellent interprète, qu'il ne faut pas faire précéder une résolution forte par de longs discours. (Cf. Shakspeare et son temps, p. 190.) ■ Les discours, dit Macbeth, jettent un souffle trop froid sur Taction. • — « Quelques angoisses que la réflexion ajoute à la douleur, elle porte l'caprit, eonit- Bue M. Guisot, sur un trop grand nombre d'objets pour ne pas le distraire de l'idée unique qui conduit aux actions désespérées. Après avoir reçu les adieux de Roméo, m^rès avoir pleuré sa mort avec lui, il eût pu arriver que Juliette le pleurât toute sa vie, au lieu de se tuer à Tinstant. ■ 11 en est de même de Guaeolda. Elle s'est promis à elie-mème de ne pas survivre à Lautaro. Lautaro, surpris par les Espagnols, a succombé dès le début du combat ; elle u'bésite pas; elle ne veut pas rester dans ee monde ; et ce dessein n^est pas subordonné à la défaite ou à la victoire des AraU' eanos; elle veut suivre Lautaro; elle ne veut pas être séparée de son amant. Que vient-elle faire dans cette bataille de vengeance où elle est blessée et ne se ranime nu instant en présence des Espagnols victorieux que pour être poussée à la mort par de nouvelles causes de désespoir? Les détails mêmes du récit sont aasai invraibem* blables que la conception même. Les Espagnols, après leur victoire, ne s'arrêtent pu autour du cadavre de Lautaro ; ils ont l)àle de fuir loin de l'horrible charnier

LARAUCANA. 37 3

gauche d'une large et douloureuse blessure, il s'était caché derrière une forte muraille.

Il n'entend plus le bruit qui retentissait naguère et que rëpé^ tait toute la plaine d'alentour. La mort^ je l'ai dît, avait de sa main meurtrière fait régner le silence ^ Il quitte son refuge, et vient voir s'il n'y a pas dans ces lieux un Araucan auquel 11 puisse demander de lui sauver la vie et de bander la plaie qui le fait souffrir.

Mais quand il vit le spectacle qu'offrait la place, comme tous ses amis étaient massacrés (car^ bien que la mort les défigurât, un regret jaloux les lui faisait reconnaître), plein de honte et de rage, il présente à son cœur la pointe de son glaive et s'écrie :

qu'ils ont fait. Enfiu le traitement même accordé aux deux victimes, cette tombe commune qui leur est élevée par les vainqueura, sort tout à fait des habitudes espagnoles dans VAraueana, Ce n'est pas ainsi qu'ils honorent leurs adversaires les plus décidés et les plus magnanimes, ceux qui ne songeaient qu'à la destruction des conquérants. Voyez le traitement qu'ils font k GaWarino (ch. xxii, oct. 45-54), aux plus Taillants des caciques (ch. xxvi, oct. 22-37), à Caupolicàn lui-même (ch. xxxiv, oct. i7-32). Non; laTéritable scène que le poëte devait nous montrera la suite de cette affreuse boucherie est celle que nous présente Ercilla t

« Los lasos Espanoles mal heridos De la eercada plaza se salieron, De armas y cuerpos bàrbarus tan Hena, Que sobre elles andaban & gran pena. »

Et le seul épisode possible était celui de cet Indien que la peur a sauvé et auquel le remords fait ensuite chercher un refuge volontaire contre l'ignominie dans la vaste tombe ouverte à tous les siens. — Nous avons insisté sur l'une des principales aber<* rations que nous offre le livre de H. Gilibert de Herlhiac. Cet exemple est expressif. Malgré les réductions du traducteur français, le même caractère de froide exubérance reparait plus d'une fois dans l'étude qu'il a consacrée à ce beau et riche ro«^ nument épique, que notre seul devoir est de reproduire, mais sans le mutiler et sans y ajouter aucun ornement parasite.

