‹ L'arbre de NoëlChapitre 18 sur 43 · LE PIEUX RABBIN · texte numérisé non relu

LE PIEUX RABBIN

Léjzende hébraïaue

Près de Damas, dans une pauvre maison de village, lo'u de ses frères, dans la retraite et dans le silence, vivait un vieux rabbin. Toute sa journée se passait à méditer sur les lois de Dieu, à se créer des pénitences, à s'imposer des jeûnes, à chercher dans ses livres aimés les meilleurs enseignements religieux. Un jour, dans une page d'un de ses livres, il croit voir flamboyer le regard du Seigneur courroucé, et l'angoisse s'empare de son âme,

La fête de Pâques approche avec ses joies de printemps. Le pieux rabbin se hâte de mettre sur la table le pain bénit, attendant qu'un convive vienno le partager, car la loi dit : « Tu accompliras les devoirs d'hospitalité. » Mais personne ne vient. Le

rabbin pleure, se frappe la poitrine, s'agenouille sur le seuil de sa porte, puis sort pour chercher lui-même le convive auquel il donnera la boisson et la nourriture. Tout à coup il aperçoit un pauvre vieux mendiant qui marche avec peine, courbé sur son bâton. 11 s'approche de lui, le salue, lui donne le baiser de paix et l'invite à entrer dans sa demeure. Là, il s'empresse de le servir, il lui apporte de l'eau pour laver ses mains et ses pieds, puis il lui fait boire son meilleur vin et lui donne son propre lit.

Le lendemain le vieillard se prépare à partir en exprimant à son généreux hôte toute sa reconnaissance. Le rabbin l'arrête et lui dit :

« Voyageur que le ciel m'envoie, sois assez bon pour passer encore un jour et une nuit dans ma maison. »

Le vieux mendiant qui a été là si bien traité se rend sans peine à cette prière. Mais au milieu de la nuit, le rabbin se lève, s'avance vers lui, armé d'un gros bâton noueux et le frappe à coups redoublés.

« Barbare ! s'écrie le pauvre vieillard tout meurtri et tremblant, que t'ai-je fait pour que tu remplisses ainsi envers moi les devoirs de l'hospitalité?

— Pardon, pardon, » lui dit avec un accent d'humilité et de componction le rabbin, puis il lui baise les mains, et se met à panser ses blessures, et jour et nuit veille sur lui avec une touchante solliciludei

Le vieillard étant, par tous ces bons soins, complètement guéri se dispose de nouveau à partir. De nouveau le rabbin lui dit :

K A'oyageur que le ciel m'envoie, sois assez bon pour passer encore un jour et une heure dans ma maison. »

La nuit suivante, de nouveau il se lève et s'approche du lit du mendiant, non plus cette fois avec un bâton pour le meurtrir, mais avec une hache pour le tuer. Le vieillard cependant éveillé en sursaut lui arrache des mains l'arme meurtrière, et lui dit :

« Quelle est donc ta folie? Tu engages l'étranger à s'asseoir amicalement à ton foyer, puis tu le bats, puis tu veux le tuer 1 »

Le rabbin le regarde tout effaré et lui dit :

« Écoute et pardonne. Ce que j'ai fait, c'était pour obéir au livre de la loi qui nous recommande trois devoirs principaux : pratiquer Ihospitalité, soigner les malades, ensevelir les morts. Tu entres dans ma demeure, et je remplis le devoir d'hospitalité. Mais je n'avais pas de malade à soigner, et pour que tu fusses malade, je te frappai avec un lourd bâton. Je n'avais point de mort et je voulais te tuer. 0 malheur, je sens que mon dernier jour est venu, et je n'ai pu remplir le dernier des trois commandements. »

A ces mots, il pâlit, s'affaisse et tombe. Un ange descend près de lui, délivre son âme des liens de C-3 monde, et sècrie :

« Mortels insensés, le Seigneur vous a écrit sc5 saintes lois au fond du cœur et vous les cherchez dans les livres obscurs. Vous courez après la lumière trompeuse de la terre et vous ne voyez pas la lumière céleste qui luit sur votre tête. »

L'ÉGLISE DE FALSTEK

11 y avait autrefois à Falster, en Danemark, une femme très-riclie qui, n'ayant ni fils, ni fille, ni neveu, ni nièce, résolut d'employer son riche héritage à une œuvre pieuse. Elle fit bâtir une magnifique église. Quand cet édifice fut achevé, elle alla s'y agenouiller, et , joignant les mains, pria Dieu de la faire vivre aussi longtemps que les murailles de ce sanctuaire subsisteraient. La mort frappa autour d'elle ; la mort lui enleva successivement tous ses parents, ses amis. Elle vit tomber tous les gens de son âge ; elle vit les enfants grandir, vieillir et mourir. La pauvre femme, qui avait fait un vœu si imprudent, ne pouvait mourir. iMais elle veillissait lentement, toute seule. Elle vieillissait de telle sorte, qu'elle i\n\[ j^ir perdre complètement ^^(versiîaV

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l'usage de ses sens. Elle ne mangeait plus qu'une fois par an, à minuit, à la fête de Noël. Alors, elle se fit mettre dans un cercueil et porter à l'entrée de la nef de son édise. Elle est là toute l'année, im-

flubile et muette. Mais le jour de Noël elle recouvre la parole. Le prêtre s'approche d'elle, et lentement, péniblement, elle se soulève dans son cercueil, puis elle dit:

« Mon église subsiste-t elle encore ?

— Oui, répond le prêtre.

— Hélas ! » murmure- t-elle.

Puis elle retombe en gcinissont dans sa couche funèbre.

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