* Quoi que semble dire Ercilla, ils ne moururent pas tous. De ces vaillants, couchés sur la poussière, il y en eut un du moins qui devait se faire reconnaître plus tard à des coups pleins de gloire. A l'octave 29e, nous avons vu tomber Rengo, sous le fer d'Andréa; mais l'écrivain n'a pas affirmé qu'il fût mort; et en effet il se signale par des prodiges de bravoure, au chant xxii* de Tépopée. Ercilla lui-même a le soin de nous prévenir dès le ch. xvi«, oct. 40, queRengo n'avait pas succombé avec les autres Araueans durant cette journée qui leur fut si fatale, dans la vallée de llataquito, et que son héroïsme lui valut un rang d'honneur dans le conseil des caciques*

17 4 LAHAUCANA.

« ' Quoi i seul je reste pour être témoia de la mort et du courage de tant d'amis i

LU

« Cœur sans force, bien indigne d'ôtre frappé par une épée vaillante 1 C'est ton lâche vouloir et non pas le destin qui m'a fait perdre cette occasion fortunée. Tu m'as écarté, ô infâme l du chemin d'une éternelle gloire^ et par ta mollesse j'arrive avec ignominie à la mort, quoique mon bras ait voulu l'éviter.

LUI

« S'il m'était permis de mêler ici mon sang avec celui de tous les miens ! En voyant mon corps jeté parmi les leurs^ bien que frappé d'un coup débile, peut-être serai-je compté au nombre de ceux qui ont héroïquement défendu leur patrie... Mais non; ô malheur à moi ! la blessure mal assurée fera reconnaître ma faible main.

« Quel témoignage, quelle compensation, quel châtiment pourrait de ma part suffire pour venger l'injure faite à mon honneur, à ma patrie, à mes compagnons d'armes ? Je ternis l'éclatant exploit et la renommée immense de tant de guerriers, car on pourra dire qu'il y en avait un parmi eux qui, par crainte et bassesse, de l'ennemi â peine a vu le visage.

« Pourquoi donner des forces à la peur en différant encore ma résolution par de longues paroles?Que sert de me repentir puisque

i Est-il nécessaire encore de justifier les monologues de cette nature ? Nous noos bornerons à rappeler ici au souvenir de nos lecteurs l'excellente apologie donnée par V^alter Scott à ce genre de fictions. Dans les aventures de Nigel, il nous retrace le soliloque par lequel se terminèrent les méditations de lord GlenTarloch. Mais, an- ' paravent, Técrivain formule ainsi sa doctrine littéraire : ■ Je demande la permission d'observer, une fois pour toutes, que je ne veux pas dire par là que Nigel ait exprimé à baute voix les mots qui vont suivre entre deux guillemets; ee sont les réOexions et les secrètes pensées de mon héros que j'expose ici dans la forme d'un discours plutôt que dans celle d'un récit. Eu d'autres termes, j'ai mis ses pensées en paroles, et c'est là, je conçois, le but du monologue, sur le théâtre eomme daas

le repentir n'y peut rien désormais. » 11 se tait^ et, sans hésiter, il frappe sa gorge du glaive homicide. L'impitoyable tranchant y ploDge avec vitesse, et coupe le fil d'une vie qui aurait dû mieux finira

Qu'un instant s'apaisent la fureur farouche et la colère de Mars; qu'un instant se reposent les épées. Je reviens vers les navires que j'ai abandonnés au commencement de leur course, au moment où contre le souffle obstiné du Notus ' et contre les hautes vagues de Neptune ils luttaient avec force, en frayant leur carrière, et triomphaient de la violence des vents et des eaux*.

I« cabinet. Telle est du moins la manière la plus naturelle, peut-être la seule manière de communiquer au spectateur ce que Ton suppose se passer dans le cœur du personnage mis en scène. Il n*est point de semblable soliloque dans la nature, il est Trai ; mais, à moins de les faire recevoir comme un moyen convenu de communication entre le poëte et l'auditoire, nous serions obligés de réduire les auteurs dramatiques à Texpédient de maître Puff, qui représente lord Burleigh communiquant au publie un long raisonnement politique par un simple signe de tète. Dans le récit, réerivain peut sans doute dire que les personnages pensèrent telle ou telle chose, tirèrent telle ou telle conséquence, arrivèrent à telle ou telle conclusion ; mais le soliloque offre un moyen plus concis et plus animé de donner au lecteur la même information. • ^Trad. Oefauconpret, ehap. zxii, p. 30). ) i « Sin laion. > V^interling :

c .....Und erUtst Von aUar Qoal die hartbedriagta Seele. »

Cest là une autre idée, substituée à celle du poëte. • Sin saxon > n*est pas rendu. Ereilla ne songe pas un instant à approuver le suicide de Malien. Il meurt, suivant le poëte, mal à propos; il aurait dû mieux mourir en combattant l'Espagnol. Ainsi, dans Horace, les Romains eussent mieux employé dans une guerre contre les Parthcfl le fer qu'ils rougissaient du sang de leurs concitoyens :

« Audiet elTei aeuiM« ferrum

Qno graves PersiB meltns périrent. •

(Od., 1, 1.)

Ainsi encore, Henri IV, dans le récit de Voltaire, s'écrie avec noblesse, en parlant de aes adversaires à Coutras :

« A regret dans leur sein j'enfonçais celle ëpëe Qui dn sang espagnol eût été mieux trempée. •

[Henriade, ch. III.)

t r/est avec TAuster que don Ereilla a laissé ies vaisseaux espagnols aux prise s mais on sait assex que les Latins nommaient Auster le même vent que les Grecs appelaient Véxoçt et que les poètes les confondent.

3 Voyez chant xni«, oct. 40.

876 LARAUCANA.

Ils s'avancent entre les îles appelées du nom antique de Sangallas^ Ils laissent les autres qui sont inconnues à leur droite, du côté de l'occident, Chule à leur gauche, et arrlyent en vue d'Arica*. Ensuite, non sans obstacle^ nous aperçûmes Copiapo'f la première vallée qui appartienne réellement à la province du Chili.

Là, les vents soufflent en liberté, sortant de leurs cavernes profondes. Courroucés, irrésistibles, impétueux, ils vont parcourant toute cette vaste mer, s'affranchissent de leur prison et des commandements d'Éole leur souverain. Ëole a peur qu'ils ne fassent écrouler le monde et les enferme, les captive sous une énorme montagne.

Cette contrainte ne suffit pas à corriger leur fureur. En se voyant resserrés dans leurs antres, ils cherchent à grand bruit une issue dans toutes les cavités et les enfoncements de leurs

1 Nous aurons suivi le texte de i*édition française (i840), surTeillée par don Ea< genio de Ochoa : < Llamadas Sangall&s auUcuamente. ■ Lé texte de don Rosell (1851) est un peu différent :

« D« Sangallii do nanca habita génie. »

Winterling» en 1831, traduisait sur une édition analogue t

« Sie segellen an den sangall' schen laselklippen, Wo nie ein Menscb gewohnt...i. •

^ Arica est un des ports les plus fréquentes de' la République. C'est de là que pariaient autrefois pour l'Europe les richesses du haut Pérou. Cette ville eut beaucoup à souffrir du tremblement de terre qui la dévasta le 18 septembre 1833, et fit disparaître la montagne qui, sur la c6te servait de signal aux navigateurs. Sa population ne dépasse guère le chiffre de 4000 mille âmes. Arica relève d*Arequip« dont elle est séparée par une distance de 285 kilomètres. Elle a partagé ses récents désastres.

s Copiapô, ou San Francisco de la Selva, sur le rio Copiapô, s'élève à 10 lieues de la côte. Son port est à Caldera où les Américains ont établi l'entrepôt de leurs exploitations métallurgiques. Ce sont les Anglais et les Amérieaios du Nord qui ont entre les mains tonte l'industrie du pays, les mines d'argent, de fer, de euïTre, de soufre que renferme le terrain volcanique de ses montagnes. On donne à peine 10,000 habitants à Copiapô, Tille de luie, fort maltraitée par les secousseï du sol en 1820 et en 1822. Un chemin de fer relie la Caldera et Ytlparaiso. La eapiule fournil a Copiapô tous les objets qui lui manquent et ce petit port expédie lui- *~*-i à Lima une partie de ses richesses naturelles.

cachots^ et) ainsi remuée jusqu'en ses fermes entrailles^ la terre tremble et ressent ces fréquentes agitations qui anéantissent, dans les villes et dans les sierras, hommes, troupeaux, maisons et chaumières ^ •

Là, les pluies disparaissent * et les jours s'allongent, au rebours de ce qui se passe en Europe, quand le temps est arrivé où le soleil s'éloigne de Téquateur et va s'approchant davantage du Capricorne ' . — Depuis ce moment, nos vaisseaux qui navi-

* LMuflaence de l'antiquité et surtout celle du génie de Virgile lur rimagiûation d*Ercilla se font sentir ici plus que jamais. Cf. Enéide^ I, 51-59 :

« Nimborum in patriaio, loca fœta farenlibus Auslris, ^oliam venit. Hic vaslo rex ^olus antro Luclantes ventos tempestatesque lonoras Imperio premit ae vinclis at carcere frenal. Illi indignantes magno eum murmure montis Circum claustra Tremunt. Celsa sedet iEolus arce Sceptra tenens, molUtque animos et tempérât iras : Ni fâcial, maria ac terras eœlumque profundum Quippe ferant rapidi secum verrantque per auras.

Hais bientôt le peintre original succède i Péerivain imitateur. De la fable mythologique nous voyons sortir la cause des grands phénomènes de la nature. Ercilla nous ramène au plus vif de la création qui l'entoure, au milieu de ces formidables volcans, dont il avait admiré les cimes enflammées et fumantes, et de ces tremblements de terre, dont il nous décrit les ravages :

« Derribando en los pueblos 7 montafias nombres, ganados, casas 7 eii>ana8. »

Nous voyons se dresser au loin les pics d'Autuco, de Villarica, d'Aconcagua, et toute cette nature riche et fébrile dont H. de Humboldt nous a légué de si merveilleux tableaux.

2 « Mengaan ail las aguas, erece el dia

AI rêves de la Earopa, porque es euando

El sol del equinoecio se desvia,

Y al Capricôrnio mas se va acercando. »

Rien de plus facile à saisir que la pensée d*Erctlla. Il marque l'opposition des saisons en Europe et en Amérique, et nous craignons que M. Wioterling n'ait pas toujours saisi les détails de cette peinture.

« Es ebbt und fluthet dort das Heer, es fâllt und steigt Die Sonne dort in Gegensatze su Europen, Wenn sie die Gleicherlinie im Land der Tropen VerUsst und mehr lom Capricorn sich neigt. »

■ Mengnan alli las agnas » n'a aucun rapport avec le mouvement de la marée. « Grèce el dia» ne nous semble pas non plus fort exactement exprimé. Il s'agit de peindre le jour qui s'allonge lorsqu'en Europe il devient plus court. La précision les images est admirable dans ErclHa.

S Au 5« vers de l'octave 6« se termine cette parenthèse de géographie qui a cornnencé avee l'octave 58, et le poète reprend le cours de sa navigation.

S78 LARAUCANA.

guaient en luttant avec opiniâtreté contre les flots et. contre TAuster, furent secondés par le souffle de Borée, et abordèrent au port de Coquimbo.

A peine, sur le rivage que nous désirions^ avons-nous posé un pied ferme en sortant de nos navires, que mer infinie, périls et souffrances de si longs voyages, tout est oublié, et vers la cité neuve de la Serena ^ , qui est à deux lieues de la rive, nous cheminons sur des coursiers superbes, aux riches harnais, tout prêts d'avance pour nous recevoir à l'heure prévue*.

Dans la ville, on nous fît à tous l'accueil d'une hospitalité affectueuse. Une politesse reconnaissante nous exprima quel prix on attachait à notre secours et à ce grand voyage. De mets doux et rafraîchissants aussitôt s'apprête un repas, et la flotte affaiïiée répare ses forces qu'avait affaiblies une si longue navigation.

Chacun attendait les soldats et les chevaux qui venaient traversant avec effort Fâpre terre et les solitudes. Épuisés de faim et de fatigue, ils surent résister à tous les accidents et arrivé-

i Coquimbo ou la Serena dut sa fondation, en 1543, à Juan Bohon, un des capitaines de Pedro Valdivia. Elle s'élève à remboucbure du rio Coquimbo ; tes raei sont tirées au cordeau, et les maisons séparées les unes des autres par de beaux jardins, plantés de palmiers, d'orangers et de figuiers. La Serena mérite son nom par la douceur de son climat et par les beaux horizous dont ses habitants jouissent du c6té de la terre comme du côté de l'Océan. Les destinées de cette ville n*obt pu toujours été heureuses. Les Araucans la détruisirent en 1547. Drake Toalat sfen emparer en 1579, mais il fut repoussé. Elle sortait de ses ruines en 1680, lorsqu'elle fut pillée et saccagée par un forban d'Angleterre, Barthélémy Sharps. En 1880, elle fut anéantie par un tremblement de terre ; et en 1822 de nouvelles secousses agitèrent encore ses maisons renaissantes. Le maïs et le cuivre sont les produits principaux du sol (Cf. infrà, T. II, in calctt).

1 « Al esperado tiempo pravenidos. »

Ceci est encore parfaitement clair : les chevaux sont là tout prêts d'avance pour recevoir les Espagnols > à l'heure prévue ». Il était inutile d'ajouter avec Winterling : « Un dort zu rasten von des Wegs Beschvrerden. • Cette idée a été suffisamment exprimée déjà par le poëte et par son traducteur.

« So war vergessen die Gefahr und der Verdrun Und jede Hûb, die unser Volk sur See besland. >

LARAUCANA. 37»

rent bientôt à la Serena. Pendant un mois^ nos cavaliers s'y reposèrent au sein des Joies, jusqu'à ce que leurs chevaux eussent retrouvé leur vigueur.

Alors, sans attendre la flotte, reposés de leur rude carrière, ils prirent la route qui devait les conduire au but de Texpédition. La mer près d'eux à leur droite, ils passèrent la fertile Ligua et laissèrent de côté Quillota ; car il leur fallait entrer à Mapochô, où étaient les fugitifs, débris échappés au désastre de la Concepcion.

Le soleil^ sortant de la constellation des Gémeaux, amenait un nouveau temps aux mortels, et, du point où il s'arrête, frappait par le zénith les plages et les régions septentrionales ^ C'était la saison où l'ombre est la plus longue à l'heure de midi, parce que l'astre s'est éloigné des terres antarctiques, et où les vents, d'un plus libre essor, souftlent avec une plus grande violence du séjour de TAuster.

Sans rien craindre de la colère des vents qui alors plus affranchis parcourent ces rivages et s'y déploient en développant leur entière audace, nous rentrons dans les navires qui nous ont apportés. Avec tous les signes et toute l'expression de la joie, nous levons les ancres mordantes, et au nord-ouest nous livrons les voiles.

La mer était tranquille, le temps calme, la brise abondante, fraîche et propice. Le ciel était pur et d'une entière sérénité. Il semblait nous promettre une faveur durable ' . Six jours,

1 « T del solslicio por lenit heria

Las partes y région teptentrionales. »

WinterliDg commente fort bien ces deux vers en ajoutant : ]

« ....Angekommen auf der Krebses Wendekreise. »

2 Qui ne se rappellerait ici lei beaux vers de Casimir Delavlgoe ?

« Sous l'asur d'an beau ciel, qui promat d'heureux jours, etc. •

(Les Troyenne$t cantate.)

880 LARAUGANA.

nous Yogâmes de la sorte ; mais, au septième, la fortane, qui dans le bien jamais n'est constante, remplit de nuages les airs troublés, changea le vent, souleva la mer dans ses abîmes.

Borée furieux entre en carrière, déchaîne son souffle ardent et rapide, et aussitôt sur la mer paisible et unie se dressent de hautes collines et des montagnes ^. A Faspect du courroux insensé des flots ef du vent, les Espagnols s'alarment; ils auraient bien prétléré être sur la terre ferme, dussent toutes les perspectives de la guerre disparaître pour eux.

De ce qui arriva, je ne pourrai faire le récit que pour mon navire qui était la capitane de la flotte. Lancée par l'affreuse tourmente, elle allaita l'aventure, sans direction. Mais qui donc, en tel péril, aura le sang-froid nécessaire pour ne commettre aucune faute? L'épouvante était maîtresse de tous les esprits; et moi aussi^ à ce moment^ elle ne m'a point épargné.

Avec telle furie le vent attaqua le vaisseau, si violent et si rapide fut le tourbillon qui nous faisait bondir, que la grande voile le reçut dans ses plis et le mât fut sur le point d'en être brisé. Voyant ce désordre dans les airs, le pilote se démène et s'écrie à haute voix : « Largue la drisse en bande! larguez! larguez ! larguez vite ! ah I malheur ! le vent nous charge ! »

La violence de la mer, le vent fougueux, les clameurs, le tumulte, les vœux du désespoir, la nuit que forment en un instant de noires nuées, lugubres et épaisses, le tonnerre , les

1 « Qua data porta, ruiint et terras turbine perflant.

Incubuere mari tolumque a sedibus imis Una Eurusque Notusque rutint, creberque procelUs Africus, et vastos rolvunt ad liltora fluctus. »

(Virgile, J?n., I, M-M.)

LARAUCANA. 381

éclairs sans nombre, les cris des pilotes, l'empressement confus * font un tel fracas et une si triste harmonie qu'il semble que le monde va s'anéantir.

« Amène I amène ! » crient les mariniers ; « amène la grande voile ! hisse la misaine I ' » Les passagers répètent avec plus de force encore les mêmes paroles, ot une foule de bras vont saisir Ja drisse; d'autres en troupe désordonnée* ;Be jettent avec hâte sur l'écoute, sur le haie-bas, sur les cargues des huniers. Mais le vent souffle avec tant de force et de furie qu'aucune des manœuvres ne peut agir.

Le ciel éclate; la mer en mugissant bouillonne^ le vent superbe gémit tout en courroux. A ce moment, une montagne d'eau, aussi haute que les nues, brisant avec fracas, assaillit le galion par un de ses flancs ' , le laissa loitgtemps submergé^ et^ dans l'excès de la frayeur, tout l'équipage crut à cette fois qu'il allait trouver la mort au sein des ondes ^.

Mais Dieu en avait autrement décidé. Comme une baleine agitant son énorme corps, de sa hure écrasée rompt avec puis-

1 « Las priesas. » Winterling : « Des Takelwerks Gekrâchz^ der Steuerer Gekreisehe. • Peut-être le traducteur a>t-il tout simplement ajouté ua détail, comme il lui arrWe quelquefois pour donner plus de clarté à l'image ou par fantaisie pure; autrement il faudrait admettre qu'il s'agit ici, suivant la version allemande, de Tempressement des matelots à suivre l'ordre des pilotes, de la confusion et du bruit des manœuvres. Le véritable sens de priesas est déterminé par Tensemble de l'octave suiyante.

S L'on a remarqué dans la description des tempêtes par les écrivains modernes l'emploi des termes nautiques; et l'on s'est même plaint quelquefois avec raison de l'abus qu'en ont fait nos romaneiers. Toujours est-il qu'il n'y a pas là de leur part une grande nouveauté ; don Ercilla leur avait depuis trois siècles donné l'exemple de cette nomenclature hardie et simple.

« Tam prora avertit, et undis

Dat latus : inaequilur eumulo ptjeruplus aqase mons. •

Prsesenlemqua vins intentant omnia mortem. •

{Bn., I, 95.)

881 LABAUCANA.

Bance le cboc des vagues, et^ triomphante, découTre hors de la mer son dos immense et fait rejaiûir Teau en larges cercles; ainsi des flots qui Tont couvert se relève le navire^ et de ses deux flancs s'épanche un double et vaste fleuye K

L'orageux Borée accroît toujours sa fureur et soulève la mer Jusqu'aux cieux; et, bien que le mât du vaisseau fût un énorme manglier^ la haute vergue touchait à la proue. Avec de grands eiforts et de grands cris, tous travaillaient à Tenvi à descendre la voile dont le poids donnait à l'arbre courbé la forme d'un arc ; et ainsi le racage ' ne pouvait amener.

Éole, soit par hasard, soit qu'il eût pitié du malheureux des-

1 Belle et originale companieoD, heureusement placée dana une tempête au leia d'une mer qui offre plus d'une fois de pareils objets aux yeux des naTigateuri. L'image est d*nne rare justesse; mais dans ce Tcrs : « En «nehos cercos la agua rerolTiendo, »

il ne faudrait pas Toir, avec Winterling, les vastes jets d'eau que forment les éveats de la baleine:

« Und einen Wasserstrahl aut «einen Nâstem spritit. •

Je crois que c'est ajouter ali poète, et fausser la peinture en l'agrandissant, il ne s'agit que du soulèvement de l'eau produit par la hure et par les nageoires du ettacé. — Byron, un si grand poëte, a eu, comme Ercilla, l'idée de comparer ua navire à une baleine, mais dans une tout autre circonstance. Ercilla nous peint le vaisseau qui lutte contre les vagues et se dégage avec effort : c'est la bsleine qui heurte et brise le flot écumeux. Byron décrit la puissance de l'Océan dont la fureur agite les escadres comme de simples jouets ; que sont devant sa colère « ces leviathans de chêne, aux gigantesques flancs ? ■

« The armamenls vrhich thunderatrike the walls Of rock-bailt cities, bidding nations quake, And monarchs tremble in tbeir capitals The oak leriathans, vrhoae huge ribs make Their clay creator tbe vain title take Of lord of thee, and arbiter of war; Thèse are Iby toys, and as the snowy flake, They melt inlo Ihy jetai of waves, wieh war Alike the Armada 's pride, or spoils of Trafalgar. »

{Child Harold '« Pilgrimage, Vf, l«t.)

* Tout le monde sait que l'on appelle racage un collier de petites boules en boit, percées pour que l'on y passe uo bout de filin ; on place ce cercle mobile autour du mât, auquel il retient la vergue, sans qu'elle se puisse écarter et dont il facilite aiasi tous les mouvements, pour monter ou pour descendre avec la voile.

LARAUCANA. 388

lin des Castillans, saisit Tindomptable Borée, et de sa propre maia voulut le renfermer dans sa prison. U ouyre la caverne ; mais il ne vit pas Zépbyre * qui était près de l'entrée^ la chaîne déjà rompue, et qui par l'espace libre devant lui s'élance vers la mer en frémissant *.

D'un souffle irrité, il pousse tous les nuages qu'il rencontre sur sa route, fond sur la mer émue et assombrit la nuit par de plus noirs tourbillons. Il arrête les fortes vagues qui suivaient le chemin où les avait poussées la brusque furie de la bise, il les courrouce, et trouble encore plus profondément Fablme agité des mers.

Tout à coup la bourrasque déchaînée par le travers du vaisseau et une rafale impétueuse de grêle nous forcèrent violemment à pencher sur un côté, de telle sorte que les hunes mêmes touchaient à la mer. Si rapide avait été le coup terrible que les matelots n'avaient pu encore amener la v^le, et les pilotes^ effrayés par les écueils du rivage comme par les efforts opiniâtres du vent, perdirent toute espérance et s'abandonnèrent à l'inflexible destin.

Tourmenté par la mer et par l'orage, le galion flottait, la quille découverte, tantôt porté sur la cime des montagnes humides, et tantôt disparaissant tout entier entre les vagues qui l'inoodent. Soudain, le vent s'élance d'une telle force qu'il ou-

1 WiiSterling iroit dtns Céfiro le nord-ouest. Zéphyre est réellement le Tent d'oueit, et dans Toctaire 8t«, Winterling lai restitue son nom : « Vom ungestûmeu West beslûrmet. • C'est le vent d*ouest qui heurte en effet, prend en travers les ▼agues qui allaient du nord au sud, produit de la sorte une confusion plus profonde de tous les flots, et pousse le galion à la c6te.

t Cette fiction présente un caractère assez bizarre. L*on se demande pourquoi éole ne fait pas k Zépbyre le même traitement qu*à Bbrée; et l'on est réduit à déclarer ou que le souTerain des jrents est fort peu adroit, ou qu'il avait à gouverner uu peuple bien iodiscipliné. L'Éole de Virgile se faisait mieux obéir. Celui de nelon noua a accoutumés à sa physiooomie inquiète qui nous prépare à la maladresse de eeltti d*fireilla et à une espièglerie de sou sujet malicieux et mutin.

s 84 LARAUGANA.

vre sur nous aux ondes furieuses un large accès K Sous le cboc se brisa une des écoutes de misaine, et l'amure de la grande voile fut presque rompue.

Un cri sort de toutes les bouches. Chacun pensa que tout sombrait^ et les regards sont fixés sur le chef des pilotes que son trouble empochait de commander. Les uns disaient : « Faisons côte I » — D'autres : « Attendons ! Barre au vent, toute ! » On en vit, dans leur trouble, chercher un panneau, une planche, pour tenter le remède suprême.

La crainte grandissait toujours, et les clameurs se multipliaient. L*un dit : « Tenons la mer 1 » L'autre : « à la cAte \ » Tel encore : « Amène ! » Tel autre réplique : Lofe I n'amène pasi nous nous perdons! » TeL enfin s'écriait : « Les haches! coupez t coupez I à l'eau les mâts et les œuvres mortes l » Et tous^ dam leur bouleversement, couraient de toutes parts^ d'ua pas rapide^ en amas confus.

Les haubans et les agrès gémissaient tendus par le turbulent Zéphyre, et les vagues gonflées allaient près de là ébranler, en mugissant, les rochers de la rive. Ils perçaient les ténèbres profondes, et le voile que formaient les nuages confondus. La mer brisait avec tant de rage contre les écueils déchirés, que blanchissante jusqu'aux cieux elle rejaillissait.

t « Que abri6 i la agaa fariosa ana ancha puerla. •

Erciila reut dire que le coup de vent donne aux flots une puissaoce irrésistible, un l&Tft accès sur le navire, et les résultats se font sentir aussitôt. Il ne peut nallement être question ici d'une loie d'eau; car ni dans celte fin du 15e chant, ni dans la suite de la description au IGsTon ne voit l'équipage occupé à remédier i an tel mal, et il n'est parlé d'aucun péril qui naisse d'uu pareil accident. Winterling ne s'y est pas trompé ; il traduit avec bonbeu<% mail en modifiant un peu l'idée du texte original :

« Indess kAmmt von der Seile

Ein zwaiter Windstoss, dlTnel in der Flnlh ein Grab. •

LAHAUCANA. 885

Le vent battait le navire en travers, et la côte voisine, sauvage, pleine de récifs, formait un vaste reflux où Teait bouillonnait mêlée de sable. L'écoute était brisée^ la bouline détendue, la misaine fouettait avec force, et la vergue ne pouvait amener, le vent furieux emportait au loin nos faibles espérances en lambeaux.

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